I. IV
wich, et me force à la laisser partir un peu barbouillée : veuillez lui faire excuser cette petite irrégularité , ainsi que celle du défiiut de signature, dont vous pouvez savoir la raison. Recevez, monsieur, mes salutations empressées et mes vœux pour l'affermissement de votre santé.
l'hbrboristb
Dl U DDGBISSI DB POBTURO.
P. S. Comme l'exemplaire du Dictionnaire de musique qui vous étoit destiné avoit été adressé à M. Vaillant, qui n'a jamais paru fort soigpipx des commissions qui me regardent, j'en ai fak «pvoyer depuis un second à M. Rou* gamônt pour vous le faire passer au défout du premier.
à MADEMOISELLE DEWES.
LaSSJaiiTierlTSS.
Si je vous ai laissé, ma belle voisine, une empreinte que vous avez bien gardée, vous m'en avez laissé une autre que j'ai gardée encore mieux. Vooa n^avez mon cachet que sur un papier qui peut se perdre , mais j'ai le vôtre empreint dans mon cœur, d'où rien ne peut l'effacer : puisqu'il étoit certain que j'emportois votre gage , et douteux que vous eussiez conservé le mien , c'étoit moi seul qui devois désirer de vérifier la chose; c*est moi seul qup perds à ne l'avoir pas fait. Ai-je donc besoin» pour mieux sentir mon malheur, que vous m'en fassiez encore un crime? cela n'est pas trop humain. Mais votre souvenir me console dé vos reproches; j'aime mieux vous savoir injuste qu'indifférente, et je voudrois être grondé de vous tous les jours au même prix. Daignez donc, ma belle voisine, ne pas oublier tout-à* fait votre esclave, et continuer à lui dire quelquefois ses vérités. Pour moi, si j'osois à mon tour vous dire les vôtres , vous me trouveriez trop galant pour un barbon. Bonjour, ma belle voisine. Puissiez-vous bientôt, sous les auspices du cher et respectacle oncle, donner un pasteur à vos brebis de Calvich I
CORhESPONDANCE
M. LE VAROtlS DE MIRABEAU.
Trye, le 28 Janvier 176S.
le me souviens» mon illustre ami, que le jour où je renonçai aux petites vanités du monde, et en môme temps à ses avantages, je me dis entre autres, en me défaisant de ma montre : GrÂce au ciel, je n'aurai plus besoin de savoir l'heure qu*il est. J*aurois pu me dire la même chose sur le quantième» en me défaisant de mon almanach ; mais, quoique je n'y tienne plus par Jes affaires, j'y tiens encore par Tamitié ; cela rend mes correspondances plus douces e( moins fréquentes : c'est pourquoi je suis sujet à me tromper dans mes dates de semaine, et même quelquefois de mois. Car, quoique avec l'aimanach Je sache bien trouver le quantième dans la semaine, sachant le jour, quand il s'agit de trouver aussi la semaine, je suis totalement en défaut. J'y devrois pourtant être moins avec vous qu'avec tout autre , puisque je n'écris à personne plus souvent et plus volontiers qu'à vous.
Conclusion : nous ne Ferons d'opéra ni l'un ni l'autre ; c*est de quoi j'étois d'avance à peu près sûr. J'avoue pourtant que, dans ma situa^ tion présente, quelque distraction attachante et agréable me seroit nécessaire. J'aurois besoin sinon de faire de la musique , au moins d'en entendre, et cela me feroit môme beaucoup plus de bien. Je suis attaché plus que jamais à la solitude; mais il y a tant d'rntours déplaisatis à la mienne, et tant de tristes souvenirs m'y poursuivent malgré moi, qu'il m'en faudroit une autre encore plus entière, mais où des objets agréables pussent effiacer l'impression de ceux qui m'occupent, et faire diversion au sentiment de mes malheurs* Des spectacles où je pusse être seul dans un coin et pleurer à mon aise, de la musique qui pût ranimer un peu mon cœur affaissé ; voilà ce qu'il me faudroit pour effacer toutes les idées antérieures, et me ramener uniquement à mes plantes, qui m'ont quitté pour trop long-temps cet hiver. Je n'aurai rien de tout cela, car en toutes choses les consolations les plus simples me sont refusées ; mais il me faut un peu de travail sur moimême pour y suppléer de mon propre fonds.
On dit a Paris que je retourne en Angleterre. Je n'en suis pas surpris, car le public me con-
nott si bien, qu'il méfiât toujours (aire exact^ ment le contraire des choses que je fais en eilbt. M. Davenport m'a écrit des lettres très^hoih notes et très-empressées pour me rappeler chez lui. Je n'ai pas cru devoir répondre brotalement à ses avances, mais je n'aijamaJ! marqué l'intention d'y retourner. Honoré d» bienfaits du souverain, et des bontés de beiih coup de gens de mérite dans ce pays-là, j? suis attaché par reconiioissance, et je nedoiit pas qu'avec tin peu de choix dans mesiiïim je n'y pusse vivre agréablement; maisi'iiTfJs pays qui m'en a chassé n'a pas changé depis ma retraite, et ne me permet pas de songern retour. Celui de France est de tous lesainà monde celui qui convient le micuxàmoDGoijM et à mon cœur; et, tant qu'on me permetiniff vivre en liberté , je ne choisirai point dam asile pour y finir mes jours.
On me presse pour la poste ; et jesoisfonl de finir brusquement, en vous saioaDlm respect et vous embrassant de tout mooear
A MADAMB LATOCft.
Ce 28 Janvier im
Je crains bien, chère Marianne, qn'vfitieUR que je vous écrivis il y a dix oo iom'^ ne se soit égarée par ma faute, enceqiie,iB(' tant très-mal à propos fié è ma niéo}oir<!,ç est entièrement éteinte , au lieu de mettre s l'adresse la rue du Croissant, je mis seulm^^ la rue du Gros-Chenet. Ce qui augmeitteiat mon chagrin de cette perte est que j'eniro!!, dans cette lettre, dans bien des détails qu^l» rois désiré n'être vus que de vous. Peut^R aussi que votre silence ne vient que de ttf vous ignorez mon adresse. Elle est tont simplement, à M. Renou, à Trye, parGisorsJï tends de vous un mot d'éclaircissement,^ j'attends en môme temps des nouvelles de to» santé, et l'assurance que vous m'aimes v» jours.
A M. d'ivernois.
Trye, le SSJanTferlTII.
J'ai reçu, mon digne^mi, votre paqa^* %2x et il me seroit également parvenu sous!»-
dresse que je vous ai donnée, quand vous n'auriez pas pris Tinulile précaution de la double enveloppe» sous laquelle il n'est pas même à propos que le nom de votre ami paroisse en aucune façon. C'est avec le plus sensible plaisir que j'ai enfin appris de Vos nouvelles; mais j'ai été vivement ému de l'envoi de votre famille à Lausanne : cela m'apprend assez à quelle extrémité votre pauvre ville et tant de braves gens dont elle est pleine sont à la veille d'être réduits. Tout persuadé que je sois ^uo rien ici-bas ne mérite d'être acheté au prix du sang humain, et qu'il n'y a plus de liberté sur la terre que dans le cœur de rhomme juste, je sens bien toutefois qu'il est naturel à des gens de courage, qui ont vécu libres, de préférer une mort honorable à h plus dure servitude ; cependant, même dans le c^s le plus clair de la Juste défense de vous^êmes, ta certitude oùje «lis, qu'eu8sie&-voua pour un moment Ta vantage, vos malheurs n'en seroient ensuite que plus grands et plus sûrs, me prouve qu'en tout état de cause les voies de feit ne peuvent jamais vous tirer de la situation critique où TOUS êtes, qu'en aggravant vos malheurs. Puis donc que, perdus de toutes façons, supposé qu'on ose pousser ta chose à rextrême, vous êtes prêts à vous ensevelir sous les ruines de la patrie, faites plus ; osez vivre pour sa gloire au moment qu'elle n'existera plus. Oui, messieurs» il vous reste, dans le cas que je suppose, un dernier parti i prendre, et c'est, j'ose le dire, le seul qui soit digne de vous; c'est, au lieu de souiller vos mains dans le sang de vos compatriotes, de leur abandonner ces murs qui dévoient être l'asile delà liberté, et qui vont n'être plus qu'un repaire de tyrans; c'e^t d'en sortir tous, tous ensemble, en plein jour, vos femmes et vos enfans au milieu de vous, et, puisqu'il faut porter des fers, d'aller porter du moins ceux de quelque grand prince, et non pas rinsupportable et odieux joug de vos égaux. Et ne vouft imaginez pas qu'en pareil cas vous resteriez sans asile ; vous ne savez pas quelle estime et quel respect votre courage, votre modération, votro sagesse, ont inspiré pour vous dans toute l'Europe. Je n'imagine pas qu'il s'y trouve aucun souverain, je n^enexcepteaucun, qui ne reçût avec honneur, j'ose dire avec respect, cette colonie émigrante d'hommes trop
vertueux, pour ne savQjr pas être sujets aussi fidèles qu'ils furent zélés citoyens. Je comprends bien qu'en pareil cas plusieurs d'entre vous seroient ruinés : mais je pense que les gens qui savent sacrifier leur vie au devoir sauroient sacrifier leurs biens à l'honneur, et s'applaudir de ce sacrifice ; et, après tout, ceci n'est qu'un dernier expédient pour conserver sa vertu et son innocence quand tout le reste est perdu. Le cœur plein de cette idée, je ne me pardonnerois pas de n'avoir osé vous la communiquer. Du reste, vous êtes éclairés et sages; je suis très-sûr que vous prendrez toujours en tout le meilleur parti, et je ne puis croire qu'on laisse jamais aller les choses au point qu'il est bon d'avoir prévu d'avance pour être prêts à tout événement.
