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Hooqiiiii, le M mm 47;o.
Roae» je vous crois, et je vous croirois avec plus de plaisir encore si vous eussiez moins insisté. La vérité ne s'exprime pas toujours avec simplicité, mais quand cela lui arrive, elle brille alors de tout son éclat. Je vais quitter cette habiution : jettis ce que je veux et dois faire; j'ignore encore ce que je ferai : je suis entre lea mains des hommes ; ces hommes ont leurs raisons pour craindre la vérité, et ils n'ignorent pas que je me dois de la mettre en évidence, ou du moins de faire tous mes efforts poar cela. Seul et à leur merci, je ne puis rien; ils peuTcnt tout, hors de changer la nature des choses et de faire que la poitrine de J. J. Rousseau Yfvanteesse de renfermer le cœur d'un bomme de bien. Ignorant dans cette situation en quel lies je trouverai, soJlune pierre pour y
poser ma tète, soit une terre pour y poser mon corps, je ne puis vous donner aucune adresse assurée : mais si Jamais je retrouve un moment tranquille, c'est un soin que je n'oublierai pas; Rose, ne m'oubliez pas non plus. Vous m'avez accordé de l'estime sur mes écnts; vous m'en accorderiez encore plus sur ma vie si elle vous étoit connue ; et davantage encore sur mon cœur, s1l étoit ouvert a vos yeux : il n'en fut jamais un plus tendre, un meilleur, un plus juste; la méchanceté ni la haine n'en approchèrent jamais. J'ai de grands vices, sanS doute, mais qui n'ont jamais fait de mal qu'à moi ; et tous mes malheurs ne me viennent que de mes vertus. Je n'ai pu, malgré tous mes efforts, percer le mystère affreux des trames dont je suis enlacé ; elles sont si ténébreuses, on me les cache avec tant de soin, que je n'en aperçois que la noirceur. Mais les maximes communes que vous m'alléguez sur la calomnie et Timposûire ne sauroient convenir à celle-là; et les frivoles clameurs de la calomnie sont bien différentes dans leurs effets, des complots tramés et concertés durant longues années dans un profond silence, et dont les développemens successifs, dirigés par la ruse, opérés par la puissance, se font lentement, sourdement, et avec méthode. Ma situation est unique; mon cas est inouï depuis que le monde existe. Selon toutes les règles de la prévoyance humaine je dois succomber ; et toutes les mesures sont telle* ment prises, qu'il n'y a qu'un miracle de la Providence qui puisse confondre les imposteurs. Pourtant une certaine confiance soutient encore mon courage. Jeune femme, écoutezmoi ; quoi qu'il arrive, et quelque sort qu'on me prépare, quand on vous aura fait Ténumération de mes crimes, quand on vous en aura montré les frappans témoignages, les preuves sans réplique, la démonstration, l'évidence, souvenez-vous des trois mots par lesquels ont fini mes adieux : je suis nfNOCENT.
Rousseau.
Vous approchez d'un terme intéressant pour mon cœur : je désire d*en savoir l'heureux événesMBt aussitôt qu'il sera possible. Pour cela, si vous n'avez pas avant ce temps-là de mes noi^ velles, préparez d'avance un petit billet, qos
su
courëspondaMce.
vous ferez mettre à la poste aussitAt que vous serez délivrée, sous une enveloppe à l'adresse suivante :
A madame Boy de La Tour, née Roguin^ à
Lyon.
MOOLTOD.
Uonquin, letS mars 1770.
Jo tardois» cher Houltou» pour répondre à votre dernière lettre, de pouvoir vous donner quelque avis certain de ma marche ; mais les neiges qui sont revenues m'assiéger rendent les chemins de cette montagne tellement impraticables, que je ne sais plus quand j'eo fN>urrai partir. Ce sera, dans mon projet, pour me rendre à Lyon, d*oii je sais bien ce que je veux faire, mais j'ignore ce que je ferai.
