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toot cela ; lâ mienne C8t sans bornes ; voyez jusqu'où s'éteod mon bonheur, je n*ai de moyen pour la manifester que le seul qui peut me fendre parfaitement heureuse*
fai donc dessein de supplier madame de Wirens de Tooloir bien agréer que je passe le reste de mes jours auprès d*elle, et que je lui reade jiiBqa*i la fin de ma rie tous les services qui seront eo mon pouvoir; je veux lui faire goAter autant qa*il dépendra de moi» par mon attadiement i elle et par la sagesse et la régularité de ma conduite, les fruits des soins et des peines qu'elle s'est donnés pour moi : ce n'est point une manière frivole de lui témoigner ma reconnoissance ; cette sage et aimable dame a des sentimens assez beaux pour trouver de quoi se payer de ses bienfaits par ses bienfaits mêmes, et par Thommage continuel d*un cœur plein de zèle, d'estime, d'attachement et de respeci pour elle.
r aï tteo d'espérer, mon cher père, que vous approuverez ma résolution et que. vous la seconderez de tout votre pouvoir. Par là, toutes difficultés sont levées; l'éublissementest tout £iic, et aasnrément le plus solide et le plus heureux qui puisse être au monde, puisque, outre les avantages qui en résultent en.ma faveur, il esc foadé de part et d'autre sur la bonlé.du cœur el sur la vertu.
An reste, je ne prétends pas. trouver par là un prétexiehonnAte de vivre dans la fainéantise et dans l'oiiîveté : il est vrai que le vide de mes oocnpatiotts journalières est grand ; mais je l'ai entiteement consacré à l'étude, et madame de Wareus pourra me rendre la justice que j'ai lasex régulièrement ce plan : jusqu'à pré-
t elle ne s'est plainte que de l'excès, il n'est pas à craindre que mon goût change ; letude a un charme qui fait que, quand on la une fois goàtée, on ne peut plus s'en détacher; et d'autre part l'objet en est si beau, qu'il n'y a personne qui puisse blâmer ceux qui sont assez heureux pour y trouver du goût et pour s'en occuper.
Voilà, mon cher père, l'exposition de mes lues : je vous supplie très-humblement d'y donner Totre approbation, d'écrire à madame de Warens, et de vous employer auprès d'elle pour les faire réussir ; j'ai lieu d'espérer que vos déoiarches ne seront pas infructueuses, et
qu'elles tourneront a notre commune satbfaotion.
Je suis, etc.
Monsieur,
Daignerez-vons bien encore me recevoir en grâce, après une aussi indigne négligence que la mienne? J*en sens toute la turpitude, et je vous en demande pardon de tout mon coepr. A le bien prendre, cependant, quand je vous offense par mes retards déplacés, je vous trouve encore le plus heureux des deux. Vous exercez à mon égard la plus douce de toutes les vertus de ramitiéy l'indulgence; et vous goAlcat le plaisir de remplir les devoirs d'un parfait ami, tandis que je n'ai que de la honte et des reproches à me faire sur l'irrégularité de mes procédés envers vous. Vous devez du moins comprendre par là que je ne cherche point de détour pour me disculper. J'aime mieux devoir uniquement mon paridon à votre bonté que de chercher à m'excuser par de mauvais subterfuges. Ordonnez ce que le cœur vous. dictera du coupable et du châtiment ; vous serez obéi. Je n'excepte qu'un seul genre de peine, qu'il me seroit impossible de supporter : c'est le refroidissement de votre amitié. Consecvezla-moi tout entière, je vous en prie ; et souvenez-vous que je serai toujours votre tendre ami, quand même je me rendrois indigne qoe vous fussiez le mieit.
Vous trouverez ici incluse la letti^e deremerctment que vous fait la irès-chëre maman. Si elle a tardé trop à vous répondre, comptez qu'elle ne vous en dit pas la véritable raison. Je sais qu'elle avoit des vues dont sa situation présente. la contraint de renvoyer l'effet à un meilleur temps; ce que je ne vous dirois pas si je n'avois lieu de craindre qpe vous n'attribuassiez à l'impolitesse un retardement qui, de sa part, avoit assurément bien une autre source.
11 fout maintenant vous parler de votre charmante pièce. Si vous faites de pareils essais, que devons-nous attendre de vos ouvrages? Continuez, mon cher ami, la carrière brillanie que vous venez d'ouvrir ; cultivez toujours Télégance de votre goût par la connoissance des
T. IV
no
COUUESPONDANCE.
bonnes réglée : tous ne sauriez manquer d'aller loin avec de pareilles dispositions. Vous voulez, moi, que je vous corrige I croyez -moi, il me conviendroit mieux de faire encore sous vous quelques thèmes, que de vous donner des leçons. Non que je veuille vous assurer que votre cantate soit entièrement sans défauts ; mon amitié abhorre une basse flatterie, jusqu'à tel point que j*aime mieux donner dans i'exeés opposé que d'affoiblir le moins du monde la rigueur de la sincérité ; quoique peut-être j*aie aussi de ma part quelque chose à vous pardonnef à cet égard. Nous avons le regret de no pouvoir mettre cette cantate en exécution fauto de violoncelle, et maman a même eu celui de ne pouvoir chanter autant qu'elle Tauroii souhaité, à cause de ses tnconmioditéa continuelles : actuellement elle a une fièvre habituelle, des vomissemens fréquens, et une enflure dans les jambes qui s'opinifltre i ne nous rien présager de bon.
