‹ Œuvres complètes de J.J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 24 sur 158 · A M. ALTONA · texte numérisé non relu

A M. ALTONA

Paris, le 30 jnin 4741.

 quelle rude épreuve mettez-vous ma vertu en me rappelantsans cesse un projet quifaisoit

(*) Cette lettre a été trouvée chez les pères de l'Oratoire de Montmorency ; elle étolt Jointe au billet soi vantt adrcnépar

l'espoir de ma vie H 1 J'aurois besoin, plus que jamais, deson exécution pour la consolation de mon pauvre cœur accablé d'amertume, et pour le repos que demanderoient mes infirmités; mais, quoi qu*il en puisse arriver, je n'achèterai pas une félicité par un lâche déguisement envers mon ami : vous connoissez mes sentimens sur un certain point; ils sont invariables; car ils sont fondés sur l'évidence et sur la démonstration, qui sont, quelque doctrine que l'on embrase, les seules armes que l'on ait pour l'établir. En effet, quoique ma foi m'apprenne bien des choses qui sont au-dessus de ma raison, c est^ premièrement, ma raison qui m'a forcé de me soumettre à ma foi. Mais n'entrons point dans ces discussions. Vous pouvez parler, et je ne le puis pas : cela met trop d'avanuge de votre côté. D'ailleurs vous cherdiez, par xète, à me tirer do mon état, et je me fais un devoir de vous laisser dans le vôtre, comme avantageux pour la paix de votre esprit, et également bon pour votre félicité future, si vous y êtes de bonne foi, et si vous vous conduisez selon les divins et êublimes préceptes duehristiamtme. Vous voyez donc que, de toute manière, la dispute sur ce point-là est interdite entre nous. Du reste, ayez assez bonne opinion du cœur et de l'esprit de votre ami pour croire qu*il a réfléchi plus d'une fois sur XeiUeux communs €pke vous lui alléguez, et que sa morale de principes, si ce n'est celle de sa conduite, n*cst pas inférieure à la vôtre, ni moins agréable à Dieu. Je suis donc invariable •or ce point. Les plus affreuses douleurs, ni les approches de la mort, n'ont rien qui ne m'affermisse, rien qui ne me console, dans Tespérance d'un bonheur étemel que j'espère parugeravec vousdanslesein de mon Créateur.

à HAnun LA BARONNE DE WARBNS.

Paris, le 36 août 1748.

Je n'espérqis plus, ma trés-bonnc maman.

I, le M mal 1763, aoi lapériran de cette maiion, en Wor caToyant un eiemplalre de son ÉmiU : • J. J. RootMau prie measean de l'Oratoire de llontmo-

• mcf de Toolo'r bien accorder a ses demlfrs écrits une

• r'***^int lear bibliolhèqDe. Comme accepter le livre a nn •Mcar n'cit point adopter ses principes. Il a cra pouvoir, " —trfmérit^, leur demander celte faveur. > G. P.

{*} SoaBcan et M. Altima avalent formé le projet de passer «cable le ie»lc de lew* jonn. o. p.

d'avoir le plaisir de vous écrire; l'intervalle de ma dernière lettre a été rempli coup sur coup de deux maladies affreuses. J'ai d'abord eu une attaque de colique néphrétique, fièvre, ardeur, et rétention d'urine ; la douleur s'est calmée à force de bains, de nitre, et d*autres diurétiques ; mais la difficulté d'uriner subsiste toujours, et la pierre qui du rein est descendue dans la vessie, ne peut en sortir que par l'opération : mais, ma santé ni ma bourse ne me laissant pas en état d'y songer, il ne me reste plus de ce cdté-là que la patience et la résignation, remèdes qu'on a toujours sous la main, mais qui ne guérissent pas de grand'chose.

En dernier lieu, je viens d'être attaqué do violentes coliques d'estomac, accompagnées do vomissemens continuels et d'un flux de ventre excessif. J'ai fait mille remèdes inutiles, j'ai pris Témétique, et en dernier lieu le simarouba ; le vomissement est calmé, mais je ne digère plus du tout. Les alimens sortent tels que je les ai pris; il a fallu renoncer même au riz, qui m'avoit été prescrit, et je suis réduit à nie priver presquede toute nourriture, et pardessus tout cela d'une foiblessc inconcevable.

Cependant le besoin me chasse de la chambre, et je me propose de faire demain ma première sortie ; peut-être que le grand air et un peu de promenade me rendront quelque chose de mes forces perdues. On m'a conseillé l'usage de l'extrait de genièvre, mais il est ici bien moins t>on et beaucoup plus cher que dans nos montagnes.

