A M. LE COMTE DE TONNERRE
Boorsoin, le 16 novembre I76S.
Monsieur,
Pardon de mes importunités réitérées, mais je ne puis me dispenser de vous envoyer encore l'imprimé ci-joint qu'on n*a pu recouvrer plus tôt (*). Vous y verrez, monsieur le comte, que ceux qui ont aposté le sieur Thevenin ont su
(*) C'ëtolt an arrêt du parlement de Paria, dn fSmara fTM. qui condainnoit Thereoin au carcan, I être marqaé, et au Ralcjr? (NHJi- trois 2M, pour intfiostuifs ti calomnies. G. P.
CORRESPONDANCE
choisir lin sujet déjà expérimenté dans le métier qu ils lui faisoieni faire.
Je ne puis penser» monsieur, que tous m'ayez pu croire dans l'âme assez de bassesse pour vouloir me ven(j;er d'un tel malheureux. Moi qui jamais n'ai fait, ni rendu, ni voulu le moindre mal à personne, commencerois-je si lard et sur un pareil personnage? Non, monsiour^ je n'ai point désiré sa punition, mais sa confession, et c'est ce que sa conviction devoit naturellement produire, si l'on en eût profité pour remonter à la source de ces menées. Mais c'est ce qui commence à devenir superflu; et sans que l'autorité ni moi nous en mêlions en aucune manière, je prévois que le public ne tardera pas à savoir à quoi s'en tenir.
Permettez que je vous réitère ici mes actions de grâce des bontés dont vous m'avez honoré, et mes excuses de l'abus que j'en ai pu faire; et daignez, monsieur, agréer, je vous supplie, les assurances de mon respect.
P. 5. Je prends la liberté d'exiger, monsieur, que vous ne fassiez aucun usage de cet imprimé. Il est pour vous seul, et pour être brûlé aprës l'avoir lu, à moins que vous n'aimiez mieux le garder, mais de fiiçon qu'il ne puisse nuire à celui qu'il concerne.
A M. MOULTOl).
Buurf^io, le 24 norembre 1768.
J'ai, mon ami, votre lettre du '14. Je ne puis me détacher de l'idée d'aller vous embrasser et délibérer avec vous de ma destination ultérieure. Je n'ai point encore de réponse de l'ambassadeur d'Angleterre : il n'étoit pas à Paris quand je lui ai écrit; et j'ai appris dans l'intervalle qu'il avoit l'honnête Walpole pour socrétaired'ambassade :cette nouvelle a achevé de me déterminer. Je n'irai point en Angleterre : on me traitera comme on voudra en France, mais je suit déterminé à y rester. Je ne puis renoncer à l'espérance qu'au moins pour l'honneur de l'hospitalité françoise il s'y trouvera quelque coin où l'on voudra bien me laisser mourir en repos. Si ce coin, cher Moultou, en pouvoit être un du château de l^va* gnac, il me semble que sous les aupices de t*amitié l'habitation m'en seroit délicieuse. Mal-
heurememcni j'écris inutilement i M. le prinn de Conti ; mes lettres ne lui panrienneDtpoîM. Il me répondoit fort exactement au commescement ; il ne me répond plus: il m'a fait dire qt'ij ne recevoit point de mes nouvelles. Les négociations intermédiaires ont leurs inconvénieoi. La générosité de ce grand prince m'a accoutumé à accepter, et non pas i demander; je n puis me résoudre à changer de méthode.* Si l'ami de M. Venel, qui commande dans le château, veut écrire, à la bonne heure, je Ini en serai obligé ; pour moi je n'écrirai pas. Mais, diles-moi, n'y a-t-il dans le pays aucune habitation qui pût me convenir que ce château? h bon M. Venel ne pourroit-il pasmetroureruo terrier à Pézenas môme, ou aux enrimoi? Pourvu que je sois son voisin, que m'importe en quel lieu j'habite? Si nous étions dans om meilleure saison, si le voyage étoit moins pénible, si j'avois plus de facilité poar le faire, je volerois près de vous; mais mon transport et celui de tout mon attirail de bounique est embarrassant. Je ne sois point à portée ici d'aroir des voitures. Il me faudroit un bon carrosû qui pût charger avec nous cinq on sixmaUei ou caisses ; il me faudroit un bon Toiior»>r, qui nous conduisit bien et qui ntWnnèie homme : j'ai pensé que cela se poorroitinHiver où vous êtes, et que vous pourries être i portée de faire pour moi ce marché, et de n'envoyer la voiture au temps convenu. Voyez. Ah I si vous pouviez faire plusl Mais madaaw Moultou, votre santé, vos affaires! et quand tout vous le permettroit, je ne deTroispasie souffrir. Quoi qu'il en soit, j'ai le plus gnod désir de me rendre auprès de vous, et cela d'autant plus que j'ai quelque lieu de croire qu'on m'y verroit avec plus de plaisir qo'ia. J'ai reçu depuis peu, avec le reste de mei plantes et bouquins, une lettre que H. deGoo>R m'écrivoit à Trye : elle est de si vieille date qui* je ne sais plus comment y répondre. Il m'accusera de malhonnêteté envers lui, moi quiTondrois tout faire pour obtenir ses instructions rf sa correspondance, et que ce désir anime eocon à me rendre à Montpellier. Si vous le conno»sez, si vous le voyez, obtenez-moi, je vous pn^* ses bonnes grâces en attendant que je sois i portée de les cultiver. Quel trésor vous m'»noncez dans l'herbier des plantes mnrinesIC^
j6 8016 touché de la générosité de votre digne pareRi 1 Elle me fera » avec celle du brave Domoey , une collection complète , surtout si M. Gouan veut bien y ajouter quelques fragmens de ses dernières dépouilles des Pyrénées. Que je vais être riche 1 Je suis si avare et si en-* fant que le cœur m'en bat de joie. Gardez-moi bien précieusement ce beau présent, je vous prie, jusqu'à ce qu'il soit décidé qui de lui ou de moi ira joindre l'autre.
J'ai été très-malade , très-agité de peine et de fièvre ces temps derniers ; maintenant je suis tranquille» mais très-foible. J'aime mieux cet état que l'autre ; et j'aurai peu de regret aux forces qui me manquent s'il m'en reste assez pour vous aller voir. Adieut cher Houltou ; faites agréer à madame les hommages et respeeis de votre vieux ami et de sa femme. Nous vous embrassons l'un et l'autre de tout notre cœur.
A M. DU PSTROO.
Boargoio, le 21 novembre 1768.
Je vous remercie» mon cher hôte, de l'arrêt de Thevenin ; je l'ai envoyé à M. de Tonnerre» avec condition expresse, qui du reste n'étoit pas fort nécessaire à stipuler, de n'en faire aucun usage qui pût nuire à ce malheureux. Votre supposition qu'il a été la dupe d'un autre imposteur est absolument incompatible avec ses propres déclarations, avec celle du cabaretier Jeannet» et avec (ont ce qui s'est passé; cependant si vous voulez absolument vous y tenir, soit. Vous dites que mes ennemis ont trop d'esprit pour choisir une calomnie aussi absurde; prenez garde qu'en leur accordant tant d'esprit vous ne leur en accordiez pas encore assez; car leur objet n'étant que de voir quelle contenancejetenois vis-à-vis d'un faux témoin, il est clair que plus l'accusation étoit at>surde et ridicule, plus elle alloit a leur but : si ce but eût été de persuader le public, vous auriez raison, mais il étoit autre. On savoit très-bien que je me tirerois de cette affaire ; mais on vouloit voir comment je m'en tirerois; voilà tout. On sait que Thevenin ne m'a pas prêté neuf francs» peu importe; mais on sait qu'un
imposteur peut m'embarrasier; c'est quelque chose.