Maman m'a engagé de copier la mienne pour vous l'envoyer, puisque vous avez para en avoir quelque envie; mais, ayant égaré l'adresse que vous m'aviez donnée pour les paquets à envoyer, je suis contraint d'attendre que vous me l'ayez indiquée une seconde fois ; ce que je vous prie de faire au plus tôt. La cantate étant prête à partir, j'y joindrai volon*^ tiers deux ou trois exemplaires du Verger, qui me restent encore, si vous êtes à portée d'en faire cadeau à quelque ami.
Je vous prie de vouloir faire mes complimens à M. l'abbé Borlin. Vous pourrez aussi le faire ressouvenir, si vous le jugez bon, qu'il a une cantate et un autre chiffon de musique i moi. l/aventure de la Chftronne me fait craindre que le bon monsieur ne soit sujet à égarer ce qu'on lui remet. S*il vous les rend, je vous prie de ne me les renvoyer qtr.iprès en avoir fait usage aussi long-temps qu'il vous plaira.
Vous savez sans doute que les afbires vont très-mal en Hongrie, mais vous ignorez peutêtre que M. Bouvier le fils y a été tué ; nous no le savons que d'hier.
A UADAME LA BAftONNC D8 WA««NS.
Madame, J'eus l'honneur de voue écrire jeudi passé,
et M. Genevois se chargea de ma lettre; depuis ce temps je n'ai point vu M. Barillot, et j*ai resté enfermé dans mon auberge comme un vrai prisonnier. Hier, impatient de savoir Pétat de mes affiiires, j'écrivis à M. Batillot et lui témoignai mon inquiétude en termes assem fbrts. Il me répondit ceci.
« Tranquillisez-vous, mon cher monsieur, • toDi va bien. Je crois que lundi ou mardi tont » finira. Je ne suis point en état de sortir. Je t TOUS irai voir le plus têt que je pourrai. »
Voilà donc, madame, a quoi j'en suis; aussi peu instruit de mes affaires que si j'étois n cent lieuos d'ici, car il m'est défendu de parottre en ville. Avec cehi, toujours seul, et grande défense; puis iea frais qui se font d*un autre cAté pour tiner ce misérable argent, et puis ceux qu'il a fallu fiain» pour consulter ce médecin, et lui payer quelques remèdes qu'il ma remis. Vous pouvez bien juger qu*il j a longtemps que ma iKMme est à sec, quoique je sois déjA assez jolimeiit endetté dans oe caterst : ainsi je ne mène point la vie la plus agi^ble du monde ; et pour surcroît de malheur, je n*ai, madame, point de nouvelles de votre part. Cependant je fais bon courage autant que je le puis; et j'espère qu'avant que vous reeeviet ma lettre je saurai la défnition de toutes choses; car, en vérité, si cela duroit plus long^Cemps, je croirais que l'oa se noque do moi, oc que Ton ne me réserve que la coquille de l'hultro.
Voua voyez, madame, que le voyage q^iej'avois entrepris comme une espèce de partie de plaisir a pris une tournure bien opposée : aussi le charmed'être tout le jour seul danauDeehambre, à promener ma mélancolie, dans des transes continuelles, ne contribue pas, eommo vous pouvez bien croire, à l'amélioration de ma santé. Je soupire après l'instant de mon retour, et je prierai bien Dieu désormais qu'il me préserve d'un voyage aussi déplaisant.
J'en étois là de ma lettre quand M. BarUlot m*est venu voir. Il m*a fort assuré que mon affaire ne souffroit plus de difficultés. M. le résident est intervenu, et a la bonté de prendre cette afiaire-IÀ à cœur. Comme il y a un întervalie de deux jours entre le commencement de nui lettre et la fin, j'ai, pendant ce tempe-la, été rendre mes devoirs à Ah le réaident» qui m'a reçu le plus gracieusement, et, j^cse dire, le
ANNÊB 1737.
plot famiKAremenido mcnide. Jestits «Ar à présent que mon affoire finira totalemeiH dans moins de trois jours d'ici, et que ma poriion me sera comptée sans difficulté» sauf les frais qui, \ h Yërité, seront un peu forts, de même que la prtîe de H. Barillot, laquelle monte bien plus haut que je n'auroia cru.
Je n*ai, madame, reçu aucuriO nouvelle de fotrepartcesdeux ordinaires ici, j'en suis moi^ tellement inquiet. 8i je n*en reçois pas l'ordinaire prochain, je ne sais ce que je deviendrai . J ai reçu une lettre de l'oncle avec une autre poar le curé son ami. le ferai le voyage jusquelà; mais je sais qu'il n'y a rien à faire, et que ce pré est perdu pour moi.
Je n'ai peint encore écrit à mon père, ni vu iiucun de mes parens, et j'ai ordre d'observer le même incognito Jusqu'au déboursement. J'ai une furieuse dèmangealsob de tourner !a feuille, car î'ai encore bien des choses à dire. Je n'en l'crai rien cependant^ et je me réserve à rordiiiaire prochain pour vous dontter de bonnes nouvellesL J'ai rhonneurd*6trc avec un profond
respect, etc.
A LA HÊn.
Grenoble, 13 septembre 1757.
Jesnisicidepttia deux jours : on ne peut être pita snlisfintd'iine ville que je le suisdecelle-ci. On m'y a marqué tant d'amitiés et d'empressémena que je croyois, en Mutant de Ghambéri, me trouver dans im nouveau monde. Hier, 11. Mioond me donna à dîner avec plusieurs de ses amis; et le soir, après la comédie, j'allai souper avec le bonhottimc Légère.