Et vous, ma chère maman, comment êtesvous à présent? Vos peines ne sont-elles point calmées ? n'êtes-vous point apaisée au sujet d'un malheureux fils, qui n'a prévu vos peines que de trop loin, sans jamais les pouvoir soulager? Vous n'avez connu ni mon cœur ni ma situation. Permettez-moi de vous répondre ce que vous m'avez dit si souvent, vous ne mu connottrez que quand il n'en sera plus temps».

M. Léonard a envoyé savoir de mes nouvelles il y a quelque temps. Je promis de lui écrire, et je l'aurois fait si je n'étois retombé malade précisément dans ce temps-li. Si vous jugiez a propos, nous nous écririons à lordinaire par cette voie. Ce scroit quelques ports de lettres, quelques aiïranchissemens épargnes dans UT1 temps où cette lésine est presque

CORRESPONDANCE

de nécessité. J*espère toujours qae ce temps n*est pas pour durer éternellement. Je voudrois bien avoir quelque voie sAre pour m'onvrir à vous sur ma véritable situation. J'aurofs le plus grand besoin de vos conseils. J'use mon esprit et ma santé pour lâcher de me conduire avec sagesse dans ces circonstances difficiles, pour sortir, s'il est possible, de cet état d'opprobre et de misère; et je crois m'apercevoir chaque jour que c'est le hasard seul qui règle ma destinée, cl que la prudence la plus consommée n'y peut rien faire du tout. Adieu, mon aimable maman ; écrivez-moi toujours à Ihôtel du Saint-Esprit, rue Plàtrière.

* U MÊMB.

Paru, le I7jtnvierl749.

Un travail extraordinaire qui m'est survenu, et une très-mauvaise santé, m'ont empêché, ma très-bonne maman, de remplir mon devoir envers vous depuis un mois. Je me suis chargé de quelques articles pour le grand Dictionnaire des arts et des sciences^ qu'on va mettre sous presse. La besogne crott sous ma main, et il faut la rendre à jour nommé ; de façon que, surchargé de ce travail, sans préjudice de mes occupations ordinaires, je suis contraint de prendre mon temps sur les heures de mon sommeil. Je suis sur les dents; mais j'ai promis, il faut tenir parole : d'ailleurs je tiens au cul et aux chausses des gens qui m*ont fait du mal; la bile me donne des forces, et même de l'esprit cl de fa science :

La colère wlfit et vaut un ApolloD.

Je bouquine, j'apprends le grec. Chacun a SCS armes : au lieu de faire des chansons à mes ennemis, je leur fais des articles de dictionnaire» : l'un vaudra bien l'autre, et durera plus long-temps.

Voilà, ma chère maman, quelle seroit Fcxcuse de ma négligence, si j'en avois quelqu'une de recevable auprès de vous : mais je sens bien que ce seroit un nouveau tort de prétendre me juslifler. J'avoue le mien en vous demandant pardon. Si l'ardeur de la haine Ta emporté quelques instans dans mes occupations sur celle de l'amitiô, croyez qu'elle n'est pas faite pour

avoir long-temps la préférence dans on oœor qui vous appartient. Je quitte tout pour tous écrire : c'est là véritablement mon|état nators).

En vous envoyant une réponse à la dernière de vos lettres, celle que j'avois reçue de Genève, je n'y ajoutai rien de ma main ; mais je pense que ce que je vous adressai étoit décisif et pou voit me dispenser d'autre réponse» d'autant plus que j'aurois eu trop à dire.

Je vous supplie de vouloir bien vous charger de mes tendres remerctmens pour le frère; de lui dire que j'emre parfiiitement dans ses vues et dans ses raisons, et qu'il ne me manque que les moyens d'y concourir plus réellement. Il faut espérer qu'un temps plus fevorable nous rapprochera de séjour, comme la même façon de penser nous rapproche de sentiment.

Adieu, ma bonne maman ; n'imitez pas mon mauvais exemple; donnez-moi plus souvent dei nouvelles de votre santé, et plaignez on homme qui succombe sous un travail ingrat.

A ir.