Vos maximes, mon très-cher hûte» sont très-stoïques et très-belles, quoique un peu outrées» comme sont celles de Senèque, et généralement celles de tous ceux qui philosophent tranquillement dans leur cabinet sur les malheurs dont ils sont loin , et sur Topinion des hommes qui les honore. J'ai appris assurément à n'estimer l'opinion d'autrui que ce qu'elle vaut » et je crois savoir du moins aussi bien que vous de combien de choses la paix do TAme dédommage ; mais que seule elle tienne lieu de tout et rende seule heureux les infortunés, voilà ce que j'avoue ne pouvoir admettre» ne pouvant, tant que je suis homme, compter totalement pour rien la voix de la nature pâtissante et le cri de l'innocence avilie. Toutefois, comme il nous importe toujours » et surtout dans l'adversiié» de tendre à cette impassibilité sublime à laquelle vous dites être parvenu , je tâcherai de profiter de vos sentences » et d'y faire la réponse que fit l'architecte athénien à la harangue de l'autre. Ce quHl a dit^ je le ferai.
Certaines découvertes» amplifiées peut-être par mon imagination, m'ont jeté durant plusieurs jours dans une agitation fiévreuse qui m*a fait beaucoup de mal, et qui» tant qu'elle a duré» m'a empêché de vous écrire. Tout est calmé ; je suis content de moi » et j'espère ne plus cesser de l'être » puisqu'il ne peut plus rien m'arriver de la part des hommes à quoi je n'aie appris à m'attendre» et à quoi je ne sois préparé. Bonjour» mon cher hûte ; je vous embrasse de tout mon cœur.
A M. LâUAUD.
Bonrgolti. le 2S novembre I76S.
Je ne puis pas mieux vous détromper» monsieur» sur la réserve dont vous me soupçonnez envers vous qu'en suivant en tout vos idées et vous en confiant l'exécution, et c'est ce que je fais , je vous jure » avec une confiance dont mon cœur est content » et dont le vAtre doit l'être. Voici une lettre pour M. le prince de Conti où je parle comme vous le désirez ot comme j(« pense. Je n'ai jamais ni désiré ni cru
CORRESPONDANCE
que ma lettre à H. l'ambassadeur d'Angleterre dût ni pût être un secret pour son altesse , ni pour les gens en place, mais seulement pour le public ; et je vous préviens une fois pour toutes que, quelque secret que je puisse vous demander sur quoi que ce puisse ôire , il ne regardera jamais M. le prince de Conti , en qui j'ai autant et plus de confiance qu'en moi-mâme. Vous m'avez promis que ma lettre lui seroit remise en main propre ; je suppose que ce sera par vous ; j*y compte, et je vous le demande.
Vous aurez pu voir que le projet de passer en Angleterre, qui me vint en recevant le passe-port , a été presque aussitôt révoqué que formé ; de nouvelles lumières sur ma situation m'ont appris que je me de vois de rester en France, et j'y resterai. M. Davenport m'a fait une réponse très-engageante et irès-honnète. L'ambassadeur ne m*a point répondu : si j'avois Su que le sieur Walpolo ctoit auprès de lui, vous jugez bien que je n*aurois pas écrit. Je la'imaginois bonnement que toute l'Angleterre A voit conçu pour ce misérable et pour son camarade tout le mépris dont ils sont.dignes. J'ai toujoursagid'après la supposition des sentimens de droiture et d'honneur innés dans les cœurs I es hommes. Ma foi pour le coup je me tiens c<ii, et je no suppose plus rien ; me voilà de jour en jour plus déplacé parmi eux et plus embarrassé de ma figure : si c'est leur tort ou le ■mien , c'est ce que je les laisse décider à leuc mode: ils peuvent continuer à ballotter ma pauvre machine à leur gré, mais ils ne m'ôteront pas ma place ; elle n*est pas au milieu d'eux.
J'ai été très-bien pendant une dizaine de jours; j'étois gai , j'avois bon appétit.; j'ai fait à mon herbier de bonnes augmentations; depuis deux jours je suis moins bien, j'ai de la fièvre , un grand mal de tète , que les échecs où j'ai joué hier ont augmenté ; je les aime, et il faut que je les quitte ; mes plantes ne m'amusent plus -: jenefais que chanter des strophes du 'fasse ; il est étonnant quel charme je trouve dans ce chant avec ma pauvre voix cassée et déjà tremblotante. Je me mis hier tout en larmes, sans presque m*en apercefoir, en chantant l'histoire d'Olinde et de Sophronie : si j'avois une pauvre petite épinette pour soutenir un peu ma voix foiblissante, je chanterois du ma- •Ain jusqu'au soir. 11 est impossible à ma mau-
vaise tète de renoncer aux cb&teaux en Esoagne. Le foin de la cour du château de Lava^ gnac, une épinette, et mon Tasse, voilà celui qui m'occupeaujourd'hui malgrémoL Bonjour, monsieur : ma femme vous salue de tout sod cœur j'en fais de même ; nous vous aimôiis tous deux bien sincèrement.
h MADAMf LA PRisiDENTB DB VERNA.
Boursoio, le 2 décembre IVOi.
Laissons à part, madame, je voas supplie, les livres et leurs auteurs. Je suis si sensible à votre obligeante invitation , que si ma saaié me permetioit de faire en cette saison des vojages de plaisir, j'en ferois un bien Tolontten pour aller vous remercier. Ce que vous avez ia bouté de me dire, madame, des étangs et des montagnes de votre contrée, ajouteroic à moo empressement, mais n'en seroit pas la première cause. On dit que la grotte de b Bêlmi est de vos côtés; c'est encore un objet de promenade et même d'habitation» si je paaroa m*en pratiquer une dont les foarbes et les chauves-souris n'approchassent pas. KVê^rd de rétude des plantes, permettez, madantt.o^^ je la fasse on naturaliste » et non pas en apothicaire : car, outre que je n'ai qu'une foi trèsmédiocre à la médecine, je connois Torgantsâtion des plantes sur la foi de la nature, qui ne ment point, et je ne connois leurs vertus médicinales que sur la foi des hommes , qui soot menteurs. Je ne suis pas d'humeur à les croire sur leur parole, ni à portée do la vérifier. Ainsi, quant à moi, j*aime cent fois mieux voir dais l'émait des prés des guirlandes pour les bergères que des herbes pour les lavemens. Puisseje, madame, aussitôt que le printemps ramènera la verdure , aller faire dans vos cantons desherborisationsquinepourrontqu'étreabondantes et brillantes, si je Juge, par les fleurs que répand votre plume, de celles qui doivent nattro autour de vous (*). Agréez, niadame«et
(*) Certes, on prendroU une éinnge idée da ttyie épftrtoliirt de noire auteur, ai l'on n'en Jngeolt que sur cette pensée. qii't« croiroit extraite de Voiture on de quelque autre ècriTain éa même genre. Noos pouvons affirmer qu'on ne troaveroît pa dans toute* ies^ lettres de Rousaean un second Irait kJooiMtp» er à celui cl ; tant il eit vrai qu'il ne faut pas plus Jn,:€r du stvlc et (le la manière d'un auteur sur un passage de ses écn'is, qae
• •» an
faitei agréer à M. le président, je vous supplie» les assurances de toiu moii respect.
ïVknoiv
k H. LALUVD.
Dourgo)n, ce 7 dérmilire 1769.
Voici, monsieur, une lettre à laquelle jo. vous prie de vouloir bien donner cours: elle est pour M. Dnvenport, qui m'a écrit trop honnêtement pour que je puisse me dispenser de lui donner avis que j'ai changé de résolution. J*espère que ma pfécédenle avec Tincluse vous sera bien parvenue, et j'en attends la réponse au premier jour. Je suis assez content de mon état présent ; je passe entre mon Tasse et mon herbier des heures assez rapides pour me faire sentir combien il est ridicule de donner tant d'importance à une exis'tence aussi fugitive : j'attends sans impatience que la mienne soit fixée; elle Test par tout ce qui dépendoit de moi : le reste , qui devieat tous les jours moindre, est à la merci de hi nature et des hommes; ce n*est plus la peine de le leur disputer. J'aimerois assez à passer ce reste dans la grotte de la Bal me, si les chauves-souris ne Tempuantissoient pas : il faudra que nous l'allions voir ensemble quand TOUS passerez par ici. Je vous embrasse de tout mon cœur.
j^ A M. MOULTOU.