Je m*$à vu ni madame la présidente, ni ma-« <iaine d*£yben8, ni M. le président de Tencin : ce seigneur est en campagne. Je n*ai pas laissé de remettre la (cure à ses gens. Pour madame de BardoDUnche, je me suis présenté plusieurs fois, sans pouvoir hii faire ta révérence; j'ai fait remettre la lettre ; et j'y dois dtner ce matin, oô j'appitMmi des nouvelles de madame d^Ëybetis.
If faut pnrier de M. de l'Orme. J'ai eu Phonnetsr^ madame, de lut remettre votre lettre en main propre. Ce monsieur, s'cxcusentsur Tab»
sence de M. l'évéque, m offrit un écu de six francs ; je r«icceptai par timidité, raaia Jeerua devoir en Mre présent au porlier. Je ne sais si j*ai bien fait ; mais il faudra que mon imo change de moule avant que de me résoudre à faire autrement. J'ose croire que la vôtre ne m'en démentira pas.
J*ai eu le bonheur de trouver pour Montpellier, en droiture, une chaise de retour : j'en profiterai (*)* Le marché s'est fait par l'entremise d'un ami, et il ne m'en coûte pour la voiture qu'un kiuis de vingt - quatre francs s je partirai demain matin. Je suis mortifié» madame, que ce aoit sans recevoir ici de vos nouvelles ; mais ce n'est pas une occasion à négliger.
Si vous avez, madame, des lettres à m'envoyer, je crois qu*on pourroit les faire tenir ici à M. Micoud , qui les feroit partir ensuite pour Montpellier^ ii radraae de M. Lazerme. Vous pouvez aussi les envoyer de Ghambéri en droiture : ayez la bonté devoir ce qui convient le mieux ; pour moi, je n'en sais rien du tout.
Il me fôche extrêmement d'avoir été contraint de partir sans faire la révérence à U. le marquis d'Antremont, et lui présenter mes très-humbles actions de grâces : oserois-jo , madame , vous prier de vouloir supplérr à cela?
Comme je compte de pouvoir être à Montpellier mercredi au soir, (e 48 courant, je pourrois donc, madame , recevoir de vos précieuses nouvelles dans le courâ de la semaine prochaine, si vous preniez la peine d'écrire dimanche ou lundi matin. Vous m'accorderez, s'il vous plalt, la faveur de croire que mon empressement jusqu'à ce temps-là ira jusqu'à l'inquiétude.
Permettez encore, madame, que je prenne la liberté de vous recommander le soin de votre sanlé. N'étes-vous pas ma chère maman, n'aijc pas droit d'y prendre le plus vif inlérél? et n'avez-vous pas besoin qu'on vous excite à tout moment à y donner plus d'attention.
La mienne fut fort dérangée hier au spectacle. On représenta Alzire, mal à la vérité, mais je ne laissai po^ d'y être énm jusqu'à perdre h respiration; mes palpitations augmentèrent étonnamment, et je crains de m'en sentir quelque temps.
(•) Voyez dans les Coufftsiotu, IWrc \ i, le récit de ce voyage.
Pourquoi » madame , y a-l-il des oœura si soDBibieaau grand, au sublime, au pathétique, pondant que d'autres ne semblent faits que pour ramper dans la bassesse de leurs seiilimens? La fortune semble faire à tout cela une espèce de compensation ; à force d élever ceux-ci, elle cherche à les mettre de niveau avec la grandeur des autres : y réussitp^lle ou non? Le public et vous, madame, ne serez pas de même avis. Cet accident m*a forcé de reuoncer désormais au tragique JMsqu*au rétablissement de ma santé. Me voila privé d'un plaisir qui m*a bien coulé des larmes en ma vie. J'ai l'honneur d'être avec un profond respect, etc.
A LA MÊMB.
llnUpeUlar, is oetobre47S7.
Madame ^
Je ne me sers point de la voie indiquée de H. Barillot» parce que c'est faire le tour de l'école. Vos lettres et les miennes passant toutes par Lyon, il faudroit avoir une adresse à Lyon.
Voici un mois passé de mon arrivée à Montpellier, sans avoir pu recevoir aucune nouvelle de votre part, quoique j'aie écrit plusieurs fois et par différentes voies. Vous pouvez croire que je ne suis pas fort tranquille, et que ma situation n'est pas des plus gracieuses ; je vous pro» teste cependant, madame, avec la plus parfaite sincérité, que ma plus grande inquiétude vient de la crainte qu'il ne vous soit arrivé quelque accident. Je vous écris cet ordinaire-ci par trois différentes voies, savoir par MM. Vêpres, M. Micoud , et en droiture ; il est impossible qu'unç de ces trois lettres ne vous parvienne : ainsi, j'en attends la réponse dans trois semaines au plus tard ; passé ce temps-U, si je n'ai point de nouveHes, je serai contraint départir dans le dernier désordre et de me rendre à Chambéri comme je pourrai. Ce soir la poste doit arriver, et il se peut qu'il y aura quelque lettre pour moi ; peu&*être u'avez-vous pas fait mettre les vôtres à la poste les jours qu'il fSIloit; car j'aurois réponse depuis quinze jours, si les lettres avoient fait chemin dans leur temps. Vos lettres doivent passer par Lyon pour venir ici ; ainsi c'est les mercredi et samedi de bon matin
CORRESPONDANCE
qu'elles doivent être mises i la poste. Je tous avois donné précédemment l'adresse de ma pension : il vaudroit peutrêtre mieux les adres* ser en droiture oii je suis logé, parce que je suis sûr de les y recevoir exactement. Cesi chei M. Barcellon , huissier de la Bourse, en rue Basâe, proche du Palais.
