A MADAME B
Faris»le7JolUetl77e.
Deux raisons, modame, outre le tracas d'un débarquement,m'ontempèché d'aller vous voir à mon arrivée : la première, que vous m'avez écrit vous-même que, quand même nous serions rapprochés, nous ne pourrions pas nous voir; l'autre, que Je suis déterminé À n'avoir, aucune relation avec quiconque en a avec madame de **'^. C'est à vous, madame, à m'instruire si cesdeuxobstaclesexistentou non : s'ils n'exis-
(*) U y a probablement errenr de date. An lien du 10 airri!. cette lettre doit élre dn 19 Juin. An mois d'aTril, Ronsseau n'a- ▼oit point fait de voyage, il passa ce mois tout entier k lionquin. En lasupposantda47 Juin, les droonstancesdont il parle se trourent expliquées. M. P*
En plaçant cette lettre k ladatedalSJnln, M. Mnaset Patbay a oublié qu'il l'avoit déjà classée dans la correspondance à la date du 49 aTril. de sorte qu'elle figure deux fois dans son édl- Uon. sons les n** 922 et 937. Nons n'aurions pas fait cette.reniarque, si cette lettre ne se tronvoit ain«i reproduite deux fois dans toutes les éditions publiées postérieurement.
CORRESPONDANCE
tent pas, j'irai avec le plus vif empressement contenter le besoin de vous voir, que me donna la première lettre que vous me fîtes l'honneur de m*écrire, et qu'ont augmenté toutes les autres. Un rendez-vous au spectacle ne sauroit me convenir, parce que, bien éloigné de vouloir me cacher, je ne veux pas non plus me donner en spectacle moi-même ; mais sM arrivoit que le hasard nous y conduisit en même jour, et quejele susse, nedoutezpasque je ne profitasse avectransport du plaisir de vous y voir, et même que je ne me présentasse à votre loge, si j'étois sur que cela ne vous déplût pas. Je suis affligé d'apprendre votre prochain départ. Est-ce pour augmenter mon regret que vous me proposez de vous suivre enNivernois? Bonjour, madame : donnez- moi de vos nouvelles et vos ordres durant le séjour qui vous reste à faire à Paris; donnez-moi votre adresse en province, et souvenez-vous de moi quelquefois.
Pas un mot du prétendu opéra qu'on dit que je vais donner. J'espère que de sa vie J. J. Rousseau n'aura plus rien à démêler avec le public. Quand quelque bruit court de moi , croyez toujours exactement le contraire, vous vous tromperez rarement.
A u M Amb.
Parii, te 4S Juillet 1770.
Je ne puis, madame, vous aller voir que la semaine prochaine, puisque noussommes à la fin de cell^ci : je tâcherai que ce soit mardi, mais je ne m'y engage pas, encore moins pour le dîner ; il faut que tout cela se prenne impromptu : car tons les engagemens pris d'avance m'fttent tout le plaisir de les remplir. Je déjeune toujours en me levant; mais cela ne m'empêchera pas, si vous prenez du café ou du chocolat, d'en prendre encore avec vous. Ne m'envoyez point de voiture, j'aime mieux aller à pied ; et, si Je ne suis pas chez vous à dix heures, ne m'attendez plus.
Je vous sais gré de me reprocher mon air gauche et embarrassé ; mais si vous voulez que je m'en défasse, il faut que ce soit votre ouvrage. Avec une Ame assez peu craintive, un naturel d'une insupportable timidité, surtout
auprès des femmes, me rend tOQjonn tfutut plus maussade que je voudrois me rendre plu agréable : de plus, je n'ai jamais ra parler, nrtout quand j'aurois voulu bien dire; et il tom avez la préférence de tous mes embarras, tqh n'avez pas trop à vous en plaindre. Eoôjov, madame : voilà votre laquais; i mardi, s'il b beau, mais sans promesse. Je aem qo'aj» à vous perdre si vite, il ne hut pas me faîR un besoin de vous voir.
4 M. DB SAUrr-GERMÀUV.
Me voici à Paris, monsieur. Depuis trûimaines j'y ai repris mon anciease habium j!y revois mes anciennes connoi8sancei,j>fiii mon ancienne manière de vivre, j'yeieranfi ancien métier de copiste, et joaqu'à ^xtsauf m'y retrouve à pou près dans la aèDe station oji j'étois avant de partir. Si on a'jlaw tranquille, j'y resterai; si ronnyinaise, je Tendurerai : ma volonté n'est aw^^ la loi du devoir, mais ma personnerfitt W de la nécessité, que j'ai appris i|«^w murmure. Les hommes peuvent 90 et pùA se satisfaire, je les mets bien i ia puttede s'en donner le plaisir. Je n'ai (m, noBsieV' vous écrire à mon arrivée, qQelqoe désir (|k j'en eusse, à cause de rafflaenGedesQi«h({ des embarras du débarquement. Tai eo pli* sieurs fois ce plaisir àLyon,d'oii l'on ne <M))i^' qu'il m'est venu plusieurs lettres depû »' départ. J'espère trouver dans qaelqaoei^ ces lettres des marques de vou^ soaTesir,^' de bonnes nouvelles de votre santé et dectde madame de Saint-Germain.
J'ai eu le plaisir de parler ici de too^^' des personnes de votre oonnoissanceetqoipi'' tagent les sentimens que vous m'avez îss^ Je mete à leur tète M. l'archevéqoe.... *^^^ quel j'ai eu l'honneur de dîner il y adeaiK Nous parlâmes aussi, mais différemment, <!•' personne dont vous savez les procédesi»
égard et qu'il connott bien. y<m arez fvt conquête de trois voyageurs très-aimabteQ vous demandèrent de mes nouvelles à 6^'^ goin et qui m'ont ici beaucoup demaoïic
Wkrefl. Je me propose, anieitAt qu'on me laisfers mpirer» d'aller rappeler i M. D une
conDOMsance faite sous vos auspices et lui^demander de vos nouvelles, en attendant le plaisir d'en recevoir directement. Donnez-m'en, monsieur, aussi promptement qu'il se pourra, je les recevrai avec la joie que me donnent toujours tous les témoignages de vos bontés pour moi* Je vous supplie de faire agréer mon recpect i madame de Saint-Germain : ma femme vous prie d'agréer le sien.
à MADAME LATOUR.
Pirif.l7|70.
Je n'accepte point, madame, l'honneur que vous voulez me faire. Je ne suis pas logé de manière à pouvoir recevoir des visites de dames, et les vôtres ne pourroient manquer d'être aussi gênantes pour ma femme et pour moi, qu'ennuyeuses pour vous.
L'inconvénient que vous trouvez vous-même à recevoir les miennes suffiroit pour m'engager à m'en abstenir, et tout autre détail serait superflu. Agréez, madame, je vous supplie, mes salutations et mon respect.
A M. DB SAUrr-OEaMAlN.
Parte, te 17 if 70.
J*ai bien reçu, monsieur, et votre dernière lettre du 5 septembre, et la précédente réponse dont vous m'avez honoré , de même depuis quelque temps celles que vous aviez eu la bonté de m'écrire à Lyon au sujet du fermier de Monquin, et oii j'ai vu avec bien de la reconnoissance les soins que vous avez bien voulu prendre pour confondre ce misérable : je suis pénétré, monsieur, je vous assure, de retrouver toujours en vous les mêmes bontés ; et l'assurance qu'elles sont à l'épreuve du temps et do l'éloignement et de l'astuce des hommes, me rendra toujours cher le séjour de Bourgoin qui m'a valu un bonheur dont je sens bien le prix, et que je cultiverai auuint qu'il dépendra de moi. Il est vrai, monsieur, que je lâche insensiblement de reprendre la vie retirée et soli-
taire qui convient à mon humeur. Mais je n'ai pas été jusqu'ici assez heureux pour pouvoir souvent satisfaire au jardin du roi l'ardeur qui ne s'est jamais attiédie en moi d*en connoltre les richesses; je n'ai pu encore y aller que deux fois, tant à cause du grand éloignement, que de mesoccupations qui me retiennent chez moi les matinées, à quoi se joint depuis quelque temps une fluxion assez douloureuse qui m'empêche absolument de sortir : ma femme en a eu dans le même temps une toute semblable, et nous nous sommes gardés mutuellement. Elle est mieux à présent, et nous réunissons nos actions de grâces pour l'obligeant souvenir de madame de Saint-Germain, à qui nous vous supplions l'un et l'autre de faire agréer nos respects.