J 'a vois eu le projet que vous me suggérez d*aller m' établir en Savoie ; je demandai et obtins, durant mon séjour à Bourgoin, un passeport pour cela, dont, sur des lumières qui me vinrent en même temps,je ne voulus point faire usage: J*ai résolu d'achever mes jours dans ce royaume, et d'y laisser à ceux qui disposent de moi le plaisir d*assouvir leur fantaisie jusqu'à mon dernier soupir.
Je ne suis point dans le cas d'avoir besoin de la bourse d'autrui, du moins pour le présent, et dans la position où je suis, je ne dépense guèro moins en place qu'en voyage ; mais je suis fâché que TofiFre de votre bourse m*ait ôté la ressource d y recourir au besoin : ma maxime la plus chérie est de ne jamais rien demander a ceux qui m'offrent; je les punis de m'avoir ôlé un plaisir en les privant d'un autre; et quand je me ferai des amis à mon goût, je ne les irai pas choisir au Monomoiapa, quoi qu'en dise \A Fontaine. Gela tient à mon tour d'esprit particulier, dont je n'excuse pas la bizarrerie, mais que jedois consulter quand il s'agit d'être obligé. Car autant je suis touché de toutcequ'on m'accorde, autant je le suis peu de ce qu'on me fait accepter : aussi je n'accepte jamais rien qu'en rechignant et vaincu par la tyrannie des importunités; mais Tami qui veut bien m'obliger à ma mode, et non pas à la sienne, sera toujours content de mon cœur. J'avoue pourtant que l'àpropos de votre offre mérite une exception; et
je la fais en tâchant de l'oubUcr, afin de ne 6ter à notre amitié l'un des droits que l'ioègi. lité de fortune y doit mettre.
Il faut assurément qne vous aoyespeudiScile en ressemblance poor trouver li niesot dans cette figure de Gyclope qu'on débite à s grand bruit sous mon nom. Quand il plut} l'honnôte M. Hume de me faire peindre eo Angleterre, Je ne pus jamais deviner son mi quoique dès lors je visse assez que ce im pas J'amitié. Je ne l'ai compris qu'en voyai; l'estampe, et surtout en appranantqtt'oaimK donnoit pour pendant une autre tepréseoim: ledit M. Hume, qui réellement a la figure (fs CyclopCf et à qui l'on donne on air ctura». Gomme ils peignent nos visages, ainsi peigieit ils nos âmes avec la même idéliié. ko» prends que lesbruyans éloges qa'oBTooii faits de ce portrait vous ont sobjugné; BaBr^ gardez-y mieux, et 6tez-mot de votre ehanb cette mine farouche qui n'est pas ta miesnei»sûrement. Les gravures faites sur le portn^ peint par La Tour me font plus jeooe,! la mérité, mais beaucçup plusressemblaRt:ra»r* quez qu'on les a fatidisparottre mmttém hideusement. GommHit ne senteHr(»i«^'aî tout cela vient,. et ce que toutcebsi^i^tet
Voici deux actes d'honnêteté, k'p»^^ d'amitié à foire : c'est à vous que [en donne la commission.
A o Rey rient de faire une édition demeiécriis, i laquelle, et à d'autres marques, j'ai reconn que mon homme étoit enrôlé. J'auroisdèjsfvoir, et que des gens si attentifs ne Toublieroit:: pas, et qu'il ne seroit pat à l'épreuve. Esin autres remarques que j*ai faites surcetie«iition, j'y ai trouvé, avec auuint d'indigoai)^'' que de surprise, trois ou quatre lettres (le)l comte de Tressan, avec les réponses qui for^ écrites il y a une quinzaine d'années aasc^ d'une tracasserie de Palissot. Je n'ai jaii^' communiqué ces lettres qu'au seul Verses,»quel j'avois alors, et bien malbeureuseines^ la même confiatGe que celle que j'ai mainltf^ en vous : depuis Ion je ne les ai montrées afi que ce soit, et ne me rappelle pasnéaiee^ avoir parlé; voilà pourtant Rey qui les m^ d'où lesa-<-il eues? ce n'est coiaiflW^P de moi ; et il ne m*a pas dit un mot de k»^' très en me parlant de cette édition, ie ^^
AISMtE 1770.
