‹ Œuvres complètes de J.J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 122 sur 158 · ANI^E · texte numérisé non relu

ANI^E

me me soit pas poiriblede me rappeler où nous oonchâmeeen revenant de Pootarlier avec Sau ttenhein» dii le Baron; car en allant je me souviens parfiiitement que nous n'y eoochàmes pas. Je vous fais tous ces détails, mon cher hAtOi afin que si» par vos amis, vous pouvez avoir quelque éclaircissement sur tons ces faits, vous me rendiez le bon office de m'en faire part le plus tAt qu'il sera possible. J'écris par ce même courrier à H. du Terreau, maire des Verrières, à M. Bregnet, à M. Guyenet, lieutenant du Val-de-Travers, mais sans leur faire aucun détail; vous aurez la bonté d'y suppléer, s'il est nécessaire, par ceux de cette lettre. Vous pouvez m'écrire ici en droiture ; mais si vous avez des éclaircissemehs iniéressans à me donner, vous ferez bien de me les envoyer par duplicata, sous envetoppei, à l'adresse de Jf. ie comte de Tonnerre^ HeuientmUgénéral des or*wées dn roi^ eommandtaU pour ea majesté en Daupkiné^ à GrencMeyoms pourrez même m'écrire i l'ordinaire sous son couvert : mes lettres me parviendront plus lentement, mais plus sûrement qu'en droiture.

J'espère qu'on est tranquille à présent dans votre pays. Puisse le ciel accorder à tous les hommes la pais qu^ils ne veulent pas me laisser l Adieu, mon cher hAte; je vous embrasse.

A M. U COHTB DB TONNEABS.

Bowsoin, le 13 septembre 170t.

Monsieur,

Comme je ne puis douter que vous ne sachiez pnrfaitement à quoi vous en tenir sur le compte du steur Thevenin, je crois voir par la dernière lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, qu*on vous trompe comme on trompe Bi. le prince de Conti, et que mon futur voyage de Grenoble est une aflPaire concertée dont la fnble de ce malheureux n'est que le prétexte. Vous aviez la bonté de désirer que ce motif m'attirât aux environs de cette capitale. J'ignore, monsieur le comte, d'où natt ce désir et si je dois vous en rendre grftces; tout ce que je sais est que les moyens employés à cet effet ne sont pas extrêmement attirans. Malgré les embarras ou je suis je pars dcsain pour me

rendre à vos ordres; jeudi j'aurai l'honneur de me présentera votre audience,et j'espère qu'il vous plaira d'y mander ledit Thevenin. Je repartirai vendredi matin , quoi qu'il arrive, si l'on m'en laisse la liberté.

J'ai rhonneur d'être avec respect, Bfonsieur,

Votre trét-bumble et tré-obélssant serviteur.

Renou.

AU MÊME

Bourgoin» le fS septembre 1789.

Monsieur,

Le contre-temps de votre absence à mon arrivée à Grenoble m'afHigea d'autant plus que, senlanucombien il m'importoitque, selon votre désir, mon entrevue avec le sieur Thevenin se passât sous vos yeux, et ne pouvant le trouver qu'à l'aide de M. Bovier, que j'aurois voulu ne pas voir, je me voyois forcé d'attendre à Grenoble votre retour, à quoi je ne pouvois me résoudre, ou de revenir l'attendre ici, ce qui m'exposoit à un second voyage. J'aurois pris, monsieur, ce dernier parti, sans la lettre que vous me fîtes l'honneur de m'écrire le 4 5, et qui me fut envoyée à la nuit par M. Bovier. Je compris par cette lettre, qu'afin que mon voyage ne fût pas hrotile, vogs pensiez que jo pouvois voir ledit Thevenin, quoique en votre absence; et c'est ce que je is par l'entremise de M. Bovier, auquel il fiilhit bien recourir pour cela.

Je le vis tard, à la hâte, en deux reprises: j'étois en proie à mille idées cruelles, indigné, navré de me voûr, après soixante ans d'honneur, compromis, seul, loin de vous, sans appui, sans amis, vis^î-vis d'un pareil misérable, et surtout de lire dans les cœurs des assistans, et de ceux même à qui je m'étois confié» leur mauvaiw volonté secrète.

Mais quelque courte qu'ait été cette conférence, elle a suffi pour l'objet que je m*y proposois. Avant d'y venir, permettez-moi, monsieur le comte, une petite observation qui sY rapporte : M. Bovier m'avoit induit en erreur, en me marquant que c'étoit personnellement à moi que ledit Thevenin avoit prêté neuf francs;

CORRESPONDANCE

aix^HÎQ que Theyenin Itti-mAme dit seuleniont les avoir fait passer par la main d'autrai» en prêt ou en don (car il ne s'explique pas claireparent là-dessus), à un homme appelé Rousseau, duquel au reste il ne donne pas le moindre renseignement» ni de son nom» ni do son âge» ni de son état, ni de sa demeure, ni de sa figure» ni de son habit, excepté la couleur» et qu'il s*étoit signé dans une lettre : le Voyageur perpéêiiêLU.Boyf'\eTtSUT le plus simple rapport d'un quidam» qu'il dit ne pas connoitre» part de ces seuls indices» et de celui du lieu oh se sont vus ces deux nommes, pour m'écrire en ces termes : i Je crois vous faire plaisir de vous t rappeler un homme qui vous a rendu un ser- ■ vice» il y a près de dix années» et qui se » trouve aujoiird'hui dans le cas que vous vous • en souveniez. » Ce même M* Bovier» dans sa lettre précédente» me parloit ainsi ; i Je voua » ai vu ; jai été émerveillé de trouver une âme » aussi belle que la vôtre» jointe é un génie » aussi sublime. » Voilà» ce me semble» cette belle âme transformée un peu légèrement en celle d*un vil emprunteur» et d'un plus vil ban^ queroutier : il faut que les belles âmes soient bien communes à Grenoble; car assurément on ne les y met pas à haut prix.

Voici la substance de la déclaration dudit Thevenin» tant en présence de M. Bovier et de sa famille» que de M. de Champagneux» maire et châtelain d^ Bourgoin» de son cousin» M. de Rozière^ officier d'artillerie» et d'un autre officier du même corps» leur ami» dont j'ignore le nom» laquelle déclaration a été faite en plusieurs fois» avec des variations» en hésitant» en se reprenant» quoique assurément il dût avoir la mémoire bien fraîche de ce qu'il avoit dit tant de fois» et à vous» monsieur le comte, et avant vous à M. Bovier.