Si vosaffaires vous laissent quelques momens à donner à d'autres choses qui ne sont rien moins que pressées, en voici une qui me tient au cœur, et sur laquelle je voudrois vous prier de prendre quelque éclaircissement, dans quelqu'un des voyages que je suppose que vous ferez à Lausanne, tandis que votre famille y sera. Vous savez que j'ai à Nion une tante qui m'a élevé, et que j'ai toujours tendrement aimée, quoique j'aie une fois, comme vous pouvez vous en souvenir sacrifié le plaisir de la voir à l'empressement d'aller avec vous joindre nos amis. EHe est fort vieille, elle soigne un mari fort vieux; j'ai peur qu'elle n'ait plus de peine que son âge ne comporte, et je voudrois lui aider à payer une servante pour la soulager. Malheureusement, quoique je n*aie augmenté ni mon train, ni ma cuisine, que je n'aie aucun domestique à mes gages, et que je sois ici logé et chauffé gratuitement, ma position me rend la vie si dispendieuse, que ma pension me suffit à peine pour les dépenses inévitables dont je suis chargé. Voyez, cher ami, si cent francs de France par an pourroient jeter quelque douceur dans la vie de ma pauvre vieille tante, et si vous pourriez les lui faire accepter. En ce cas, la première année courroit depuis le commencement de celle-ci, et vous pourriez la tirer sur moi d'avance, aussitôt que vous aurez arrangé cette petite affaire>là. liais je vous conjure de voir que cet argent soit employé selon sa des-> tination, et non pas au profit de parens ou voisins Apres, qui souvent obsèdent les vieilles
CORRESPONDANCE
gens. Pardon, cher ami : ]e choisis bieo mal mon temps ; mais il se peut qu'il n*f en ait pas à perdra.
AU MÊME
Da château de Trye, ce 9 février 1768.
Dans rincertitnde, mon excellent ami, de la meilleure voie pour vous faire passer cette lettre sûrement et promptement, je prends le parti de risquer directement ce duplicata, et d*en adresser un autre à M. Coindet, pour vous le faire passer. C'est une lettre qu'il a reçue et qu'il m'a envoyée qui a occasionné la mienne. Le temps me presse ; je suis rendu de fatigue, navré de douleur, dans la crainte d'une catastrophe. Au nom de Dieu, faites-moi passer des nouvelles sitdt que le sort de votre pauvre état sera décidé. 0 la paix, la paix, mon bon ami 1 Hélas I il n'y a que cela de bon dans cette courte TÎe. J'embrasse nos amis; je vous embrasse de toute la tendresse de mon cœur. J'implore la bénédiction du ciel sur vos soins patriotiques, et j'en attends le succès avec la plus vive impatience.
J'espère que vous avez reçu ma précédente, que je vous ai adressée en droiture. C'est toujours la voie qu'il faut préférer, surtout pour tout ce qui peut demander du secret.
kV MÊMB.
Le 9 Mfrier 176S.
On m'a conmuniqué, mon bon ami, quelques articles des deux projets d'accommodement qui vous sont proposés, et j'apprends que le Conseil général, qui doit en décider, est fixé au 28. Quoique tant de précipitation ne me laisse pas le temps de peser suffisamment ces articles, quoique je ne sois pas sur les lieux, que j'ignore l'état des choses, que je n*aie ni papiers, ni livres, et que ma mémoire, absolument éteinte, ne me rappelle pas même votre constitution, je suis trop affecté de votre situation, pour ne pas vous dire, bien qu'à la hâte, mon opinion sur les moyens qu'on vous offre d*en sortir. Quelque mal digérée que soit cette épinion, je ne laisse pas, messieurs, de vous l'exposer avec confiance non pas en moi, mais
en vous, très-sùr que, si je me trompe, tou démêlerez aisément mon erreur.
Dans l'extrait qui m'a été envoyé, il oy a, du projet appelé le êeetmd, qa'on seul article qui est aussi le second ; saroir, réiectioo dé la moitié du petit Conseil par le Conseil ^ néral : ce second article n'étant bon à pu grand'chose, je ne dirai rien da projet dont li est tiré.
Je parlerai de l'autre, après avoir posé den principes que vous ne contesterez pas: rn, qu'un accommodement ne suppose pas qo'ii cède tout d'un côté et rien de l'autre, ans qu'on se rapproche des deux cêtés; l'astR. qu'il n'est pas question de victoire danscdi! affaire, ni de donner gain de cause aux Dé||itils ou aux représentans, mais de faire le pb grand bien de la chose commune, saostoojff si l'on est Rulule ou Troyen.
Cela posé, j'oserai vous dire que ce projet me parottnon-seulement acceptable, Duii,irK quelques changemens, et l'addition du « deux articles, le meilleur peut-être qie m pttbsiez adopter.
Le petit Conseil tend fortementiliplfldnn aristocratie : les maximes des rejràs&uia vont par leurs conséquences, non-seoleant à l'excès, mais à l'abus de la démocniiie,cà est certain. Or, il ne faut ni l'un ni l'antreiiiH votre république ; vous le sentez toos'.entnl^ petit Conseil, violent aristocrate, et IeCoof& général, démocrate effréné, (A trouTer»
force intermédiaire qui contienne l'un et r» tre, et soit la clef du gouvernement! Elieeii^ cette force, c'est le conseil du Deox-Geoi*: mais pourquoi cette force ne va-t-elie pts^ son butt pourquoi le Deux-QiPts, au lieade contenir le Vingt-Cinq, en est-il l'esclaTef^l a-t-il pas moyen de corriger cela? Voilipr^ cisément de quoi il s'agit.
Avant d'entrer dans l'examen des mojetf. ipermettez-moi, messieurs, d'insister sur m réflexion dont j'ai le cœur plein. Les meilleara institutions humaines ont leurs défaute : la t^ tre, excellente à tant d'égards, a celui d*èu« une source éternelle de divisions intestines. Do familles dominantes s'enorgueillissent, abusesi de leur pouvoir, excitent la jalousie; le peupi<> sentant son droit, s'indigne d'être ainsi irstoè dans la fange par ses égaux ; des tribsoii»
ANNEK 1768.
eoneurrens se cbicanent, se contre-poiDtent ; des brigaes disposent des élections; Tantorité et la libertéi dans un conflit perpétael» portent leurs querelles jusqu'à la guerre civile: j*ai vu vos concitoyens armés s*entr*égorger dans vos murs; en ce moment même» cette horrible catastrophe est prête à renaître ; et quand , dans vos plans de réforme, vous devriez, par des moyens de concorde et de paix, par des établissemens doux et sages, tâcher de couper la racine à ces maux, vous allez, comme à plaisir les attiser, en excitant parmi vous de nouvelles animositétf, de nouvelles haines, par la plus dure de toutes les censures, par l'inquisition du grabeau. Gela, messieurs, permettez-moi de le dire, n'est assurément pas bien pensé. Premièrement, le Conseil ne souffrira jamais on établissement trop humiliant pour de fiers magistrats ; et quand ils le souffriroicnt, je dis, pour le bien de la paix et de la patrie, il ne seroit point à désirer qu'il eût lieu. Loin d'établir de nouveaux grabeaux, vous feriez mieux d'abolir ceux qui existent, mais qui, très-heureusement, ne signifiant rien du tout, peuvent Tester sans danger.