prends aisément qu'il n'aM|)fta mieux rempli ie devoir d'obtenir l'agrément de M. de Tressan, qui probableaient ne Tauroit pas donné non plus que moi. Du cercueil où Ton me tient enfermé tout vivant , je ne puis pas écrire a M. de Tressan, dont je ne sais pas l^adresse, f i à qui ma lettre ne parviendroit certainement pas. Je vous pne de remplir ce devoir pour moi. Dites-lui que ce ne seroit pas envers lui, que j'honore, que j'aurois enfreint un devoir dont j>i porté Tobservation jusqu à un scrupule peut-être inouï envers Voltaire , que j'ai laissé falsifier et défigurer mes lettres et taire les siennes, sans que j'aie voulu jusqu'ici montrer ni les unes ni les autres à personne. Ce n'est sûrement pas pour me faire honneur que ces lettres ont été imprimées ; c'est uniquement pour m'attircr l'inimitié de M. de Tressan.
2'' J'ai fait» il y a quelques mois, à madame la duchesse douairière de Portl^d un envoi de plantes que j'avois été herboriser pour elle au mont Pila, et que j'avois préparées avec beaucuu| de soin , de même quun assortiment de graines que j'y avois joint. Je n ai aucune nonvoile de madame de Portland ni de cet envoi, quoique j'aie écrit et à elle et à son commission* iiaire ; mes lettres sont restées sans réponse ; et je comprends qu'elles ont été supprimées, ainsi que l'envoi, par des motifs qui ne vous seront pas difficiles à pénétrer. Les manœuvres qu'on emploie sont très-assorties à l'objet qu'on se propose. Ayec , cher Moultou , la complaisance d'écrire à madame de Portland ce que j'ai fait, et combien j'ai de regret qu'on ne me laisse pas remplir les fonctions du titre qu'elle m'avoit permis de prendre auprès d'elle, et que je me faisois un honneur de mériter. Vous sentez que je ne peux pas entretenir des correspondances malgré ceux qui les interceptent. Ainsi là— dessus, comme sur toute chose où la nécessité commande, je me soumets. Je vo'udrois seuement que mes anciens correspondans sussent lu^il n'y a pas de ma faute , et que je ne les ai >as négligés. La même chose m'est arrivée avec ri. Gouan, de Montpellier, à qui j'ai fait un enoî sous l'adresse de M. de Saint-Priest. La aônic chose m'arrivcra peut-être avec vous, ^ceusezwnoi du moins, je vous prie, la récepon de cette lettre, si elle vous parvient encore*
I la vôtre, si vous l'éerîvez à la rcesptîon de la imenne, pourra me parvenir encore ici. Le papier me manque. Mes respects- et ceux de ma femme à madame Moulura. Nous voi» embras* sons conjointement de tout notre cœur. Adieu, cher Moultou.
A M. LAUAUD.
Uonqnin, le 4 avril 1770.
