A M. DANIEL ROGUIN
Paii«,le9jQiUeCi74S.
ie ne sais, monsieur, quel jugement vous portez de moi et de ma conduite ; mais les apparences me sont si contraires, que je n*aurois pas a me plaindre quand vous en penseriez peu favorablement. Vous n'en jugeriez pas de même si vous lisiez au fond de mon Ame : Tamertume et Taffliction que vous y verriez n'y sont pas les sentimens d'un homme capable d'oublier son devoir.
Vous connoissezà peu près ma situation. La première fois que j'aurai l'honneur de vous voir en particulier, je vous expliquerai la nature de mes ressources : vous jugerez des secours qu'elles peuvent me produire, et de la confiance que j'y dois donner. Je n'ai plus re- ^u de réponse de mon coquin, et je commence à désespérer tout-à-fait d'en tirer raison. Cependant une impuissance, que je n'ai pu pré-' voir, me met dans la triste nécessité de payer 'le délais, vous le premier, vous mon bon et gé-
néreux ami et bienfaiteur, et les autres honnêtes gens qui , comme vous , ont bien voulu s'incommoder pour soulager mes besoim el fonder sur ma probité des sûretés qu'ils ne pouvoient attendre de ma fortune. Le jnge.des cœurs lit dans le mien : si leur espérance a été trompée, mon impuissance actuelle doit d'autant moins m' être imputée à crime, que, selon toutes les règles de la prudence humaine, jen'ai pas dû la prévoir dans le tem ps que j 'ai-si malheoreusement abusé de votre confiance et de votre amitié, à moins qu'on ne veuille que mes matheurs passés n'eussent dû me servir de leçon, pour me préparer à d'autres encore moins vraisemblables. Ainsi, privé de toutes ressources et réduit à des espérances vagues et éloignées, je lutte contre la pauvreté depuis mon arrivée à Paris ; et mes démarches sont si droites qu'à la moindre lueur de quelque avantage je vous avois prié, même avant de le pouvoir, de trouver bon que je fisse par partie ce que je no pouvois faire tout à la fois : mais mon infortune ordinaire m'a encore été jusqu'ici les moyens de satisfahre mon empressement i cet égard. Vous savez que j'ai entrepris un ouvrage [*) sur lequel je fondois des ressources suffisantes pour m'acquitter : il tratnoit si fort en longueur, que je me suis déterminé à venir m'emprisonner à l'hAtel Saint-Quentin, sans me permettre d'en sortir que je ne l'eusse achevé; c'est ce que je viens de foire. Je ne tous dirai point s'il est bon ou mauvais; vous en jugerez. Il n'est guère possible que les dispositions d'un esprit affligé et mélancolique n'influent sur ses productions ; mais je prévois déjà tant d'obstacles à le faire valoir, qu'il pourroit être bon à pure perte, et que je suis bien trompé s'il n'a lesuccès ordinaire atout ce que j'entreprends. Quoi qu'il en soit, je n'épargnerai ni peines ni soins pour vaincre les difficultés, soit de ce cêté, soit de tout autre, qui ponrroient produire le même effet pour ce qui vous regarde. Je vous dirai même plus : je suis si dégoûté de la société et du commerce des hommes, que ce n'est que la seule loi de l'honneur qui me retient ici, et que si jamais je parviens au comble de mes vœux, c'est-à-dire à ne devoir plus rien, on ne me reverra pas à Paris vingtquatre heures après.
(*) l/opéricifs Mutes jfaianifs.
Telles sont, non clier monsieur, les dispositions de Bson Ame* Je sois fort à plaindre, sans doute ; mais je me sens toujours digne de votre estime» et je vous supplie de ne me Tôter que quand voua me verres oublier mon devoir et mon immortelle reconnoissance : c'est vous la demaader pour toujours. Je vous avoue ingé-> noment cpie, sur le point de vous aller voir, je n*ai pas osé reparaître devant vous sans m'assnrer, en quelque manière, de vos dispositions à mon égard, par une justification que mes roalheon seulsi et non mes sentimensy rendent néoesnire.
Je vous supplie de savoir si l'on ne pourroit pas engager le marchand à reprendre la veste, en V perdant ce qu'il voudra* J'ai aussi, encore neub, phisieurs des autres effets; mais, comme je me Balte que le payement en est moins éloigné que la> restitution ne vous en seroit onéreuse, je ne voua en parle point.