Boargoio, le 19 décembre f 761k
Quoi I monsieur, c'est à M. Q....t''qu*ori s'est ndressé; c'est à lui qu'ont été eiaroyés les extraits daas lettres que je vous avots éerites dans la confidence de l'aniHiié ; et ce seroft sous-les niM^ices de l'homme qui m'a chassé du château de Trye, malgré son maître, que j'irois habiter celui de La«agnac? Vraiment, mon ami, vous avez opéré fà de belles choses I Mais n'en parlons plus; ce n'est pfft votre fai^^e : vous ne saviez ni cequ*ctoitM.Qi...t,nteeque faisoit M. M....X ; mais vous ne deviez pus, me semble, être si facile à donner les extraits des
de won caractère et de son mérite pntûnnel lar un propot qitt lui serult échappé. * ti. P.
lettres de Totrc ami. Le plus grand mal de tout ceci est que j'ai trouvé de mon côté le moyen d'écrire au prince et de lui* faire passer ma lettre. Si son altesse agrée que j'aille à Lavagnac, comment ferai-je pour m'en dédire, après le lui avoir demandé? ou à quelle destinée doi8*je m'ftitendre si j'ose aller me livrer à des gens sur qui Q....t a de l'influence? Ce qu'il y a de sûr est qu'il n*y a rien à quoi'je ne m*expose plutôt qu'à la disgrâce du prince, et surtout à la mériter: ainsi s'il approuve que j'aille \ Lavagnac, je suis déterminé à m'y rendre à tout risque, quoique assurément le destin qu'on m'y prépare ne puisse être pire que celui auquel je. m'attends. Mais que j'écrive à M.Q....t, moi! mon ami, le riche Dauphinois el le célèbre Genevois ne sont point faits pour s'écrire l'un à l'autre, et ne s'écriront jamais, je vous en réponds.
Je suis vivement touché du zèle et des bontés de M. Venel : je ne lui écris pas, parce qu'il m'est très-pénible d'écrire, mais j'ai le cœur plein de lui : si j'allois à Lavagnac, l'avantage d'être auprès de lui me pourroit consoler et dédommager de beaucoup de choses; mais je vous avoue que l'idée d'être au pouvoir du sieur p....t me fait frémir. Ce qu'il y a de bizarre est que je ne connois point du tout cet homme-là, que je n'ai jamais eu nulle affaire avec lui, ntfllte sorte de liaison, que je ne l'ai même jamais vu que je sache. Jl me hait, comme tous mes autres ennemis, sans avoir à se plaindre de moi en aucune sorte, et uniquement parce qu'ils ont tous dt's cœurs faits pour goûter un plaisir sensible à haïr et tSurmstter les infortunés. X\i reste, vous vous doutez bien qu'un courtisaa ^ aussi délié que M. Q....tseqj)rde bien d'avouer sa haine : il suit encore en cela les mêmes crremons des autres; et pour mieux servir sa haine, il A grand soin de la cacher.
Je vous renvq^ ci-jointe la lettre de votre ami , j'en suis pénét^ : si je dépendois de moi, je ne tarderois guère à aller lui deaisnder ses directions et profiter de ses soins généreux ; il ne dépendra pas même de moi que cela n'arrive ; maisceux qui disposcntde moi r||§|ent ma marche comme Dieu celle de la mer, Procei^ hùcy et non ibis amfjiiis. Adieo, cher Houltou : je ne sais ce qu'il arrivera de moi. Je vois que je soupire en ratn après le repos qu'on ne veuLpaa.
CORRESPONDANCE
lu'accorder ; mais ce qu'on ne m'ôlera pas du moins, quoi qu'il arrive, c'est le plaisir de vous aimer jusqu'à mon dernier soupir.
Je vois, par ce que M. votre ami vous dit de son herbier, etde ce qu'il se propose d'y joindre, que ce li'est pas toui-à-fait ceque j'avois imaginé sur votre expression. Vous m'aviez annoncé des plantes marines : les plantes marines sont des fucvt qui viennent dans la mer; et je présume par sa lettre que ce sont seulement des plantes maritimes qui viennent sur les rivaf;es; c'est autre chose : mais n importe, Tun ou l'autre présent me sera toujours très-précieux.
Je vois que madame Moultou a été malade : vous ne m'en aviex rien dit; voua aviez tort : l'amitié est un sentiment si doux» qu elle donne même une sorte de plaisir à partager les peines de nos amis, et vous m'avez ravi ce plaisir-là. Il est vrai que je lui préfère celui de partager înaintenantvotrejaie. Mille respects de ma part ot de celle de' ma femme à votre chère convalescente, et prenez-en votre part.
A M. DU PKYROU.
Ruurgoio, le 49 décembre 4769.
Ce que vous me marquez de la fin de vos brouiller tes avec la cour me fak grand plaisir; et }*en augure que vous pourrez encore vivre agréablement oii vous êtes, et où vous éies retenu par des liens d'attachement qu'il n'esi i^is dans votre cœur de rompre aisément, il me semble que le roi se conduit réellement en trèsgrand ret, lorsqu'il veut prétaiièrement être le maître et puis être juste. Vous ipenserez qu'il seroit plus grand et plus beau de vouloir transposer cet ordre: cela peut être; mais cela est audessus de l'humanité, et cest bien assez, pour honorer le génie et Tàme du plus grand prince, que le premier article ne lui^asse pas négliger l'autre. Si Frédéric ratifie le rétablissenient<ie tous vos privilèges, comme je l'espère, il aura mérité de vous le plus bel éloge que pni&se mériter un souveraia,^ et qui l'approche de Dieu rnème, eelui qu'Af mide faisoit de Godefroi de Usnillen :
Tn, oai ooBCCtte In cielo. e drel' m it fa^o Voler il giuBto» e poicr c ^che viiol.