Cest par oubli, monsieur, que je n'avois pas répondu à votre précédente lettre ; car, quoique I je ne promette de l'exactitude à personne, je me j ferai un plaisir d'en avoir avec vous. La description de votre vie tranquille et champêtre me fait grand plaisir, ainsi que celle du climat que vous habitez , aux vents près qui ne sont point de mon goût. Cette douce vie, pour laquelle j'étois né , eût été celle dans laquelle j'aurois achevé mes jours, si on m'avoit laissé faire ; mais quand l'honneur, le devoir et la nécessité commandent, il faut obéir. Ne m'écrivez plus ici, monsieur, votre lettre ne m'y trouveroit vraisemblablement plus, et je ne puis vous donnerd'adresse assurée, parce que, quoique je sache très-bien ce que je veux faire, j'ignore absolument ce que je ferai. Je suis fâché de quitter ce pays sans vous envoyer des rosiers; mais la nature, tardive en ces cantons, n'est pas encore éveillée ; è peine avons-nous déjà quelques violettes , et je ne dois plus espérer de recueillir des roses. Adieu, mon cher monsieur Laliaud ; souvenez-vous de moi quelquefois. Je vous sa^ lue et vous embrasse de tout mon cœiJr.
A M. HOULTOU.
Uonquia, le 47 1 70.
PaiiTres aTCiiglet qne nont somoMs ! eto.
Votre lettre, cher Moultou, m'afflige sur votre santé. Vous m'aviez parlé dans la précédente de votre mal de gorge comme d'une chose passée,et je le regardois commeun de ceuxauxquels j'ai moi-même été si sujet, qui sont vifs, courte et ne laissent aucune trace; mais si c'est une humeur de goutte, il sera difficile que vous ne vous en ressentiez pas de temps en temps : ma is
CORRESPONDANCE
Burtont n'allez pas vous mettre dans la tète d'en vouloir guérir, car ce seroit vouloir guérir de la vie, mal que les bons doivent supporter tant qu'il leur reste quelque bien à faire. Du Peyrou, pour avoir voulu droguer la sienne, Teffaroucba, la fit remonter, et ce ne fut pas sans beaucoup de peines que nous parvînmes à la rappeler aux extrémités. Vous savez sans doute ce qu'il faut faire pourcela : j'ai vu l'effet grand et prompt de la moutarde à la plante des pieds ; je vous la recommande en pareille occurrence, dont veuille le ciel vous préserver. Si jeune, déjà la goutte 1 que je vous plains ! Si vous eussiez toujours suivi le régime que je vous faisois faire à Motiers, surtout quant à l'exercice, vous ne seriez point atteint de cette cruelle maladie. Point de soupers, peu de cabinet, et beaucoup de marche dans vos relAches ; voilà ' ce qu'il me reste à vous recommander.
Ce que vous m'apprenez qui s'est passé dernièrement dans votre ville me £&che encore, mais ne me surprend plus. Comment I votre Conseil souverain se met à rendre des jugcmens criminels! Les rois, plus sages que lui, n'en rendent point. Voili ces pauvres gens prenant à grands pas le train des Athéniens, et courant chercher la même destinée , qu'ils trouveront, hélas I assez tôt sans tant courir. Mais,
• Qoot Tult perdere Japiter dementat >
Je ne doute point que les natifs ne missent à leai-s prétentions l'insolence de gens qui se sentent soufflés et qui se croient soutenus ; mais je doute encore moins que, si ces pauvres citoyens ne se laissent aveugler par la prospérité, et séduire par un vil intérêt, ils n*eussent été les premiers à leur offrir le partage , dans le fond très-juste, très-raisonnable, et très^vantageux à tous , que les autres leur demandoienl. Les voilà aussi durs aristocrates avec les habitans que les magistrats furent jadis avec eux. De ces deux aristocraties j'aimcrois encore mieux la première.
Je suis sensible à la bonté que vous avez de vouloir bien écrire à madame de Portiand et A M.deTressan : Téquîté, l'amitié, dicteront vos lettres; je ne suis pas en peine de ce que vous direz. Ce que vous me dites de l'antérieure impression des lettres du dernier disculpe absolument Rey pur cet article, mais n'infirmje poigt.