Mes respects, je vous supplie, A madame Duplessîs et à mademoiselle. J'ai Thonneur d'être avec le plus tendre et le plus immortel «tiacbeiDfiiit^ monsieur, etc..
k m. DE VOLTAIRE.
Parif, Il décembre 1745.
Monsieur,
H 7 a quinze ans que je travaille pour me rendre digne de vos regards, ot des soins dont vous favorisez les jeunes muses en qui vous découvrez quelque talent. Mais, pour avoir fait la musique d'un opéra, je me trouve, je ne sais Gommeot, métamorphosé en musicien. C'est, monsieur, en cette qualité que M. le due de Richelieu m'a chargé des scènes dont vous avez hé les divertissemens de la Princesse de Navarre^ il a même exigé que je fisse, dans les canevas, les changemens nécessaires pour les rendre convenables à votre nouveau sujet. J*ai fait mes respectueuses représentations; M. le duc a insisté, j'ai obéi. C'est le seul parti qui convienne à l'état de ma fortune. M. Ballot s'est chargé de vous communiquer ces chan-* gemcns, je me suis attaché à les rendre en moins de mots qu'il étoit possible : c'est le seul mérite que je puis leur donner. Je vous supplie, monsieur, de les examiner, ou plutôt
d'en substituer de plus dignes de la place qu'ils doivent occuper.
Quant an récitatif, j^espère aussi, monsieur, que vous voudrez bien le juger avant l'exécution, et m'indiquer les endroits où je me serois écarté du beau et du vrai, c'est-à-dire de votre pensée. Quel que soit pour moi le succès de ces foibles essais, ils me seront toujours glorieux, s'ils me procurent l'honneur d'être connu de vous, et de vous montrer l'admiration et le profond respect avec lesquels j'ai rbonneur d'être, monsieur, votre très-humble, etc. (*)
ik MADAME LA BARONNE DE WARENS.
Je dois, ma très-chère maman, vous donner avis que, contre toute espérance, j'ai trouvé le moyen de faire recommander votre affaire à M. le comte de Castellane de la manière Ja plus avantageuse : c'est par le ministre même qu'il en sera chargé, de manière que, ceci devenant une affaire de dépêches, vous pouvez vous assurer d'y avoir tous les avantages que la faveur peut prêter à l'équité. J'ai été contraint de dresser, sur les pièces que vous m'avez envoyées, un mémoire dont je joins ici la copie, afin que vous voyiez si j'ai pris le sens qu'il falloit : j'aurai le temps, si vous vous hâtez de me répondre, d'y faire les corrections convenables avant que de le faire donner; car la cour ne reviendra de Fontainebleau que dans quelques jours. Il faut d'ailleurs que vous vous h&tiez de prendre sur cette affaire les instructions qui vous manquent ; et il est, par exemple, fort étrange de ne savoir pas même le nom de baptême des personnes dont on répète la succession. Vous savez aussi que rien no peut être décidé dans des cas de cette nature sans de bons extraits baptistaires et du testateur et de l'héritier, légalisés par les magistrats du lieu, et par les ministres du roi qui y résident. Je vous avertis de tout cela afin que vous vous munissiez de toutes ces pièces, dont renvoi de temps à autre servira de mémoratif, qui ne sera pas inutile. Adieu, ma chère maman ;
(') RoQsseau a transcrit dans ses Coufestiom la réponse ff« VoUaire à celle leUre. Voyci lorot t page 475. «i. I».
CORRESPONDANCE
je me propose de vous écrire bien au long sur | mes propres affaires, mais j*ai des choses si peu réjouissantes a vous apprendre , que ce n'est pas la peine de se hâter.
&IÉMOIRE.