Que de la Charité-sur-Loire» qui est son pays» venant en Suisse» et passant aux Verrières-de-Jouc^ dans un cabaret dont l'hêle s'appelle Janin» un homme nommé Rousseau» le voyant mettre a genoux» lui demanda s'il étoit catholique; que là-dessus s'étant pris de eonversation, cet homme lui donna une lettre de recommandation pour Yverdun ; qu'ayant continué de demeurer ensemble dans ledit ca* baret, ledit Rousseau le pria de lui prêter quelque argent» et lui donna» deux jours après»deus

autres lettres d0iw>BmMdatioB; v^mim seoonde pour Yverdun» et Tsuire pour hrji, où ledit Rooaseau lai dit qa'il avsk mupov signature» 1$ Vm/offeurperpiMf ^'m ncMnoissance de ce service» lui» TkeveaiB.lBi fit i» mettre neuf francs par Janin» Isor Mis, ^^ un veyage qu'ils firent tous trois doi Vernèni àSain^4iulpioe» oti ils dînèrent snoora «ne». ble ; qu'ensuite ils se séparèrent; que hi, 1W venin» se rendit de li à Yvenhn» et pont li deux lettres de recommandation îlesnalni. ses» Tune pour If. de Faugnei, ramnpti M, Aldiman; que» ne les ayant trooTéi ni i'i ni l'autre» il remit ses leures i laun fs^ sans que» pendant deux ans qu'il mu nr b lieux» la fantaisie lui ait'prisderoioQnMrck CCS messieurs» voir» du moins par coriott, l'effet de ces mêmes lettres qu'il atoit libn payées. A l'égard de la lettre de neosMiiBètion pour Paris» signée le Y^yagewperpHà, il l'envoya à la Gharité^ûr-Loire» kuhm, qui la fit passer par le curé àson altcm^diis il ne se souvient point*.

Quant à la personne dudit Bomm, j à déjà dit qu'il ne s'en rappeloit rieD^aiin^ ce qui s'y rapporte : interrogé si 1A Bonseau portoit son chapeav sur la ttenwie bras» il a dit ne s'en pas souvenir; rï ^ perruque ou s'il avoit ses cheveox,aÉ(jii ne s'en souvenoit pas non plus, etqoeoeba faisoit pas une dtflfêrence bien seniibie: iats* rogé sur Thabillement» il a dit que tout ce qil s'en rappeloit» étoit qu'il portoit no habitgri doublé de bleu ou de yert : interrogé b'îI m la demeure dudit Rousseau» a dttqs'itB^i savoit rien ; s'il n'avoit plus eu de ses wvelles» a dit que» durant tout son séjosT' Yverdun et à Ëstavayé» où il alla travaillera sortant de là » il n'a jamais pins ouï (urîc dudit Rousseau» et n'a su ce quil éioïKkvenu, jusqu'à ce qu'apprenant qu il y stohu M. Rousseau à Grenoble» il s'est sdressé. f le vicaire de la paroisse» à son voisia, M. ^^ vier» pour savoir si ledit sieur Rousseau r. seroit point son homme des Verrières; cb« qu'il n'a pourtant jamais affirmée» ni dite, i' crue, mais dont il vouloitsimplementsinforflKr

Comme sa déclaration laissoit assez iodei» miné le temps de l'époque, j'ai parcouru, p le fixer, ccnxdc ses papiers qu'il a bien tu:

AKNÉË 4768.

me montrer» et j'y aUroufé uo ceriifical daté du SO juillet 4763 , par lequel le 9ieur Cnehe, chamoise«r d^Yverdun » atteste que ledit Tlie* venin a demeuré ebesiui peudeotreUTiron deux

ans, etc.

Suppoaaat douo que-Thevenki noît entré chez le sieur Cuche, ioMnédiatenent à too arrivée à Yverdno, et qu il se soit reodu immè* diatemeat à Yverdun en quittant ledit Rousseau à Saint*Sulpice, cela détermine le teoips de leur entrevue à la fin de l'été nst au plus tard. Il est possible que cette époque remonte plus haut; mais il ne Test psi» qu'elle soit plus récente» puisqu'il faudroit alors que cette ren^ conirc'se fût faite du temps que ledit Tbevenin étoit déiè à Yverdun , au lieu qu'elle se fit avant qu'il y fAt arrivé.

J'ai demandé à cet homme le nom do maître chez lequel il travailloit, à Grenoble : il me Ta dit ; je l'ai oublié. Je lui ai demandé pour qui ce mature travailloit, quelles étoient ses pratiques; il m'a dit qu'il n'en savoit rien» etquil n'en connoissoit aucun. Je lui ai demandé s'il ne travailloit point pour son voisin» M. Bovicr je père» qui est gantier » il m'a dit qu'il n'en savoit rien» et M< Bovier fils» prenant la parole» a dit que non; et il falloit bien en effet qu'ib ne se connussent point» puisque» pour parvenir à lui parler» ledit Thevenina eu recours au vicaire de la paroisse*

Voilà» dans ce qu'a dit cet homme» tout ce qui me parolt avoir trait à la question.

Cette question en peut offrir deux distinctes» premièrement» si ledit Thevenin dit vrai ou s'il ment*

Supposant qu'il dit vrai» seconde question : quel est Tbomme nommé Rousseau» auquel il a prêté son argent» sans oonnoltre de lui que le nom ? car enfin l'identité des noms ne fait pas celle des personnes ; et il ne safSt pas» n'en déplaise à M. Bovier» de porter le nom de Rousseau, 7>oor èire» par cela seul» le débiteur on robligé du sieur Thevenin.

