A MADAME LA COMTESSE DE SAINT
Je suis fâché de ne pouvoir complaire i dame la comtesse; mais je ne ftits point lea hoaneurs de l'homme quelle est curieuse de voir, et jamais il n*a logé chez moi : le seul moyen d'y être admis de mon aveu, pour quiconque m'est inconnu, c'est une réponse catégorique à ce billet (*) .
A LA MÊME
Jeudi, SS mai I77S.
J'ai eu d'autant plus de tort» madame, d'em* ployer un mot qui vous étoit inconnu (**}, que je vois, par la réponse dont vous m'arei bo^ noré, que, même à Taide d*un dîccidaiiaire, vous n'avez pas entendu ce mot. Il faut tâcher de m'eipliquer.
La phrase du biUet â laquelle il a'agit de r^ pondre est celle-ci : • Hais ce que je veux, et i ce qui m'est dû tout au moins après une eon-> • damnation si cruelle et si inftimante, c'est a qu'on m'apprenne enfin quels sont mes cri- » mes, et comment et par qui j'ai été jugé, a
Tout ce que je désire ici est une réponse à cei article. C'est mal â propos que je la demandoîs catégorique, car telle qu'elle soit, elle le
C) Par la lettre à laquelle oelle^liert de réponse, madame de Saint *** annonçoità Rouneau qu'elle lui envoToit delà mn- •Iqne à copier, en loi avonant en même tempa qoe ee a'élalC qu'un prétexte pour le voir. Quant au billet dont Roaaieaa parle, c'étoit le billet circulaire portant pour adresse : J loul Françoit aimant encore ta JHtîiee et te 9érité. G. P.
(**) C'était le motcatégonqueéoai madame de Saia sa réplique, déclaroiC n'aToir connu la sif nlficatlon qa'i BUllant le dictionnaire. Elle répliqua encore à cette lettre de Rousseau en Insistant sur sa demande dans lea i les plus réservés, et ne voulant ^u'uii oui ou unmonptmr^a^ nière réponse. On devine aisément celle qui lui fut donnée. — C'est dans le volume supplémentaire, imprimé à Paris en 1779, sous la rubrique de Néufleliàtel, qu'ont été impriraéea ponr la première fois les deux lettres de Rousseau à madame de Saint **% avec celles de cette dame auxquelles elles de réponse, et c'est ainsi que nous avons trouvé le de les expliquer. G. p.
ANNÉE i777.
toujottit pour moi ; ma demeure et mon cœur sont ouverts pour le reste de ma vie à quiconque me dévoilera ce mystère abominable. S'il m'impose le secret, je promets, je jul-e de le lui garder inviolablement jusqu'à la mort, et je me conduirai exactement, s'il Texigo, comme s'il ne m'eût rien appris. Voilà la réponse que j'attends, ou plutôt que je désire, car depuis longtemps j'ai cessé de Tespérer.
Celle que j'aurai vraisemblablement sera la feinte d'ignorer un secret qui, par le plus étonnant prodige, n'en est un que pour moi seul dans TEurope entière. Cette réponse sera moins franche assurément, mais non moins claire que la première ; enfin le refus môme de répondre n'aura pas pour moi plus d'obscurité. De grâce, madame, ne vous offensez pas de trouver ici quelques traces de défiance : c'est bien à tort que le public m'en accuse ; car la défiance suppose du doute, et il ne m'en reste plus à son égard. Vous voyez, par les explications dans lesquelles j'ose entrer ici, que je procède aux vôtres avec plus de réserve, et cette différence n'est pas désobligeante pour vous. Cependant vous avez commencé avec moi comme tout le monde, et les louanges hyperboliques (*] et outrées dont vos deux lettres sont remplies, semblent être le cachet particulier de mes plus ardens persécuteurs : mais, loin de sentir en les lisant ces mouvemens de mépris et d'indignation que les leurs me causent, je n'ai pu me défendre d'un vif (Jésir que vous ne leur ressemblassiez pas : et, malgré unt d'expériences cruelles, un désir aussi vif entraine toujours un peu d'espérance. Au reste, ce que vous me dites, madame, du prix que je mets au bonheur de me voir, ne me fera pas prendre le change : je serois touché de l'honneur de votre visite, faite avec les sentimens dont je me sens digne; mais quiconque ne veut voir que les rhinocéros doit aller, s'il veut, à la Foire, et non pas chez moi; et tout le persiflage dont on assaisonne cette insultante curiosité n'est qu'un outrage de plus qui n'exige pas de ma part une grande déféfence* Voulez-vous donc, madame, être distinguée de la foule? c'est à vous de faire ce qu'il faut potur cela.
(*) Toid encore un mot pour le dictionoiire. Hélas! pour pnler de nu detttaite.fl faodrolt un TocabuUdre tout nouveau qoi n'eût été composé que pour moi.
Il est vrai que je copie de la musique : je fié refuse point de copier la vôtre, si c'est tout de bon que vous le dites; mais cette vieille musique a tout l'air d'un prétexte, et je ne m'y prête pas volontiers là-dessus. Néanmoins votre volonté soit faite. Je vous supplie^ madame la comtesse, d'agréer mon respect.