Cela dit, je passée mon sujet : il s*agît d'un gouvernement mixte, mais difficile à combiner, où le peuple soit libre sans être maître, et oii le magistrat commande sans tyranniser. Le vice de votre constitution n'est pas de trop gêner la liberté du peuple; au contraire, cette liberté légitime ne va que trop loin, et, quoi qu'on en puisse dire, il n*est pas bon que le Conseil général soit nécessaire à tout.
Mais le vice inhérent et fondamental est dans le défaut de balance et d'équilibre dans les trois autres Conseils qui composent le gouvernement; ces trois Conseils, dont deux sont à peu près inutiles, sont si mal combinés, que leur force est en raison inverse de leur autorité légale, et que l'inférieur domine tout : il est impossible que ce vice reste, et que la machine puisse aller bien.
Ce qu'il y a d'heureux pourtant dans cette machine, qui ne laisse pas dTêtre admirable, est que cet important équilibre peut s'établir sans rien changer aux principales pièces ; tous les ressorts sont bons, il ne s'agit que de les faire jouer un peu différemment.
Hais ce qu'i) y a de fâcheux est que cette ré-
forme demande des sacrifices, et précisément de la part des deux corps qui jusqu'ici ont paru le moins disposés à en faire; savoir, le Conseil général et celui des Vingt-Cinq.
Or, voilà que, par plusieurs articles que j'ai sous les yeux, les Vingt-Cinq offrent d'euxmêmes presque tout ce qu'on pourroit avoir à leur demander; même en un sens, davantage. Ajoutez un seul article, mais indispensable^ et le petit Conseil a fait, de son côté, tous les pas nécessaires vers un accord raisonnabte et solide : cet article regarde l'élection des syndics, dans la supposition, presque impossible, que le cas qui se présente ici pour la première fois depuis la fondation de la république, y pût renaître une seconde fois ; auquel cas, au lieu de présenter derechef le Conseil en corps, comme on va faire, il faudroit, selon moi, se résoudre à présenter de nouveaux candidats, tirés des Soixante : je dirai mes raisons ci-après.
Que le Conseil général veuille céder à son tour, ou plutôt échanger, contre l'élection des Soixante qu'il gagne, un droit, un seul droit qu'il prétend, mais qu'on lui conteste, et dont il n'est point en possession ; au moyen de cela, tout est fait : je parle du droit de prononcer souverainement et en dernier ressort sur Tobrjet des représentations; en un mot, c'est le droit négatif qu'il s'agit d'accorder au Deux- Cents, déjà juge suprême de tous les autres appels. Peut-être est*il parlé, dans le projet, de cet article, et cela doit être, mais l'extrait que j'ai n'en dit rien.
Avec ces additions et quelques légères modifications au reste, le projet dont les articles sont sous mes yeux me paroit offrir un moyen de pacification convenable à tout le moMe, raisonnable du moins, solide et durable auteur qu'on peut l'espérer de l'état présent des choses et de la disposition des esprits ; et je crois qu'il on résulteroitun gouvernement qui, sans être plus composé que l'ancien, seroit mieux Né dans ses parties, et par conséquent plus fart dans son tout.
C'est surtout dansie second article que c<insiste essentiellement la bonté du projet * pav cet article, le Conseil des Soixante est en entier élu par le Conseil général, et tous les membres do petit Conseil doivent être tirés du Soimte
CORRESPONDANCE
(car il faut 6ter d*ici les auditears). L'idée de donner une existence à ce Conseil desSoixanle, qui n'étoit rien auparavant, est très-bonne ; elle est due aux médiateurs : il faut en profiter, et leur en savoir gré. Ceci suppose qu*on revêtira ce corps de nouvelles attributions qui lui donneront du poids dans rét<it ; mais bien qu'il soit rempli par le peuple, ce n'est pourtant pas en lui-même que s'opérera son plus grand effet, mais dans le Deux-Cents, dont les membres rentreront ainsi dans la dépendance du Conseil général, maître de leur ouvrir ou fermer à son gré la porte des grandes magistratures. Voilà précisément la solution très-simple et très-sûre du problème que je proposois au commencement de cette lettre.
Par le premier article, on accorde au Conseil général l'élection de la moitié des Deux-Cents; je ne serois pas trop d*avis qu*on acceptât cette concession : ces moitiés d'élection sont moins efficaces qu'embarrassantes. Il ne faut pas considérer les élections faites par le peuple, par leur effet subséquent, qui n'est rien, mais par leur effet antérieur, qui est tout. Les syndics aont élus parle Conseil général : voyez toutefois comment ils le traitent ! Le peuple ne doit pas espérer de ses créatures plus de reconnoistance quMI n'en a pour ses bienfaiteurs. Ce n'est pas à ce qu'on fait après être élu, mais à ce qu'on a fait pour être élu, qu'il faut regarder en bonne politique. Quand le peuple tire aes magistrats de son propre sein, il n'aug-» mente de rien sa force; mais quand il les tire d'un autre corps, il se donne de la force sur ce corps-là. Voilà pourquoi Télection du Soixante vous donnera de Pascendant en Deux-Cents, et pourquoi l'élection du petit Conseil donnera de f ascendant au Deux-Cents en Soixante. Vous en auriez par les syndics sur le Vingt-Cinq même, s'il étoit plus nombreux , ou que le choix ne fût pas forcé. C'est ainsi que les plus simples moyens, les meilleurs en toute chose, vontrtout remettre daiis l'ordre légitime et naturel.
Il suit de là que le privifége d'élire la moitié du Deux-Cents vous est beaucoup moins avantageux qu'il ne semble, et cela estirop remuant pour votre viUe, trop bruyant pour votre Conseil général. Le jeu de la machine doit être aussi fiioUe que simple, et toujours sans bntit.
autant qu'il se peut. L'éieclioa du Deux-Cenu, laissée au petit Conseil, a ponrUnt de gnods inconvéniens, je l'avoue ; mais n'y auroit-d pas, pour y pourvoir, quelque expédient plu court et mieux entendu ? Par exemple, où seroit le mal que cette élection fût une des nouvelles attôbutions dont on revêtiroiileConsej] des Soixante ? Le petit Conseil loi-même y devroit d'autant moins répugner que, par sa pT^ sidence et par son nombre, qui fait presqoela moitié du nombre total, il n'auroit guère mois d'influence dans ses élect ions que s'il contlnim seul à les faire : je n'imagine pasquececitae une grande difficulté.
Mais je crains que l'article de l'électioDiiei syndics n'en fasse davantage, et ne coûte bemcoup BU Conseil ; car il y a, chez les bomoiB les plus éclairés, des entètemens dont ils ni doutent pas eux-mêmes, et souvent ils agiaei par obstination^ pensant agir par nimBi s'effraieront de la possibilité d'ancssqviiii sauroit mé0ie arriver désormais, sonooiali loi qui doit y pourvoir passe. Le Goosed^ Vingt-Cinq sent trop sa puissance aM;il sent trop que tout dépend de lui, qiininl ne dépend de rien, de rien du tottt;(!àiAQtii le rendre dur, exigeant, impérieux, qwiqKfois injuste. Pour son propre intérftt^poortt faire supporter, il faut qu'il dépende de qtttlque chose ; car le tçn qu'il a pris ne peniètre souffert par des hommes. Eh ! quelle plus légère dépendance "peut-il s'imposer que celle. non pas de souffrir, mais do prévoir, seD)^ ment dans un cas extrême, la perte passagm d'un syndicat en idée, et qui réellement oesortira jamai? de son corps? Cependant ce sae^ fice idéal et purement chimérique peotetdoi: produire un grand effet, pour leur rendre cft esprit humain et patriotique qui parottsèCR éteint parmi eux. Ehl s'il en reste unseuli qui quelque goutte de sang genevois couIeeDcore dans les veines, comment ne frémit-il p) en songeant au péril auquel ils viennent deiposer l'état pour vous asservir, et dont ils non été garantis eux-mêmes que par votre fermer. par votre sagesse, par la modération des édiateurs, quoique si cruellement préreDOï' Comment les chefs de la république pouToies!ils ne pas prévoir, en exposant ainsi sa libcrù que le peuple en auroit avant eux déploré ^
perte» nais qu'ils Tauroîent sentie avant lui I Ko voyant un moyen si doux, mais si sûr, de çaranfir leurs successeurs de pareille incartade, ils devroient, s'ils aimoient leur pays, le proposer eux-mèmefl, quand personne avant eux ne Tauroit proposé. Pour moi , je vous déclare que cet article me parolt d'une si grande importance, que rien, selon moi, ne devroît vous y faire renoncer, pas» quand on vous céderoit tout le reste, pas, quand les Conseils voudroiént en échange renoncer au droit négatif.