Je m'imâfpQC que si les âépùtSê^ qu'en pa-
reil cas vous lui enverrez probablement ponrle remercier, lui récitoient ces deux Ters pour toute harangue, ils ne s^oient pas mal reçus. Je suis bien touché de la commission que vous avez donnée à Gagnebin : voilà Yraimew un soin d'amitié, un soin de ceux auxquels je serai toujours sensible, parce qu'ils sont choise selon mon cœur et selon mon goût. Je dois certainement ma vie aux plantes : ce n'est pas ce que je leur dois de bon, mais je leur doisd'a couler encore avec agrément quelques intcrn!' les au milieu des amertumes dont elle est looidéé : tant que j'herborise je ne suis pas malheureux ; et je vous réponds qpe, si Ton k Idissoit faire, je ne cesserois tout le reste i^ ma vie d'herboriser du matin au soir. Au reste, j'aime mieux que le recueil de M.GagnebiosiHi très-petit, et qu'il ne sdit pas composé déplûtes communes qu'on trouve partout: je ne vos dissimulerai même pas que j'ai déjà beaucoup de plantes alpines et des plus rares; cependai comme il y en a encore un très*grandsoiRliR qui me manquent, je ne doute pasqu ilies'eii trouve dans votre envoi qui mcfertHM^iNi plaisir par elles-mêmes, outre ceMI»/ecevoir de vous. Par exemple, qurâ^KJesois assez riche en gentianes, il y en amufKf n*ai pu trouver encore, et que je coofoitt^v coup, c'est la grsLnde gentiane powrj^t^^ conde en rang du species de LiniMmM^ tozzia alpina, Linn.; mais il y manqoelaraofiei qui est la partie la pluscurieuse de cette pluir. d'ailleurs difficile à sécher et.conserîer.J; rtit;a t^rsî en fruits, maisjeneraipasenllei» J'ai VazalcA procutnbens; mais il me maiHji: d'Mtres b^aux chamœrhododendrosà^^i^^^ Je n*ai qu'un misérable p0iînmdrosûce»k^^ pas le coriusa Matthioli^ etc. U liste de ceq» j'ai seroit longue, celle de ce qui me flasque plus longue encore; mais si yousvoi''^ m'envoyer celle ^e ce que vous enverra Gagff biii, j'y pourroîs noter ce qnime manque, bS que le reste étant sup^flii dans mon herbe: pûf demeurer dans le vôtre. Je me sais rura«' livres de botanft|»e, et j'avois bien résoWfi plus en acheter; cependant je sens quem'aSe tionnant aux plantes des Alpes, je nepui^is passer de celui de Haller. V«lis m'obligerai v(>ijloir bien me marquer exaclemcnlsonow son prix, et le lieu où vdus l'avez tronyc;carl
Phince est si barbare encore em botanique» qu'on n'f trouve presque^cun livre de cciie science; et j'ai été obligé de faire vecyr à grands frais de Hollande et d'Ânglel|rre le peu que j'en ai; encore ai-je cherché partout ceux de Clusias sans pouvoir les trouver. •
Voilà bien du bavardage â'ur la botanique, dont je vois, avec grand regret, que vous afisz tout-à-fatt pefdu le goût. Cependant, puisque ▼008 avez un pet^lôté mon apon/n, j'ai grande envie de vous envoyer quelques graines de l'arbre de soie et de* la pomme de cannelle, qu'on m'a dernrërement apportées des Des. Qyafld vous commencerez à meubler votre jardin» je suis jaloux d*y contribuer. Bonjour, mon cher h6te; nous vous embrassons et vous saluons Ton et l'autre de tout notre cœur.
A M. LAUACD.
Bonrgoiiitle 19 décembre 17S8.
Pauvre garçon! pauvre Sauttersheim ! Trop occupé de moi durant ma détresse, jel'avois un peu perdu de vue; mais il n'étoit point sorti de mon cœur, et j'y avois nourri le désir secret de me rapprocher délai, si jamais je trouvois quelque intervalle de repos entre les malheurs et la mort. C'étoit rhomine qu'il me falloit poui; me fermer les yeux; son caractère éioit doux, sa société étoit simple ; rien de hi pretintaille françoise; encore plus de sens que d^esprit ; on goût sa in , formé par la bonté de son cœur, des talens assez pour parer una solitude, et un naturel fait pour Taimer avec un ami : c'étoit mon homme; la Providence mera6té;1eshommes m'ont ôté lajouissancedetootcequidépendoitd'eux; ils me veiîiliDt jusqu^à la petite mesure d'aif qit'ils permettent qim je respire :'il ne-me restoit qu'une espérance illusoire, il naon'en reste plus du tout. Sans douille ciel melroyve digne de tirer de moi seul toutes mes ressources, puisqu'il ne m'en reste plus aucdAe autre. Je sens que la perte de c# pauvre garçon qj'aSPecCe plus à proportion qu aucun de mes a^res malheurs. Il falloit qu'il y eût une sympathie bien forte entre loi et moi, puisque ayant déjà appris à me mettre en garde Contre les empressés, je le reçus à bras ouverts silét qu'il se présenta.
et dès les |isemt^ jours de notre kaison, elle fut intime. Je me souviens que, dans ce même temps, on m'écrivit de Aenéve que C'était un espion aposté pour tâcher de m'attirer en France, où l'on vouîoit, disoit la lettre, me faire un mauvais parti. Là-dessus je proposai à Sauttersheim un voyage à Pontarlier, sans lui parler de ma lettre : il y consent ; nous partons. En arrivant à Pontarlier, je l'embrasse avec transport, et puis je lui montre la lettre : il la lit sans s'émouvoir ; nous nous embrassons derechef, et nos larmes coulent. J'en verse derechef en merappelant ce délicieux moment. J^ai fait avec lui plusieurs petits voyages pédestres; je commençois d*herboriser, il prenoit le même goût; qous allions voir mylord maréchal, qui, sachant que je l'aimois, le recevoit bien, et le prit bientôt en amitié lui-même. Il avoit raison. Sauttersheim étoit aimable; mais son mérite ne pauvoit être senti que par des gens bien nés ; il ghssoit sur tous les autres. La génération dans laquelle il a vé2u n'étoit pas f<iite pour le connottre : aussi n'a-t^il rien pujaire à Paris ni ailleurs. Le ciel l'a relire du milieu des hommes où il étoit étranger ; mais pourquoi m'y a-t-il laissé? ,
Pardon, monsieur ; mais vous aimies ce pauvre g;|rçon, et je sais que l'effusion de mon attachement et de mon regret ne peut vous déplaire. Je suis sensible à la peine que vous ave^ bien voulu prendre en ma faveur auprès de M.*fe prince de Cenii ; mais vous en avez Aé bien payé par le plaisir de converser avec- le plus aimable et le plus généreux des .hommes» qui sûrement eût aimé et favorisé npti^ pauvre Sauttersheim s'il l'a voit connu. Je vois,. par ce que vous me marquez de s^s nouveiJes.bonté8 pour moi, quelles sont inépuisables comme la générosité de son cœur. Ah 1 poumiuoi faut^il que tant d'intermédraires qui- nous séparent détournent et anéantissent tout l'effet da ses soins? J'apprends que son trésorier qui ma fiait chasser du château de Trye à force d'intrigues, est en liaison avec l'agent du prince à celui de LavagnaCy et qu'if a déjà été question de moi entre eux deux. Il ne m'en faut pas davantage pour jug^ d'aY.Micedtfaort qu'on m'y prépare ; mais n'importe, me voilà prêt, et il n'ya rien qoc je n'endure plutôt que diimériter la disgrâce do prince en me rétractant sur ce
CORRESPONDANCE
que j*ai demandé moi-mème^i ea laissant inutiles, par ma faute, les démarches qu*il veut bien faire en ma faveur. De tous les malheurs dont on a résolu de m'accabler jusqu'à madiernière heure, il y en a un du moins dont je saurai me garantir quoi qu'on fasse, c'est cefui de perdre sa bienveillance et sa protection par ma faute.
Vous avez la bonté, monsieur, de me chercher une épinette. Voilà un soin dont je vous suis trés-obligé, mais dont le succès m'embarrasseroit beaucoup; car avant d*avoir ladite épinette, il faudsoit premièrement me pourvoir d'un lieu pour la placer, et... d'une pierre pour y poser ma télé. Mon herbier et mes livres de botanique me coûtent déjà beaucoup de peine
et d'argent à transporter de gtte en gtte, et (fé * ^^geux (ft l'eau de Éourgoin m'ont faitcontracts
cabaret en cabaret. Sinousajoutions desurcrott une épinette, il faudroit donc y attacher des courroies, afin que je pusse la porter sur moo' dos, comme les Savoyardes portent leurs vielles : tout cet attirail me feroit «n équrpage assez^ dignedu /?omancointgtf«, mais aussi peu risible qu'utile pour jnoi. Dans les douces rêveries dont je suis encore assez fou pour me bercer quelquefois, j'ai pu faire ^entrer le désir d'une épinette; mais nous serions assez à temps de songer à cet^rticle quand tous les autres seront réalisés ; et il me semble que de tifus les services que vous pourriez me rendre, celui de me pourvoir dune épinette doit être laissé pour le dernier. Il est vrai que vous me voye2 |i(BJà tranquille au château de Lavagnac. Ah! xnon cher monsieur Laliaud, cela me prouve que vous avez la vue plus longue que moi. Bonjour, monsieur; nous vous saluons tons deux de tout notre cœur. Je vous donne l'exemple àfi finir sans complimens ; vous ferez bieji de le suivre.
A M. MODLTOU.
