‹ Œuvres complètes de J.J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 16 sur 158 · A MADAME LA BARONNE DE WARENS · texte numérisé non relu

A MADAME LA BARONNE DE WARENS

ACtusei.le31août1735.

Madame»

L'on dit bien vrai que brebis galeuse» le loup la mange. J'étois à Genève, gai comme un pinson, pensant terminer quelque chose avec mon père, et, d'ici, avoir maintes occasions de vous assurer de mes profonds respects ; mais; madame, l'imagination court bien vite» tandis que la réalité ne ta suit pas toujours. Mon père n'est point venu» et m'a écrit» comme le dit le révérend père» une lettre de vrai gascon; et, qui pis est» c'est que c'est bien moi qu'il gaaconne; vous en verrez l'original dans peu :ainsi rien de fait ni à faire pour le présent» suivant toutes les apparences. L'autre cas est que je n'ai pu avoir l'henneur de vous écrire aussitÂt que je l'aurois voulu» manque d'occasions qui tfont bien. claires dans ce pays-ci» et seulement une fois la semaine.

Si je voulois» madame» votis marquer en dé« tail toutes les honnêtetés que j'ai reçues du révérend père» et que j'en reçois actuellement tous les jours, j'aurois pour long-temps à dire ; ce qui, rangé sur le papier par une main aussi mauvaise qtie la mienne, ennuie quelquefois le bénévole lecteur. Hais» madame» j'espère me bien dédommager de ce silence gênant la première fois que j'aurai l'honneur de vous faire la révérence.

Tout cela est parfaitement bien Jusques ici ; mais sa révérence» ne vous en déplaise» me retient ici un peu plus longtemps qu'il ne fôudroit» par une espèce de force» un peu de sa part» un peu de la mienne : do sa part» par

CORRESPONDANCE

les manières obligeantes et les caresses avec lesquelles il a la bonté de m'arrôter ; et de la mienne, parce que j'ai de la peine à me détacher d*une personne qui me témoigne tant de bontés. Enfin, madame, je sais ici le mieux du monde; et le révérend père m'a dit résolument qu'il ne prétend que je m*en aille que quand il lui plaira, et que je serai bien et dûment lactifié.

Je fais, madame, bien des vœux pour la ' conservation de votre santé. Dieu veuille vous la rendre aussi bonne que je le souhaite si que Je Ten prie I J*ai Thonneur d'être avec un profond respect, etc.

Le frère Montant (qui n'a pas le temps de vous écrire, parce que le courrier est pressé de partir) dit comme ça qu'il vous prie de croire qu'il est toujours votre très-humble serviteur.

A SON PàRB.

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