Mais je ne vous dissimulerai pas non plus que ce droit négatif attribué, non pas au pelitCon-^ seil» ni même ais(B^XBnte,maisau Deux-Cents, me parott si nécessaire au bon ordre, au maintien de toute police, à la tranquillité publique, à la force du gouvernement , que, quand on y vottdroit renoncer, vous ne devriez jamais le permettre.S'il n'y a poinid'arbitresdes plaintes, comment finiront-elles? Si le Conseil général, auteur des lois, veut être aussi juge des faits, vous n'êtes plus citoyens, vous êtes magistrats; c'est Tanarchie d'Athènes, tout est perdu. Que chacun rentre dans sa sphère, et s'y tienne, tout est Sttuvé. Encore une fois, ne soyez ni négatifs, ni représentans ; soyez patriotes, et ne reconnoissez pour vos droits que ceux qui sont utiles à cette petite mais illustre république, que de si dignes citoyens couvrent de gloire. Ce n'est point, messieurs, à des gens comme vous qu'il faut tout dire. Je ne m'arrêterai point à vousdétailler lesavantagesdu projet proposé, dans l'état où vous pouvez raisonnablement demander qu'on le mette, et où les changemens i faire sont autant contre vous que pour vous. Je n'ai rien dit, par exemple, de l'abolition du plus grand fléau de votre patrie, de cette autorité devenue héréditaire et tyrannique, usurpée et réunie par des familles qui en abusoient si cruellement. C'est a cette première entrée qu'il faut attendre et repousser au passage tout ce qui est de même sang, ou de même nom ; car une fois dans le Conseil, soyez sûrs qu'ils parviendront au syndicat malgré vous; mais ils n'entreront pas dans le Conseil malgré vous : c'est a vous d'y veiller, et cela devient trèsfacile. Encore une fois, cette observation ni d'autres pareilles ne sont pas de celles qu'on a besoin de vous rappeler; c'est assez d'avoir
établi les principes, les conséquences ne vous échapperont pas.
Je me suis hAté, mon bon ami, de vous faire ab hoc et ab hdc mes petites observations, dans la crainte de les rendre trop tardives. Si je me suis trompé dans cet examen trop précipité, hommes sages et respectables, pardonnez mon erreur à mon zèle ; je crois sincèrement que le projet dont il s'agit scroit, dans son exécution, favorable à la liberté, A la tranquillité, à la paix; je crois, de plus, que cette paix vous est très-nécessaire, que les circonstances sont pro«* près à la faire avantageusement , et ne le redeviendront peut-être jamais. Puissé-je en apprendre bientôt l'heureuse nouvelle et mourir de joie au même instant I je monrrois plus heureusement que je n'ai vécu. Je vous em« brasse de tout mon cœur.
• A H. DU piraou •
10 février ITSS.
Votre n« 5, mon cher hAte, me donne le plaisir impatiemment attendu d'apprendre vo^ tre.heureuse arrivée, dont je félicite bien sincèrement l'excellente maman et tous vos amis. Vous aviez tort, ce me semble, d'être inquiet de mon silence. Pour un homme qui n'aime pas A écrire, j'étois assurément bien en règle avec vous qui l'aimez. Votre dernière lettre étoi tune réponse ; je la reçus le dimanche au soir : elle m'annonçoit votre départ pour le mardi matin, auquel cas ii étoitde toute impossibilité qu'une lettre que je vous aurois écrite à Paris vous y pût trouver encore, et il étoit naturel que j'at* tendisse, pour vous écrire à Neuchâtel, de vous y savoir arrivé, la neige ou d'autres accidens» dans cette saison , pouvant vous arrêter en route. Ma santé, du reste, est A peu prèa comme quand vous m'avez quitté ; je garde mes tisons; l'indolence et l'abattement me gagnent : je ne su is sorti que trois fois depuis votre départ, et je suis rentré presque aussitôt. Je n'ai plus de cœur A rien, pas même aux plantes. Manoury, plus noir de cœur que de barbe, abusant de i'éloignement et des distractions de son maître, ne cesse de me tourmenter, et veut absolument m'expulser d'ici ; tout Cila ne rend pas ma vie agréable ; et quand elle oesseroit d'être
CORRESPONDANCE
orageusoy^n'y voyant plas même un seul objet de désir pour mon cœur, j'en trouverois toujours lo reste insipide.
Jilademoiselle Renou^ qui n*attendoit pas moins impatiemment que moi des nouvelles de votre arrivée, Ta apprise avec la plus grande joie, que votre bon souvenir augmente encore. Pas un de nos déjeuners ne se passe sans parler de vous ; et j'en ai un renseignement mémorial toujours présent dans le pot-dc-chambre qui vousservoit de tasse, et dont j'ai pris la liberté d'hériter.
J'ai reçu votre vin, dont je vous remercie, mais que vous avez eu tort d'envoyer : il est agréable i boire; mais pour naturel, je n*en crois rien. Quoi qu'il en soit, il arrivera de cette affaire comme de beaucoup d'autresi que l'un fait la faute et que l'autre la boit.
Rendez, je vous prie, mes salutations et amitiés à tous vos bons amis et les miens, surtout à votre aimable camarade de voyage à qui je serai toujours obligé. Mes respects, en particulier, à la reine des mères, qui est la vdlre, et aussi à la reine des femmes, qui est madame de Luze. Je suis bien fâché de n'avoir pas un lacet à envoyer à sa charmante fille, bien sûr qu'elle méritera de le porter.
Il faut finir» car la bonne maman Chevalier est pressée et attend ma lettre. Je prends l'unique expédient que j'ai de vous écrire d'ici en droiture, en vous adressant ma lettre chez M. Junet. Adieu, mon cher hôte; je vous embrasse et vous recommande, sur toute chose, l'amusement et la gatté : vous me direz : Médecin, guéris-toi toi-même; mais les drogues pour cela me manquent, au lieu que vous les avez.
J'ai tant lanterné que la bonne dame est partie, et ma lettre n'ira que demain peut-être, ou du moins ne marchera pas aussi sûrement.
A H. D'rVERNOIS.
Du cbâteaa de Trye, ce 25 féTiier 1766.
Je reçois, mon bon ami, avec votre lettre du ^7f le mémoire que vous y avez joint; et quand je sorois en état d'y faire les observations que vous me demandez, il est clair que le temps me manqueroit pour cela, puisque cette lettre.
écrite sur le moment même, aora peiae, np. posé même que rien n*en suspende la mardie, à vous arriver avant le 28. Mais, mon excelieni ami, je sens que ma mémoire est éteinte, que ma tête est en confusion, que de nonTellesidéa n'y peuvent plus entrer, qu'il me fantmènen temps et des efforts infinis pour reprendre b trace de celles qui m'ont été familières. Je m suis plus en état de comparer, de combioer; ji ne vois qu'un nuage en parcoaraatTo&re mémoire ; je n'y vois qu'une chose claire, qoe ji savois, mais qui m'est bien confinnée, c'a que les rédacteurs de ce mémoire sont assez» struits, assez éclairés, assezsages pour faire pv eux-mêmesunebesogne toutaissi bonne qi'A peut l'être, et que, dans Tobjet qui lesoccife, ils n'ont besoin que de temps, et non pasè conseils, pour la rendre parfaite. J*y Tobbia clairement encore que, comme je l'aroiiiiRn, la précipitation de ma lettre précédeott,fi l'ignorance d'une foule de choses (p'ûbk savoir m'y ont fait tomber dans de ^ bévues, dont vous en relevez dans votninv une qui maintenant me saute aux yen.