au reste , les fortit raisons que j*ai de le (cnit tout au moins pour suspect; et je connois trop
bi«iltBgensàquij'aiaffkire,pOQr pouvoir croire que, songeant à tant de monde et i uni de choses , ils aient oublié cet homme-la. Ge que vous a dit M. Garcin du bruit qu*il lait de soi amitié pour moi n'est pas propre à m'y dosner plus de confiance.Cette affoctatîonestsingQlièn' ment dans le plan de ceux qui disposentde noi. Coindet y brilloit par excellence, et jamais il le (Kirloit de moi sans verser des larmfs de tendresse. Ceux qui m'aiment véritableneotsegirdent bien, dans les circonstances préeeDies,de se mettre en avant avec tant d'emphase; ils gémissent tout bas, au eontratre,obs6rTeDt(i se taisent jusqu'à ce que le temps soitTeDade parler.
Voilà, cher Moultou, ce que je vous prie et vous conseille de faire. Vous compromettre oe seroit pas me servir. Il y a quinze ans qu'on tn* vaille sous terre; les mains qui se prêtent à cette œuvre de ténèbres la rendent trop redoitable pour qu'il soit permis à nul bomte homme d'en approcher pour rexaminer. Ifte, pour monter sur la mine, attendre qo'eflesit fait son explosion ; et ce n'est plus mapermoe qu*il faut songer a défendre, c^est ma mmt. Voilà , cher Moultou , ce que j*ai toojoon attendu de vous. Ne croyez pas que j'ignore toi liaisons; ma confiance n*est pas celle d'un soi, mais celle, au contraire , de quelqu'un qui se connolt en hommes, en diversité d'étolfes d'âmes, qui n'attend rien des Coindet, qui attend tout des Moultou. Je ne puis douter qu'on n'ait voulu vous séduire ; je suis persuadé qu'on b'i fait tout au plus que vous tromper; mais, vtt votre pénétration, vous avez vu trop de choses, et vous en verrez trop encore pour poufoirétre trompé long-temps. Quand vous verrei la férité, il ne sera pas pour cela temps de II din: il faut attendre les révolutions qui lui seront Ch vorables , et qui viendront tôt ou tard. Cfit alors que le nom démon ami, dont il faut nuiin tenant se cacher, honorera ceux qui l'ioroii porté, et qui rempliront les devoirs qu'il leof impose. Voilà U tâche, A Moultou! elie(« grande, elle est belle, elle est digne de toi, et depuis bien des années mon cœur t'a cbois pour la remplir.
Voici peut-être la dernière fois que je t^
écrirai. Vous devez comprendre combien il me seroit intéressant de vous voir : mais ne parlons plus de Ghambéri ; ce n*est pas ià où je suis appelé. L'honneur et le devoir crient ; je n'enlends plus que leur voix (*). Adieu : recevez i'embrassement que mon cœur vous envoie. Toutes mes lettres sont ouvertes ; ce n'est pas là ce qui me fâche, mais plusieurs ne parviennent pas. Faites en sorte que je sache si celleci aura été plus heureuse. Vous n'ignorerez pas oii je serai» mais je dois vous prévenir qu'après avoir été ouvertes à la poste, mes lettres le seront encore dans la maison oà je vais loger. Adieu derechef. Nous voua embrassons l'un et l'autre avec toute la tendresse de notre cœur. Nos hommages et respects les plus tendres à madame.
II est vrai que j'ai cherché à me tléfisire de mes livres de botanique, et même de mon herbier. Cependant comme l'herbier est un présent, quoique non tout-à-fait gratuit, je ne m'en déferai qu'à la dernière extrémité, et mon intention est de le laisser, si je puis, à celui qui me l'a donné» augmenté, de pbis de trois cents plantes que j'y ai ajoutées.