N. N. De La Tour» gentilhomme du pays de Vaud, étant mort A Constantinople» et ayant établi le sieur Honoré Pelico» mardiand françois» pour son exécuteur (*) testamentaire, à la charge de faire parvenir ses biens à ses plus proches parens ; Françoise de La Tour» baronne de WarenSy qui se trouve dans le cas (*), souhaiteroit qu'on pût agir auprès dudit sieur Pelico, pour rengager A se dessaisir desdits biens en sa faveur, en lui démontrant son droit. Sans vouloir révoquer en doute la bonne volonté dudit sieur Pelico, il semble, par le silence qu'il a observé jusqu'à présent envers la famille du défunt, qu'il n*est pas pressé d'exécuter ses volontés. C'est pourquoi il seroit à désirer que M. l'ambassadeur voulût interposer son autorité pour l'examen et la décision de cette affaire. Ladite baronne de Warens ayant eu ses biens confisqués pour cause de la religion catholique qu'elle a embrassée, et n'étant pas payée des pensions que le roi de Sardaigne, et ensuite sa majesté catholique lui ont assignées sur la Savoie, ne doute point que la dure nécessité où elle se trouve ne soit un motif d^-plus pour intéresser en sa faveur la religion de Son Excellence.
à LA KfilfB.
Février t747.
Le départ do H. Deville se trouvant prolongé de quelques jours, cela me donne, chère maman, le loisir de m'entretenir encore avec vous.
Comme je n'ai nulle relation à la cour de rinfant, je ne saurois que vous exhorter A vous
(*) M. Hiol iToIt mia iproeuTtar^ sans faire réflexiOD que le pouvoir da proeoreor cesse à la mort du commettaot.
(*) U ne reate de toote la roaiM» de La Tour que madame de Warens, et une tienne nièce qni se troave par conséquent tf on degré au moins plus éloignée, et qnl. d'ailleurs, n'ayant pas quitté u religion ni ses biens, n'est pu assujettie aux mêmes besoins.
servir des connoissances que vos amis peuvent vous procurer de ce c6té-lA : je puis avoir quelque facilité de plus du côté de la cour d'Espagne, ayant plusieurs amis qui pourroicm nous servir de ce o6té. J*ai, entreautres, ici M. le marquis de Turrieta, qui est assez ami de mon ami, peut-être un peu le mien : je me propose A son départ pour Madrid, oft il doit retourner ce printemps, de lui remettre un mémoire relatif A votre pension, qui auroit ponr objet de vous la faire établir pour toujours A la pouvoir manger où il vous plairoit; car mon opinion est que c'est une affaire désespérée du cAcé de la coiur de Turin, où les Savoyards auront toujours assez de crédit pour vous faire tout le mal qu'ils voudront, c'est-à-dire tout celui qo'ib pourront. Il n'çd sera pas de même en Espagne, où nous trouverons toujours autant, et, comme je crois, plus d'amis qu'eux. Au reste, je suis bien éloigné de vouloir vous flatter du succès de ma démarche ; mais que risquons-nous de tenter? Quant A M. le marquis Seotti, je anvois déjA tout ce que vous m'en dites, et je ne manquerai pas d'insinuer cette voie A celui à qui je remettrai le mémoire; mais comme cela dépend de plusieurs circonstances, soit de l'accès qu'on peut trouver auprès de lui, soit de la répugnance que pourroient avoir mes correspondans A lui faire leur cour, soit enfin de la vie du roi d'Espagne, il ne sera peut-être pas si mauvais que vous le pensez, de suivre la voie ordinaire des ministres : les affaires qui ont passé par les bureaux se trouvent à la longue toujours plus solides que celles qui ne sont faites que par faveur.
Quelque peu d'intérêt que je prenne aux fêtes publiques, je ne me pardonnerois pas de ne vous rien dire du tout de celles qui se font ici pour le mariage de M. le Dauphin : elles sont telles qu'après les merveilles que saint Paul a vues, l'esprit humain ne peut rien concevoir de plus brillant. Je vous fèrois un détail de tout cela, si je ne pensois que M. Devillc sera à portée de vous en entretenir : je puis en deux mots vous donner une idée de la cour, soit par le nombre, soit par la magnificence, en vous disant, premièrement, qu^il y avoit quinze mille masques au bal masqué qui s'est donné A Versailles, et que la richesse des habits au bal paré, au ballet et aux grands ap-
ANNEE i747.
partemens» étok telle qae mon Espagno), saisi d*oii enthousiasme poétique de son pays, s'écria que madame la dauphine étoit un soleil dool la présence aroit liquéfié tout Tor du roramne, dont s*étoit fait un fleuve immense 10 miliea duquel nageoit toute la cour.