BoorgoiD, le 30 décembre 1768.
ne vienf^t^as si tftt, car son altesse m'a fait prévenir qu'il falloit, avant de ni'écrke,qo'ellc prit pour ce prgjet des arrangemens semblables à ceux qu*elle a cm à propos de prendre pour mon voyage en Dauphiué : cpsa^^»)g^ mens dépendent de l'accord de personnes qui He-fe rencontrent pas souvent; et quelle qw soit la générosité de cœur de ce grand prince, de quelque extrême bpnté qu'il aihonore^Tois sentez qu'il n'est pas ni ne gj^uroit éire occuj» de moi seul: et la chose 4a monde qui fait te mieux son éloge est qii*tJ n^soit pas eaccre ennuyé de tous les soins que je lufaicoûià J'attends donc SUns impatience; roais,en attendant, ma situation devient, ji toos égara, plus critique de jour en jour; et Tair maréa-
J'attendois, cher Moultou, pour répondre è votre dernière lettre, d'avoir reçu les ordres que M. le prince de Conti m'avoir filit annoncep ensuite de Tapprobation qu'il a donnée au projet de ma retraite à l^vaçnac^inais ces ordre» ne sont point encore venus, et je crains qu'ils
depuis quelque temps une maladie singolim dont, de manière ou d'ail^re, il fauttâéer^ me délivrer : c'est un gonflement d'esionut toàs-<;onsidérable et sensible même au-delioft. quien'oppresse, m'étoufPe» et me géneaopofm de ne pouvoir plus me baisser, et il hma^ ma pauvre femme ait la peine de nwneitrf mes souliers, etc. Je croyois d'abord dVd^^ ser, mais la graisse n'étouffe jas;jioeBgraisse que de l'estomac, et le reâesiunt aussi maigre qu'à l'ordinaire. CeueincisMr dite, qui croit à vue d'œii, me déteminei^ cher de sortir de ce mauvnis pays leplut^ qi^^ me sera possible, en attendant que ^ prince ait jugé à propos de disposer de moi. ^ y a djHis ce pays, à demi-lieue de la vk^^^ maison à mi-côte, agréable, bien située, à l'eau et l'air sont très-bons, et où le proprittaire veut bien me céder un petit logement fi j'ai dessein d'occuper. 1^ maison estseule,!^^ de tout village, et inhabitée dans cette sai^^ J'y serai seul avec ma femme et uneserm'^ qu'on y tient: voilà une beHe occasion, p' ceux qui disposent de nioi, de se déliTterfi' soin de ma-garde, et (f^me délivrer, moi, (1« misères dfe cette vie. Celle idée ne me déioon ni ne me ëétern^ne : je compte aller là djr^ qn*êlques jours, à la merci des hommes cl àl^ garde de J«*rovidcnce. En attendant qu«]^ sache s'il m'est permis d'aller vous joindre, t-i si je dois rester dai^ ce pays (car je suis dèw* miné à ne prendre aueuii. parti swsraveaoi prince, pnrcoqupma confiance est égale a®
reconnoissancc, et c'est tout dire ], cher Moultou, adieu : je ne sais ni dans quel temps ni a quelle occasion je cesserai de vous écrire, mais, tant que je vivrai, je no cesserai devons
uimer.
■ADAMB LàTOUR.
A Dourgoin, le S Janvier 1768.
Ceux qui ont beaoiaqu*un homme dans mon état leur rappelle son existence sont indignes qu'il les en fasse souvenir. Je savois» chère^ Marianne, que vous n'étiez pas de ce nombre; j'attendois de vos nouvelles» et j'étois sûr d'en recevoir, mais ma situation no me permeltoit pas de vous en demander. Mon cœur ne peut cesser d'être plein de vous; je vous chérissois par toutes les qualités aimables que vous m'avez montrées ; mais un seul service de véritable amitié m'imprimera toujours un sentiment plus fort que tout autre attachement, un sentiment que l'absence ni le temps ne peuvent prescrire ; et, soit qu'il me reste peu ou beaucoup de temps à vivre, vous me serez aussi respectable que chère jusqu'à mon dernier soupir.
Depuis quelques jours je ne puis plus écrire
sans beaucoup souffrir, et bientôt, si mon état
empire, je ne le pourrai plus du tout. Un mal
d'estomac accompagné d'enflure et d'étouffé-
ment ne me permet plus de me baisser : toute
autre attitude que celle de me tenir droit me
suffoque, et il y a déjà long-temps que je ne
puis mettre moi-même mrs souliers. Je veux
attribuer ce mal extraordinaire à Pair et à l'eau
du pays marécageux que j'habite ; si je m'en
tire, je vous l'écrirai : si j'y succombe, Bla-
ria niic, honorez Ja mémoire de votre ami, et
soyez sûre qu'il a vécu et qu'il mourra digne
des scntimens que vous lui avez témoignés.
A H. BBAUGBATEAU.
Boargoin. le 9 Janvier I7S9.
Hier, monsieur, je reçus, par le canal du iour Guy, libraire à Paris» avec des Étrenes nrignoniics, votre lettre du 7 se|Hembre
yrs.
Mes ennemis ont toujours parlé ; mes aaiis, si j'en ai, se sont toujours tus : les uns et les autres peuvent continuer de même. Je ne désire point qu'on me loue, encore moins qu'on me justifie. J'approche d'un séjour oii les injustices des hommes ne pénètrent pas. La seule chose que je désire , en les quittant, est de les laisser tous heureux et en paix. Adieu, monsieur.
A M. DU PBYROU.
BoiirgoiB, le 11 Jaoïier 1789.
Permettez, naon cher hAte, que, dans l'impossibilité où me met un grand mal d'estomac, accompagné d'enflure, d'étouffement et de fièvre, d'écrire moi-même, j'emprunte le secours d'une autre main pour vous marquer combien je suis touché de la continuation de vos alarmes sur le triste état de madame la commandante. Je vous avoue que depuis que j'eus l'honneur de la voir un peu de suite à Cressier, je jugeai sur plusieurs signes que son sang, très-sain d'ailleurs, tenoit d'une humeur scorbutique, et vous savez que c'est Mn des effets du scorbut de rendre les os très-fragiles ; mais en même temps, cette humeur surabondante rend les calus très-faciles a former. Ainsi le remède, à quelque égard , suit le mal ; il n'y a que des mouvemens bien lians, bien doux, tels qu'elle sera forcée de les faire, qui puissent prévenir pareils accidens à l'avenir. Son état forcé sera presque celui où elle seroit obligée de se tenir volontairement à l'avenir pour prévenir d'autres fractures, quand même elle n'en auroit point eu jusqu'ici. Le mien , mon cher hôte, me dispense de tant de prévoyance^ et je crois que la nature ou les hommes me laissent voir de plus près le repos auquel j'avois inutilement aspiré jusqu'ici. Accoutumé a Pair subtil des montagnes, je puis juger que l'air marécageux du pays que j'habite, et les mauvaises eaux que l'on est forcé d'y boire , ont contribué à me mettre dans cet état. Si j'avois eu plus de force ci de moyens, que ma santé fût moins désespérée , je tAcherois d'aller tra-« vailler à la rétablir dans quelque habitation plus convenable à mon tempérament. Mais le mal me parolt sans remède ; je suis très-foib'c.
CORRESPONDANCE
ceÊi une grande fatigue pour moi de me transplanter; ainsi j'ignore encore si j'en aurai IV)Ccasion , le courage, et si j'y serai à temps. S'il arriroit que je fusse privé du plaisir de vous écrire davantage, vous pourrez toujours avoir des nouvelles de ma femme, et lui donner des v6tres^ comme j'espère que vous voudrez bien faire par la voie de Lyon.
Quant à ce qui est entre vos mains, et qui peut être complété par ce qui est dans celles de la dame à la marmelade de fleur d'orange, je vous laisse absolument te maître d en dispoposer après moi de la manière qui vous parottra la plus favorable aux intérêts de ma veuve, à cens de ma filleule , et à Thonneur de ma mémoire.