Il n'y a, selon le récit du dernier» que trois personnes en état d'en attester la vérité ; saroir» le Rousseau dont il ne connolt que le nom» Thevenin lui-même» et l'hôte Janin, qui est absent ; d'ailleurs» le témoignage des deux premiers» comme parties» est nul, à moins c|u'ils lie soient d'accord; et celui do dernier

seroit suspect s'il Aivorisoit Thevenin ; car il peut-être son complice ; il peut même être le seul fripon » comme vous l'avez » monsieur» soupçonné vous-même; il peut encore être gagné par ceux qui ontapposté l'autre. Il n'est décisif qu'au cas qu'il condamne Thevenin. f^n tout état de cause» je ne vois pas à tout cela de quoi faire preuve sans d*aotres informations* 11 est vrai que les circonstances du récit de Thevenin neseroientpasun préjugé qui loi ftt bien favorable» qimnd même il auroit affaire ati dernier des malheureux, qui auroit tous les autres préjugés contre lui ; mais enfin tout cela ne sont pas des preuves. Qu'un garçon chamoiseor, qni court le pays pour chercher de l'ouvrage» s'aille mettre à genoux en parade dans on cabareiprotestant ; qu'un autre homme qui ievoitooncloedelé qu'il est catholique, lui en fasse compliment» hii offre des lettres de r^ commandation» et lui demande de l'argent sans le connottre et sans en être connu d'aucune façon» qu'an lien de présumer de là que l'emprunteur est un escroc» et que ses rccommandatfonssont des corche-culs» l'autre, transporté dn bonheur de les obtenir» tire aussitôt neuf francs de sa bourse cossue ; qu'il ait même la complaisante délicatesse de n'oser les donner lui-même à celui qui ose bien les lui demander ; qn*il attende pour cela d*être en un autre lieu, et de les lui foire modestement présenter par un antre homme : tout cela» tout inepte et risîble qn*il est^ n'est pas absolument impossible.

Que le prêteur ou le donneur passe trois jours avec l'emprunteur; qu*il mange avec lui ; qu'il voyage avec hii sans savoir comment il est fait» s'il porte perruque ounon» s'il est grand ou petit» noir ou blond» sans retenir la moindre chose de sa figure : cela parolt si singulier» que je lut en fis l'objection. A cela il me réponditqu'enmarchant,lui»Thevenin»étoitdernère l'autre et ne le voyoit que par le dos» et qu'à table il ne le voyoit pas bien non plus» parce que ledit Rousseau ne se tenoit pas assis» man sepromenoit par la chambre en mangeant. Il fout convenir» en riant de plus fort» que cela n'est pas encore impossible.

Il ne Test pas enfin que, desdites lettres de recommandation si précieuses» aucune ne soit parvenue, attendu que ledit Thevenin, modeste Dour les lettres comme pour l'argent» ne vouhit

CORRESPONDANCE

pas les rendre lui- même , ni s'informer au moins de leur effet, quoiqu'il demeurât dans le même lieu qu'habitoientceni à qui elles étoîent adressées, qu'il les vit peut-être dix fois par jour, et que ce fût au moins une curiosité fort naturelle, de savoir siun coureur de cabarets, k l'affût des écus des passans, pouToit être réellement en liaison avec ces messieurs>li. Si» comme il est à craindre, aucune desdites lettres n'est parvenue, ce sont ces coquins de valets, à qui l'honnête Theventn les a remises, qui lui aurom joué le tour de les garder. Je ne dis rien de la lettre pour Paris; il est si clair qu'une recommandation pour Paris est extrêmement utile à un garçon chamoiseur qui va travailler à. Y Verdun I

Pardon, monsieur; je ris de ma simplicité, et j'admire votre patience; mais enfin, si Thevenin n'est pas un imposteur, il faut, de nécessité absolue, que toutes ces folies soient autant de vérités.

Supposons-les telles, et passons outre ; voilà le généreux Thevenin, créancier et bienfaiteur d'un nommé Rousseau, lequel, comme le dit très-bien M. Bovier, doit être pénétré de reconnoissance. Quel est ce Rousseau ? lu i,Tbe^ venin, n'en sait rien, mais M. Bovier le sait pour lui, et présume, avec beaucoup de vraisemblance, que ce Rousseau est l'infortuné Jean - Jacques Rousseau , si connu par ses malheurs passés, et qui le sera bien plus encore par ceux qu'on lui prépare. Je ne sache pas cependant que, parmi ces multitudes d'atroces et ridicules charges que ses ennemis inventent' journellement contre lui, ils l'aient jamais accusé d'être un coureur de cabaret, une croche* teurde bourse, qui va pochetant quelques écus çà et là, chez le premier va-nu-pieds qu'il rencontre. Si le Jean-Jacques Rousseau qu'on connolt pouvoits'abaisser à pareille infamie, il faudroit qu'on l'eût vu, pour le pou voir croire; et encore, après l'avoir vu, n'en croiroit-on rien. M. Bovier est moins incrédule: le simple doute d un misérable qu'il ne connott pointée transforme,àses yeux.en certitude,et lui prouve qu'une belle Ame qu'il connolt est celle du plus vil des mendians ou du plus I&che des fripons.

Si le Jean-Jacques Rotisseau dont il s*agii n'est qu'un infâme, ce n'est pas tout; il faut encore qu'il soit un sot,cars*il accepte les neuf

francs que ledit Thevenin ne hJ donne pas de la main à la main, mais qu'illui fait donner par un autre homme, habitant da pays, il doit i^ tendre qu'ils hii seront leprochés mille Fok te jour : il doit compter qu'à chaque fois qu'on citera, dans le pays, quelque trait deu faciliié à répan4re, et de sa répugnance à receroir.k sieui* Janin ne manquera pas de dire :i£bl par

• Dieu , cet homme n'est pas toojoansi Ser;

• il a demandé et reçu neuf francs d'an faqoi » d'ouvrier qui logeoit dans mon auber|ie;n » j'en suis bien sûr, car c'est moi qui lest » livrés. • Quand on commença d'aneoterli peuple contre ce pauvre Jean-Jacqnes, etqn'M le faisoit lapider jusque dans son lit, Janinn Voit fait sa fortune avec cette histoire; sont}baret n'auroit pas désempli. Thevenin faitln de la conter à Grenoble; mais s'il l'osoit mt à SaintpSuipiceou auxVerrières,etdaDsioiil« paysoù ce mémelean-Jacquey a pooruiints tant d'outrages, et qu'il dit qu'elle le Rgini& je suis sûr que les habitans lui cncheroteetH nez.