J'ai l'honneur d'être avec un profond respect, etc.
P. 5. Si vous avez quelque chose à m'en* voyer par la voie des marchands de Lyon, et que vous écriviez, par exemple, i MM. Vêpres par le même ordinaire qu'i moi , je dois, s'ils sont exacts, recevoir leur lettre en même temi» que la vêtre.
J'allois fermer ma lettre quand j*ai reçu In vôtre I madame, du 42 du couranL Je croiâ n'avoir pas mérité les reproches que vous m'y faites sur mon peu d'exactitude. Depuis mon départ de Chambéri, je n'ai point passé de semaine sans vous écrire. Du reste, je me rends justice ; et quoique peut-être il dût me parottre un peu dur que la première lettreque j'ai l'honneur de recevoir de vous ne soit pleine que de reproches , je conviéhs que je les mérite tous. Que voulez-vous, madame, que je vous dise? Quand j'agis, je crois faire les plus belles choses du monde, et puis il se trouve au bout que ce ne sont que des sottises ; je le reconnois parfoi* tement bien moi-même. Il faudra tftcher de se roidir contre sa bêtise à Tavenir, et faire plus d'attention sur sa conduite: c'est ce que je vous promets avec une forte envie de l'exécuter. Après cela , si quelque retour d'amour-proprc vouloil encore m*engager à tenter quelque voie de justification , je réserve à traiter cela de bouche avec vous, madame, non pu» s'il vous plaît, à la Saint-Jean, mais à la fin de mois do janvier ou au commencement du suivant.
Quant à la lettre de M. Arnauld, vous savez, madame, mieux que moi-même, ce qui me convient en fait de recommandation. Je toîs bien que vous vous imaginez que, parce que je suis à Montpellier, je puis voir les choses de plus près et juger de ce qu'il y a i faire; mais, madame, je vous prie d'être bien persuadée que hors ma pension et l'hôte de ma chambre , il m'est impossible de faire aucune liaison, ni deconnoltre le terrain le moins du monde à Montpellier, jusqu'à ce qu'on m'ait procuré quelque arme
pcNir forcer ht barricades tpke i numeor inacceaaible des paiticoUers et de toute la nation eo général meta l'entrée de leurs maisons. Ohl qu'on a one idée bien fausse du caractère languedocien, et surtout des habitans de Montpellier à l'égard de l'étranger I Mais pour rercnir» les recommandations dont j'aurois besoin sont de toutes les espèces. Premièrement; pour la noblesse et les gens en place : il me seroît très^arantageux d*étre présenté à quelqn'undecetteclasse» pour tâcher à me faire coBoottre el à foire quelque usage du peu de Caleos que j*ai, ou du moins à me donner quelque on? ertnre qui pût m*étre utile dans la suite, en temps et lien : en second lieu, pour les comroerçans, afin de trourer quelque voie de communication plus courte et plus facile, et pour mille antres aTantages que vous savez que l'on tire de ces connoisBances-là : troisièmement, parmi tes gens de lettres, sa vans, professeurs, par les lumières qu'on peut acquérir avec eux et les progrès quV/u j ponrroit faire ; enfin, généralement pour toutes les personnes de mérite arec lesquelles on peut du moins lier une honnête société, apprendre quelque chose, et couler quelques heures prises sur la plus rude et la plus ennuyeuse solitude du monde. J'ai l'honneur de vous écrire cela, madame, et non à M. l'abbé Arnauld, parce qu'ayant la lettre TOUS verrez mieux ce qu*il y aura à répondre, ec que si vous voulez bien vous donner cette peine vous-même, cela fera encore un meilleur effet en ma faveur.
Vous feites, madame, un détail si riant' de ma situation à Montpellier, qu'en vérité je ne sanrob mieux rectifier ce qui peut n'être pas conforme au vrai, qu'en vouspriant de prendre tout le ooatre-pied. Je m'étendrai plus au loog, dans ma prochaine, sur l'espèce de vie que je mène ici. Quant à vous, madame, plût à Dieu que le récit de votre situation fût moins véridique : hélas! je ne puis, pour le présent, faire que des vœux ardens pour l'adoucissement de votre sort : il seroit trop envié s'il étoit conforme i celui que vous méritez. Je n'ose espé- RT le réublissement de ma santé, car elle est encore pins en désordre que quand je suis parti de (3ismbéri; mais, madame, si Dieu daignoit oie la rendre, il est sûr que je n'en ferois d'autre usage qn'i tâcher de vous soulager de vos
soins, et à vous boconder en bon et tendre fils, et en élève reconnoissant. Vous m'exhortez, madame, à rester ici jusqu'à la Saint-Jean : je ne le ferois pas quand on m'y couvriroit d'or. Je ne sache pas d'avoir vu, de ma vie, on pays plus antipathique à mon goût, que celui-ci, ni de séjour plus ennuyeux, plus maussade que celui de Montpellier. Je sais bien que vous ne me croirez point ; vous êtes encore remplie des belles idées que ceux qui y ont été attrapés er ont lépandues au dehors pour attraper les autres. Cependant, madame, je vous réserve une relation de Montpellier, qui v()ns fera loucher les choses au doigt et à i'œJ ; je vous attends là pour vous étonner. Pour ma santé, il n'est pas étonnant. qu'elle ne s'y remette pas. Premièrement, les