Vous voilà donc, monsieur, déserteur dn monde et de ses phiisirs ; c'est, à votre âge et dans votre situation, une métamorphose biea étonnante. Quand un homme de vtngt-deut ans, galant, aimable, poli, spirituel comme vous l'êtes, et d'ailleurs point rebuté de la fortune, se détermine à la retraite, par sîmp/e goût, et sans y être excité par quelque maurais succès dans ses afhires ou dans ses plaisirs, on peut s'assurer qu'un fruit si précieux du bon sensetde la réflexion n'amènera point après lui de dégoût ni de repentir. Fondé sur cette assurance» j'ose vous faire, sur votre retraite, un compliment qui ne vous sera pas répété par bien des gens ; je vous en félicite. Sans vouloir trop relever ce qu'il y a de grand et peut-être d'héroïque dans votre résolution, je vous dirai franchement que j'ai souvent regretté qu'un esprit aussi juste et une âme aussi belle que la vôtre, ne fussent faits que pour la galanterie, les cartes et le vin de Ôiampagne; vous étiez né, mon très-cher monsieur, pour une meilleure occupation ; le goât passionné, mais déli-

nt, qoi TOUS entratoe rers les plaisirs vous a bieniÂt £siil démdier la fadeardes plus brillans ; TOUS épronyerez arec étonnemcnt que les plus simples et les plus modestes n*en ont ni moins d'attraits ni moins de vivacité. Vous connoissez désormais les hommes ; vous n*avez plus besoin de les tant voir poar apprendre & les mépriser : il sera bon maintenant que vous vous consultiez un peu pour savoir à votre tour quelle opinion vous devez avoir de vous-même. Ainsi» en même temps que vous essaierez d'un autre genre de vie, vous ferez sur votre intérieur un petit examen, dont le fruit ne sera pas inutile à votre tranquillité.

Monsieur, que vous donnassiez dans Fezcës, c'est 06 que je ne voudrois pas sans ménagement. Vous n'avez pas sans doute absolument renoncé i la société, ni au commerce des hommes ; comme vous vous êtes déterminé de pur èhotx» et sans qu'aucun fâcheux revers vous y ait contraint, vous naurez garde d'épouser les foreurs atrabilaires des misanthropes, ennemis mortels du genre humain ; permis à vous de le mépriser, à la bonne heure, vous ne serez pas ie seul; mais vousdevezTaimer toujours: les hommes, quoi qu'on dise , sont nos frères» en dépit de nous et d'eux ; frères fort durs à la vérité, mais nous n'en sommes pas moins obligés de remplir à leur égard Cous les devoirs qui nous sont imposés. A cela près, il faut avouer qu'on ne peut se dispenser de porter la lanterne ihoB b quantité pour s'établir un commerce et ksUaisons; et, quand malheureusement la lanterne ne montre rien, c'est bien une nécessité de traiter avec soi-même, et de se prendre, bute d'autre, pour ami et pour confident. Mais ce confident et cet ami, il faut aussi un peu le sonnoltre et savoir comment et jusqu'à quel point on peut se fier à lui ; car souvent Tapparenee nous trompe, même jusque sur nousmêmes : or, le tumulte des villes, et le fracas du grand monde, ne sont guère propres à cet examen. Les distractions des objets extérieurs y sont trop longues et trop fréquentes; on ne peut y iouir d'un peu de solitude et de tranquillité. Sauvons-nous à la campagne ; allons-y chercher un repos et un contentement que nous n'arons pu trouver au milieu des assemblées et des divertissemens; essayons de ce nouveau (enre de vie; goûtons un peu de ces plaisirs pai<^

siblesj douceurs dont Horace, fin connoisseur s'il en fut, fiaiisoit un si grand cas. Voilà, monsieur, comment je soupçonne que vous avez raisonné.

A M. DE VOLTAIRE*. i

Parb, le 30 JtnTier 4780.

Un Rousseau se déclara autrefois votre ennemi, de peur de se reconnottre votre inférieur; un autrç Rousseau, ne pouvant approcher du premier par le génie, veut imiter ses mauvais procéda. Je porte le même nom qu'eux; mais n*ayant ni les tairas de l'un ni la suffisance de l'autre, je suis encore moins capable d'avoir leurs torts envers vous. Je consens bien de vivre inconnu , mais non déshonoré, et je croirois Têtre si j'avois manqué au respect que vous doivent tous les gens de lettres, et qu'ont pour vous tous ceux qui en méritent eux-mêmes.