dénué de crédit dans votre progire maison, au point de n*y pouvoir procurer la sûreté aux h6tes que vous y avez placés vous-même. Puisqu'on cela toutefois je me suis trompé, puisque vous ne pouvez vous délivrer dos mains des susdits bandits en cotillon, et puisque madame de Gésarges elle-même ne voit d'autre remède aux mauvais traitemens que je puis recevoir des gens qui dépendent d'elle que d'en être désolée, ne trouvez pas mauvais, jusqu'à ce que je puisse me procurer une autre demeure, que, réduit à moi seul pour toute ressource, je tâche de me faire la justice que je ne puis obtenir, en pourvoyant de mon mieux à ma propre défense et à la protection que je dois à ma femme. Que s'il en arrive du scandale dans votre maison, je vous prends vous-même à témoin qu'il n'y aura pas de ma faute, puisque, ne pouvant, sans manqaer à moi-même et à ma femme, éviter d'en venir là, je ne l'ai fait (*) cependant qu'à la dernière extrémité, et après vous en avoir prévenu.
A M. DE ciSARGtt.
• Uonqain, fia d'avril ITTO»
Je vous avoue, monsieur, que, vous connoissant pour un gentilhomme plein d'honneur et ie probité, je n'apprends pas sans surprise la tranquillité avec laquelle vous avez souffert >n mon absence les outrages atroces que ma 'emme a reçus du bandit en cotillon auquel nadame de Gésarges a jugé à propos de nous ivrer, après nous avoir été les gens qu'elle lous avoit tant vantés elle-même, et avec qui tous vivions en paix.
Je sais bien , monsieur, qu'on vous taxe 'avoir peu d'autorité chez vous, et que le caitainc Vertier vous a subjugué, dit-on, comme $s autres; mais je ne vous aurois jamais cru
{*) Comme U m rendit pea de temps après à Paris, il est prémaMe qu'il erosrolt de son devoir d'aller dans cette capitale» qu'il y croyoitsoa Iwnneor Intéreisé : snpporition qni en idne une autre ; c'est que, las d'errer et de se cacher, il tou. t parottre au grand Jour et lire ses ConfestionM, afin qoe (iz qu'il acctisolt pussent répondre ou se Jostiiier M. P.
T. IV
A M. BE SAINT-GBRMAlfl.
Quoique je me sois résigné, monsieur, à la privation que vous m'avez imposée pour épargner à votre bon cœur l'émotion d'un dernier adieu, je sens pourtant que si vous fussiez resté quelques jours de plus, je n'aurois pu résister au désir de vous revoir encore une fois, et àe vouscommuniquer beaucoup de nouvelles idées qui ni'étoient venues à force de rêver au triste sujet dont vous m'avez permis de vous parler, et qui toutes confirment mes conjectures sur les causes de mes malheurs. Puisque la consolation de vous revoir ne m'est pas donnée, je ne vous ennuierai pas de nouveau de mes longues écritures, et je me flatte que ce qui vous on est déjà connu suffira pour mettre un jour, avec votre généreuse assistance, les amis de la justice sur la voie de la vérité.
Mon libraire de Hollande vient de faire une édition générale de tous mes écrits imprimés, dont il m*a envoyé deux exemplaires, qui malheureusement sont encore en feuilles : j'ai
0) Je ne rai fait. Teite oonfonne A celai de l'éditioa originale (recueil de Dn Peyron, «790 ).
CORRESPONDANCE
pris la liberté de faire porter le paquet chez vous. L'un de ces exemplaires vous esi destiné, et je me flatte, monsieur, que vous ne dédaignerez pas cet hommage de mon attachement et de ma reconnoissance. L'autre est pour moi, et mon intention est de ne vous offrir le vAtre qu^après les avoir fait relier tous les deux. Gomme les embarras où je me trouve ne me permettent pas, quant à présent, de m* occuper de ce soin, je vous prie, en attendant que je le remplisse, de vouloir bien permettre que le paquet reste chez vous en dépôt. Si les événemens m*emp6cbent, dans la suite, d'exécuter làniossus mes intentions, je vous prie d'y suppléer en disposant des deux exemplaires de façon que le mien serve à payer la reliure du vôtre (*).