Il n'y a pas d'apparence, mon cher hôte, qu'il soit désormais beaucoup question de bo« taniqne; ainsi vos plantes des Alpes et le livre que vous y vouliez joindre ne seront probablement plus de saison quand même je resterois comme je suis, ce qui me parolt impossible, puisque je ne saurois actuellement me baisser, ni mettre mes souliers moi-même ; ce qui n*est pas une bonne disposition pour herboriser. D'ailleurs la fièvre, et même assez forte, me rend si foible, qu'il faut dans peu qu elle s'en aille ou que je m'en aille, le ne puis pas vous dire encore lequel sera des deux.
Depuis cette lettre écrite, mon cher hAte^ je me sens mieux, et assez bien pour pouvoir, sans beaucoup d'incommodité, y joindre un mot de ma main; mais ma pauvre femme à son tour est tombée malade, et ma chambre est un hôpital. Comme je suis persuadé que réelle* ment l'air de ce lieu nous est pernicieux à l'un et à l'autre, je suis déierminé, sitôt qu'elle sera en état de souffrir le transport, d'aller nous établir à une lieue d'ici, sur la hauteur, en très-bon air, dans uue maison abandonnée, mais où le gentilhomme à qui elle appartient veut bien me faire accommoder un petit logement. Adieu, mon cher hôte , nous vous embrassons l'un et l'autre de tout notre cœur : offrez nos respects et nos vœux à la maman , et no« nmiîiés h M. Jennnin.
M LUIâlID.
BoargoiB, le 4 3 Janvier I^Si.
Je commence , monsieur, d'entrevoir le repos que vous m'annoncez, et que j'ai pressenti même avant vous; un grand mal d'estomac, accompagné d'enflure, d'étouffement et de fièvre , m'en montre la route autre que celle que vous avez prévue , mais la seule par laquelle j'y puis parvenir. Cette bizarre maladie a des relAches, que je paie par des retours plus cruels ; et hier même je me croyois guéri ; j'ai changé cette nuit d'opinion ; je comprends qu^ j'en ai pour le reste de la route ; mais j'ignore si le trajet qui me reste à faire sera court on long. La seule chose que je sens, c'est qu'il sera rude, d'autant plus que l'impossibîhté de me baisser, de me chausser, d'herboriser pu conséquent, et l'extrême difficulté d'écrire, me condamnent à la plus insupportable inaction, ne pouvant supporter aucune lectore, ni feuilleter que des livres de plantes, qui vont m me servir plus de rien. Je crois que l'auirode I d'être continuellement occupé i coi/erifcsp/aotps , et courbé sur la caisse de mon herbier, a beaucoup contribué à détruire moneMUiac; et lorsque je reprends dans des mome&s Va même attitude, la douleur et l'oppression cpii redoublent, me forcent bien rite à la quitter: mais je croîs que l'air et l'eau de ce pays marécageux m'ont fait plus de mal encore; je ne m'en suis pas senti tout seul; et ma femme, qui vient d'être aussi malade, en a éprooré si part. Cela m'a déterminé, me voyant totalement oublié, ou du moins abandonné, à accepter un petit logement qui m'a été ofen sur la hauteur à une lieue d'ici, dans nœ maison inhabitée , mais en trés-bon air, ci je compte m'y transplanter aussitôt qu'il sera prêt, et que nous en aurons la force ; iroç heureux si Ton m'y laisse au moins finir mes jours dans la langueur d'une oisiveté totale^oo mêlée uniquement de mes maux» plus suppcir tables pour moi qu'elle.
Voici, monsieur, une lettre de chance ds dix livres sterling sur l'Angleterre, que je tobs prie de tâcher de négocier, ou d'envoyer à Londres ; elle sera payée sur-le-champ : c*e» une petite rente viagère que j'ai reçue en paiement de mes livres, que je vendis à l^ondra
7ÔI
pour n avoir plus à les traîner après moi depuis qu'ils m*étoient devenus inutiles.
Mon cher monsieur l^liaud , plaignez-moi et pardonnez-moi. Je ne puis plus écrire sans souffrir beaucoup et sans aggraver mon mal ; et, pour surcroît, je n'ai affaire qu*â des gens exigeans, qui s'embarrassent très-peu de mon état, et me comptent leurs lignes sur les pages qu'ils exigent de moi. Vous n'êtes pas de même; aussi toute mon attente est en vous. Je ne vous écrirai que pour choses nécessaires et très en bref. Ne comptez pas rigoureusement avec votre serviteur, je vous en conjure , et donnezmoi la consolation d'apprendre de temps en temps que vous ne m'oubliez pas. Je vous embrasse de tout mon cœur, et ma femme vous salue.
A H. ou PEYROU •
A Bourgoln, le 18 janvier I760.
J*apprends, mon cher hôte, par le plus singulier hasard, qu'on a imprimé à Lausanne un des chiffons qui sont entre vos mains, sur cette question : Quelle est la première vertu du héros ? Vous croyez bien que je comprends qu'il s'agit d*an vol; mais comment ce vol a-t-il été fait, et par qui?... Vous qui êtes si soigneux, et surtout des dépôts d'autrui ! J'ai des engagomens qui rendent de pareils larcins de trcsgrande conséquence pour moi. Comment donc ne m'avez-vous point du moins averti de cette impression ? De grâce, mon cher hôte , tâchez de remonter à la source, de savoir comment et par qui ce torche-cul a été imprimé. Je vis dans la sécurité la plus profonde sur les papiers qui sont entre vos mains; si vous souffrez que je perde celte sécurité, que devicndrai-je? Mettez-vousà ma place, et pardonnez Tiniportunité. J'ai cru mourir cette nuit; le jour je suis moins mal. Ce qui me console, est que de semblables nuits ne sauroicnt se multiplier beaucoup. Ma femme, qui a été fort mal aussi, se trouve mieux. Je me prépare à déloger pour aller, dans le séjour élevé qui m*est destiné, chercher un air plus pur que celui qu'on respire dans ces vallées. Je vous embrasse.
le suis très-inquiet de l'état de madjime la Commandante, et par conséquent du vôtre.
Bfon cher hôte, donnez-moi, je vous prie, des nouvelles de tous deux le plus tôt que vous pourrez. Je vous embrasse.
A M. LALUUD.
Moiiqiiin, le 4 février 47G9.
J'ai reçu, monsiiMir, vos deux dernières lettres, et, avec la première, la rescripiion que vous avez eu la bonté de m'envoyer, et dont jo vous remercie.
Quoil monsieur, le barbouillageacadémiquo imprimé à Lausanne Tavoit aussi été à Paris !... et c'est M. Fréron qui en est l'éditeur (*) !.... Le temps de l'impression , le choix de la pièce, la moindre et la plus plate de tout ce que j'ai laissé en manuscrit, tout m'apprend par quelles espèces de mains et à quelle intention cet écrit a été publié. L'édition de Lausanne, si elle existe , aura probablement été faite sur ceilr de Paris; mais le silence de M. Du Peyrou nn^ fait douter de cette seconde édition , dont la nouvelle m'a été donnée d'assez loin pour qu'on ait pu confondre ; et de pareils chiffons ne so!ii guère de ceux qu'on imprime deux fois. Vous avez pris le vrai moyen d'aller, s'il est possible. à la source du vol par l'examen du manuscrit : cela vaut mieux qu'une lettre imprimée, qui nr feroit que faire souvenir de moi le public et mes ennemis, dont je cherche à être oublié, et sur laquelle les coupables n'iront sûrement pas se déclarer. Vous m'apprenez aussi qu'on a imprimé un ncAveau volume de mes écrits vrais ou faux. C'est ainsi qu'on me dissèque de mon vivant, ou plutôt qu'on dissèque un autre corps sous mon nom. Car quelle part ai-je au recueil dont vous me parlez, si ce n'est deux ou trois lettres de moi qui y sont inséras , et sur lesquelles, pour faire croire que le recueil entier en étoit, on a eu l'impudence de le faire imprimer à Londres sous mon nom , tandis que j'étois en Angleterre, en supprimant la première édition de Lausanne faite sous les yeux de l'auteur? J'entrevois que l'impression du chiffon académique tient encore à quelque autre ma-
(*) En effet, Fréron avolt pobUé le discours dont U s'agit dans êoa /innée tUtéiahe, tome ?ii, I76S. H y est procédé dune lettre d'envoi que lui adresse un anonyme, et le Journaliste n'y a ajooté aucune réfliiion. O. P.