Cependant je suis dans la plus ItfKpsuasion que votre état a le plus gnsiixsna d'une prompte pacification, et quede|^^ délais vous peuvent précipiter dansiez pin grands malheurs. Dans cette posiiioa, an vient une idée qui doit sôrementètreTeoMt quelqu'un d'entre vous, et dontjeneToispe pourquoi vous ne feriez pas usage, putt qu'elle peut avoir de grands avanugessansff cun inconvénient. Ce seroit, pour tous dooiki le temps de peser un ouvrage quidemaDdeopendant la plus prompte exécution, défaire» règlement provisionnel qui n'eût force (ie!>^ que pour vingt ans, durant lesquels onanroii^ temps d'en observer la force et la n)arcbe,f> au bout desquels il seroit abrogé, modifié i^ confirmé, selon que l'expérience enauroitii sentir les incon venions ou les avanuges.P^^ moi, je n'aperçois que ce seul expédient por concilier la diligence avec la prudence;^ j'avoue que je n'en aperçois pas le danger, i^ paix, mes amis, la paix, et promptement,oii; meurs de peur que tout n'aille mal.
Vous ne recevrez point le duplicata dcr lettre par M. Coindet : il n'en a pas é(é cooie^ et me Ta rendue. Je m'en étoisdoutéd'tv^
L'article IX, poge 40» commence par ces mots, S'il se publioiL.». Il faut, ce me semble, ajouter ces deux^ci, dans l'état; car, enfin , il ne parott absurde et ridicule que te gouyernementdeGenèYe prétende avoir juridiction sur les livres qui s'impriment hors de son territoire dans tout te reste du monde; et parce que le petitGonseilafait une fois cette fan te, il ne faut pas pour cela la consacrer dans vos lois, d'autant plus que je ne demande, ni ne désire, ni n'approuve que Ton revienne jamais sur cette affaire, puisque ayant fait un serment solennel de ne rentrer jamais dans Genève, si ce petit grief étoit redressé, il nedépendroit pas de moi de tireraucun parti dece redressement; ce dont je suis bien aise de vous prévenir, de peur que votre zèle amical ne vous inspirât dans la suite quelque démarche inutile sur un point qui doit à jamais rester dans, l'oubli. An reste, je mets si peu de fierté à cette résolution, qvet si par quelque démarche respectueuse je pouvoisôterone partie du levain d'aigreur qui fermente encore, je la ferois de tout mon cœur.
Je finis à la. hâte ce griffonnage, que je n*ai pas môme le temps de relire, tant je suis pressé de le faire partir.
Eh mon Dieu 1 cher ami,j'oubliede vous parler de ce que vous avez fait pour ma bonne tante, et de l'argent que vous avez avancé pour moi. Hélas I je suis si occupé de tous que je ne songe pas même à ce que vous faites pour moi. Mais, mon digne ami, vousconnoissez mon cœur, je m'en flatte, et tous êtes bien s&rque cet oubli ne durera pas long-^ temps. Ah I plaise au ciel que votre première lettre m'annonce une bonne nouvelle ! Si je tarde encore un instant, ma lettre n'est plus à temps. Je vous embrasse.
1^ MADAME LA COMTESSlItDB BOUFrtKRS.
Le SUS février I76S.
Je vieillis dans les ennuis, mon âme est affoiblie, ma tète est perdue; mais mon cœur «est toujours le même : il n'est pas étonnant qu'il me ramène â vos pieds. Madame, vous n'êtes pas exempte de torts envers moi : je sens vivement les miens ; mais tant de maux soufferts n'ont-ils rien expié? Je ne sais pas reve-
nir à demi; vous me connoissez assez pour en être assurée. Ne dois-jedonc plus rien espérer de vous? Ah ! madame, rentrez en vous-même, et consultez votre âme «obte.'Yoyez qui tous sacrifiez, et à qui? Je vous demande une heure entre le ctel et vous pour cette comparaison. Souvenez-vous du temps où vous avez tout fait pour moi. Combien vos soins bienfaisans seront honorés un jour ! Ëh I pourquoi détruire ainsi votre propre ouvrage? pourquoi vouren êter tout le prix? Pensez que, dans l'ordre naturel, vous devez beaucoup me survivre, et qu'enfin la vérité reprendra ses droits. Let hommes fins et accrédités peuvent tout pendant leur vie : ils fascinent aisément les yeux de la multitude, toujours admiratrice dft la prospérité : mais leur crédit ne leur survit pas, et sa chute met à découvert leurs intrigues. Ils-peuvent produire une erreur pubMque» mats ils ne la peu^ yent éterniser; et j'ose prédire que ^ous verrez têt ou tard ma mémoire en honneur. Faudra-t-il qu'alors mon souvenir, fait pour vous flatter, vous trouble ? faudra-t-il que vous TOUS disiez en vous-même : TatTu sans pitié traîner, étouffer dans la fange, un homme digne d'estime, dont tessentimens aToientbien mérité de moi? Non, madame, jamais te générosité que je vous connois ne vous permettra d'avoir un pareil reproche à vous faire. Poilr l'amour de vous, tirez-moi de Tablme d'iniquités oit je suis plongé. Faites-moi finirmes jours en paix : cela dépend de vous, et fera la gloire et la douceur des vAtres. Les moMi que je vous présente tous montrent de quelle espèce sontceux que jecroisfaits pour TOUS émooToir. De toutes les réparations que je pouTOis tous faire, Toilâ, maémie, celle qui m'a paru la plus digne de vous et- de moi.
A M. DU PEYROU
8 man 1768.
Votre n<»6, mon cher hôte, m'afflige en m'apprenant que vous avez un nouveau ressentiment de goutte assez fort pour vous empêcher de sortir. Je crois bien que ces petits accès plus fréquens vous garantiront des gran<des attaques. Maiscommel'un decesdeux états est aussi incommode que l'autre est douloii*-
T. IV
reux» je ne sais si voos vous accommoderiez d*ayoir ainsi changé vos grandes douleurs en petite monnoie ; mais il est à présumer que ce n*est qu'un» queue d^cette goutte effarouchée, et que tout reprendra dana peu son cours naturel, Âpprenei donc, une-fois pour toutea, à ne vouloir pas guérir malgré la nature f . oar c est le moyen presque assuré d'augmenter vos maux.
A mon égard, les conseit^que vous me donnc|z sont plus aisés à donner qu*à suivre. Les herborisatiaiis et les promenades seroient en effetdedottCQsdiversionsà mes ennuis, si elles m'étoient laissées; mais les gens qui disposent de moi n'ont garde de me laisser cette ressource. Le projet dont MM* Manoury et Des-champs sont les exécuteurs demande qu'il ne m'en reste aucune. Gomme on m'attend au passage, on n'épargne rien pour me chasser d'ici ; et il parott que Ton veut réussir dans peu, de manière ou d'autre. Un des meilleurs moyens que Ton prend pour cela est de lâcher sur moi la populace des villages voisins. On n'ose plus mettre personne au cachot , et dire que c'est moi qui le veux ainsi ; mais on a fermé, barré, barricadé le château de tous les côtés : il n'y a plus ni passage ni communication par les cours ni par la terrasse; et, quoique cette clôture me soit très-incommode à moi- môme, on a soin de répandre, par les gardes et par d'autres émissaires, que c'est le Monsieur du château qui exige tout cela pour faire pièce aux paysans. J'ai seati Teffctde ce bruit dans deux sorties que jai faites, et cela ne m'excitera pas è lesmifliiplier. J'ai prié le fermier de me faire faire uneclefdeson jardin, quiest assez grand, et ma résolution est de borner mes promenades à ce jardin et au petit jardin du prince, qui, comme vous savez, est grand comme la main et enfoncé comme un puits. Voila, mon cher hôte , comment au cœur du royaume de France les mains étrangères s'appesantissent encore sur moi. A l'égard du patron de la case, on lempôche de rien savoir de ce qui se passe Btde s'en mêler. Je suis livré seul et sans ressource à ma constance et à mes persécuteurs, i'espëre encore leur faire voir ique la besogne qu'ils ont entreprise n'est pas si facile à exécuter qu'ils Tont cru. Voilà bien du verbiage pour deux mois de réponse qu'il vous falloitsur cet
article. Mais j'eus toujours te CQenreipnnir; je ne serai jamais bien corrigé de cela, et Totn devise ne sera jamais la mienne.