Vous connoissez, monsieur, les sentimens que nous vous avons voués; ils sont inaltérables comme vos vertus ; et je voudrois bien que vous me prouvassiez combien vous y comptez, en me donnant ici quelque commission par laquelle je pusse vous prouver à mon tour mon zèle à vous obéir et vous complaire.
A MADAME DB CKÛQm.
Ce dimanche matin («aptembre 1770) f )•
Vous m'affligez, madame, en désirant de moi une chose qui m'est devenue impossible. Elle peut un jour cesser de l'être. Tous les obscurs complots des hommes , leurs longs succès, leurs ténébreux triomphes, ne me feront jamais désespérer de la Providence; et, si son œuvre se fait de mon vivant, je n'oublierai pas votre demande, ni le plaisir que j'aurai d'y acquiescer. Jusque-là, permettez, madame, que je vous conjure de ne m'en plus reparler.
Ma femme est comblée de l'honneur que vous lui faites de penser à elle, et de votre obligéante invitation. Si elle étoit un peu plus allante, elle en profiteroit bien vite, moins pour voir le jardin que pour faire sa révérence à la maîtresse; maiselle est d'une paresse incroyable
(*) J. J. RonaseiQ parlant dans cette lettre de complots, appelant TbérèM ta femrof , nom qu'il ne lai donne qu'en i76S; enfin n'étant de retour à Paris qu'eu 1770. cette lettre doit être de ce temps, et non de 1766, date qu'on lui a donnée Jusqu'à présent» oubliant qu'il passa cette ann^n Angleterre. M. P.
CORRESPONDANCE
à sortir de sa chambre, et j'ai tootes les peiaesdu monde à obtenir, cinq ou six fois Tannée, qu'elle veuille bien venir promener avec moi : au reste^ elle partage tous mes sentimens, madame, et surtout ceux de respect et d'attachement dont mon cœur est et sera pénétré pour vous jusqu'à mon dernier soupir.
Je me proposois de vous porter ma réponse moi-même, mais des contrariétés me font prendre le parti d'envoyer toujours ce mot devant.
A LA MÊME
Parti, 1770 (•).
Je reçois votre lettre, madame, en arrivant d*une course, jet j'y réponds à la hftte, en repartant pour une autre. L*air malsain pour moi de mon habitation , et Timportunité des désœuvrés de tous les coins du monde, me forcent à chercher le soulagement et la solitude dans des pèlerinages continuels.
A LA MÊMB.
Ce vendredi nutto (Paris 4770).
Vous ne m'imposez pas, madame, une t&cho aisée en m'ordonïiant de vous montrer Emile dans cette tie où l'on est vertueux sans témoins et courageux sans ostentation. Tout ce que j*ai pu savoir de cette Ile étrangère, est qu'avant d*y aborder on n'y voit jamais personne ; qu'en y arrivant on est encore fort sujet à s'y trouver seul ; mais qu'alors on se console aussi sans peine du petit malheur de n'y être vu de qui que ce soit. En vérité, madame, je crois que pour voir les habitantes de cette Ile il faut les chercher soi-même, et ne s'en rapporter jamais qu'à soi. Je vous ai montré mon Emile en chemin pour y arriver; le reste de la route vous sera bien moins difficile à faire seule, qu'à moi de vous y guider.
Je vous remercie^ madame, de la chanson
(*) Cet lettres étoietit, dans la plupart des éditions, datées dn Temple, le 5 Janvier 4768. Or il partolt oejoor même pour l'Angleterre avec David Hume. Une autre circonstance démontre l'erreur de la date. Il parie de l'insalubrité de son habitation, tandis qu'il étoit logé par le prince de Conti i l'hôtel de Sdint-simouj dansTcoc-os dn Temple» et meublé toroptueuseuicut. M. P.
que vous avez eurla bonté de m'envoya, et j^ vous demande pardon de ne Tavoir fu trou. vée, à ma propre lecture, aussi jolie <|iieqoaii vous nous la lisiez: la versification D'eniMnA contrainte ; je n'y trouve ni douceur ni cb. leur : le pénultième couplet est le seul àf trouve du naturel et du sentimeot : dus k premier couplet, le premier ven est gliép» le second : les deux premiers vers du qoatrièie couplet sont tQ|it-à-fait louches; il Calloit dire: Si l'on ne parle d'elle à tout momeiU,(nif9k une langue qui nCett étrangère. S'il faoi èm clair quand on parle , il faut être lominaii quand on chante. La lenteur du chant dte les liaisons du sens, à moins qu'elles ue soies très-marquées. Je ne renonce poartaDtfiasi faire Pair que vous désirez; mais, madame,^ voudrois que vous eussiez la bonté de bireqse^ ques corrections aux paroles, carpooriooicà m*est impossible; et mème^siTOUsnetroom pas mes observations justes, je les abaodooK, et ferai Tair sur la chanson telle qu'elle ck. Ordonnez, j'obéirai.
L N. DOSAULX. (*] Paris {post tenebrat /»]. n ^{^
Tontes vos bontés pour moi, monsiiir,»
n Do PeyroQ, dans ion ceooeil, n'afoil UHtaaàxnp deux lettres de Roosieau à Dnsanlx : vingt saapriibxi'* de Rousseau, Dnsaulz Inl-mémeen a publié trotustra^»" d'importance; mais ces dnq lettres, arecodlesée DsMbf leur servent de réponse, ont fourni à ce denier ii mati^'a Tolooiedonlnousavous précédemment pirié. et qni Isi^* de vllii reproches de la part des amis de notre phik«t>be. j» tement indignés de l'esprit de dénigrement qai lefoiiiv quer dans tontes les pages de cet écrit Doiali es eITtt h ; protestant sans cesse de son respect, de soo adattntioii.ss' de son affec on pour celui qu'il outrage et rUk^Wi tour, f déguise d'auUnt plus mal l'unique mo^aip^^ fait mettre la main à la plume, ledéiirdeTenBerltoBtfA son orgueil et son amour-propre .bomiUés. on nm M' l'heure qu'il a très-maladroitement 'ini-méine jptofv^i* sean à rompre a?ec lui. Comment d'aUleon. en ^^» telle correspondance, et la présantsnt sont dei coulconf ^ favorables è Rousseau, Dusaulxa-t-il pu oublier qa^ cet io^ tonéétolt malade? Û le dit expressément à Boasein loi-sr dans une de ses lettres, et cette maladie meotile, d'osé d«!s( si affligeante, pouvoit-elle laisser place à danbtsfotitfi qu'à ceux de l'indulgence et de la i^tlé?
En renvoyant les lecteurs k l'ouvrage de Donoix. àfKA^ a été directement contr^re à oeMque son inteor en it|<i«^ et que cependant son sujet suffit encore pour rendre int^ sant, nous n'en extrairons que ce qui sera abMluDKsi m saire pour l*lntclllgeoce des lettres qtt'on va ific G. r
trouveroot toujours sensible et rccoiinoiftsant, parce que je suis sûr de leur principe. Quelque tentant que fût pour moi à bien des égards rappanement auquel vous avez bien voulu songer, je ne prévois pas qu'il puisse me conveair, parce qa*il me faut chambre garnie, et même d'un prix modique, et que personne ne prendra le bon marché dans sa poche dans toute affaire qui me regardera, et dont voudra bien se mêler M. Dusaulx : d'ailleurs je suis en quelque sorte arrangé ici pour cet hiver, et il n*e8t pas agréable de déloger dans cette saison. J'irois avec empressement manger votre soupe et ce que vous appelez votre rogaton^ si je n'allois dîner chez madame de Ghenonceaux, qui est malade et qui m*a errhé f) depuis deux jours. Le mauvais temps m'empêcha hier de sortir et d'aller rendre mes devoirs à madame Dusaulx, comme je Tavois résolu* Mille trèshumbles salutations»
A H. DOTEIIS.
Parte, le S noreoilire 1770.