T IV
CORRESPONDANCE
nœuvrc souterraine de même acabit. Vous m'avez écrit quelquefois que je faisois du noir ; l'cx* pression n'est pas juste ; ce n'est pas moi, mon* sieur, qui fais du noir, mais c*cst moi qu'on en barbouille. Patience ; ils ont beau vouloir écarter le vivier d'eau claire, il se trouvera quand je ne serai plus en leur pouvoir, et au moment qu'ils y penseront le moins. Aussi qu'ils fassent désormais à leur aise, je les mets au pis. J'attends sans alarmes Texplosion qu'ils comptent faire après ma mort sur ma mémoire, semblables aux vils corbeaux qui s'acharnent sur les cadavres. G* est alors qu*ils croiront n'avoir plus à craindre le trait de lumière qui , de mon vivant, ne cesse do les faire trembler, et c'est alors que l'on connottra peut-être le prix de ma patience et de mon silence. Quoi qu*il en soit, eu quittant Bourgoiii j*ai quitté tous les soucis qui m'en ont rendu le séjour aussi déplaisant ' que nuisible. L'état où je suis a plus fait pour ma tranquillité que les leçons de la philosophie et de la raison. J'ai vécu, monsieur ; je suis content de remploi de ma vie ; et du même œil que j'en vois les restes, je vois aussi (es événemens qui les peuvent remplir. Je renonce donc à savoir désormais rien de ce qui se dit, de ce qui se fait, de ce qui se passe par rapport à moi : vous avez eu la discrétion de ne m'en jamais rien dire. Je vous conjure de continuer. Je ne me refuse pas aux soins que votre amitié, votre équité, peuvent vous inspirer pour la vérité, pour moi dans l'occasion, parce que, après les sentimens que vous orofessez envers moi , ce seroit vous manquer à vousmême. Mais dans l'état où sont les choses, et dans le train que je leur vois prendre, je ne veux plus m'occuper de rien qui me rappelle hors de moi, de rien qui puisse ôter à mon esprit la mém^ tranquillité dont jouit ma conscience.
Je vous écris, sans y penser, de longues lettres qui font grand bien à mon cœur, et grand mal à mon estomac. Je remets à une autre fois le détail de mon habitation. Madame Renou vous remercie et vous salue ; et moi, mon cher monsieur, je vous embrasse do tout non cflMur.
A «. MOULTOO.
Uonqoin, le U février ITGI.
Je suis délogé, cher Moultoa : j'ai quiuê h r marécageux de Bourgotn pour venir occnpn sur la hauteur une maison vide ettoliuire que la dame à qui elle appartient m'a oierte depié long-temps, et où j'ai été reça avec une koipitalité trés>nobIe, mats trop bien poortnefiiR oublier que je ne suis pas diez moi. Ayantpri ce^parti, l'état où je suis ne me laisse pittspenseràune autre habitation; rhonnétetémèBeM me permettroit pas de quitter si promptcmoi celle-ci après avoir consenti qii*on hm^ pour moi. Ma situation, la nécessité, moDgo^ tout me porte à borner mes désirs et mes soin à finir dans cette solitude des jours dont, giict au ciel, et quoi que vous en puissiez dire, je» crois pas le terme bien éloigné. Accablé ds maux de la vie et de l'injustice deshonuns, j'approche avec joie d'un séjour oii toatceiaie pénètre point ; et en attendant je se veoipte m'occuper, si je puis, qu'à me nppnxkde moi-même, et à goûter ici entre b ow/u^m de mes infortunes, et mon cœurefDiaïqor^ voit, quelques heures de douceur H àtpiii en attendant la derniàre« Ainsi , montxAm, parlez-moi de votre amitié pour moi, ^Icik sera toujours chère ; mais ne me parla piv de projets. Il n'en est plus pour moi d'aotreeace monde que celui d'en sortir avec la mèoie innocence que j'y ai vécu.
J'ai vu, mon ami, dans quelques-unes de ^ lettres, notamment dans la dernière, qo^^ torrent de la mode vous gagne, et quevo's commencez à vaciller dans des sentimens 015 vous croyois inébranlable. Ah ! cheraini,cofr ment avez- vous fait? Vous en qui j'ai toujoss cru voir un cœur si sain , une Âme si ii^cessez-vous donc d'être content de vous^nêp^ et le témoin secret de vos sentimens cornue ceroit-il à vous devenir importun? Je saûqo^ la foi n*est pas indispensable, que rincrédulic sincère n'est point un crime, et qu'on serajo? sur ce qu'on aura fait et non sur ce qa<* aura cru. Mais prenez garde, je voascoQJoî^ d'être bien de bonne foi avec vous-miDCiC^ il est très-différent de n'avoir pas cru 0 de n'avoir pas voulu croire; et je pats co» xevoir comment eelui qui n'a jamais cm b
ANNÊK 17(».
croira jamais, mais non commeni celui qui a crû peut cesser de croire. Encore un coup, ce que je vous demande n'est pas taiu la foi que la bonne foi. Voulez- vous rejeter l'intelligence universelle? les causes finales vous crèvent les yeux. Voulez-vous étouffer Tinstinct moral? la voix interne s'élève dans votre cœur, y foudroie les petits argumensà la mode, et vous crie qu il n*est pas vrai que rbounéte homme* et le scélérat,. le vice et la vertu ne soient rien ; car vous êtes trop bon raisonneur pour ne pas voir à l'instant qu'en rejetant la cause première et le mouvement, on ôte toute moralité de la vie humaine. Eh quoi, mon Dieu! le juste infortuné en proie à tous les maux de cette vie, sans en excepter môme Topprobre et le déshonneur, n'auroit nul dédommagement à attendre après elle, et mourroit en bète après avoir vécu en Dieu? Non, non, Moultou; Jésu8,que ce siècle B méconnu parce qu'il est indigne de le connottre; Jésus, qui mourut pour avoir voulu faire un peuple illustre et vertueux de ses vils compatriotes, le sublime Jésus ne mourut point tout entier sur la croix; et moi qui ne suis qu'un chétif homme plein de foiblesses, mais qui me sens un cœur dont un sentiment cou-» pable n'approcha jamais, c*en est assez pour qu'en sentant approcher la dissolution de mon corps, je sente en même temps la certitude de vivre. La nature entière m'en est garante. Elle n'est pas contradictoire avec elle-même ; j'y vois régner un ordre physique admirable et qui ne se dément jamais. L'ordre moral y doit correspondre. Il fut pourtant renversé pour moi durant ma vie ; il va donc commencer à ma mort. Pardon, mon ami, je sens que je rabâche ; mais mon cœur, plein pour moi d'espoir et de confiance, et pour vous d'intérêt et d'attachement, ne pouvoit se refuser à ce court épanchement.