J'ai découvert avec une peine tninielesnoim de botanique de plosieurs plantes de Gsnnli J'ai aussi réduit, avecnon meim de peine, iei phrases de Sauvages à la nomenelatare triTiak de Linnaus, qui est Crès*commode. Si le plaisir d'avoir «n jardin vous rend un peu de gé pour 4a botaniq^ic, je pourrai vous épujner beaucoup de travail pour la sjDOoymie, a vous envoyant pour vos exemplaires ce qoej'n noté dans les miens, et il est absohioient Déossaire de débrouiller cette partie critique (ie h botanique pour reconnottre la nème pbnie,] qui souvem chaque auteur donne an oomi' férenr.
Je ne vous parle point de vos affaires p# ques ; non que je cesse jamais d'y preodrevtérèt, mais parce que cet intérêt, borné ]»r«i effets à des vœux aussi vrais qu'inpuissiuè voir bientôt rétablir la paix dans tomes rae» trées, ne peut contribuer en rien h faocéinr.
Adieu, mon cher hôte : mes hofluu^^ la meilleure des mères; mille choseiwliA M. Jeannin, et à tous ceux qui m'aimi^etî tous ceux que vous aimez.
ir. vouLTOo*
A Trye, par Oiiort, leTnuntTtf-
Gomme j'ignore, monsieur, ce qne ll.€0ffdet a pu vous écrire, je veux vous rendre codiik moi-même de ce que j'ai fait. Sitôt qn'ii o^ envoyé votre première lettre, j'en écrifisiiKi M. d'Iveroois, leseulcorrespondaDtqnejei»
sois laissé à Genève, et auquel m6aQe,dep mon funeste départ pour l'Angleterre, je bV vois pas écrit plu8^.de cinq ou six fois. Cet» lettre, raisonnée de mon mieux, maisprcssâo» et impartiale autant qu'il étoit possible, F choit en plusieurs points faute de connoissaDti de la situation de vos attires, dont jenesaToe absolument rien que ce qui en étoit dit daos J vôtre ; j'y bl&mois fortement le grabeanpi^ posé ; j'y proposois le projet du Conseil, dfl* j'avois l'extrait dans votre lettre, comme eiwlent en lui-même, sauf quelques cliangeoKt^ cl additions, les unes favorables, lesauircsc3&
ANNÉE i768.
Tiff
traires aux représentans , $e]mk qu'il m'àvw^ paru nécessaire pour faire uo tout plut solide vi bien pondéré. J'avoia écrit cette lettre à la hâte, elle étoit très-longue : je l'envoyai ouverte i H. Goindet^ le priant de la fiiire passer à son adresse , et de vous en envoyer en mâme temps une copie. Quelques jours après il oie marqua n'avoir rien fait de tout cela , parcQ qu'il ne trouvoit pas que cette lettre allât â son but. Il est venu me voir» et je me la suis fait rendre : j'offre de vous renvoyer quand il voua plaira, afin que vous en puissiez juger vousmême. Gomme le moment pressoit , et que je prévoypîs un peu ce qu'a fait M. Goindet, j*avois envoyé en même temps le brouillon de la même lettre en duplicata, directement à M. d'Ivernois, dont les amis ne Tontes non plus approuvée, et il m'est arrivé ce qu il arrive ordinairement à tout homme impartial entre deux partis échauffés, qui cherche sincèrement Tintérét commun et ne va qu'au bien de la chose; j'ai déplu également des deux côtés. Voyant les esprits si peu disposés encore à se rapprocher, et sentant toutefois combien la plus prompte pacification vous est à tous importante et nécessaire, j'ai eu depuis une autre idée que j'ai communiquée encore à M. d'Ivernois; mais je ne sais s*il aura reçu ma lettre : ce seroit de tâcher du moins de faire un règlement provisionnel pour vingt ans, au bout desquels on pourroit l'annuler ou le confirmer, selon qu'on Tauroit reconnu bon ou mauvais à l'usage : on doit tout Ciire pour apaiser ce moment de chaleur qni'peui avoir les suites les plus funestes. Quand on ne se fera plus un devoir cruel de m'affliger, quand je ne serai plus, et que les circonstances seront changées, les esprits se rapprocheront naturellement, et chacun sentira tôt ou tard que son plus vrai bien n!«sit quç dans le bien de la patrie.
Vous devez le savoir, monsieur ; si j'en a vois été cru, non-seulement on n'e&t point soutenu les représentations, mais on n'en eût point fait; car naturellement je semois qu'elles ne pouyoîent avoir ni succès ni suite, que tout étoit contre les représentans , et qu'ils seroient infailliblement les victimes de leur sèk patriotique. J'éloia bien éloigné de prévoir le grand Gt beau spectacle qu'ils viennent de donner a l'univers, et qni, quoi qu'en puissent dire nos
contempnrains, fera radouration de la postérité. Gela devroit bien guérir vos magistrats, d'ailleurs si éclairés, si sages sur tout autre point , de l'erreur de regarder le peuple de Genève comme une populace ordinaire. Tant qu'ils ont agi sur ce faux préjugé ils ont fait de grandes fautes qu'ils ont bien payées ; et je prédis qu'il en sera de même tant qu'ils s'obstineront dans ce mépris très-mal entendu: quand . on veut asservir un peuple libre, il faut stroit employer des moyens assortis à son génie , et rien n'est plus aisé; mais ils sont loin de ces moyens-là. Je reviens à moi : le malheur que j'ai eu d'être impliqué dans lescommencemens de vos troubles ma fait un devoir, dont je ue me suis jamais départi, de n'être ni la cause ni le prétexte de leur continuation. G'est ce qui m'a empêché d'aller purger le décret , c'est ce qui m'a fait renoncer à ma bourgeoisie , c'est ce qui m'a fait foire le serment solennel de ne rentrer jamais dans Genève, c'est ce qui m'a. fait écrire et parler à tous mes amis comme j'ai toujoursfait;etj'ai encore renouveléen dernier lieu, à M. d'Ivernois, les mêmes déclarations que j'ai souvent faites sur cet article, ajoutant même que , s'il ne tenoit qu'à une démarche aussi respectueuse qu'il soit possible pour apaiser l'animosité du Gonseil, j etois prêt à la bir» hautement et de tout mon cœur : pourvu qu» vous ayez la paix , rien ne me coulera , monsieur, je vous proteste, et cela sans espoir d'aucun retour de justice et d'honnêteté de la pan de personne. Les réparations qui me sont dues* ne me seront faites qu'après ma mort, je le sais, mais elles seront grandes et sincères ; j'y compte, et cela me suffit. Malheureusement je ne peux rien; je n'ai nulle espèce de crédit dans Genève , pas même parmi les représen* tans. Si j'en avois eu, je vous le répète, tout ce qni s'est fait ne se seroit point fait.* D'ailleurs je ne puis qu'exhorter , mais je ne veux pastromper : j^ dirai , comme je le crois , que la paix vaut mieux que la liberté, qu'il ne reste ' plus d'asile à la liberté sur la terroque dans le cœur de Thomme juste, et que ce n'est pas la peine de se batailler pour le reste; mais quand il s'agira de peser un projet et d'en dire mon sentiment , je le dirai sans déguisement. £ihcore une fois, je veux exhorter, pais non pae tromper.
CORRESPONDiVNCE.