Poii Unebrai lux^
Je suis aussi touché, monsieur, de vos soins obligeans que surpris du singulier procédé de M. le colonel Roguin. Comme il m'avoit mis plusieurs fois sur le chapitre de la pension dont m'honora le roi d'Angleterre, je lui racontai historiquement les raisons qui m'avoient fait renoncer à cette pension. Il me parut disposé à agir pour faire cesser ces raisons, je m'y opposai; il insista, je le refusai plus fortement, et je lui déclarai que s'il faisoit là-dessus la moindre démarche, soit en mon nom, soit au sien, il pouvoit être sûr d*étrc désavoué, comme le sera toujours quiconque voudra se mêler d'une affaire sur laquelle j'ai depuis long>temps pris mon parti. Soyez persuadé, - monsieur, qu*il a pris sous son bonnet la prière qu'il vous a faite d'engager le comte de Rochford à me faire réponse, de même que celle de prendre des mesures pour le payement de la pension. Je me soucie fort peu, je vous assure» que le
(*) on dit arrker, el non errker, Dmaiiti, qnl le premier a publié cette lettre, a souligné, comme nous le faisons Ici, le mot e«-r/ie OM RotMeao D*a pu employer que par loadTcr-
comte de Rochford me réponde ou non ; et quant k la pension, j'y ai renoncé, je vous proteste, avec autant d'indifférence que je l'avois acceptée avec rcconnoissance. Je trouve très-bizarre qu*on s'inquiète si fort de ma situation, dont jo ne me plains point, et que je trouverois trèsheureuse si Ton ne se mêloit pas plus de mes affaires que je ne me mêle de celles d'autrui. Je suis, monsieur, très-sensible aux soins que vous voulez bien prendre en ma faveur, et à la bienveillance dont ils sont le gage; et je m'en prévaudrois avec confiance en toute autre occasion, mais dans celle-ci je ne puis les accepter ; je vous prie de ne vous en donner aucuns pour cette affaire, et de faire en sorte que ce que vous avez déjà fait soit comme non avenu. Agréez, je vous supplie, mes actions de grâces, et soyez persuadé, monsieur, de toute ma rcconnoissance et de tout mon attachement.
k M. DU PBYAOU.
Paria {poti îmebrat Ivx), 17 ff 70.
Vous avez raison, mon cher bête ; j'ai été bien négligent ; mais je n'imaginoîs pas, jel'a*voue, que vous ignorassiez si parfaitement mon séjour et mon adresse, qu'il vous falièt un voyage de Lyon pour vous en informer. Je ne sa vois pas non plus que vous fussiez malade; je voyois ici des gens de ma connoissance et de vos amis, qui me donnoient assez souvent de vos nouvelles, et m'assuroient toujours que vous vous portiez bien. Il n'y a qu'uti guignoii pareil au mien qui , tenant toujours sur ma piste mes ennemis, les inconnus et tout le publie» laisse mes amis seuls dans nne si profonde ignorance sur cet article. Enfin, gràee à votre voyage et à vos perquisitions, vous êtes instruit et voas me donnez signe de vie ; je vous en re^ mercie, et je m'en réjouis» ainai que de votre rétablissement.
J'ai apporté mes livres et non herbier par votre conseil même, et parce qu en effet ile m'ont fait tant de bien dans mes naiheers, qse j'ai résolu de ne m'en détacher qn'à la dernière extrémité; votre intention, en les achetant, étoit de m'en laisser Tosage; c'est un proeédé très-noble, mais dont il n'étoit pas dans mon
su
CORRESPONDANCE
tour d'esprit de me prévaloir. Du reste, leur destination n*est point changée ; et» puisque vous m'avez demandé la préférence, selon toute apparence, ils ne tarderont pas beaucoup à vous revenir.
Si vous vous plaignez de mon peu d*exactiludc, j*ai à me plaindre de Texcès de la vôtre. Pourquoi voulez-vous prendre des arrangemens positifs sur des suppositions, et m'en- ▼o^er un mandat sur vos banquiers sans savoir si je suis équitablement dans le cas de m'en prévaloir? Attendez du moins que^ de retour chez vous, vous puissiez vérifier par vousmême Tétat des choses, et no m'exposiez pas à recevoir des payemens a van t l'échéance, à redevenir votre débiteur sans en rien savoir. U me semble aussi qu'il y auroit une sorte de bienséance i énoncer dans Tordre à vos banquiers d'où me vient la rente dont il m'assigne le payement, et qu'il ne suffit pas qu'on sache de moi quel est le donateur, si Ton ne le sait aussi de vous-même. J'espère, mon cher hôte, que vous ne verrez dans mes objections rien que de raisonnable» et que vous ne m'accuserez pas de chercher de mauvaises diffidrités en vous renvoyant votre billet. Ainsi, je lo joins ici sans scrupule.
Je suis plus fâché que vous de n'être pas à portée de profiter de la bienveillance et des bontés de ma chère hôtesse; mon éloignement de vos contrées n*est pas, comme vous le savez, une affaire de choix, mais de nécessité ; et je ne la crois pas assez injuste pour me faire, ainsi que vous, un crime de mon malheur. Mais vous qui parlez, pourquoi, venant à Lyon, ne Ty avez-vous pasamenée ? Vous me mettez loin de mon compte, moi qu'on flattoit devons voir tous deux cet hiver à Paris. Avec quel plaisir j*aurois renouvelé ma connoissance avec elle, et peut-être mon amitié avec vous ! car, quoi que vous en disiez, elle n'est point si bien éteinte qu'elle n'eût pu renaître encore, et votre Henriette, sage et bonne, comme je me la repré* sente, eût été bien digne d'être le médium junc^ Mmts. Ma femme vous remercie, vous salue et TOUS embrasse. Comme votre souvenir la rend contente d'elle, et que je suis dans le même cas, nous ne cesserons jamais l'un et l'autre de penser à vous avec plaisir.
FRAGMENT d'ONE LRTTRB à H. L. B. |.
Parif,le»DOTegibntm
Oui, le cruel moment où cette leure fin
écrite fut celui où, pour la première etTunki» fois, je crus percer le sombre voile da coib]é inouï dont je suis enveloppé; complot dos malgré mes efforts pour en pénétrer le sfv tère, il ne m'étoit venu jusqu'alors la moiidi* idée, et dont la trace s'effaça bieDiôtdiosiRii esprit au milieu des absurdités sans dûsIr dont je le vis environné. UtiolencedeK idées, et le trouble où elles me plongèresii cette découverte, mont plutêt laiiséleiGEvenir de leur impression que celui de lenrts Pour en bien juger, il faudroit avoir pré» à l'esprit tous les détails de la siloalioool|^ tois pour lors, et toutes les ciroonsiaocâijt la rendoient accablante : seul, sans appQi,sB conseil, sans guide, à la merci desgesscb gés de disposer de moi ; livré par leonsiÉ! la haine publique que je voyoi8,qQeje«ii» en frémissant, sans qu'il me fût pmikk apercevoir, d'en conjecturer au mmkam, pas même, ce qui parott ïncTo^ûk,àam les nouvelles publiques et de linlein^'* environné des plus noires ténèbm,iw«^ lesqueUesje n'apercevoisquedeslDisms^^; confiné pour tout asile, aux approches àell» ver, dans un méchant cabaret ;etiitei^ effrayé de ce qui venoit de m'arriTorîlni que j'en voyoisia suite et reSetàGrefiok^
L'aventure de Thevenin, que j'atiribooisi intrigues des Ânglois et des gens deieis m'apprit que ces intrigups venoleoidef près et de plus haut. J'avois cruceTbevt aposté seulement par le sieur Bovi(^;j*PI par hasard que Bovier n'agissoit dans o affaire que par Tordre de M. l'iDieodaitt qui ne me donna pas peu à peoser.l Tonnerre, après m'avoir hauicmeoi prt toute la protection dont j'avois besoin | approfondir cette affaire, me pressa de ta vre, et me proposa le voyage de Grenobk] m'aboucher avec ledit Thevenin. La pro| tion me parut bizarre après les preuve remptoires que j'avois données. J'y cods néanmoins. Quand j'eus fait ce voyage, ei malgré mon ineptie, son imposture fut pa nue au plus haut degré d'évidence, M. de
ANNiE 1770.
fm
nerre» oubliant l'assarance qa'îl m*avoil don^ née, in*oifrit de punir ce malheureux par quelques jours de pri8on«i ajoutant qu'il ne pouvoît rien déplus. Je n'acceptai point cette offre, et l'affaire en demeura là. Mais il resta clair, par l'expérience, qu'un imposteur adroit pourroit in'embarrasser,ct que je manquois souvent du sang-froid et de la présence d'esprit nécessaires pour me démêler de ses ruses. Je crus aussi m'apercevoir que c'étoit là ce qu'on avoit voulu savoir, et que cette connoissance influoit sur les intrigues dont j'étois l'objet. Cette idée m'en rappela d'autres auxquelles jusqu'alors j*avois fiiit peu d'attention, et des multitudes d'observations que j'avois rejesées comme les vaines inquiétudes d'une imagination effarouchée par mes malheurs.