P. S. Je ne songe plus à Luvagnac, et probablement mes voyages sont finis. J'ai pourtant reçu dernièrement une lettre du patron de la case, aussi pleine de bonté et d'amitié qu'il m'en ait jamais écrit, et qui donne sou approbation à une autre proposition qui m'avoit été faite; mais toujours projeter ne me convient plus. Je veux jouir entre la nature et moi du peu de jours qui me restent, sans plus me laisser promener, si je puis, parmi les hommes <jiii
m'ont si mal traité et plus mal ooimu. Quoique je ne puisse plus me baisser pour herboriser, je n»f»uis renoncer aux plante?; je les observe avec plus déplaisir que jamais. Je ne voos dis point de n'envoyer les vôtres, parce que j'espère que vous les apporterez : ce moment, cher Moultou, me sera bien doux. Adie», je vous embrasse; partagez tous les sentimens de mon ccetir avec voire digne moitié^ et recevez l'utt et Taiitrc les respects do la mienne. Elle va rester à plaindre. C'est bien malgré elle, c'est bien malgré nous qu'elle et moi n'avons pu remplir de grands devoirs ; mata elle en a rempli de bien respectables. Que de choses qui devroient être sues vont être ensevelies avec moi I et combien mes cruels ennemis tireront d'avantages de l'impossibilité où ils m'ont mis d» prier L
A M. LàUABO.
A Monqoin, le 4< février «7<9i
Je ne conçois point M. de La Siile; je sais seulement que c'est un fabricant de Lyon. Il accompagna cet automne le fils de madame Boy de La Tour, mon amie, qui vint me voir ici. Me voyant logé si tristement et dans un si mauvais air, il me proposa une habitation en Dombes; je ne dis ni oui ni non. Cet hiver, me voyant dépérir, il est revenu à la charge ; j'ai refusé ; il m'a pressé. Faute d'autres bonnes raisons à lui dire, je lui ai déclaré que je ne pouvois sortirdecette province sans l'agrément de M. le prjnce de Conti» 11 m'a pressé de lui permettre de demander cet agrément ; je ne m'y suis pas opposé : voilà tout.
J'apprends, par le plus ^rand hasard du monde, qu'on vient d'imprimer à Latisanne u* ancien chiffon de ma fiiçon. C'est un discours sur une question proposée, en 1754 , par M. de Cursay, tandis qu'il étoit en Corse. Quand il fut fait, je le trouvai si mauvais que je ne vou-^ lus ni l'envoyer ni le faire imprimer. Je le re* mis avec tout ce que javois en manuscrit à H. Du Peyrou avant mon départ pour l'Angle* terre. Je ne l'ai pas revu depuis, et je n'y ai pas même pensé. Je ne puis me rappeler avec cer- 1 titude si ce barbouillage est ou n'est point un ' des manuscrits inlisibles que IL Du Peyrou m'envoya à Woottou pour les transcrire ;. et
COUPiESPONDANCE.
que je lui renvoy<ii, copie et brouillon, par son ami M. de Ccrjat, chez lequel, ou durant le transport, le vol aura pu se faire ; ce qu'il y a de sur, cVstquc je n'ai aucune part à cette impression, et que si j'eusse été assez insensé pour vouloir mettre encore quelque chose sous la presse, ce n*ost pas un pareil torche-cul que j'aurois choisi. J'ip[norc comment il est passé sous la presse; mais je crois M. Du Peyrou .pnrfaiiementincapabled'une pareille infidélité. En ce qui me regarde, voilà la vérité, et il m'importe que cette vérité soit connue. Je vous embrasse et vous salue, mon cher monsieur, de tout mon cœur.
M. DU PEYROD.
Monquia, le S8 révrier 1769.
Je suis sur ma montagne, mon cher hôte, où mon nouvel établissement et mon estomac me rendent pénible d'écrire, sans quoi je n'aurois pas attendu si long-temps à vou9*demander de fréquentes nouvelles de madame la Commandante, jusqu'à rentière guérison dont, sur votre pénultième lettre, l'espoir se joint au désir. Pour moi, mon état n'est pas empiré depuis que jo suis ici; mais je souffre toujours beaucoup. J'ai eu tort de ne vous pas marquer le rétablismoment de madame Renou qui n'a tenu le lit que peu de jours; maïs imaginez ce que c'étoit que d'être tous deux en même temps presque t\ l'extrémité dans un mauvais cabaret.
Il n'y a pas eu moyen de tirer de Fréron le in.inuscrit sur lequel le discours en question a é'é imprimé ; mais je vois, par ce que vous me marquez, que la copie furtive en a été faite avant 1> s corrections, qui cependant sont assez anoionnes; elles n'empêchent pas que l'ouvrage, ainsi corrigé, ne soit un misérable torche-cul; ji2{]ezde ce qu'il doit être dans l'état où ils l'ont imprimé. Ce qu'il y a de pis est que Rey et les i)Utres ne manqueront pas de l'insérer en cet ôtnt dans le recueil de mes écrits. Qu'y puis-je faire? Il n'y a point de ma faute. Dans l'état où ;esuis, tout ce qu'il reste à faire, quand tous les m.'iux sont sans remède, est de rester tranquille et de ne plus se tourmenter de rirn.
M. Séguîer, célèbre parle Planiœ Veronenses, que vous avez pcut-êlre ou que vous devriez '
avoir, vienldeni'envoyerdesplanlesquio' Ml remis sur mon herbier et sur mes bouquim. J^ suis maintenant trop richepour ne pâssemir b privation de ce qui me manque. Si parmi cella que vous promet le Parolier, pouvoient se iroaver la grande gentiane pourprée, letAoravoldensium, Vepimedium et quelques autres, le tout bien conservé et en fleurs, je vous iront que ce cadeau me feroit le plus grand plaisir, car je sens que, malgré tout, la botanique ne domine. J'herboriserai, mon cher hôte, jusqni la mort et au-delà ; car s'il y a des fleunan champs élysées, j'en formerai des couronnfi pour les hommes vrais, francs, droits et la qu'assurément j'avois mérité d'en trouver »: la terre. Bonjour, mon très-cher hôte; mon estomac m'avertit de finir avant que la moralcfti gagne; car cela me mèneroit loin. Mon coor vous suit au pied du lit de la bonne naïuL J'embrasse le bon Jeannin.
A If. LlkLUOD
MonqqfD, le I7innni
J'ai reçu, monsieur, avec votre àwitie tatre, votre seconde rescripiion, dont je ^»» remercie, et dont je n'ai pas encore fawc^t faute d'occasion.
Je me trouve beaucoup mieux depuis qiK je suis ici; je respire et j'agis beaucoup plœ librement, quoique l'estomac ne soit pas ilêi^ enflé : outre l'effet de lair et de l'eau maréogeuse, je crois devoir attribuer en grande pjrtie mon incommodité au vin du cabnret, dof> j'ai apporté avec moi une vingtaine de boateilles, et dont j'ai senti le mauvais effet toul^ les fois que j'en ai bu. Tous les caba^etie^sf^ sifient et frelatent ici leurs vins avec de 1^ lun ; et rien n'est plus pernicieux, surtout p^'C' moi.
J'ai appris par M. Du Peyrou que ietii' cours en question avoit été absolument de figuré et mutilé à l'impression, et que m seulement on n'avoit pas suivi les correcuot que j'y ai faites, mais qu'on avoit même n tranché des morceaux de la première comç" sition. Cela me console en quelque sorte de larcin où personne de bon sens ne peut rcc^' noître mon ouvrage.
' Permettez que je vous prie de donner éoiirs à l.i lettre ci-jointe.
J'oubliois de vous répondre nu sujet des livres dont vous offrez de me défaire. S'ils sont tolérés, j*y consens; s'ils SQut défendus, je m'y oppose. Mais une chose qui me tient beaucoup plus au cœur, et dont vous ne me parlez point, est le portrait du roi d'Angleterre. Il est singulier que, de quelque fiiçon que je m'y prenne, il me soit impossible d'avoir ce portrait. Il est pourtant bien à moi, ce me semble, et je ne suis d'humeur à le céder à qui que ce soit, pas même a vous, à moins qu'il ne vous fit autant de plaisir qu'à moi.
Donnez-nous, monsieur, de vos nouvelles à vos momens de loisir. Madame Renou vous souhaite , ainsi que moi , bonheur et santé , et nous vous faisons Tan et l'autre bien des salutations.