Préjugés vrais ou liaux à part, paon iQ preuves, et permettez, monsieur leMiJS?>^ nous examinions un peu le rappoti^B^'^n homme, et que nous voyions s'il npin^ porter à moi.

Le sieur Thevenin fit connoissance Rousseau aux Verrières , et ils y deneoi^ ensemble deux ou trois jours Jogéscbeili* J'ai demeuré long-teœps à Hotieniaïai^ aux Verrières, et je n'y ai jamais été qniB seule fois, allant à Pontarlier avec M.deSsrtersheim, dit, dans le pays, le baron de Sv tern. Je n'y couchai point en allant, fen^>' très«sûr ; je suis très-persuadéque jen'ycoer point en revenant, quoique je n'en sois pass de même ; mais si j'y couchai, ce fut sansy» joumer, et sans quitter le baron. Them»^ cependant que son homme étoit seul. Ib»^ moire affoiblie me sert mal sur les faits réces mais il enest surlesquelsellesnepentmetni per ; et je suis aussi sur de n'avoir jamiis s journé,nipeu,ni beaucoup, aux Verriers, (| je suis sûr de n'avoir jamais été à Pékifl'

Je ne suis donc pas l'homme qui resta d« ou trois jours aux Verrières, à contcropto génuflexions du dévot Thevenin.

Je ne peux guère être, non plus, celui qo'

ÂNNËE 1768.

demanda de largeiit à emprunter aux mômes Verrières, parce que, outre M. du Terreau, maire du lieu , j'y connoissois beaucoup un M.Breguet, très-galant homme, qui m'auroit fourni tout l'argent dont j'aurois eu besoin, et avec lequel j'ai eu bien des querelles pour n a« voir pu tenir la promesse que je lui avois faite de l'y aller voir. Si j'avois logé là seul, c'eût été chez lui, selon toute apparence, et non pas chez le sieur Janin, surtout quand j'aurois été sans argent.

Je ne suis point l'homme à l'habit gris doublé de bleu ou de vert, parce que je n'en ai jamais porté de pareil durant tout mon séjour en Suisse ; je n'y ai jamais voyagé qu'en habit d'Arménien, qui sûrement n'étoit doublé ni de vert ni de bleu. Thevenin ne se souvient pas si son homme avoit ses cheveux ou la perruque, 8*il portoit son chapeau sur la tête ou sous le bras ; un Arménien ne porte point de chapeau du tout, et son équipage est trop remarquable pour qu'on on perde totalement le souvenir, après avoir demeuré trois jours avec lui, et après l'avoir vu dans la chambre et en voyage, par devant, par derrière , et de toutes les façons.

Je ne suis point l'homme qui a donné au sieur Thcvonin une lettre de recommandation pour M. de Faugnes, que je ne connoissois pas même encore quandIeditTheveninalla à Yverdun;etje ne suis point l'homme qui lui a donné une lettre de recommandation pour M. Aldiman, que je n'ai connu de ma vie , et que je ne crois pas même avoir été de retour d'Italie à Yverdun, sous la même date (*)•

Je ne suis point l'homme qui a donné au sieur Thevenin une lettre de recommandation pour Paris, signée le Voyageur perpétuel. Je ne crois pas avoir jamais employé cette plate signature ; et je suis parfaitement sûr de n'avoir pu l'employer à Tépoque de ma prétendue rencontre avec Thevenin ; car cette lettre devant étreantérieureàrarrivéeduditTheveninàYverdun, dut l'être, à plus forte raison, à son départ de la même ville. Or, même en ce temps-là je ne pouvois signer le Voyageur perpétuel, avec ane apparence de vérité d'aucune espèce ; car dorant l'espace de dix-huit ans, depuis mon re-

( * ) J*al appris seulement depuis quelques Jours que le secré taire l>alllival dTverdnn s'appeloit aus^i II. Aldiman.

T. IV

tour d'Italie à Paris, jusqu'à mon départ pour la Suisse, je n'avois fait qu'un seul voyage; ce il est absurd^de donner le nom de Voyageur perpétuel à un homme qui ne fait qu'un voyage en dix-huit ans. Depuis la date de mon arrivée à Motiers jusqu'à celle du départ de Thevenin d'Y Verdun, je n'avois fait encore aucune promenade dans le pays, qui pût porter le nom de voyage. Ainsi cette signature, au moment que Thevenin la suppose , eût été non-seulement plate et sotte , mais fausse en tous sens , et de toute fausseté.

H n'est pas non plus fort aisé de croire que je sois le même Rousseau dont Thevenin n*a plus ouf parler, durant tout son séjour en Suisse, puisqu'on n'y parloitquedecethomme infernal, qui osoit croire en Dieu sans croire aux miracles, contre lequel les prédicans prêchoient avec le plus saint zèle, et qu'ils nommoient hautement VAntechrist. Je suis sûr qu'il n'y I avoit pas, dans toute la Suisse, un honnête ! chamoiseur qui n'édifiât son quartier en m'y \ maudissant saintement mille fois le jour ; et je crois que le bénin Thevenin n'étoit pas des derniers à s'acquitter de cette bonne œuvre. Mais, sans rien conclure dé tout cela, je finis par ma preuve péremptoire.

Je ne suis point l'homme qui a pu se trouver aux Verrières et à Saint-Sulpice avec le sieur Thevenin , quand , venant de la Charité-sur-Loire , il alloit à Yverdun ; car il n'a pu passer aux Verrières plus tard que l'été de 4764, puisque le 30 juillet 4765, il y avoit environ deux ans qu'il demeuroit chez le sieur Cuche , et probablement davantage qu'il demeuroit à Yverdun. Or, au vu et au su de toute la France, j'ai passé l'année entière de 4761, et la moitié de la suivante, tranquille à Montmorency ; je ne pouvois donc pas, dès l'année précédente, avoir couru les cabarets aux Verrières et à Saint-Sulpice. Ajoutez, je vous supplie, qu'arrivant en Suisse je n'allai pas tout de suite à Motiers; ajoutez encore qu'arrivé à Motiers, et tout occupé jusqu'à l'hiver de mon établissement, je ne fis aucun voyage du reste de l'année, ni bien avant dans la suivante. Selon Thevenin, notre rencontre a dû se faire avant qu'il allât à Yverdun ; et, selon la vérité» il étoit déjà parti de cette ville quand je fis mon premier et unique voyage aux Verrières : je

Hétois donc pas riiomme portant le nom de Huusseaii qu*îl y rencontra ; c'est ce que j'avois à prouver.