J'ai eu la curiosité de chercher dans les feuilles de ce paquet un barbouillage dont M. Fréron a été le premier éditeur, et qui m'a été volé parmi mes papiers, je ne sais comment, ni par qui, et d'où. Sur cette édition furtive, Rey a jugé à propos d'augmenter la sienne. C'est un discours sur un sujet proposé par M. de Cursay, dans le temps qu'il pacifioit la Corse, et qu'il y falsoit refleurir les lettres. Le dépositaire de mes papiers, qui ne m'avoit rien dit de ce larcin , voyant que j*en étois instruis m'apprit que ce discours avoit été mutilé à l'impression, et qu'on en avoit retranché un article tout entier, supposant que c'étoit une omission d'inadvertance par la hâte où le voleur avoit transcrit le discours ; mais il ne voulut point me dire quel étoit cet article oublié ou retranché. J'ai donc vérifié la chose dans Tédition de Bey, et j'ai trouvé que cet article omis étoit un très-bel éloge du peuf)ie de Corse, et un éloge encore plus beau des troupes françoises et de leur général. 11 ne m'en a pas fellu davantage pour comprendre tout le reste. Si jamais vous prenez la peine de parcourir ce recueil; vous connoitrez à plus d'une enseigne en quelles mains l'auteur est tombé.
En ce moment, monsieur, il nie revient sur les matières dont j'ai eu l'honneur de vous entretenir un petit fait bien minutieux en apparence, mais que je ne puis ro'empécber de vous
(*) Le lecteur doit bien croire que M. de Saint-43erroain. dans •a réponse, en aceeplant un exemplaire, n'a pas adbéré à une U-lle propositiOB. q^ p^
direà cause de ses coaséqueuoes et de la facilité que vous avez de le vérifier. Depuis notrv dcN nière entrevue, je parlois par hasard une fois de y Emile avec un officier de notre oomioiisanee. H me dit que, causant an jour avec M. Diderot, lorsqu'on psrioit de ce livra long. temps avant sa publication, M. Diderot Iniavolt
ditqu'illeconnois8oit,quejelelaiavoismoB(ré, que c'étoit un projet pour élever chaque konae pour l'état dans lequel il devoit vivre, i Pir i exemple, ajoutoit-il, s'il devoit vivre dm • une monarchie, on lui apprendra de bonae » iieure à être un fripon , èlc... • Pourquoi M. Diderot mentoit-il avec tant d'impudence? Je ne lui a vois certainement pas nontiéeeK» vre, puisqu'il n'étoit pas encore connenoé quand je rompis avec lui, et que le plan(|i'il me prètoit est exacieoient contraire an mies, comme il est aisé de le voir daas l'ooTrage. Je suis, monsieur, dansun casembamsttit vis-à-vis de M. de Tonnerre. Je voudrais, eide tout mon eoDur, lui témoigner combien je se pénétré des bontés dont il m*a comblé éaui mon séjour dans cette province, maisc'otee que je ne saurois fsîre sans laisser ptrierea même temps mon indignation de ranaoeaTec laquelle on Ta fait agir, sansqu'il s'enapn^t lui-même, dans la ridicule affaire du galériei Thevenin, digne instrument des gens qui Toot employé. Je connois et j'honore la droiture 4e M. de Tonnerre ; j'ai autant de respect poor a personne que pour son illustre naissance : jeia plains d'être quelquefois surpris par desfou^ bes; mais quand cette surprise tombe sur oioi, je me manquerois à moi-même en la passant sous silence, et je trouve trop difficile, eo loi écrivant, de me faire entendre sans lofeaser, ce qu'assurément je serois au désespoir de fairs. S'il n'y avoit pas trop d'indiscrétion, moosieur, à vous supplier de vouloir être auprès de lui l'organe de mes sentimens, vous lesferiei«ibi« valoir, et vous me tireriez d'un si grand embarras, que ce seroit une œuvre digoe de wire bienfaisance. Je ne compte partir que dai» quelques jours ; ainsi je puis recevoir encore la de vos nouvelles, si vous voulez bien m'en donner. Je ne désire qu'un mot. Adiea, moosieef. Je ne vous parlerai plus de mes sentimens fwar vous ; vous les voyez daas ma eonfiasce V' ^ est le fruit ; maisje finirai ce dernier adiso F
101 mot que je vous prie de graver dans votre âme vertaeiise : Je suis tniioceiit (*).