Pour remonter à un événement qui n'est pas sans mystère, l'époque du décret contre ma personne me parut avoir été celle d'une sourde trame contre ma réputation, qui, d'année en année, étendit doucement ses menées, jusqu'à ce que mon départ pour l'Angleterre, les manœuvres de M. Hume, et la lettre de H. Walpole, les mirent plus à découvert, jusqu'à ce qu'ayant écarté de moi tout le monde, hors les Âiuteurs du complot, on put me iratner dans la fange ouvertement et impunément.
C'est ainsi que ^u à peu tout changeoit autour de moi. Le langage même de mes connoissances changeoit très-sensiblement : il régnoit jusque dans leurs éloges une affectation de réserve, d'équivoque et d'obscurité, qu'ils n'avoient jamais eue auparavant ; et M. de Mirabeau» m'ayant écrit à Wootton pour m'offrir un asile en France, prit un ton si bizarre, et se servoit de tournures si .singulières, qu'il me falloit toute la sécurité de l'innocence et toute ma confiance en sesavancesd'amitiépour n'être pas choqué d'un pareil langage. J'y fis pour lors si peu d'attention que je n'en vins pas moins en France à son invitation; mais j'y trouvai un tel changement par rapport à moi, ocunetelleimpossibilitéd*endécouvrirla cause, que ma tête, déjà altérée par l'air sombre de l'Angleterre, s'affectoit davantage de plus en plus. Je m'aperçus qu'on cherchoit à m'ôter la connoissance de tout ce qui se passoit autour de moi. Il n'y avoit pas là de quoi me tranquilliser ; enœre moins dans les traitemens dont,
à Tinsu do M. le prince de Conti (du moins je lecroyois ainsi], l'on m*accab!oit au château de Trye. Le bruit en étant parvenu jusqu'à S* A. S., elle n'épargna rien pour y mettre ordre, quoique toujours sans succès, sans doute parce que l'impulsion secrète en venoit à la fois du dedans et du dehors. Enfin, poussé à bout, je pris le parti de m'adresser à madame de Luxembourg qui, pour toute assistance, me fit faire de bouche une réponse assez sèche, très-peu consolante, et qui ne répondoit guère auxbontésdontceprinceparoissoitm'accabler.
Depuis très-long-temps, et long-temps même avant le décret, j'avois remarqué dans cette dame un grand changement de ton et de manières envers moi. J'en attribuois la cause à un refroidissement assez naturel de la part d'une grande dame, qui, d'abord s'étant trop engouée de moi sur mes écrits, s'en étoit ensuite ennuyée par ma bêtise dans la conversation, et par ma gaucherie dans la société. Mais il y avoit plus, et j'avois trop d'indice de sa secrète haine pour pouvoir raisonnablement en douter. Je jugeois même que cette haine étoit fondée sur des balourdises de ma part, bien innocentes assurément dans mon cœur, bien involontaires, mais que jamais les femmes ne pardonnent, quoiqu'on n'ait eu nulle intention de les offenser. Je fiottois pourtant toujours dans cette opinion, ne pouvant me persuader qu'une femme de ce rang, qui m'avoit si bien connu, qui m'avoit marqué tant de bienveillance et même d'empressement, la veuve d'un seigneur qui m'honoroit d'une amitié particulière, pût jamais se résoudre à me haïr assez cruellement pour vouloir travailler à ma perte. Une seule chose m'avoit paru toujours inexplicable. En partant de Montmorency, j'avois laissé à M. de Luxembourg tous mes papiers, les uns déjà triés, les autres qu'il se cbargeoit de trier luimême pour me les envoyer avec les premiers, et brûler ce qui m'étoit inutile. En recevant cet envoi, je trouvai qu'il manquoit dans le triage plusieurs manuscrits que j'y avois mis» et nombre de lettres, indifférentes en elles-mêmes, maisquifaisoientlacunedans la suiteque j'avois voulu conserver, ayant déjà formé le projet d'écrire un jour mes mémoires. Cette infidélité me frappa. Je ne ponvois l'attribuer-à H. lo maîéchal, dont je oonnoissois la droiture in^
T. IV
▼ariable et la Térîté de son amitié pour moi : je n'osois non plus en soupçonner madame la maréchale, sachant surtout qu'on ne pouvoit tirer de ces papiers aucun usage qui pût me nuire, à moins de les falsifier. Je présumai que M. d*Alembert, qui depuis quelque temps
M. Davenport mais, tandis que fattendois mes réponses, j'aperçus autour de moi une agitation si marquée J'entendis rebattre à mes oreilles des propos si mystérieux ; Bovier m'écrivoitde Grenoble des lettres si inquiétantes, qu'il fut clair qu'on cherchoit à m'alarmer ei
s'étoit introduit auprès d'elle, avoit trouvé le | me troubler tout-à-fait; et Ton réussit. Ma
moyen de fureter ces papiers et d'en enlever ce qu'il lui avoit plu, soit pour tirer de ces papiers ce qui lui pouvoit convenir, soit pour lâcher de me susciter quelque tracasserie. Comme j'étois déjà déterminé à quitter toufr-à^foit la littéra* ture, je m'inquiétai peu de ces larcins, qui B'étoient pas les premiers de la même main que j'avois endurés sans m'en plaindre (*).
Par trait de temps, et malgré quelques démonstrations affectées et toujours plus rares, les sentimens secrets de madame de Luxembourg se manifestoient dayantage de jour en jour : cependant, craignant toujours d'être injuste, je ne cessai point de me confier à elle dans mes malheurs, quoique toujours sans réponse et sans succès. Enfin, en dernier lieu, ayani écrit à M. de Choiseul pour lui demander, dans l'extrémité où j'étois, un passe-port pour sortir du royaume, et n'ayant point de réponse, j'écrivis encore à madame de Luxembourg, qui ne me fit aucune réponse non plus. Ce silence, dans la circonstance, me parut décisif, et j'en conclus que si cette dame n'entroit pas directement dans le complot, du moins elle en étoit instruite, et ne vouloit m'aider ni à le connottre ni à m'en tirer. Je reçus le passe-port lorsque j'avois cessé de Tattendre. M. de Choiseul Tac? compagna d'une lettre d'un style obscur, ambigu, choquant même, et assez semblable à celui des lettres de M. de Mirabeau. Je jugeai qu*on ne m'avoit fait attendre ainsi le passe-port que pour se donner le temps de machiner à son aise dans les lieux où l'on savoit que j'avois dessein d'aller. Cette idée me fit changer sur-lechamp toutes mes résolutions, et prendre .celle de retourner en Angleterre, où, pour le coup, j'avois tout lieu de croire que je n'étois pas attendu. J'écrivis à l'ambassadeur. J'écrivis à
pyStQ» parler Id de «es Blémênit de Musiqtêê, je Tenoii de puoOQilr no DiHionna^rt des Bêtmx-ArtM partant le nom d'un M. Latombep dam lequel je trouvai beaucoup d'articles tout eutlersde ceai qne j'arols bits eo 1749poar VEneycloyédUt et qafdépols nombre d'taaiM éiolent dans les mlas de M. d^ÂleadMTt.
tète s'affeota de tant d'effirayans mystères, dont on s'eflForçoit d'augmenter l'horreur par l'obscurité. Précisément dans le même temps, on arrêta, dii-on, sur la frontière du Dauphiné, un homme qu'on disoit complice d'un attentat exécrable : on m'assura que cet homme passoit pour Bourgoin (*). La rmneur fut grande, les propos mystérlMx allèrent lemr trafin , avec l'affectation la plus marquée. Enfin, quand on auroit formé le projet d'acksver de me rendre tout-à-fait frénétique, on n'auroitpas pu mieux s'y prendre ; et si la plus noire fureur ne s'empara pas alors de mon àme, c'cgt que les mouvemens de cette espèce ne sont pas dans sa nature. Vous sentez du moins que, dans rémotioo successive qu'on m'avoit donnée, il n*y avoit pas là de quoi me tranquilliser, et que tant de noires idées, qu'on avoit soin de renouveler er d'entretenir sans cesse, n'étoient pas propres â rendre aux miennes leur sérénités Continuant cependant à me disposer au prochain dépari pour l'Angleterre, je visitois à loisir les papiers qui m'étoient restés, et que j'avois dessein de brûler, comme un embarras inutile que je tralnois après moi. Je commençois cette opératioa sur un recueil transcrit de lettres, que j'avois discontinué depuislong-temps, et j'en feuilletoîs machinalement le premier volume, quand je tombai par hasard sur la lacune dont j'ai parlé, et qui m^avoit toujours paru difficile à comprendre. Quedevins-je en remarquantque cette lacune tomboit précisément sur le temps de répoque dont le prisonnier qui venoit de passer m'avoit rappelé l'idée, et à laquelle, sans cet événement, je n'aurois pas plus songé qu'auparavant ! Cette découverte me bouleversa; j'y trouv«ii la clef de tous les mystères qui m'environnoient. Je compris que cet enlèvement de lettres avoit certainement rapport au temps où elles avoient été écrites, et que
f^) Comme on n'a plus entendu parler, que je «ache. de ce prétendu prisonnier, je ne doute point que tout cela ne Ifit u» }en barbare et digne de mes persécutenni.
quelque iauocentes que fuMent ees lettres, ce n'étoit pas pour rien qa^on s'en étoii emparé. Je eonclus de la que depuis plus de six ans ma perte étoit jurée , et que ces lettres, inutiles à tout autre usage» servoieat à fournir les points fixes des temps et des lieux pour bâtir le système d*impostures dont on vouloit me rendre la viotime.