Je n*ai paa en pour ma part le spectacle le moins agréable ; car j'ai ru danser et sauter toute la canaillo de I^iris dans ces salles superbes et magnifiquement illuminées, qni ont été eoflscruites dans toutes les places pour le dirertissement du peuple. Jamaisilsnes*étoient troarési pareille Âte : ils ont tant secoué leurs gaeDÎlles» ils ont tellement bu, et se sont si plèioement piffrés, que la plupart en ont été aulsdfli. Adieo, maman.
A LA ii£me.
Février 4747.
Madame,
J'ai lu et copié le nouveau mémoire que voDS avex pris la peine de m'envoyer : j'approave fort le retranchement que vous aves Eut, puisque outre que c*étoit un asses mauvais verbiage, c'est que les circonstances n'en étant pas conformes à la vérité, je me faisois :me violente peine de les avancer ; mais aussi il ne falloit pas me faire dire an commence* ment que j'avois abandonné tous mes droits et prétentions, puisque, rien n'étant plus ma~ nifésteoMnt fiiux, c'est toujours mensonge pour mensonge, et, de plus, que celui-là est bien plus aisé à vérifier.
Quant aux autres cbangemens, je vous dirai tt-deiani, madame, ce que Socrate répondit antrefois i un certain Lysias. Ce Lysias étoit le pinn habile orateur de son temps, et, dans Taccosation où Socrate fut condamné, il lui apporta un discours qu'il avoit travaillé avec grand soin, où il mettoit ses raisons et les moyens de Socrate dans tout leur jour : Socrate le lut avec plaisir et le trouva fort bien fait ; mais il lui dit franchement qu*il ne lui étoit pas propre. Sur quoi Lysias lui ayant demandé comment il étoit possible que ce disfoun tti bien feit s'il ne lui étoit pas propre; de même, dit-il, en se servant, selon sa cou<lome, de comparaisons vulgaires, qu'un ex-
cellent ouvrier ponrroit m'apporter di^s habits ou des souliers magnifiques, brodés d*or, et auxquels il ne maoqueroit rien , mais qui ne me conviendroient pas. Pour moi, plus docile que Socrate, j'ai laissé le tout comme vous avez jugé à propos de le changer, excepté deux ou trois expressions de style seulement, qui m'ont paru s'être glissées par mégarde.
J'ai été plus hardi à la fin : je ne sais quelles pouvoient être vos vues en faisant passer la pension par les mains de Son Excellence ; mais I inconvénient en saute aux yeux, car il est clair que si j'avois le malheur, par quelque accident imprévu , de lui survivre, ou qu'il tomb&tmalade, adieu la pension. En coAtcra-t-il davantage pour l'établir le plus solidement qu'on pourra? c'est chercher dos détours qui vous égarent, pendant qu*il n'y a aucun inconvénient à suivre le droit chemin. Si ma fidélité étoit équivoque, et qu'on pût me soupçonner d'être homme à détourner cet argent on à en faire un mauvais usage, je me serois bien gardé de changer l'endroit aussi librement que je l'ai fait; et ce qui m'a engagé à parler de moi, c'est que j'ai cru pénétrer que votre délicatesse se faisoit quelque peine qu'on pût penser que cet argent touroét à votre profit ; idée qui ne peut tomber que dans l'esprit d'un enragé. Quoi qu'il en soit, j^espère bien n'en jamais souiller mes mains.
Yons avex, sans doute par mégarde, joint au mémoire une feuille séparée que je ne suppose pas qui fftt à copier : en effet, ne pourroit-on pas me demander de quoi je me mêle U î et moi, qui assure étrti séquestré de toute affaire civile, me siéroit-il de parottre si bien instruit de choses qui ne sont pas de ma compétence?
Quant à ce qu'on me feit dire que je souhaiterois n'être pas nommé, c'est une feusse délicatesse que je n'ai point : la honte ne consiste pas à dire qu'on reçoit, mais à être obligé de recevoir; je méprise les détours d'une vanité mal entendue autant que je fais cas des sentimens élevés. Je sens pourtant le prix d'un pareil ménagement de votre part et de celle de mon oncle ; mais je vous en dispense l'un et l'autre. D'ailleurs, sous quel nom, dites-moi, fericK-vous enregistrer la pension ?