Quel étoit cet homme ? je l'ignore : ce que je sais, c>st que, pour que ledit ThevcMiin ne soit pas un imposteur, il faut que cot autre homme se trou ve,c*est-à-dire que son existence soit connue sur les lieux ; il faut qu'il s'y soit trouvé dans Tannée ^764 , qu'il s appelât Rouss«»au, qu'il eût un habit gris doublé de vert ou do bli'u, qu*il ait écrit des lettres à MM. de Faugncs et Aldiman , qui par conséquent étoient de sa connoissance ; qu'il ait écrit une autre lettre à Paris, signée le Vàyizçeur perpé^ fuel; qu'après avoir passé deux jours avec Thevenin aux Verrières, ils aient encore été de compagnie a Saint-Sulpice avec Janifi leur hAte, et qu'après y avoir dtné tous trois ensemble, ledit Thevenin ait fait donner audit Rousseau neuf francs par ledit Janin.La vérification de tous ces faits gk en informations, que je ne suis point en état de faire , erqui ne m'intéressent en aucune sorte , si ce n'est pour prouver ce que je sais bien sans cela , savoir, que ledit Thevenin est un imposteur aposté. J'ai pourtant écrit dans le pays pour avoir là-dessus des éclaircissemens, dont j'aurai l'honneur, mon* sieur, de vous faire part, s'ils me parviennent : mais comment pourrois~je espérer que des let* très de cette espèce échapperont à l'interception, puisque celles même que j'adresse à M. le

Ai; MÊSIB.

Bourgoin, te 20 leptembn 1T(t.

Monsieur,

A compte des éclaircissemenB que j'ai demandés sur l'histoire du sieur Thevenin, loid toujours une lettre de M. Rogoin dlTerdon, respectable vieillard, mon ami de trente aïs, et celui de feu M. de Rozière, père de H. de Rozière, officier d'artillerie, par qui cette lettit m'est parvenue. Vous y verrez, moiisieQr,qie le bénin Thevenin n*en est pas à son coup d'essai d'impostures, et qu'il a été ci-devant coii> damné, par arrêt du parlement de Paris,} être fouetté, marqué, et envoyé anx gslm pour fabrication de faux actes. YousjTerm un mensonge bien manifeste dans sa derniap' déclaration , puisqu'il m'a dit, à moi^nViiir pu joindre M. de Faugnes pour lui remetirelj lettre de recommandation de R., ni pourn apprendre l'effet ; et vous voyez , par la let» de M. Roguin , qu'il sait bien le joindre poir lui remettre la lettre du curé de Torencr-Is-

Filles, et pour le circonvenir de sesmeosoffi» au sujet de M. Thevenin de TanhiesBftèt au parlement de Paris. Si mes letiretibrs réponses parviennent fidèlement J'aorsto peu réponse directe de M. de Faugnes, etbàfi* claration de Janin, que je lui ai faitdeDinèct par le premier magistrat du lieu.

Veuillez, monsieur le comte, agréerai

prince de Conti n*y échappent pas, et que la bonté mon respect.

dernière quej'eusrhonneur de lui écrire, etque je mis moi-même à la poste, en partant de Gre«noble, ne lui est pas parvenue? Mais ils auront beau faire, je me ris des machines qu'ils entassent sans cesse autour de moi; elles s'écrouleront par leur propre masse, et le cri delà vé« rite percera le ciel t6tou tard.

Agréez » monsieur le coante , les assurances de mon respect.

JpostMlê dû Fauteur,

iV. B, Cette lettre est restée sans réponse, de même qu'one ntre écrite eoeore l'ordioaire suivant à il. le comte de Ton- Bcrre en lui en envoyant une dans laqueUe M* Roguin me donnoit desinfdrraalions sorte siear Thevenin, et qui ne m'a point été renvoyée- Depuis lors, Je n'ai reçu ni de U. de Tonnerre, ni d'aucune ftme vivante, aucun avis de rien de ce qui s'est passé à Grenoble an sujet de cette affaire, ni de ce qu'est devenu ledit Tlievenln.

Reîîod.

Rien ne presse pour le rcnToi de la lenrf ci-jointe. Je vous supplie seulement, monsin^ d'ordonner qu'elle ne soit p<is égarée, etqnd: me la renvoie quand elle ne servira piusàrkt

À M. LAUàOa

A BonrgQftn, le SI neçUmSm I7ii-

Je ne puis résister, monsieur, au vous donner, par la copie ci-jointe, une idei de la manière dont je suis traité daos ce pj»' Sitôt que je fus parti de Grenoble pour m ici. Ton y déterra un garçon chamoiscurnomi» Theveninp qui me redemandoit neuf fru^ qu'il prétendoit m'avoir prêtés en Suisse,^ qu'il prétend à présont m'aroir donnés, pars*

AiNlSÉE:

que ceax qui Tinstruisent ont senli lo ridicule de faire prêter de l'argent par un passant à quelqu'un qui demeure dans le pays. Celle extravagante histoire, qui partout ailleurs eût attiré audit Thevenin le traitement qu'il mérite» lui attire ici la faveur publique ; et il n'y a personne à Grenoble» et parmi les gens qui m'cmtourent, qui ne donnât tout au momie pour que Thevenin sie trouvât l'honnête homme et moi le fripon : malheureusement poureux» j'apprends à l'instant, par une lettre de Suisse, qui m'est arrivée sous couvert étranger, que ledit Thevenin a eu ci-devant l'honneur d'être condamné y par un arrêt du parlement de Paris, à être marqué et envoyé aux galères, pour fabrication de faux actes, dans un procès qu'il eut l'impudence d'intéiiter à M. Thevenin de Tanley, conseiller honoraire actuel au parlement» rue des En fans -Rouges, au Marais (*)• J'ai écrit en Suisse pour avoir des informations sur le compte de ce misérable : je n'ai eu en- Gore.que cette seule réponse qui heureusement n'est pas venue direelement à mon adresse, i aï écrit à M. de Faugnes, receveur général des finances à Paris, lequel a connu, à ce qu'on me marque, ledit Thevenin ; je n'en ai aucune réponse : je crains bien que mes lettres ne soient interceptées li ia poste. M. de Faugncs demeure rue Feydeau. Si , sans vous incommoder^ vous pouviez, monsieur, passer chez lui et chcC'M. Thevenin de Tanley, vous tireriez peut-être de ces messieurs, des informa^ tions qui me seroient utiles pour confondre mon coquin» malgré ia faveur de ses honnêtes protecteurs.