Dès rinstaiit même je renonçai au projet d'aller en Angleterre, et, sans balancer un moment, je résolus de m'exposer, armé de ma seule innocence, Â tous les oemplots que la puissance, la ruse ei l'injustice pou voient tramer contre elle (')• La nuit même où je fis cette affreuse découverte, je soDgeoîfif sachant bien que toutes mes lettres étoient ouvertes à la poste, à profiter du retour de M. Pépin de Belie-ble H, qui, m'élant venu voir la veille, m'accabloit des plus pressantes offres de service; et je lui remis le matin une lettre pour madame de Brionne, qui en contenoit une autre pour M. le prince de Conti, lune et l'autre écrites si à la bâte, qtt*ayant été contraint d'en transcrire une , j'envoyai le brouillon au lieu de la copie.
Tels sont, autant que je puis me le rappeler, b sujet et l'occasion desdites lettres : car, encore une fois, l'agitation où j'étois en les écrivant ne m'a pas permis de garder un souvenir bien distinct de tout ce qui s'y rapporte.
Fuit» laU noroaibra 1770.
Soyez content, monsieur, vous et ceux qui vous dirigent. Il vous falloit absolument une lettre de moi : vous m'avez voulu forcer à l'écrire, et vous avez réussi : car on sait bien que quand quelqu'un nous dit qu'il veut se tuer, on est obligé, en conscience, à l'exhorter de n'en rien fiiire.
Je ne vous oonnois point, inonsieur, et n'ai nul désir de vouaconnottre ; mais je vous trouve très A plaindre , et bien plus encore que vous ne pensez : néanmoins, dans tout le détail de vos malheurs, je ne vois pas de quoi fonder la
(*) Ce fut pariroe raite de cette mémertiolatloo que Je con- •enral moo recaeil de leltret, dont benreasemeDt Je n'avoii encore déchiré et brûlé qae quelques feuillets.
(*) Il Yenoitd'acoompsgner en Piémont madame laprincftie de Ctrignan.
terrible résolution que vous m'assurez avoir prise. Je connois Pindigence et son poids aussi bien que vous, tout au moins; mais jamais elle n'a suffi seule pour déterminer un homme de bon sens à s'Ater la vie. Car enfin le pis qu'il puisse arriver est de mourir de faim, et l'on ne gagne pas grand'chose A se tuer pour éviter la mort. Il est pourtant des cas où la misère est terrible, insupportable; mais il en est où elle est moins dure à souffrir : c'est le v6tre. Gomment , monsieur, à vingt ans, seul , sans famille, avec de la santé, de l'esprit, des bras et un bon ami, vous ne voyez d'autre asile contre la misère que le tombeau? sûrement vous n'y avez pas bien regardé.
Mais l'opprobre La mort est i préférer,
j'en conviens; mais encore faut-il commencer par s'assurer que cet opprobre est bien réel. Un homme injuste et dur vous persécute ; il menace d'attenter à votre liberté : eh bienl monsieur, je suppose qu'il exécute sa barbare menace, serez-vous déshonoré pour cela? Des fers défrhonorent^-ils t'innoceni qui les porte? Socrate mourut«il dans l'ignominie ? Et où est donc, monsieur, cette superbe morale que vous étalez si pompeusement dans vos lettres? et comment, avec des maximes si juWimes, se rend-on ainsi l'esclave de l'opinion ? Ce n'est pas tout : on diroit , A vous entendre , que vous n'avez d'autre alternative que de mourir ou de vivre en eâptivité. Et point du tout, vous avez l'expédient tout simple de sertir de Paris : cela vaut encore mieux que de sortir de la vie. Plus je relis votre lettre, plus j'y trouve de colère et d'animosité. Vous vous complaisez A l'image de votre sang jaillissant sur votre eruel parent, vous vous tuez plutAt par vengeance que par d^spoir, et vous songez moins A tous tirer d'affaire qu'àpuMr votre eanemi. Quand je lis les réprimandes plus que sévères dont il vous plaît d'accabler fièrement le pauvre Saint- Preux, je ne puis m'empécher de croire que, s'il étoit lA pour vous répondre, il pourroit, avec un peu plus de justice , vous en rendre quelques unes A son tour.
Je conviens pourtant, monsieur, que votre lettre est très-bien faite, et je vous trouve fort disert pour un désespéré. Je voudrois vous pouvoir féliciter sur votre bonne foi comme sur votre éloquence ; mais la manière dont vous
CORRESPONDANCE
narrez notre entrevue ne me le permet pas trop. Il est certain que je me serois, il y a dix ans, jeté à TOtre tète» qiM j'aorois pris votre aflPaire avec chaleur ; et il est probable qoe , comme dans tant d'frfKaîres semblables dont j'ai eu le malheur de me mêler» la pétulance de mon zèle m'eAl plus nui qu'il ne vous auroit servi. Les plus terribles expériences m'ont rendu plus réservé; j'ai appris à n'accueillir qu'avec circonspection les nouveaux visages, et dans l'impossibilité de remplir à la fois tous les nombreux devoirs qu*on m'impose, à ne me mêler que des gens que je connois. Je ne vous ai pourtant point refusé le conseil que vous m'avez demandé. Je n'ai point approuvé le ton de votre lettre à M. de M.... ; je vous ai dit ce que j*y trouvais à reprendre; et la preuve que vous entendîtes bien œ que je vous disois, est que vous y répondîtes plusieurs fois* Cependant vous venez médire aujourd'hui que le chagrin qne je vous montrai ne vous permi t pas d'enteii^ dre ce que Je vous dis, et vous ajoutez qu'après de mûres délibérations il vous sembla d'apercevoir que je vous biftmois de vous être un peu trop abandonné à votre haine; mais vraiment il ne falloit pas de bien mûres délibérations pour apercevoir cela , car je vous l'avois bien articulé, et je m'étois assuré que vous m'entendiez fort bien. Vous m'avez demandé conseil, je ne vous l'ai point refusé, j'ai fait plus : je vous ai offert , je vous offre encore d'aRéger, en ce qui dépend de moi , la dureté de votre situation. Je ne vois pas , je vous l'avoue , en quoi vous pouvez vous plaindre de mon accueil ; et si je ne vous ai point accordé de confiance, c'est qne vous ne m'en avez point inspiré.
Vous ne voulez point, monsieur, faife part de rétât de votre ftine et de votre dernMte résolution a votre bienfaiteur; à votre consolateur, dans la crainte que, voulant prendre votre défense, il ne se compromit inutilement avec un ennemipuissantquine lui pardonneroit jamais; c'est i moi que vous vous adressez pour cela, sans doute à cause de mon grand crédit et des moyens que j'ai de vous servir, et qu'un ennemi de plus ne vous parolt pas une grande affaire pour quelqu*un dans ma situation. Je vous suis obligé de la préférence , j'en userois si j'étois sûr de pouvoir vous servir; mais, certain que l'intérêt qu'on me verroit prendre à vous ne fe-
roit que vous nuire , je me tiens dans les bornes que vous m'avez demandées.