alimens n'y valent rien, mais rien ; je dis rien, et je ne badine point. Le vin y est trop violent et incommode toujours ; le pain y est passable, i la vérité, mais il n'y a ni bœuf, ni vache, ni beurre ; on n'y mangeque de mauvais mouton, et du poisson de mer en abondance, le tout toujours apprêté à l'huile puante. Il vous seroit impossible de goûter de la soupe ou des ragoûts qu'on nous sert à ma pension, sans vomir. Je ne veux pas m'arrêter davantage là-dessus, car si je vous disois les choses précisément comme elles sont, vous seriez en peinede moi, bien plusquejene le mérite.En second lieu, l'air ne me convient pas ; autre paradoxe, encore plus incroyable que les précédens : c'est pourtant la vérité. On ne sauroit disconvenir que l'air de Montpellier no soit fort pur et en hiver assez doux. Cependant le voisinage de la merle rend à craindre pour tous ceux qui sont attaqués de la poitrine : aussi y voit-on beaucoup de phthisiques. Un certain vent, qu'on appelle ici le marin, amène de temps en temps des brouillards épais et froids, chargésde particules salines et acres, qui sont fort dangereuses : aussi, j'ai ici des rhumes, des maux de gorge et des esquinancies, plus souvent qu'à Chambéri. Ne parlons plus de cela quant à présent ; car si j'en disois davantage vous n'en croiriez pas un mot. Je puis pourtant protester que je n'ai dit que la vérité. Enfin, un troisième article, c'est la cherté ; pour celui-là je ne m'y arrêterai pas, parce que je vous en ai parlé précédemment, et que je me préparée parler de tout cela plus au long en traitant de Montpellier. 11 suffit de voua
CORRESPONDANCE
dire qu'avec Targcut compiant que j'ai apporté, ot les deuxcenis livresque vous avez eu la bonté (le me promettre, il s en faudroit beaucoup qu'il m'en restât aciuellement autant devant moi, pour prendre l'avance, comme vous dites, qu il en faudroit laisser en arrière pour boucher les trous. Jo n'ai encore pu donner un sou à la maîtresse de la peusion^ ni pour le louage de ma chambre; jugez, madame, comment me voilà joli garçon ; et, pour achever de me peindre, si je suis contraint de mettre quelque chose & la presse, ces honnêtes gens-ci ont la charité de ne prendre que douce sous par écus do six francs, tous les mois. À la vérité j'aimerois mieux tout vendre que d'avoir recours à un tel moyen. Cependant, madame, je suis si heureux, que personne ne s'est encore avisé de nio demander de Targeut, sauf celui qu'il faut donner tous les jours pour les eaux, bouillons de poulet, purgatifs, bains ; encore ai- je trouvé le secret d*en emprunter pour cehi, sans gage et sans usure, et cela du premier cancre de la terre. Cela ne pourra pas durer pourUnt, d'autant plus que le deuxième mois est commencé depuis hier; mais je suis tranquille depuis que j'ai reçu de vos nouvelles, et je suis assuré d*étre secouru à temps. Pour les commodités, elles soflt en abondance. Il n'y a p^iiit de bon marchand à Lyon qui ne tire une lettre de change sur Montpellier. Si vous en parlez à M. C. il lui sera de la dernière facilité de faire cela : en tous cas, voici l'adresse d'un qui paie un de nos messieurs de Bellay, et de la voie duqfsei onjpeut se servir : M, Parent ^ marchand drapier i à tj/on, au Change, Quant à mes lettres, il vaut fliienxr les adresser chec M. Bareellon, ou pha&t MarceUon, comme l'adresse est à la première page ; on sera plus exacte me les rendre. Il est deux heures après minuit; la plume me tombe des mainsw Cependant je n'ai pas écrit la iiMNtîé de ce qtte j'avois à écrire* La suite de la refatioft et le resie^ ete», sera renvoyé pour limdt prochain. C'est quejene puis faire mieux; sans quoi, madame, je ne vous imiierois certainement pas à cet égard. En attendant, je m'en rapporte auxprécédentes, et présente mes respcetQftuses sslutatioas aux révérends pères josuiuv, le révérend père Heniet, et le révérend pore CopfMer. Je vous prie bien humblement de leur prcsemer une tasse de chocolat,
que vous boirex ensemble, s'il voos plait, à ma santé. Pour moi, je me coaieiile du fîimet, car il ne m'en reste pas un misérable moroeav.
J'ai oublié de finir, ea pariaitt de Mostpct* lier et de vous dire que j'ai résolu d'en partir vers la fin de décembre, et d'aller prendre le laitd'ànesseen Provence, daas unpetîtaiidroit fort joli, à deux lieues du Saiitt-^pritn. C'est un air excellent ; il y aura boune oonpaguie, avec laquelle j'ai fait connoissanoe en cbumis, et j'espère de n'y être pas tout«è»fait ai dièrement qu'à Montpellier. Je demande votre avis là-dessus. Il faut encore ajouter que c'est finre d'une pierre deux co^ps, car je me rapprodie de deux journées.
* Je vois, madame, qu'où épargnaroii dos embarras et des frais si i'cm fsiaoit écrire par un marchand de Lyou à sou correapondaai d* ici, de me compter de l'argeiM, quand fen aoroia besoin, juaqu'àta coneurrtneedelakKnme destinée; car ces retards me owtieut duus de fâcheux embarra», et ne tous sont d'aucrai avantage.
A H. UROUU.