Je vois que ma diffamation est jurée et qu'on veut l'opérer à tout prix : mon intention n'est pas de daigner me défendre, quoiqu'on cette occasion je n'aie pu résisterau désir de démasquer rim|H>steur, mais j'avoue qu'enfin dégoûté de la France je n'aspire plus qu'à m'en éloigner, et du foyer des complots dont je suis ia victime. Je n'ospère pas échapper à mes ennemis, en quelque lieu que je me réfugie ; mais,

en les fojrçatit de multiplier leurs complices, je rends leur secret plus difficile à garder et je le crois déjà au point do qe pouvoir me survivre : c'est tout ce qui me reste à désirer désormais. Bonjour, monsieur. Votr^dernière lettre m'est bien parvenue; cela me fait espérer le même bonheur pour celle ci, et peut-être pour votre réponse : faites-la un peu promptement, je vous supplie, si vous voulez que je la reçoive; car dans une quinzaine de jours je poilrrois bien n'être plus ici. Ma femme vous prie d'agré<Mr ses obéissances : recevez mes très-humbles salutations. ^

{*) Virréi est du 10 mara I7SI. U fut permis à Jean Thereii:a «le Taiilcy et consorts de fe faire imprimer, publier etafll* cher. On y voit même que ledit Nicolas-Éloi Thevenin, de la Cliarilé-siir-IiOire, est condamné an carcan, en place de Grève, lH}\\v y demeurer depuis midi Jbsipi'j denx heures, ayant ëcrileau dt'vwi et derrière, portant ces ni'dii : CidaittuinteuT et

h M. DU PEYROti.

Bourgoîu, ie SO sei'teiiibre 1768.

Je reçois en ce moment, mon cher hAte, votre lettre du 20, et j'y apprends les progrès de votre rétablissement avec une saiisfaclion à laquelle il ne manque, pour être entière, que d'aussi bonnes nouvellesde la santé de la bonne maman. Il n'y a rien à faire à sa scintique que d'attendre les trêves, et prendre patience : vous êtes dans le même cas pour votre goutte; et, après la leçon terrible pour vous et pour d'autres que vous avez reçue, j'espère que vdTus renoncerez une bonne fois à la fantaisie de guérir de la goutte, de tourmenter .votre estomac et vos oreilles, et de vouloir changer voim constitution avec du petit tait, dcspurgiitifset des drogues; et que vous prendrez une bonne fois le parti de suivre et d'aider, s'il se peut, la nature, mais non de la contrarier.

Je ne sais pourquoi vous vous imagiopz qu'il a fallu, pour me marier, quitter le nom que je porte C^) ; ce ne sont pas les noms qui se marient, ce sont les personnes; et quand, dans cette simple et sainte cérémonie, les noms entreroient comme partie constituante, celui que je porte auroit suffi, puisque je n'en reconnois plus d'autres. S'il s'agissoit de fortune et -de biens qu'il fallût assurer, ce seroit autre chose, mais vous savez très-bien que noijs ne sommes ni elle ni moi dans ce cas-là ; chacun des deux est à l'autre avec tout son être et son avoir, voilà tout.

(') Celui de Renou, qu*U avoir pris en allaot habiter le c!idteau dt' Trye G. P..

CORRESPONDANCE

Pour vous mettre au fait de l'histoire de i'honnéte Thevenîn, je prends le parti de vous faire passer, par M. Boy de 1^ Tour, partie d'une lettre que j'écrivis, il y a huit jours, au commandant de notre province, et qui contient la relation d'une entrevue que j'ai eue avec ce malheureux qui ne m'a point connu, mais qui ft'étoit précautionné là-dessus d'avance, en disant qu'il no reconnottroit point ledit Rousseau, s'il le voyoit. A l'égnrd du temps , Thevenin disoit d*abord dix ans, mais ensuite il a rapproché l'époque, et il Ta laissée assez vague pour qu'elle puisse cadrera tout. Les aoachronismcs et les contradictions ne lui font rien du tout, atten^tt^u'à toutes les objections qu'on lui peut faire, il a cette réponse péremptoirc qu'il est trop honnête homme et trop bon chrétien pour vouloir tromper; ce qui n'a pourtant pas empêché cet honnête homme et ce bon chrétien d'être ci-devant condamné aux galères, comme je l'ai appris de M. Roguin. Au reste, je n ai aucune réponse ni deM.Guyenct, ni d'aucun de ceux à qui j'ai écrit au Val-de- Travers ; ce qui peut venir de l'adresse que Je leur ai donnée, savoir celle d^ M. le comte de Tonnerre, commaiKTautdu Dauphiné, qui permettoit que pour 'plus de sûreté je lui fisse adresser mes lettres, et jusqu'ici il me les avoit fuit passer très-fidèlement ; mais depuis une quinzaine de jours il est en campagne, et je n'ai plus de lui ni lettres ni réponst s.

Pouviez-vous espérer, mon cher hôte, que la liberté se maintietidroit chez vous, vous qui devez savoir qu'il ne reste plus nulle part de liberté sur la terre, si ce n'est dans le cœur de l'homme juste, d'où rien ne la peut chasser? H me semble aussi, je l'avoue, que vos peuples, n'usoient pas de la leur en hommes libres, mais en gens effrénés. Il ignoroieiit trop, ce me semble, que la liberté, de quelque manière qu'on en jouisse, ne se maintient qu'avec de grandes verlus.Ce qui me fâche d'eux est qu'ils avoient d'abord les vices de la licence, etqu'ils vont tomber maintenant dans ceux de la servitude. Partout excès : la vertu seule, dont on ne 8*avise jamais, feroit le milieu.