A regard du jugement que je porterai de la résolution que vous me marquez avoir prise, quand j'en apprendrai l'exécution, ce ne sera sûrement pas de penser que c'ëtoii là le bui^ la fin , l'objet moral de la vie; mais au contraire que c'éloit le comble de Végarementy du dé^ Ure et de la fureur. S'il étoit quelque cas on l'homme eût le droit de se délivrer de sa propre vie, ce seroit pour des maux intolérables et sans remède, mais non pas pour une situation dure, mais passagère, ni pour des maux qu'une meilleore fortune peut finir dès demain. La misère n'est jamais un état sans ressources , surtout à votre Age; elle laisse • te^ujours l'espoir bien fondé de la voir finir quand on y travaille avec courage , et qu'on a des moyens pour cela. Si vous craignez que votre ennemi n'exécute sa menace , et que vous ne v6us sentiez pas la consumée de supporter ce malheur, cédez à forage et quittez Paris : qui vous en empêche? Si vous a imez mieux le braver, vous le pouvez, non sans danger, mais sans opprobre. Groyez-roos être le seul qui ait des ennemis puissaos, qm' soit en péril dans Paris, et qui ne laisse^ d'y vivre tranquilleen mettant leshommesaupts,coiiienl de se dire à lui-même : le reste au pouvoir de mes ennemis dont je connois la ruse et la puissance, mais j'ai fait en sorte qu'ils ne puissent jamais me faire de mal justement ? Monsieur, celui qui se parle ainsi peut vivre tranquille au milieu d'eux, et n'est point tenté de se tuer.
à M. DUSADLX.
Paa\re« aveoglfs que nous loiiiiiiei! etc. * ,
Si M. Dusaulx faisoit quelquefois colIatioD sur le bout du banc , pocr être au lit à dix heures, je lui proposerois aujourd'hui un petit souper, non d'Apicius, mais d'Épicure, et tel qu'on n'en fait guère à Paris. Ce souper, j'y ai pourvu, seroit animé d'une bouteille de son vin d'Espagne (*), surtout de sa présence et de son
n n aTolt eoToyé demander cette bonteille chez mais au lien d'ane on en apporta douze» géofroaité ao fort maladroite» et qui dut paroltre à Rooaaeau d'autant plat oneoaaute, que aon procédé étoit rranc et aimable. Eonaseoi
entretien. S'il consent» je lai deannde on petit oui, afin que le plaisir de le voir «oit précédé de celai de l'attendre, à moins qu'il n'aime mieux croire que ce soit pour faire d'avance les préparatife du festin.
liCs respects de ma femme et les miens à madame Dusaulx.
AU MilOS (*].
PaoTrei aTeuglei que nous ioiiiiims ! ele.
Monsieur,
Je suis toujours frappé de l'idée que vous avez eue de me mettre , dans le livre que vous faites, en pendant avec un scélérat abominable qui fait du masque de la vertu l'instrument du crime, et qui, selon vous, la rend aussi touchante dans ses discours qu'elle Test dans mes écrits. J'ai toujours cru, je crois encore qu'il
donc s'en lâcba, et oertainement il avoitrahon; cependant la querelle n'eut pas de suite. Voyez dans l'ouvrage de Dusaulx le rédt de ce souper qui fut Traiment un gûuper dTÉpieure, Ce récit et celui d'un dîner fait chez Onsauli» quelques Jours après* avec des gens de lettres, offrent vingt traits caractériatiques que nous regrettons de ne pouvoir rapporter ici. G. P.
(*) Si l'envoi de douze bonleiUes,anlleu d'une sente qui étolt demandée* futune maladreste qui pensa coûter cher à Dusaulx dans sa liaison tonte nouvelle avec notre auteur, peu de Jours après il en fit une autre bien plus forte, qui donna lien aux lettres qui vont suivre, maladresse dont Dusaulx convient luimême, en la qualifiant d'innocente balourdUcf innocente, soit ; mais en effet balourdise l>ien réelle, totit-à-falt sans ex* cuse, e* dont tasnites n'éioient que trop facUes à prévoir. Voidlefatt:
Dusaulx, piesié par son nouvel ami de mettre à profit ses talents en travaillant à quelque ouvrage, offre de lui lire un morceau de m composition. Ronswau consent à l'entendrai et quel est le noroeau dont Dusaulx fait choix dans cette droonstanoe? le poriraU d'un fourbe, extrait de son ouvrage sur ta poision du Jeu, qu'il se proposolt alors de publier. Le portrait d'un fourbe ! dans oeUtre lênl n'y avoit<-il pas de quoi bouleverser une tête que Dosaulx savolt trèa-bien être malade} et pour comble de balourdise^ dans ce morceau si milheureiisemeni choisi, Jean-Jacqnes et ses écrits se trouvent, on ne sait trop pourquoi, rappelés, rappelés avec honneur sans doute, mais rappelés enfin ; c'est tout dire. Nous renvoyons les lecteurs à l'ouvrage de Dusaulx. pour le détail des faiu de cette triste aventure, qui n'a pu que rendre Bousseau pins nuilade encore et plus roalhcnreuz. Qu'ila nous pennetlent seulement nue dernière réflexion.
Que dirions-nous d'un homme qui, visitant I Charenlon son ami attaqué de folie, prendroit pour sq|et de conversation l'objet même snr lequel ce malheureux ami déraisonne ? Tout nous autoriseroltelTectivement à traiter le visiteur de balourd; mais le fou lui-même, en ceci trftMaisonnable, ne sarott4l pas tout aussi bien fondé à voir dans ce même visiteur un véritable ennemi f Si cetfe comparaison est exacte, Rousseau est Justifié-
faut sincèrement aimer la vertu pour savoir la rendre aimable anx autres, et que quiconque j croit de bonne foi distingue aisément dans son cœur le langage de l 'faypeertsio d'avec cehii que le coeur a dicté. Vous me dîtes pourexcuse que vous perliez ce jugement à l'Agede dix-aept ans; mais, monsieur, vous n'aviez pas lu mes écrits : c'est à Fàge où vous êtes, c'est au moment que vous écrivez que vous identifiez l'impression que vous fait leur lecture avec celle des discours du fourbe dont il s'agit. Si c'est là la seule ou la plus honorable mention que vous faites dans votre ouvrage d'un homme à qui vous marquez, entre vous et lui, tant d'estime et d'empressement ; le tour, si c'est un éloge, est neuf et bizarre; si c'e^t un art employé pour appuyer ouvertement l'imposture, il est infernal. Vous paroissez disposé à changer dansia passage ce qui peut m'y déplaire : je vous l'ai déjà dit, monsieur, n'y changez rien; s'il a pu vous plaire un moment, il ne me déplaira jamais. Je suis bien aise que tout le monde sache quelle place vous donnez dans vos écrits à un homme qu'en même temps vous recherchez avec tant de-zèle, et A qui vous paroissez, du moins en parlant A lui, en donner une si belle dans votre estime et dans votre cœur. Cette remarque.m'en rappelle d'autres trop petites pour être citées, mais sur l'effet desquelles Je veux vous ouvrir le mien*
Après m'avoir dit si souvent en si beaux termes que vous me connoissîaz, m'aimiez, m'es* timiea, m'honoriez parhitcment, il est constant, et je le dis de tout mon cœur, que les prévenances et les honnêtetés dont vous m'avez oomUé, adressées, dans votre intention comme dans la vérité, à un homme de bien et d'honneur, ont à ma reconnaissance et à mon attachement un droit que je serai toujours empressé d'acquitter.
Mais, s'il étoît possible, au oontratre, qv», m'ayant pris pour un hypocrite et un scélérat, vous eussiez cependant prodigué tant d'avan • ces, de caresses et de cajoleries de toute espèce pour capter ma confiance et mon amitié, soit parce que mon caractère supposé conviendroît au vôtre, soit pour aller par astuce à des fins que vous me cacheriez avec soin ; dans ce cas, ii n'en est pas moins sûr qu'en tout étal de choses possibles vous ne seriez vous- mémo
CORRESPONDANCE
qa'an vil fourbe 0t m malhonnête honaie , digne de coBt le mépris que tous auriez eu pour moi.
i'aurois bien quelque chose encore à vous dire ; mais je m'en tiens là quant à présent. Voilà» monsieur, un doute que j'ai senti naître avec douleur, etquis'aufimente au point d'être intolérable. Je vous le dédare avec ma franchise ordînaircy dont, quelque mal qu'elle m'ait fait e(4|u'elle me fasse, je ne me départirai jamais. Je TOUS montre bien mes senihnens; mentres-moi si bien les vôtres que je sache arec certitude ce cpe vous pensez de moi. Je me souviens de vous avoir dit que si jamais je me défiois de vous, ce seroit votre foute* Vous voilà dans le cas ; c'est à vous d'y pourvoir, au moins SI TOUS donnez quelque prix à mon estime* En y pourvoyant, n'en foites pas à deux fois, car je vous avertis qu'à la seconde vous n'y seriez pins à temps.