Uontpeltler, 2S octobre 1757.
Monsieur,
J'eus rhonneur de vov écrire il y a environ troi» semaines; je voua priois, par nia lettre, de Tooloir bieu donner cours à eeUe que j'y a vols riicluso pour M. Charbonnel ; j'arois écrit, l'ordinaire précédent, en droiture à madame de Warens, et huit jours après je pris la liberté de vous adresser encore une lettre pour ^le : cependant je n'ai reçu de réponse nulle part. }^ ne puis croire, monsieur, de vous avoir déplu en usant un peu trop famitrèreuieiit de la hberié que vous n'aviez accordée; tout ce que je crains, c'est que quelque comre^temps fâcheux n'ait retardé flses lettres ou les réponses: quoiqu'il en sott, il m'est si esseniid d'éire bieiuét tirédepeme, quejen'aipoltit balëncê, monsieur, de vous adresser en<)ore Haclase, et de vous prier de^ vouloir bien donner tos soins poorqo'élleparvfenneàsonadreaaaçj'eaeniéme vous inviter à me domier des neutaHea de madame dcf Warefts ; je tremble qu'elle ne soit
(-)Ati bourg deSrnt-ADd'ol» chez Bia(linied«Larus0.li.r>
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nalâde. fmphn, monsieur^ que vous m dédtîgMffVB pas de m'honorer d*un mot de réponse per le premier ordinaire; et, afin que la leuie tœ parrienne plus directement, vous aorea, a'il voua platt, la bonté de me l'adresser ches M« Baroellon, huissier de la Bourse, en rae Baaae, proche du Palan; c*est là que je rais logé. Voua ferez une œuvre de charité de m^aoeorder cette grâce ; et si tous pouvez me floaner des nouvel les de M. Gharbonnel, je vous rn aurai d'autant plus d'obligation. Je suis avec une reapectueuse considération, etc.
Montpellier, 4 notembre I7S7.
Monsieur,
Lequel des deux doit demander pardon ù l'autre, ou le pauvre voyageur qui n*a jamais passé de semaine, depuis son départ, sans écrire à un ami de cœur, ou cet ingrat ami, qui pouase (a négligence jusqu'à^passer deux grands mo» et davantage sans donner au pauvre pèlen'n le moindre signe de vie? oui, monsieur, deux grands mois. Je sais bien que j'ai re^ de voua une lettre datée du 6 octobre, mais je sais bien aussi que je ne l'ai reçue que la veille de la Toussaint; et, quelque effort que fasie ana raison pour être d'accord avec mes désirs, j'ai peine à croire que la date n'ait été mise uprka coup. Pour moi, monsieur, je vous ai écrit de Grenoble, je vous ai écrit le lendemain de oion arrivée à Montpellier, je vous ai écrit par la voie de M. Micoud, je vous ai écrit en droiture; eu un moi| j'ai poussé l'exactitude .usqu'à céder presque à tout lenipressement que pavois de m'entretenir avec voiis. Quant à M. dé Trianon, Dieu et lui savent si l'on peut a\ec vérité m'accuser de négligence àcet égard. Quelle différence, grand Dieu! il semble que la Su voie eat éloignée d'ici de sept ou huit cents lieuest et nous avons a Montpellier des compatriotes du doyeu de Killerine (dites cela à mon oncle) qui ont reçu deux fois des réponses de chus eux, lundis que je n ai pu eu reoevoir de Ctoaunbéri. 11 y a trois semaines que j'en reçus une d'atientu, après laquelle rien n'a paru. «Quelque dure que soit nm situation actuelle, je U auppcirtcroîa volontiers si <iis xifomn on dai-
giioit me. donner la moindre marque de souvenir; mais rien : je suis si oublié, qu*i peine croi»-je moi-même d'être encore en vie. Puisque les relations sont devenues impossibles depuis Ghambéri et Lyon ici, je ne demande plus qu'on me tienne les promesses sur lesquelles je m*étois arrangé. Quelques mots de consolation me suffiront, et serviront â répandre de la douceur sur un état qui a ses dcsagrémcns.
J'ai eu le malheur, dans ces circonstances gênantes, de perdre mon hôtesse, madame Mazet, de nmniëre qu'il a fallu solder mon compte avec ses héritiers. Un honnête homme irlandois, av^ qui j'avois fait connoissance, a eu la générosité de me prêter soixante livres sur ma parole, qui ont servi à payer le mois passé et le courant de ma pension ; mais je me vois extrêmement reculé par plusieurs autres menues dettes, et j'ai été contraint d'abandonner, depuisquinzejours, les remèdes que J*avois commencés, faute de moyens pour continuer. Voici maintenant quels sont mes projets. Si dans quinze jours, qui font le reste du second mois, je ne reçois aucune nouvelle, j'ai résolu de hasarder un coup : je ferai quelque argent de mes petits meubles, c*est-à-dire de ceux qui me sont le moins chers, car j'en ai dont je ne me déferai jamais ; et, comme cet argent ne suffiroit point pour payer mes dettes et me tirer de Montpellier, j'oserai l'exposer au jeu, non par goAt, car j'ai mieux aimé me condamner à la solitude que de m'introduire par cette voie, quoiqn^il n'y en ait point d'autre à Montpellier, et qu'il n'ait tenu qu'à moi de me faire des connoissances assez brillantes par ce moyen. Si je perds, ma situation ne sera presque pas pire qu'auparavant: mais si je gagne, je me tirerai du plus fâcheux de tous les pas. C'est un grand hasard, à la vérité ; mais j'ose croire qu'il est nécessaire de le tenter dans le cas où je m trouve. Je ne prendrai ce parti qu'à l'extrémité, et quand je ne verrai plus jour ailleurs. Si je reçois de bonnes nouvelles d'ici à ce temps- là, je n'aurai certainement pas l'imprudence de tenter la nier orageuse et de m'exposer à un naufrage : je prendrai un autre parti. J*acq uiiteral mes dettes ici, et je me rendrai en dili- {]cnce à un petit endroit proche du Saint-Esprit, où, à moindres frais et dans un meilleur air, je pourrai commencer mes pt^tits remodes
CORRESPONDANCK.