AU Mim.
kV UÈME.
PatiyTCs afeaglet qae noai sommes ! etc.
Apres avoir prolongé mon séjour dans liyon, plus que je ne m'y éiois attendu, je n'en veux point partir sans vous réitérer mes adieux et me recommander à votre souvenir. Je prends aussi la liberiéde vous envoyer une lettre et un vieux mémoire que m'a envoyé par la poste M. Granger, de Monquin, par lequel il prétend que je suis parti de là sans lui payer les dernières fournitures que sa femme m'a faites en œub, beurre et fromages : comme je ne me sens pas le bras assez bon pour lui payer ce mémoire dans la monnoie qu'il mérite, je veux au moins que vous connoissiezia maniéredont on a dressé et stylé cet homme par rapport à moi ; et pour cet effet, j'ai joint à ce mémoire une feuille contenant des observations sur chaque article, par lesquelles vous pourrez juger de sa bonne foi et de ceux qui le mettent en œuvre. Vous êtes à portée, monsieur, de vérifier tous ces faits. J'ai cru,sur votre amour pour Téquité, que vous ne dédaigneriez pas d'en prendre la peine. Je comprends qu'on a voulu renouveler la scène de... Mais il n'est plus temps, et j'ai crop bien pris mon parti sur tout le reste pour m'affecter encorede ces choses-IA. Ainsi je mets désormais au pis les fourbes, les fripons, les méchans, et tous les gens qui, pour me décrier, les emploient. J'espère, avant de partir d'ici, y receroir encore des nouvelles de votre santé et de celle de madame de Saint-Germain, à qui je vous supplie de Faire agréer mon respect. lia femme vous prie, monsieur, d'agréer le îen, et nous emportons l'un et l'autre le plus tendre et le plus durable souvenir des bontés dont vous nous avez honorés.
(*) Cette lettre» écrite pea de Jours arant son départ do Daaphioé, doit être de la An de mal 4770. On Toit dans la correspondaooe de Grimm qoe cdal-ci tenoli sur ÉmiU le même langage que Diderot. Tous denx, et particulièrement Grimm, ont toomé cet on? rage en ridicnle : mais il a triomphé de leurs eHorts. M, P.
▲ L7on,l9anUI77»
J'ai reçu, monsieur, avec la lettre dont vous m'avez honoré le -1 6 du mois dernier, celle que vous avez eu la bonté de me faire parvenird' envoi de M. de T...., à qui, selon vos internions, j'en accuse la réception. C'est une réponse de madame de Portland, qui me donne avis de la réception des plantes que je lui ai envoyées il y a près de six mois. Après un voyage assea désagréable, je suis arrivé ici en assez bonne santé, de même que ma femme, qui, pénétrée de vos bontés, me charge de vous en marquer sa très-humble reconnoissance. Je vous prie aussi, monsieur, de vouloir témoigner la mienne à madame de Saint-Germain, en lui faisant agréer mon respect. Vous connoissez, monsieur, toute ma confiance en votre bienveillance, et je me flatte que vous connoisse? aussi combieaj'y suis sensible et disposé à m'en prévaloir en toute occasion, sans crainte de vous déplaire. Des inconvéniens que j*aurois dû, prévoir retardent ma marche, sans rien changer à mes résolutions. Je prends la liberté de me recommander à votre souvenir, et de vous assurer que rien n'affoiblira jamais les sentîmens immortels que vous m'avez inspirés (*)•