Je Bois bien aiie, moniieur, que tous pen-
sin savoir qne je buis trenquille et que cala
lir. Cependant, si tous connois-
)e situation, tous ne me croiriei
■nsins de H. Hume , et vous ne
n pas i M. Coindel pour dire le
lODvet penser de cet homme- là.
ir : je ferai toujours cas de votre
rai toujours flatté d'en recevoir
dea témoignages ; mais comme vous n'ignorez
ni mon habitation ni le nom que j'f pone, tous
ma ferez plaisir de m'écrire directement par
préférence , ou de faire passer vos lettres par
d'autres mains; et surtout ne soyez jamais la
dupe de ceux qui font le plus de bruit de leur
grande amitié pour moi.J'oubliois de vous dire
que U. Coindet ne m'envoya que le 20, c'eil-
i-dire le lendemain du Conseil général , votre
lettre du 4 0 ; que je ne la reçus que le 3 mars,
et que par conséquent il n'éioit plus temps d'en
Elire uaage. Ds reste , ordonnez ; je suis prêt.
t M-, D ivianois.
Votre lettre , mon ami , du 29 , me hit frémir I Ah 1 cruels amis , quelles angoisses vous me donnez I n'ai-je donc pas assez des miennesT Je vons eiéiorte de toutes les puissances de mon Aowde renoiHwrice malheureux grabeau qui sera la cause de votre perte, et qui va susciter contre vous la clameur universelle qui jusqu'à présent étoit en votre Faveur. Cherchez d'autres équivalens, consultez vos lumières, pesez, imaginez, proposez jmais, je vous enconjure, hfttez-vous de finir, et de finir en hommes debienetde paix, et avecautantde modération, desagesse et degloirequevousavez commencé. N'attendez' pas que votre étonnante union se relâche, et ne comptez pas qu'un pareil miracle dure encore long-temps. L'expédient d'un reniement provisionnel peut vous faire passer sur bien des choses qui pourront nvoir leurcorreoiif dans nn meilleur temps : ce moment court et passager vOQs est favorable ; mais si vous ne le saisiuez rapidement, il va vous échapper; tout est contre vous, et vous êtes perdus. Je pense bien différemment de vous sur la chance gi-nèrale de l'avenir; car je suis irès-persuadé
que dans dix «ns , et sortant dans viofl , die sera bemcoup plus avantageuse à la canse des représenians, et cela me panrit infoilliMe : miii on ne peut pas tout dire par leltrea , cela deviendroit trop long : enfin, je tous en oonjnre derechef par vos familles , par voire patrif , par tous vos devoirs, finissez et promplemoit, dussieB-vwjs beaucoup céder : ne changes pu la constance en opiniâtreté ; c'est le seol moyoi de conserver l'estime publique que tous am acquise, et dont voua sentirez le prix ttn jour. Mon coeur est si plein de cette nécesaité dm prompt accord, qu'il vondroit s'élancer an milieu de vous, se verser dans tous les vfttrespour vous la faire sentir.
Je diffère lie vous rembourser les cent frasa que vous avez mancés pour moi , dans l'espar d'une occasion plus commode. Lorsque m songerez à réaliser votre ancien projet, psôs Heconfidens, point de bruit, point de noaK,et surtout défiez-vous par préférence de cesiq» font ostentation de leur grande amitié par moi. Adieu , mon ami : Dieu veuille béar m travaux et les couronner 1 Je tous embrat
A M. LB HUQUIS DI HIUaBAB.
Je ne voua répéterai pas , mon illustre «à, les monotones excuses de mes longs sUenco, d'autant moins que ce seroit toujours à recoamencer ; car é mesure que mon abauemeot d mon découragement augmentent, ma pareat augmente en mémo raison. Je n'ai plus d'acovité pour rien ; plus même pour la promenadt. à laquelle d'ailleurs je suis forcé de renonça depuis quelque temps. Réduit au Iravail trèsfatigant de me lever ou de me coucher, p trouve cela de trop encore ; du reste , je sab nul. Ce n'est pas Beulemeni là le mieux poo; ma paresse , c'est le mieux aussi pour ma raison ; et comme rien n'use plus vainement la tk que de regimber contre la nécessité, le meilleor parti qui me reste à prendre, et que je prends est de laisser faire sans résistance ceux qn disposent ici de moi.
1^ proposition d'aller vons voir i Fleary esi aussi charmante qu'honnête, et je sens que l'aimable société que j'y trouveroie seroii en efitt
un spécifique excellent contre ma tristesse. Vos expédiensy mon illustre ami, vont mieux à mon cœur que voire morale ; je la irouvç trop haute pour moi, plus stoîque que consolante ; et rien ne me parott moins calmant pour les gens qui souffrent que de leur prouver qu'ils n ont point de mal. Ce pèlerinage me tente beaucoup, et c'est précisément pour cela que je crains de ne le pouvoir faire ; il ne m'est pas donné d'avoir tant de plaisir. Au reste, je no prévois d'obstacle vraiment dirimant que la durée de mon éiat présent qui ne me permettroii pas d'entreprendre un voyage quoique assez court. Quant à la voionié.jevousjure qu'elle y est tout entière, de même que la sécurité. J'ai la certitude que vous ne voudriez pas m'exposer, et l'expérience que votre hospitalité est aussi sftre que douce. De plus, le refuge que je suis venu chercher au sein de votre nation sans précaution d'aucune espèce, sans autre sûreté que mon estime pour elle, doit montrer ce que j'en pense, et que je ne prends pas pourargent comptant les terreurs que Ton cherche à me donner. Enfin, quand un homme de mon humeur, et qui n'a rien à se reprocher, veut bien, en se livrant sans réserve à ceux qu'il pourroit craindre, se soumettre aux précautions suffisantes pour ne les pas forcer à le voir, assurément une telle conduite marque non pasdeVarrogance, mais de la confiance ; elle est un témoignage d'estime auquel on doit être sensible, et non pas une témérité dont on se puisse offenser. Je suis certain qu'aucun esprit bien fait ne peut penser autrement.
Ck>mptez donc, mon illustre ami, qo'aucune '^'^ainte ne m'empêchera de vous aller voir. Je n'ai rien altéré du droit de ma liberté, et difficilement ferai-je jamais de ce droit un usage plus agréable que celui que vous m'avez proposé. Mais mon état présent ne me permet cet espoir qu'autant qu'il changera en mieux avec la saison; ccst de quoi je ne puis juger que quand elle sera venue. En attendant recevez mon respect, mes remerclmens, et mes embrassemens les plus tendres.
It. DU PEYROD.
Le 24 mars 1768.
J'ai répondu, mon cher b6tc, à votre n"* 6, et il me semble que cette réponse auroit dû vous être parvenue avant le départ de votre n<» 7; mais, n'ayant ni mémoire pour me rappeler les dates, ni soin pour suppléer à ce défaut, je ne puis rien affirmer, et je laisse un peu notre correspondance au hasard, comme toutes les choses de la vie, qui, tout bien compté, ne valent pas la sollicitude qu'on prend pour elles. J'approuve cependant très-fort que vous n'ayez pas la même indifférence, et que vous vous pressiez de vouloir mettre en règle nos affaires pécuniaires ; je vous avoue même que sur ce point je n'avois consenti à laisser les choses comme elles sont restées, que parce qu'il me sembloit qu'à tout prendre, ce qui demeu*roit dans vos mains valolt bien ce qui a passé dans les miennes.
Je n'ai point prétendu, non plus que vous, annuler en partie l'arrangementque nousavions fait ensemble, mais en entier, et vous avez dû voir par ma précédente lettre que la chose ne peut être autrement. H s'ensuit de cette ré*siiiation, comme vous avez vu dans mon mémoire, que je vous reste débiteur des cent louis que j*ai reçus de vous, et qu'il faut q«e je vous restitue, puisque, outre le recueil de tous mes écrits et papiers, qui est entre vos mains, et dont il ne s'agit plus, vous ne croyez pas devoir vous permettre de prendre cette somme sur les trois cents louis que vous avez reçus de mylofd maréchal ; j'avoiscru, moi, l'y pouvoir assigner, parce qu'enfin, si ces trois cents louis apparienoicntàquelqij'un,c'étoità moi, depuis que mylord maréchal m'en avoit fait présent, que même il me les avoit voulu remettre, et que c'étoit à mon insunte prière qu'il avoit cherché à m'en constituer la rente par préférence. Vous avez la preuve de cela dans les lettres qu'il m% écrites à ce sujet, et qui sont entre vos mains avec les autres. D'ailleurs, il me sembloit que sans rien changer à la destination de cette rente, quatre on cinq ans, dont une partie est déjà écoulée, suffisoient pour acquitter ces cent loiHs. Ainsi, vous laissant nanti àe tomes manières, je ne songeois guère à ce remboursemeni acuiel en quoi i'avois tort; car il est clair que
COUUESPONDANCE.
toui» ces raisonnemens» bons pour moi, ne pouvoîent avoir pour vous la même force.