avec pins do tranquillité, d*agréinent et de succès, comme j'espère, que je n ai fait à MontpeUier, dont le séjour m*est d^une mortelle antipathie. Je trouverai là bonne compagnie d'bonnfites gens, qui ne chercheront point à écorcher le pauvre étranger, et qui contribueront à lui procurer un peu de gaité, dont il a, je vous assure, très-grand besoin.
Je vous fais toutes ces confidences, mon cher monsieur, comme à un bon ami qui veut bien s'intéresser à moi et prendre part à mes petits soucis. Je vous prierai aussi d*cn vouloir bien faire part à qui de droit, afin que si mes lettres ont le malheur de se perdre de quelque cAté, Ton puisse de Tauire en récapituler le contenu. J'écris aujourd'hui à M. Trianon; et comme la poste de Paris, qui est la vôtre, ne part d'ici qu'une fois la semaine, à savoir le lundi, il se trouve que, depuis mon arrivée à Montpellier, je n'ai pas manqué d'écrire un seul ordinaire, tant il y a de négligence dans mon fait, <x)mme vous dites fort bien et a votre aise.
li vous reviendroit une description de la charmante ville de Montpellier, ce paradis terrestre, ce centre des délices de la France ; mais, en vérité, il y a si peu de bien et tant de mal à en dire, que je me ferois scrupule d'en charger encore le portraitde queiquesaillie de mauvaise humeur; j'attends qu'un esprit plus reposé me permette de n'en dire que le moins de mal que la vérité me pourra permettre. Voici en gros ce que vous pouvez en penser en attendant.
Montpellier est une grande ville fort peuplée, coupée par un immense labyrinthe de rues sales, tortueuses et larges de six pieds. Ces rues sont bordées alternativement de superbes hôtels et de misérables chaumières, pleines de boue et de fumier. Les habitans y sont moitié trèsriches, et l'autre moitié misérables à l'excès : mais ils sont tous également gueux par leur manière de vivre, la plus vile et la plus crasseuse qu'on puisse imaginer. Les femmes sont divisées en deux classes ; les dames, qui passent a matinée à s'enluminer, l'après-midi au pharaon, et la nuit à la débauche : à la différence des bourgeoises, qui n'ont d'occupation que la dernière. Du reste, ni les unes ni les autres n'entendent le françois ; et elles ont tant de goût et d*esprit, qu*elles ne doutent point que la Comédie et l'Opéra ne soient des assemblées de
sorciers. Aussi on n'a jamais vu de femmes au spectacle de Montpellier, excepté peut-être quelques misérables étrangères qui auront eu rimprudence de braver la délicatesse et la modestie des dames de Montpellier. Vous savez sans doute quels égards on a en Italie pour les huguenots, et pour les juifs en Espagne ; c'est comme on traite les étrangers ici : on les regarde précisément comme une espèce d'animaux faits exprès pour être pillés, volés et assommés au bout, s'ils avoient l'impertinence de le trouver mauvais. Voilà ce que j'ai pu rassembler de meilleur du caractère des habiuins de Montpellier. Quant au pays en général, il produit de bon vin, un peu de blé, de l'huile abominable, point de viande, point de beurre, point de laitage, point de fruit, et point de bois. Adieu, mon cher ami.
k MADAME LA BARONNE DE WÀEClfS.
Montpellier, 14 déoenlnne 1797.
Madame,
Je viens de recevoir votre troisième lettre; vous ne la datez point, et vous n'accusez poiat la réception des miennes : cela fait que je ne sais à quoi m'en tenir. Vous me mandez que vous avez fait compter, entre les mains de M. Bouvier, les deux cents livres en question: je vous en réitère mes humbles actions de grâces. Cependant, pour m'avoir écrit cela trop tôt, vous m'avez fait faire une fausse démarche, car j'ai tiré une lettre de change sur M. Bouvier, qu'il a refusée, et qu'on m'a renvoyée; je l'ai fait partir derechef: il y a apparence qu'elle sera payée présentement. Quant aux autres deux cents livres, je n'aurai besoin que de la moitié, parce que je ne veux pas faire ici un plus long séjour que jusqu'à la fin de février; ainsi, vous aurez cent livres de moins i compter ; mais je vous supplie de faire en sorte que cet argent soit sûrement entre les mains de M. Bouvier pour ce temps-là. Je n'ai pu faiire les remèdes qui m'étoient prescrits, faute d'argent. Vous m*avez écrit que vous m'enverriez de l'argent pour pouvoir m'arranger avant la tenue des États, et voilà la clôture des États qui se fait demain, après avoir siégé deux mois
tiers. Dis que j'aurai reça réponse de Lyon» je partirai pour le Saint-Esprit» et je ferai l'essai des remèdes qui m'ont été ordonnés : remèdes bien inutiles k ce que je prévois. Il faut périr malgré tout, et ma sauté est en pire état que jamais.