Hocevez mes remerctmens des papiers que vous avez remis a notre amie, et qui pourront me donner quelquesdistractioDS dont j'ai grand besoin. Je vous remercie aussi des plante^ que

vous aviez chargé Gagnebin de recueillir, mnj.

qu'il n'ait pas rempli votre intention. C'esidi

ceiio bonne intention que je vous remercie- efc

me flatte plus que toutes les plantes du monde.

Les tracas éternels qu'on me fait souffrirai

dégoûtent un peu de la boutnique, qui De m

parolt un amusement délicieux qu'autant qu'oo

peut s'y livrer tout entier. Je sens que pourpei

que l'on me tourmente encore je ro'endéu-

cherai tout-à-fait. Je n'ai pas laissé pourtantij?

trouver en ce pays quelques plantes, m

jolies, au moins nouvelles pour moi;fiitR

autres, près de Grenoble, VOsgmei\^Jui.

binlhe; ici le Cenehrusrae€mosu$,^\\\ m'a beat.

coup surpris, parce que c'est un gramennon-

time ; VHypopitis^ plante parasite qui m^

l'orobanche ; le Crépis fatida(\u\ seniTinuki

amèrc à pleine gorge, et quelques autres i;/

je ne me rappelle pas en ce moment. M.

mon cher hôte, plus de botanique qD'ilo ai

faut à votre stolque indifférence. Vouspoum

m'écrirc en droiture ici sous le nom àtHm.

J'ai grand'peur, s'il ne survient quel(|Bei»-

lioration dans mon état et dans mslhm,

d'être réduit à passer avec ma bieioK

l'hiver dans ce cabaret, puisque je Be^osn

pas sur la terre une pierre pour y poni^

tête.

àXJ MÊME.

Boargoin, te 2 octobre 170.

Quelle affreuse nouvelle vous m'apprena mon cher hôte, et que mon cœur en est affr«u< Je ressens le cruel accident de votre paurreu:} man comme elle, ou plutôt comme vous e c*est tout dire. Une jambe cassée est un ma heur que mon père eut étant déjà vieui.eici lui arriva de même en se promenant, un^i que dans ses terribles fatigues de chasse,(p aimoit à la passion, jamais il n'avoit eu le ooii drc accident. Sa jambe guérit très-facilene et très-bien, malgré son Age ; et j'espéreros même chose de madame la Commandante, s fracture n'étoit dans une place où le traiteoK est incomparablement plus difficile ei pi douloureux. ToKiefois avec beaucoup dei signation, de patience, de temps, etless(V d'un homme habile, la cure est également p^

tible, et il n*est pat déraisonnable de l'espérer. C'est tout ce qu'il m'est permis dédire dans cette latt'ile circonstance, pour notre commune consolation. Ce malheur fait aux miens, dans mon cœur, une diversion bien funeste, mais réelle pourtant, en ce qu au sentiment des maux de ceux qui nous sont chers, se joint Texprcssion tendre de notre attachement pour eux, qui n*est jamais sans quelque douceur; au lieu que le sentiment de nos propres maux, quand ils sont grands et sans remède, n'est que sec et sombre : il ne porte aucun adoucissement avec soi. Vous n'attendez pas de moi, mon cher hôte, les froides et vaines sentences des £[eps qui ne sentent rien ; on ne trouve guère pour ses amis les consolations qu'on ne peut trouver pour soi-même. Mais cependant je ne puis m'empècher de remarquer que votre affliction ne raisonne pas juste, quand elle s'irrite par J'idée que ce triste événement n'est pas dans l'ordre des choses attachées à la condition humaine. Rien, mon cher hôte, n*est plus dans cet ordre que les accidens imprévus qui troublent, altèrent et abrègent la vie. C'est avec cette dépendance que nous sommes nés; elle > est attachée à notre nature et à notre constituf tien. S'il y a des coups qu'on doive endurer I avec patience, ce sont ceux qui nous viennent de l'inflexible nécessité, et auxquels aucune volonté humaine n'a concouru. Ceux qui nous sont portés par les mains des méchans sont à mon gré beaucoup plq^ insupportables, parce que la nature ne nous fit pas pour les souffrir. Mais c'est déjà Irop moraliser. Doniioz-moi fréquemment, mon cher hôte, des nouvelles de la malade; di|0s-lui souvent aussi combien mon cœur est navré de ses souffrances, et combien de vœux je joins aux vôtros pour sa guérison.

J'ai reçu par M. le comte de Tonnerre une lettre du lieutenant Guyenet, laquelle m'en promet une autre que j'attends pour lui faire dos remcrctmens. A présent ledit Thevenin est bien convaincu d*étre un imposteur, M. de l^onnerre, qui m'avoit positivement promis toute protection dans cette affaire, me marque qu'il lui imposera silence. Que dites-vous de cette manière de rendre justice? C'est comme si, après qu'un homme auroitpris ma bourpr, au lieu de mn la rendre, on lui ordonnoit de ne

me plus voler. En toute chose voilà comme je suis traité.

Je vous ai déjà marqué que vous pouvez m*écrire ici en droiture sous le nom de Renon; vous pouvez continuer aussi d'employer la même adresse dont vous vous servez ; cela mo parott absolument égal.

A M. LALUOD.

Boargoin, le 5 octobre f 76S.

Votre lettre, monsieur, du 29 septembre m'est parvenue en son temps, mais sans le diH plicata;etjesuisd*avisquevousnevousdonniez plus la peine d'en faire par cette voie, espérant que vos lettres continueront à me parvenir eii droiture, ayant peut-être été ouvertes; mais n'importe pas, pourvu qu'elles parviennent. Si j'aperçois une interruption, je chercherai une adresse intermédiaire ici, si je puis, ou à Iaou.

Je suis bien touché de vos soins et de la peine qu'ils vous donnent, à laquelle je suis très-sûr que vous n'avez pas regret ; mais il est superflu que vous continuiez d'en prendre au sujet de ce coquin de Thevenin, dont l'imposture est maintenant dans un degré d'évidence auquel H. de Tonnerre lui-même ne peut se refuser. Savezvous là-dessus quelle justice il se propose de me rendre, après ni'avoir promis la protection la plusauthentiquopourtirer cetteafFaireau clair? C'est d 'imposer silence à cet homme; et moi toute la peine que je me suis donnée étoit dans l'espoir qu'il le forceroit de parler. Ne parlons plus de ce misérable ni de ceux qui l'ont mis en jeu. Je sais que l'impunité de celui-ci va les mettre à leur aise pour en susciter mille autres; et c'étoit pour cela qu'il m'importoit de démasquer le premier. Je l'ai faii^ cela me suffit : il en viendroit maintenant cent par jour que je ne daignerois pas leur répondre.