Je ne veux point m'étendre sur ce sujet, ni rafreindre, même avec vous, la loi que je me suis imposée de ne jamais louer personne en face ; mais, monsieur, je prendrai la liberté de vous dire que vous avez mal jugé d'un homme de bien en le croyant capable de payer d'ingratitude et d'arrogance la bonté et l'honnêteté dont vous avez usé envers lui au sujet des Fêtes de Ramire (*]. Je n'ai point oublié la lettre dont vous m'honorâtes dans cette occasion. Elle a achevé de me convaincre que, malgré de vaines calomnies, vous êtes véritablement le protecteur des talens naissans qui en ont besoin. C'est en faveur de ceux dont je faisois l'essai que vous daign&tes me promettre de l'amitié : leur sort fut malheureux, et j'aurois d& m'y attendre. Un solitaire qui ne sait point parler, un homme timide, découragé, n'osa se présenter à vous. Quel eût été mon titre? Ce ne fut point le zèle qui me manqua, mais l'orgueil; et, n'osant m'offrir à vos yeux, j'attendis du temps quelque occasion favorable pour vous témoigner mon respect et ma reconnoissance.

Depuis ce jour, j'ai renoncé aux lettres et à la fantaisie d'acquérir de la réputation; et, désespérant d'y arriver comme vous à force do

(*) La Princesse de Navarre, Voyei tes C&nffSii^nê^ lome 1. page I7J.

T. IV

CORRESPONDANCE

génie, j'ai dédaigné de tenter, comme les hommes vulgaires, d'y parvenir à force de manège; mais je ne renoncerai jamais à mon admiration pour vos ouvrages. Vous avez peint l'amitié et toutes les vertus en homme qui les connoft et les aime. J'ai entendu murmurer l'envie , j'ai méprisé ses clameurs, et j'ai dit, sans crainte de me tromper : ces écrits, qui m'élëvent Pâme et m'enflamment le courage, ne sont point les productions d'un homme indiSérent pour la vertu.

Vous n'avez pas non plus bien jugé d'un républicain , puisque j'étois connu de vous pour teL J'adore la liberté; je déteste également la domination et la servitude, et ne veux en imposer à personne. De tels sentimens sympathisent mal avec rinaolenee ; elle est plus propre à des esclaves, ou à des hommes plus vils encore, à de petits auteurs jaloux dea grands*

Je voua proteste donc, monsieur, que nonseulement Rousseau de Genève n'a point tenu les discours que vous lui avez attribués , mais qu'il est incapable d'en tenir de pareils. Je ne me flatte pas de l'honneur d'être connu de vous; mais, si jamais ce bonheur m'arrive , ce ne sera, j'espère, que par des endroits dignes de votre estime.

J'ai l'honneur d'être avec un profond respect, monsieur, votre trèfr-humble, etc.

A MM. DE L*ÀCàDàfIB DB DIJON.

Paria, le 18 JailleC 1750.

Messieurs ,

Vous m'honorez d'un prix auquel j'ai concouru sans y prétendre, et qui m'est d'autant plus cher que je l'attendois moins. Préférant votre estime à vos récompenses, j'ai osé soutenir, devant vous, contre vos propres intérêts, le parti que j'ai cru celui de la vérité, et vous avez couronné mon courage. Messieurs, ce que vous avez fait pour ma gloire ajoute à la vôtre. Assez d'autres jugemens honoreront vos lumières; c'est à celui-ci qu'il appartient d'honorer votre intégrité.

Je suis, avec un profond respect, etc.

A M. L'aBRIB RA\'FrAt,

AUmt ACmi DO MKSCtlK lie rBASCK.

Paris, le 25 juillet f7S0.

Vous le voulez, monsieur» je ne résiste plus; il faut vous ouvrir un porte-feuille qui a'ctoii pas destiné à voir le jour, et qui en est très-peu digne. Les plaintes du public sur ce déluge de mauvais écrits dont on l'inonde journellement m'ont assez appris qu'il n'a que fairedes miens; et, de mon côté, la réputation d'auteur médiocre, à laquelle seule j'aurois pu aspirer, a peu flatté mon ambition. N'ayant pu vaincre mon penchant pour les lettres, j'ai presque toujours écrit pour moi seul ; et le public, ni mes amis n'auront pas à se plaindre que j*aie été pour eux recitaiar acerbus. Or, on est toujours in^ dulgent à soi-même» et des écrits ainsi destinés à l'obscurité, l'auteur même eût-il du talent, manqueront toujours de ce feu que donne l'émulation, et de cette correction dont le seul désir de plaire peut surmonter le dégoAt*

Une chose singulière, c'est qu'ayant autre^ fois publié un seul ouvrage (*), où certainement il n'est point question de poésie, on me fasse aujourd'hui poète malgré moi. On vient tous les jours me faire compliment sur des comédies et d'autres pièces de vers que je n'ai point faites, et que je ne suis pas capable de faire. C'est l'identité du nom de l'auteur et du mien qui m'attire cet honneur. J'en serois flatté, sans doute, si l'on pouvoit l'être des éloges que Ton dérobe à autrui ; mais louer un homme de choses qui sont au-dessus de ses forces, c'est le faire songer a sa foiblesse.