Je fa is mille remercimens au très-cher oncle ;
CORRESPONDANCE
je connois tous les jours mieux quelle est sa bonté pour moi ; s'il a obligé tant dlngrats en sa vie, il peut s'assurer d'avoir au moins trouvé un cœur reconnoissant ; car, comme ditSénèque,
« UuIU perdenda sont, ut semel ponas benè. »
Ce latin-là, c'est pour l'oncle : en voici pour vous la traduction Françoise :
Perdez force bienfaits pour en bien placer an.
Il y a long-temps que vous pratiquez cette Fontence, sans, je gage, l'avoir jamais lue dans Sénoque.
Je suis, dans la plus grande vivacité de tous mes sentimens, etc.
k LA MÊME»
Paria, le 17 décembre 1747.
Il n'y a que six jours, ma trés-chère maman, que je suis de retour de Chenonceaux (*). En arrivant, j*ai reçu votre lettre du 2 de ce mois, dans laquelle vous me reprochez mon silence, et avec raison, puisque j'y vois que vous n'avez point reçu celle que je vous avois écrite de là, sous l'enveloppe de l'abbé Giloz. J'en viens de recevoir une de lui-même, dans laquelle il me foit les mêmes reproches. Ainsi je suis certain qu'il n'a point reçu son paquet, ni vous votre lettre ; mâts ce dont il semble m'accuscr est justement ce qui me justifie. Car, dans i'éloignement où j'étois de tout bureau pour affranchir, je hasardai ma double lettre sans affranchissement, vous marquant à tous les deux combien je craignois qu'elle n'arrivât pas, et que j'attendois votre réponse pour me rassurer : je ne lai point reçue cette réponse, et j'ai bien compris par laque vous n'aviez rien reçu, et qu'il falloit nécessairement attendre mon retour à Paris pour écrire de nouveau. Ce qui m'avoit encore enhardi à hasarder cette lettre, c'est que l'année dernière il vous en étoit parvenu une par je no sais quel bonheur, que j'avois hasardée de la même manière, dans i'impossibilité de faire autrement. Pour la preuve de ce que je dis, prenez la peine de
(*) Château bâti sur le Cher. Il appartient anjonrd hui it U. Valet de Villeneuve, pctit-fila de madame Dupin. M. P.
faire chercher au bureau du Pont un paquet endossé démon écriture à l'adresse deM. l'abbé Giloz, etc. Vous pourrez l'ouvrir, prendre votre lettre, et lui envoyer la sienne : aussi bien contiennent-elles des détails qui me coûtent trop pour me résoudre à les recommencer.
M. Descreux vint me voir le lendemain de mon arrivée ; il me dit qu'il avoit de Targeut à votre service et qu'il avoit un voyage à fiaire, sans lequel il comptoit vous voir en passant et vous offrir sa bourse. Il a beau dire, je ne la crois guère en meilleur état que la mienne. J'ai toujours regardé vos lettresde change qu'il a ac« ceptées comme un véritable badinage. H en acceptera bien pour autant de millions qu'il vous plaira, au même prix ; je vous assure que cela lui est fort égal. 11 est fort sur le zéro, aussi bien que M. Baqueret, et je ne doute pas qu'il n'aille achever ses projets au même lieu. Du reste, je le crois fort bon homme, et qui même allie deux choses rares à trouver ensemble, la folie et l'intérêt.
Par rapport à moi, je ne vous dis rien ; c'est tout dire. Malgré les injustices que vous me faites intérieurement, il ne tiendroit qu^i moi de changer en estime et en compassion vos perpétuelles défiances envers moi. Quelques explicationssuffiroient pour cela : mais votre cœur n'a que trop de ses propres maux, sans avoir encore à porter ceux d'autrui ; j'espère toujours qu'un jour vous me connottrez mieux, et vous m'en aimerez davantage.
Je remercie tendrement le frère de sa bonne amitié, et l'assure de toute la mienne. Adieo, trop chère et trop bonne maman ; je sais de nouveau à l'hdtel du Saint-Esprit, rue Plàirière.
J'ai différé quelques jours à faire partir celte lettre, sur l'espérance que m'avoit donnée M. Descreux de me venir voir avant son départ; mais je l'ai attendu inutilement, et je le tiens parti ou perdu.