Je ne puis aujourd'hui vous donner une suite de ma relation ; cela demande plus de tranquiIUtèq;oe jeoe m'en sensaujourd'hui. Je vous dirai, en passant, que j'ai tâché de ne pas perdre entièrement mon temps à Montpellier; j'ai /ait quelques progrès dans les mathématiques; pour le divertissement, je n'en ai eu daotre que d'entendre des musiques charmantes. J'ai été trois fois à TOpéra, qui n'est pas beau ici, mais où il y a d excellentes voix. Je suis endetté ici de cent huit livres; le reste servira, avec un peu d'économie, à passer les deux mois prochains. J'espère les couler plus agréablement qu'à Montpellier : voilà tout. Vous pouvez cependant, madame, m*écrirc toujours ici à l'adresse ordinaire ; au cas que je sois parti, les lettres me seront renvoyées. J'offre mes très-hnmbles respects aux révérends pères jésaiies. Quand j'aurai reçu do l'argent, et que je n'aurai pas Tesprit si chagrin, j'aurai l'honneur de leur écrire. Je suis, madame, avec uo très-profond respect, etc.
P. S. Vous devez avoir reçu ma réponse, par rapport à M. de Lautrec. 0 ma chère maman I j'aime mieux être auprès de D., et être emplcyyè aux plus rudes travaux de la terre, que de posséder la plus grande fortune dans toot autre cas; il est inutile de penser que je puiaae vivre autrement : il y a long-temps que je vous l'ai dit, et je le sens plus ardemment que jamais. Pourvu que j'aie cet avantage, dans quelque état que je sois, tout m'est indifférent. Quand on pense comme moi, je vois qu'il n'est pas difficile d*éluder les raisons importantes que vous ne voùle^ pas me dire. Au nom de Dieu, rangez les choses de sorte que je ne meure pas de désespoir. J'approuve tout, je ne soumets à tout, excepté ce seul article, auquel je me sens hors d'état de consentir, duas^^ être la proie du plus misérable sort. Ah! ma chère maman, n'êtes» vous donc plus ma chère maman? ai-je vécu quelques mois de tropT
Vous savez qu'il y a un cas où î'acccpterois
T. IV
la chose dans toute la joie de mon cœur, mais ce cas est unique. Vous m'entendez.
A M. DE GONZié.
M mari 4738.
Monsieur,
Nous reçûmes hier au soir, fort tard, une lettre de votre part, adressée à madame de Warens, mais que nous avons bien supposé être pour moi. J'envoie cette réponse aujourd'hui de bon matin, et cette exactitude doit suppléer à la brièveté de ma lettre et à la médiocrité des vers qui y sont joints. D'ailleurs, maman n'a pas voulu que je les fisse meilleurs, disant qu'il n'est pas bon que les malades aient tant d'esprit. Nous avons été très-alarmés d'ap-* prendre votre maladie; et, quelque effort que vous fassiez pour nous rassurer, nous conservons un fond d'inquiétude sur votre rétablissement, qui ne pourra être bien dissipé que par votre présence.
J'ai l'honneur d'être, avec un respect et un attachement infini, etc.
A FANIE.
llalgré Tart d'Eflcnlape et ses trktes secoars, La fièvre impitoyable alloit trancher mes Jours t U n'étoit dû qa'à yods, adorable Fanie,
De me rappeler à la vie.
Diem ! Je ne pals encore y penser saîis effroi s Les horreurs da Tartare ont para devant moii La mort à mes reiarda a voilé U nature, J'ai du Cocyte alTrenz entendu le murmure. Hélas! J'étois perdu ; le nocher redouté ll'avolt d^k conduit sur les bords du Létbé i Lk, m'offraut une coupe, et, d'un regard sévère, lie pressant aussitdt d'avaler l'onde araère : Viens, dit-il, éprouver ces secourables eaux. Viens déposer Id les erreurs et les maux Qui des foUileé mortels remplissent la carrière t Le secours de ce fleuve & tous est lalotaire; Sans regretter le Jour par des cris superflus. Leur cœur, eu l'oubliant, ne le déaire plus. * Àb! pourquoi cet oubli leur est-il nécessaire? S'ils connolssoient la vie, ils craindroleut sa misère. Voilà, lui dis-je alors, un fort docte sermon s Mais osei-vous penser, mon bon seigneur Caron, Qu'après avoir aimé la divine Fanie, Jamais de cet amour la mémoire s'oublie? Ne voua en flattei point ; non, malgré vos efforts. Hou cœur l'adorera Jusque parmi les morts i C'est pourquoi supprimez, s'il vous platt, votre eau noire ; Toute l'encre du monde et tout Taffreux grimoire Ne m'en dteroient pas le charmant souvenir. Sur un si beau sujet J'avois beaucoup k dire i
CORRESPONDANCE
Bt n'étoii pts prêt à finir.
Qaand toot à conpTen nous Je tU Tealr
Le diea de rinfenitl empire.
Calme-Coi, me dit-il. Je connois ton martyre. Li constance a ion prii, même parmi ies morti : Ce qae Je fit Jadia pour qnelqnes vaina accords, Je l'accorde en ce Joor à ta tendresse extrême. Va parmi les mortels, pour la seconde fois
Témoigner que snr Platon même
Un si tendre amoor a des droits.
C'est ainsi, charmante Fanie, Qafi mon ardeur pour vous m'empêcha de périr: Malt Qa«nd la dieu des morts veut me rendre k la vie.
N'allés pas me faire mourir.