Je me suis confié à vens, monsieur, et à d'autres que je ne connoissois pas plus que TOUS. Le témoignage intérieurde l'innocence et de la vérité m'a fait croire qu'il sulfisoit d'épanefaec mon cœur dans des cœurs d'hommes pour y verser le sentiment dont il étoit plein. J'espère ne m'étre pas trompé dans mon choin; mais quand cet espoir m'abuseroic, je n'en serois point abattu. La vérité, le temps, triompheront enfin de l'imposture, et de mon viTanI même elle n'osera soutenir mes regards. Son plus grand soin, son plus grand art est de s'y dérober; mais cet art même la décèle. Jamais on n'a vu, jamais on ne verra le mensonge marcher fièrement à la foce du soleil en interpellant à grands cris la vérité, et eelle^i dsTenir cauteleuse, craintive et traîtresse, se masquer devant lui, fuir sa présenoe^ n'oser Taccuser qu en secret^ et se cacher dans les-ténèbres.
• Je TOUS fois, monsieur, nm très-humbles saintaliona»
AU ntuB.
riovres avenglei que nom tommei ! etc.
lin lisant, monsieur, et relisant Totre lettre, }» sens qu'il me faut du temps pour y penser.
Permettez qne j'attende le retonr da sangfroid. Un homme comme Tonsmérile bien qu'on délibère quand il s'agit de s'en détacher. Je TOUS saine très-humblement.
Rousseau.
AU HâME.
ir
Paiitrei vna^ que dom «xniiiei! aCc.'
J*ai Toulu, monsieur, mettre un intervalle entre votre dernière lettre et celle-ci pour laisser calmer mes premiers mouvemens et agir ma raison seule. Votre lettre est bien plus eoiployée à me dire ce que je dois penser de voin que ce que vous pensez de moi, quoique je vous eusse prévenu que de ce dernier jugement dé» pendeîf absolument l'antre. Il font pourtant que je me décide el que je vous juge en ce qui me regarde, quoique j'aie renoncé, comme vous me le conseillez, à juger des hommes, bien conVainctt que l'obscur labyrinthe de leur» cœurs m'est impénétrable, à mo( donc le cosnr transparent comme le cristal ne peut cacher aucun de ses mouTemens, et qm, jugeant si long-temps des autres par moi, n'ai cessé depuis vingt ans d'être leur jouet et leur vietime.
A force de m'environner de ténèbres, on m'a cependant rendu quelquefois plus clairvoyant, et l'expérience et la nécessité me font apercevoir bien des choses par le soin même qu'on prend pour me les cacher. J'ai tu dans votre conduite avec moi les honnêtetés les pins marquées, les attentions les plus obligeantes, et des fins secrètes à tout cela : j'y ai même démêlé des signes de peu d'estime en bien des points, et surtout dans les fréquens petits ca* deaux auxquels vous m'avez apparemment cru très-sensible, au lieu qu'ils me sont indifférens ou suspects : Timeo Danaos, ei dona ferenies^ Cest précisément par le peu de cas que j'en fais que je ne les refuse plus, lassé des tracasseries et des ridicules que m'attirèrent long-temps ces refus, par la maligniié des donneurs qui avoietit leurs vues, et bien sûrs, en recevant tout et oubliant tout, d'écarter enfin plus sûrement toutes ces petites amorces. Je cherchois un logement;
ANNÉK 1771.
vous avez vonlu ni'a¥oir4>our voisin et presque pour hAte : cela éioît bon et amical; mais j'ai vu c|Qe vous vouliei trop, et que vous cherchiez à in*ai(trer : vous avez fait tout le contraire. Vous avez cru que j'aimois les dîners; vous avez cm que j'aimois les louan^jes. Tout, à travers la pompe de vos paroles, m'a prouvé que j'étois mal connu de vous. Les je ne sais quoi, trop longes à dire, mais frappans à remarquer, m'o«t averti qu'il y avoit quelque mystère caché sous vos caresses, et tout a confirmé mes premières observations.
L'article que vous m'avez lu a achevé de m'éclairer. Plus j'y ai réfléchi, moins je l'ai trouvé naturel, dans ma situation présente, de la part d'un bienveillant. Vous me faites trop valoir le soin que vous avez pris de «ie lire cet article. Vous avez prévu que je le vcrrois un jour, et vous sentiez ce que j*en aurois pu penser et dire si vous me l'eussiez tu jusqu'à la publication. Vous avez cru me leurrer par ce mot d'illuslre. Ah I vous êtes trop loin de voir combien la réputation d'homme bon, juste et vrai, que je (gardai quarante ans, et que je n'ai jiQpais mérité de perdre, m'est plus chère que vos glorioles littéraires, dont j'ai si bien senti le néant. Ne changeons point, monsieur, l'état de la question. Il ne s*agit pas de sayoir comment vous vous y êtes pris pour faire passer un article aussi captieux, mais comment il vous est venu dans l'esprit de récrire, de me mettre gracieusement en parallèle avec un exécrable scélérat, et cela précisément au moment où l'imposture n'épargne aucune ruse pour me noircir. Mes écrits respirent l'amour de la vertu dont le cœur de l'auteur étoit embrasé. Quoi que mes ennemis puissent faire, cela se sent et les désole. Dites-moi si, pour énerver ce sentiment honorable et juste, aucun d'eux s'y prit plus adroitement que vous.
Et iBaintcnant, au lieu de me dire nettement quel jugement vous portez de moi , 'de mes sentimeus, de mes mœurs, de mon caractère, comme vous le deviez dans la circonstance, et comme je vous en avois eonjuré, vous me parlez de larmes d'attendrissement et d'un intérêt de commisération; comme si c'étoit assez pour moi d'exciter votre pitié, sans prétendre à des sentimens olus honorables 1 Je vous estime en-
core, me dites-vous, nuus je vous piaini. Moi, je vous réponds : Quiconque ne m'estimera que par grâce trouvera difficilement ^i moi la même générosité.
Je voudrois, monsieur, entendre un peu plus clairement quel est ce grand intérêt que vous dites prendre en moi. Le premier, le plus grand intérêt d'un homme est son honneur* Vous auriez, dites-vous, donné un bras pour m'en sauver, un 1 C'est beaucoup, et e'est inème trop : je n'aurois pas donné mon bras pour sauver le vAtre; mais je l'aurois donné, je le jure, pour la défense de votre honneur. Entouré de tous ces preneurs d'intérêt cpii ne cherchent qu'à me donner, comme faisoit aux passans ce Romain , un écu et un soufflet à chaque rencontre, je ne prends pas le change sur cet intérêt prétendu : je sais qu'ils n'ont d'autre but dans leur fausse bienveillance que d'ajouter à leurs noirceurs, quaad J3 m'en plains, le reproche d'ingratitude.
« Le généreux, le vertueux Jean*Jacqur# • Rousseau, inquiet et méfiant comme un lâche » criminel I » Monsieur Dusaulx, si, vous sentant poignarder par derrière par des assassins masqués, vous poussiez, en vous retournant, les cris de la douleur et de l'indignation, que diriez-vous de celui qui pour cela vous repro^ cheroit froidement d'être inquiet et méfiant comme un lâche criminel ?
11 n'y aura jamais que des cœurs capables du crime qui puissent en soupçDWier le mieii ; et quant à la lâcheté, malgré tout l'effroi qu on a voulu me donner, me voici dans Paris, seul, étranger, sans appui, sans amis, sans parens, sans conseil, armé de ma seule innocence et de mon courage, à la merci des adroits et pulssans persécuteurs qui me diffament en se cachant, les provoquant, et leur criant. Parlez haui, me voilà. Ma foi, monsieur, si quelqu'un fait lâchement le plongeon dans cette affaire, il me semble que ce n'est pas moi.
Je veux être juste toujouf)i« S'il n'y a contre moi nulle œuvre de ténèbres, votre reproche est fondé, j'en conviens ; mais s'il existe une pareille œuvre, et que vous lesachiez très-bien, convenez aussi que ce même reproche est bien barbare. Je prends là-dessus votre conscience pour juge entre vous et moi.
Vous me trompez, monsieur : j'ignore â
GORnESPONDANCE.
qnelle fin» maïs vous me trompez. Cest tksmt» rément tromper un homme à qui l'on marque la plus tendre affection, que de lui cacher les choses qui le refj^ardent et qu'il lui importe le plus de savoir. Encore une fois, j'ignore vos motib; mais je sais qu'on ne trompe personne pour son bien. Je n*attaque à tout autre égard ni' votre droiture, ni vos vertus; je n*explique point cette inconséquence. Je ne sais qu*une seule chose^ mais je la sais très-bien, c est que vous me trompez.