Bref, j*ai reçu de vous cent louis qu'il faut vous restituer; rien n'est plus clair ni plus juste. 11 reste à voir, mon cher hôte, par quelle voie vous voulez que je vous rembourse cette somme. Je n'ai pas de banquiers à mes ordres, et je ne puis vous la faire tenir à Neuch&tel ; mais je puis, en nous arrangeant, vous la foire payer a Paris, à Lyon, ou ici; choisissez, et marquez-moi votre décision. J'attends là-dessus vos ordres, et je pense que plus tôt cette affaire sera terminée, et mieux ce sera.
Pour vous punir de ne rien dire de précis sur votre santé, je ne vous dirai rien de la mienne. Dans votre précédente lettre vous étieecontçnt de votre estomac et de votre état, à la goutte près, à laquelle vous devez être accoutumé. Danseelle-ci vous trouvez chez vous la nature en décadence. Pourquoi cela?i^âree que vous êtes sourd et goutteux; mais il y a vingt ans que vous Têtes, et votre état n'est empiré que pour avoir a toute force voulu guérir. On ne meurt pointde la surdité, et Ton ne meurt guère de la goutte que par sa faute. Mais vous aimez à vous affubler la têfe d*un drap mortuaire ; et d*iot à l'âge de quatre-vingts ans queVous êtes Mt pour atteindre, vous passerez votre vie à faire des arrangemens ponr la mort. Croyezmoi, mon cher hôte, tenez votre ftme en état de ne la pas craindre ; du reste, iaissez-la venir quand elle voudra, sans lui faire l'honneur de tant songera elle, et soyez sûr que vos héritiers sauront bien arranger vos papiers, sans vous tanttourmenter pour leur en épargner la peine.
Je suis bien obligé à M. Panckoucke de vouloir bien songer à moi dans la distribution de sa traduction de Lucrèce. Je la lirois avec plaisir si je lisois quelque chose ; mais vous auriez pu lui dire que je ne lis plus rien. D'ailleurs, je né vois pas pourquoi vous voulez lui indiquer M. Coindet. Son confrère Guy étoit plus à sa portée. Vous devez savoir que je n'aime pas extrêmement que M. Coindet se donne tant de peine pour mes affaires; et, si j'en étois le maître, il ne s*en donneroit plus du tout.
Mademoiselle Renou vous remercie de vos bonnes amitiés, et vous fait les siennes; metteznous l'un et l'autre aux pieds de la bonne maman. Je compte répondre à madame de Luzc
dans ma première lettre : je salue M. Jcannio, et vous embrasse, mon cher bête, de tootmon cœur.
Je vais aujourd'hui dîner à Gtson, où je m attendu ; et je compte y porter moi-même ceue lettre à la poste. Comme il fauttoatpréroir,) votre exemple, et que je puis mourir d'apo> plexie, au cas que vous n*ayez plus d« mei nouvelles par moi-même, adressei-vousàceui qui sei'ont <en possession de ce que je laisse ici; ils vobs paieront vos cent louis. Adieu.
A M. d'ivsrnois
SlminlTtt.
Enfin, je respire ; voiïs aurez la paix^etTois l'aurez avec un garant sûr qu'elle sera loiide: savoir, Testlme publique e( ceUedevosmanii» trats, qui, vous traitant juqqu'ii^ oonuu h peuple ordinaire, n'ont jamais ptist sur ce bn préjugé, que de fausses' inesures. Hsdoirai être enfin guéris de cette erreur, et je m doute pas que 4e discours tenu par le procureur-général en Deux-Cents nesoitsncèK.
Cela posé, vous devez espérer que l'oiw tentera de loog-teinps de vous surprendre, ni de tromper les puissances étrangères for fotre compte ; et ces deux moyens nsaquistiie n'en vois plus d*anires pour vous anerfir.lla dignes amis, vous avez pris les seuls nojeM contre lesquels la force même perd soo eSet, Tunion, la sagesse, et le courage. Quoi qve puissent faire les hommes, on est toujonn libre quand on sait mourir.
Je voudrois à présent que de votre cAtéTOos né fissiez pas a demi les choses, et que la concorde une fois rétablie ramenât la coofisDceet la subordination aussi pleine et entièrequeiii n'y eût jamais eu de dissension. Le respect poer les magistrats fait dans les républiques la gloire des citoyens, et rien n'est si beau que de savoir se soumettre après avoir prouvé qa*oo saToit résister. Le peuple de Genève s'est toojoon distingué par ce respect pour ses chefs qait< rend lui-même si respectable. C'est à présent qu*il doit ramener dans son sein toutes les rcrtus sociales que l'amour de l'ordre éublit sor l'amour de la liberté. II est impossible qu une pairie qui a de tels cnfans ne relroufe pas colin
s» pères; et c'est alors que la grande famille | sera toutà la fois illustre, florissante, heureuse, et donnera vraiment au monde un exemple digne d'imitation. Pardon, cher ami ; emporté parnies désirs, je fais ici sottement le prédica* tcur ; mais après avoir vu ce que vousétiez^ je sais plein de ce que vous pouvez être. Des hommes si sages n'ont assurément pas besoin d'exhortation pour continuer à Tètre; mais moi, j*ai besoin de donner quelque essor aux plus ardens vœux de mon cœur.
Au reste, je vous félicite en particulier d*nn bonheur qui n'est pas toujours attaché à la bonne cause, c'est d*avoir trouvé pour le soutien de la vôtre des talens capables de la faire valoir* Vos mémoires sont des chefs-d'œuvre de logique et de diction. Je sais quelles lumières régnent dans vos cercles, qu'on y raisonne bien^ qu'on y connoît à fond vos édita; mais on n'y trouve pas communément des g^naqui tiennent aussi la plume : celui qui a tenu la vôtre, quel jqu'il soit, est un homme rare ; n'oubliez jamais la reconnoissance que vous lui devez.
A l'égard de la réponse amicale que vous n)0 demandez sur ce qui me regaçde, je«la ferai Bveclapluspleinecei|pi|QC^^iendansfemonde4 n'a plus af&igé et navré mon cœur que le décret ie Genève. 11 n'en fut jamais de plus inique, de plus absurde et de plus ridicule. Cependant il n'a pu détacher mes affections^ de ma pairie, et rien au monde ne les en peut déucher. [I m'est indifférent, quant à mon sort, que ce lécretsoitajinuléousubsiste,puisqu'il ne m'est possible en aucun cas de profiter de mon réablissemeiit; mais il ne me seroit pourtant «s indiflPérent, je l'avoue, que ceux qui ont ommis la faute sentissent leur tort, et eus- Bnt le courage de le réparer. Je crois qu'en areil cas j'en mourrois de joie, parce que j'y errois la fin d'un haine implacable, et que je ourrois de bonne grâce me livrer aux sentilens respectueux que mon cœur m'inspire, ins crainte de m'avilir. Tout ce que je puis lUS dire à ce sujet est que si cela arrivoit, ce l'assurément je n'espère pas, le Conseil seit content de mes sentimens et de ma conlite, et il connottroit bientôt quel immortel nneur il s'est fait. Mais je vous avoue aussi e ce rétablissement no sauroit me flatter ne vient d'eux-nièmcs, et jamais, de mon
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consentement, il ne sera sollicité. Je suis sôr de vos sentimens ; les preuves m'en sont inutiles : mais celles des leurs me toucheroient d'auinnt plus que je m'y attends moins. Bref, s'ils font cette démarche d'eux-^mèmes, je ferai mon de^ voir; s'ils ne la font pas, ce ne sera pas la seuro injustice dont j'aurai à me confier ; et je no veux pas, en tout éiet de cause, risquer â^. servir de pierre é*achoppemcnt au plus parfait rétabKssement'de la concorde.
Voici un mandat sur la veuve Duchosne, pour les cent francs que vous avez bien voulu avancer à ma bonne vieille tante. Je vous tedofs autre chose , mais malheureusement je n'en sais pas le montant.