Quoique ma situation devienne plus cruelle de jour en jour, que je me voie réduit à passer dans un cabaret Thiver dont je sens déjà les atteintes, et qu'il ne me reste pas une pierre pour y poser ma tète, il n'y a point d'extrémité que je n'endure plutôt que de retourner à Trye; et vous ne me proposeriez sûremenl pas ce retour, si vous saviez ce qu'on m'y a h\i souffi-ir, et entre les mains de quelles gens j'é-

CORHESPOriDAXCE.

lois tombé là. ie fréORS seiriement à y songer ; n'en reparlons jamais, je toqs prie.

plus je réfléchis aux traitemens que j'éprouve, moins je puis comprendre ce qu'on me veut. ÉtSAlemont tourmenté, quelque parti que je prenne, je n*ai la libecté ni de rester où ie suis ni d'aller où.Je veux; je ne puis pas même obtenir de savoir où Ton veut que je «ois, ni ce qu*on veut faire de moi J'ai vainement désiré quon disposât ouvertement de ma per- ^nne; ce seroit me mettre en repos, et voilà ce qu'on ne veut pas. Tout ce que je sens est qu'on est importuné de mon existence, et qu'on veut faire en sorte que je le sois moi-même; il est im-* possible de s'y prendre mieux pour cela. Il m'est cent fois venu dans l'esprit de proposer mon transport en Amérique, espérant qu'on voudroit bien m'y laisser tranquille, en quoi je crois bien que je me flattois trop; mais enfin j'en aurois fait de bon cœur la tenmtive si nous étions plus en état, ma femme et moi, d'en supporter te voyage et Tair. Il me vient une autre idée dont je veux vous parler, et que ma pas* stoii pour la botanique m'a fait naître ; car, ^voyant qu'on ne vouloit pas me laisser herboriser en repos, j'ai voulu quitter les plantes ; mais j'ai vu que je ne pou vois plus m'en passer : c'est une distraction qui m'est nécessaire absolument; c'est un engouement d'enfant, mais qui me durera toute ma vie.

Je voudrois, monsieur, trouver quelque moyen d'aller la finir dans les Iles de l'Archipel, dans celle de Chypre; ou dans quelque autre coin de la Grèce; il ne m'importe où, pourvu que je trouve un beau climat fertile en végétaux, et que la charité chrétienne ne dispose plus de moi. J'ai dans l'esprit que la barbarie turque me sera moins cruelle. Malheureusement pour y aller, pour y vivre avec ma femme, j'ai besoin d'aide et de protection. Je ne saurois subsister la-bas sans ressource; et sans quelque faveur de la Porte, ou quelque recommandation du moins pour quelqu'un des consuls qui résident dans le pays, mon établisscntent y seroit totalement impossible. Comme je ne serois pas sans espoir d'y rendre mon séjour de quelque utilité au progrès de l'histoire tfiaturelle et de la botanique, je croirots {louyoir à ce titre obtenir quelque assistance des souverains qui se font honneur de le favoriser. Je

ne suis pas un Toumefort, ni un Jimieu ; mi^ aussi je ne ferois pas ce traraii en pacnn plein d'autres vues et par tftchc : je m> Iitîn rois tout entier, uniquement par plaisir eijtu. qu'à la mort. Le goût, l'assiduité, la consigner,

peuventsuppléeràbeaucoupdeconnoi8$anc>., et même les donner à la fin. Si j'avois cncif^ ma pension du roi d'Angleterre, ellonestifi!. roit et Je ne demanderois rien, sinon qu'on b vorisàt mon passage, et qu'on m'accordât qr.» querecommandation.Mais,san8yavnirrenr«f formellement, je me suis mis dans le cas dr pouvoir demander, ni désirer même hmment qu'elle me soit continuée; et d'zWlm avant d'aller m'exiler là pour le reste de iw jours, il me faudrait quelque assurance m»» nable de n'y pas être oublié et laissé inoanrii! faim. J'avoue qu'en faisant usage de méspr^ près ressources, j'en trouveroisdanstefniidj' mes travaux passés de suffisantes pour tobir ter où que ce fût ; mais cela deoianderoitdKtres arrangemens que ceux qui sub8i<t(iii,{( des soins que je ne suis plus en énidjôcm. Pardon, monsieur : je vous expose Iwifconfesèment l'idée qui m'est venue, eikiobsocks queje vois à son exécution. CepefltocMtM ces obstacles ne sont pas insomiofiul^t'iA que cevtfi idée m'offre le seul espoir de Tt|H qui me reste, j'ai cru devoir vous en pari». afin que, sondant le terrain, si l'occasiousK présente, soit auprès de quelqu'un qniaii^ crédit à la cour, et des protecicun qocm me c<mnoissez, soit pour lécher desâîoir quelle disposition l'on seroit à celle de UM'^ pour protéfjer mes herborisations dans i Vchipel, vous puissiez me marquer si l'exil ds^ ce pays- là que je désire peut être hrif^ d'un des deux souverains. Au reste, il»!' que ce moyen de le rendre praticable, eij*"^ me résoudrai jamais, avec quelque ardeur f je le désire, à recourir pour cela âaoCDnr ticulier quel qu'il soit. La vote la plos courte f' la plus sûre de savoir là dessus ce qulsef^* faire seroit, à mon avis, de consulter mad^f' la maréchale de Luxembourg. J'ai ^^^ si pleine confiance, efî dans sa bonté poori*^' et dans ses lumières, queje YOudr«isq"«/*^* ne parlassiez d'abord de ce projet q«\^J seule , que vous ne fissiez là-dcssusque ceq" f^^ approuvera, et que vous n'y pensierp"^

lASi

elle le jogc impraticabb. Vous in*avez écrit, monsieur, de comptfr sur vous. Voilà ma réponse. Je mets mon sort dans vos mains , autant qu'il peut dépendre de moi. Adieu, monsieur; je vous embrasse do tout mon cœur.

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