Je veux que tout le monde lise dans mon cœur, et que ceux avecqui je vissachentcomme moi-même ce que je pense d'eux, quoiqu*une malheureuse honte, que je ne puis vaincre, m'empêche de le leur dire en face. Cest afin que vous n'ignoriez pas mes sentimens que je vous écris. Du reste, mon intention n*est de rompre avec vous qu'autant que cela vous conviendra : je vous laisse le choix. Si je connois* sois un seul homme à ma portée dont le cœur fût ouvert comme le mien, qui eût autant en horreur la dissimulation, le mensonge, qui dédaignftt, qui refusât de hanter ceux auxquels il n'oseroit dire ce qu'il pense d'eux, j'irois à cet homme, et, très-sûr d'en faire mon ami, je renoncerois à tous les autres; il seroit pour moi le genre humain : mais, après dix ans de recherches inutiles, je me lasse, et j'éteins ma lanterne. Environné de gens qui', sous un air d'intérêt grossièrement affecté , me flattent pour me surprendre, je les laisse faire, parce qu'il faut bien vivre avec quelqu'un, et qu'en quittant ceux-là pour d autres, je ne trouverois pas mieux. Du reste, s'ils ne voient pas ce que je pense d'eux, c*est assurément leur faute. Je suis toujours surpris, je l'avoue, de les voir m étaler pompeusement et leurs vertus et leur amitié pour moi ; je cherche inutilement comment on peut être vertueux et faux tout à la fois, comment on peut se faire un honneur de tromper les gens qu'on aime. Non, je n'aurois jamais cm qu'on pAt être aussi fiers d'être des traîtres.
livré depuis long-temps à ces gens-là, j'aurois tort assurément d'être difficile en liaisons, et bien plus de me refuser à la vêtre, puisque votre société me paroît très-agréable, et que, •ans vous confondre avec tous les empressés qui m'entourent, je vous compte parmi ceux
quefêitimt le phu. Ainsi je vous laisse le maître de me voir ou de ne me pas voir, comme il vous conviendra. Pour de l'intimité, je n'en veux plus avec personne, à moins que, contre toute apparence, je ne trouve fortuitemeot l'homme juste et vrai que j'ai cessé de chercher. Quiconque aspire A ma confiance doit commencer par me donner la sienne ; et do reste, malade ou non , pauvre oa riche , je trouverai toujours très-mauvais que, sons prétexte d'un zèle que je n'accepte point, qui que ce sok veuille malgré moi se mêler de mes affaires.
Je viens de vous ouvrir mon cœur sans riserve, c'est à vous maintenant de oonsolter le vôtres et de prendre le parti qai vous conviendra (*).
A V. DD PBTROU.
Parte» 17 ^71.
Jamais, mon cher bête, on homme sage et ami de la justice, quelque preuve qu'il croie avoir, ne condamne un autre homme aanê fentendre, ou sans le mettre à portée d'être entendu. Sans cette loi, la première et la plus sacrée de tout le droit naturel, la société, tapée par ses fondemens, ne seroit qu'un brigaïkdage affreux, où l'innocence et la vérité sans défense seroient en proie à l'erreur et à Timposture. Quoiqu'on cette occasion le sujet soit un peu moins grave, j'ai cependant i me plaindre que pour quelqu'un qui dit tant croîte
(*) Daiaoli fit à cette lettre une réponse à laqaelle : ne répUqna pai. • Je ne tache pas, dit Dmanlx à oe aqiec, qoe
> depuis notre étemelle séparation, il soit sorti de sa boncfte
• on seul mot capable de m'offeuser x au contraire, l*m appris t avec reoonnolssanoe qu'il s'étoit expUqaé sur noa cosi^
• d'une manière trop honorable pour le répéter.^ Je ne 1^ é»-
• puis rencontré qu'une fois par hasard aux travaux de rÊtoile
• Toisine des Champe-Blysées. Son premier moaTenaestt ce le
• mien forent réciproquement de tomber dans Im bras rm et
• l'autre; mais II ^^Irréta an milieu de son élan. Qui l'a donc » retenu? la néince dont un accès plus vloleat qu'à Fordi- » naira le aaisit tout-4-ooup. Situé sur le bord d'une traneiiée t profonde, et me Torant à ses côtés, il craisoit apparenuDeflit 1 que Je ne l'y préclpitaïae; tont^du moini, m'autortsoit k Se V croira. U trambloit de tous ses membres. Tantôt il élevoii de* 1 bras supplians vers ledel* tantôt, comme s*U eût invo^Bé ma
• pitié, il me montroit l'abîme ouvert sons ses pas. Je ne oam - » pris que trop oe lansage «net. M'éloignant de lui. je Udkaî
> de le rassurer par les plus tendres démonatrationa; qiioiqp&*ii I en parût touché, il passa son cbenlii, • Dt mm rapport» avec J, /. AotMtaatt, pa|e f t9. &• ^ «
i la rertn, tous méjugiez si légèrement a votre ordinafre.
4» Il n'y a que peu de jours que j'ai reçy votrft lettre du 45 novembre, avec le billet sur vos banquiers qu'elle contenoit.Par une fraude des facteurs qui.à'entendoicnt avec je ne sais qui, mes lettres ont resté plusieurs mois sans cours à la poste ; et ce n'est qu'après un entretien avec un de ces messieurs qui me vint voir, que l'affaire fut éclaircie, que le grief fut redressé, et qu'on me promit que pareille chose n'arriveroit plus à l'avenir. En conséquence de ce redressement, on m'apporta toutes mes lettres, dont, vu l'énormité des ports, je ne retirai que la vôtre seule que je reconnus à l'écriture et au cachet. Il eût été malhonnête de faire usage de votre ordre sur vos banquiers avant de vous en accuser la réception, et mes occupations ne m'ayant pas laissé, depuis huit jours, le temps de vous écrire, avant d'avoir répondu à cette première lettre j'ai reçu la seconde du -19 mars avec le duplicata de votre billet, et cela m'a fait prendre le parti, toute chose cessante, de répondre sur-le-champ à l'une et à l'autre.
2* La lettre que vous marquez m'avoir écrite par madame Boy de La Tour, ni par conséquent l'autre duplicata de votre ordre à vos banquiers, ne me sont point parvenus, ni aucune nouvelle de cette dame depuis très-longtemps. J'ignore la raison de ce silence, car elle savoit qu'il ne falloit pas m'ccrtre par la poste, et les voies sûres ne lui manquoient assurément pas.
5^ J'en pensois autant de vous, et je jugeai qu'ayant bien su me faire parvenir une lettre de M. Junet, sans un seul mot de votre part, ni verbal, ni par écrit, vous sauriez bien, quand vous le voudriez, employer, comme vous avez fait, la même voie pour vous-même. Voyant que vous n*en faisiez rien, je jugeois que vous n'aviez pas là-dessus beaucoup d'empressement, et un galant homme comme vous sentira bien qu'en cette occasion ce n'étoit pas à moi d'en avoir davantage.
4"* Je parlai toutefois de votre silence à M. d'Escherny, et de l'obstacle de la poste qui pouvoit être cause que je ne recevois point de vos lettres. J'ajoutai que la seule voie sûre et simple que vous aviez pour m'écrire étoit d'a-
T. IV
dresser votre lettre sous enveloppe à quelqu'un résidant à Paris, pour me la faire tenir ; mais je ne parlai de lui en aucune manière ; et, s'il s'est mis en avant, comme vous le marquez, il a pris le surplus sous son bonnet.
Voilà, mon cher hôte, Texacte vérité; si vous trouvez en tout cela quelque tort à me reprocher, vous m'obligerez de vouloir bien me l'indiquer. Pour moi je ne vous en reproche ici d'autre que celui auquel je suis tout accoutumé, savoir, la précipitation de vos jugemcns avant d'avoir pris les mesures nécessaires pour savoir la vérité. Voilà cependant comment il faut que toutes mes lettres s'emploient en apologies, attendu que toutes les vôtres s'emploient en injustes griefs. C'est l'histoire abrégée de nos liaisons depuis plusieurs années. Je suis le lésé, et vous êtes le plaignant.
Votre compte, que vous m'avez envoyé tant de fois, me paroit très et trop en règle; le mandat sur vos banquiers est aussi fort bien, et j'en ferai usage.
Je vous embrasse cordialement. Vous me proposez l'oubli de ce que vous appelez nos enfantillages. Je ne demande pas mieux, mais ce n'est pas de moi que la chose dépend : le souvenir fut votre ouvrage, il faut que l'oubli le soit aussi ; mais jusqu'ici vous ne vous y êtes assurément pas bien pris pour opérer cet effet.