Je m'étois essayé, je l'avoue, dans le genre lyrique par un ouvrage loué des amateurs, décrié des artistes, et que la réunion de deux arts difficiles a fait exclure, par ces derniers, avec autant de chaleur que si en effet il eût été excellent.

Je m'étois imaginé, en vrai Suisse, que pour réussir il ne falloit que bien faire ; mais ayant vu, par l'expérience d'autrui, que bien faire n'est pas le premier et le plus grand obstacle qu'on trouve a surmonter daus cette carrière, et ayant éprouvé moi-même qu'il y faut d'autres talens que je ne puis ni ne veux avoir, je mo suis h&té de rentrer dans l'obscurité qui con-

J (*) Dissertation sur la Musique moderne. G. P.

▼îeDt également à mes Ulens et à mon carac tère» et où tous devriez me laisser pour Thonneur de TOtre journal. Je suis, etc.

A M. fETIT.

Parti, 19 i«Bvterl75l.

Monsieiify

Vue longue et cruelle maladie, dont je ne suis fy^ encore délivré, ayant considérablement retardé Fimpression de mon discours, m'a encore empêché de TOUS en envoyer les premiers exemplaires selon mon devoir et mon intention. Je voos sopplie» monsieur, de vouloir bien en faire oies très-humbles excuses à Tacadémie, et en particulier à M. Lantin, à qui je dois des remerdmens, et duquel je vous prie aussi de vouloir bien me donner Tadresse. Ayez encore la bonté de me marquer le nombre d'exemplaires que Je dois envoyer, et de m'indiquer une voie pour vous les faire parvenir. J'ai rhonneur, etc.

A IIADAin DB FRAKCOfilL (*).

Furto,lea0aTfUl78f.

Oui, madamey j'ai mis mes enfans aux EnffiB»*Trouvés. J'ai chargé de leur entretien i'établiaseraent fait pour cela. Si ma misère et mes maux m'Atent le pouvoir de remplir un soin tt cher, c'est un malheur dont il faut me plaindre* et non pas un crime à me reprocher. Je leur dois la subsistance ; je la leur ai procu* rée meilleure ou plus sûre au moins que je n'aorois pu la leur donner moi-même. Cet artide cet avant tout. Ensuite vient la considé* ration de leur mère, qu'il ne faut pas désho^ norer.

Vous connoissez ma situation : je gagne au jour la journée mon pain avec assez de peine. Comment nourrirois-je encore une famille? Et si j'étois contraint de recourir au métier d'au^ leur» comment les soucis domestiques et le

(*) Oaos tapies let éditioiM, anlériearci k 4Si9. cette lettre c4 haprimée oomne adiettée à JMarfattM dé Chtnonceaux ; re fri «a étMeiniiieot me errearw Le paMage luiTant ne (ataae MKMi daale lur ce point t

« MadaBM de Francncf 1 rat que J'aToit tnii met enfant ani rotea-TrooTés; elle m'en paria; cela m'ensagea à lui écrire, • et m^ti, ane lettre dant laquelle j'espote oeUea de met '4MBt que je ponvolf dii« tant compromettre madame Le- (•«tcv et sa famille, car Ict plut déterminantes f enolent de U, d Je les tiH. » ( Confessions, IWre fin. )

tracas des enfons me iiiisseroient-ils, dans mon grenier, la tranquillité d'esprit nécnsaire pour faire un travail hioratif ? Les écrits que dicte la feim ne rapportent guère, et cette ressource est bientôt épuisée. Il faudroit donc recourir aux protections, à Tintriguei an manège ; briguer quelque vil emploi ; le faire valoir par les moyens ordinaires, autrement il ne me nourrira pas, et me sera bieniét Até ; enfin me livrer moi-même è toutes les fnflimies ponr lesquelles je suis pénétré d'une si juste horreur. Nourrir moi, mes enfans et leur mère, du sang des misérables ! Non, madame, il vaut mieux qu'ils soient orphelins que d'avoir pour père un fripon.

Accablé d'une maladie douloureuse et mortelle, je ne puis espérer encore une longue vie; quand je pourrois entretenir, de mon vivant, ces infbrtunés destinés è soidFrir un jour, ils paieroient chèrement l'avantage d'avoir été tenus un peu plus délicatement qu'ils ne pour^ ront l'être où ils sont. Leur mère, victime de mon zèle indiscret) changée de aa propre honte et de ses propres besoins, presque aussi valétudinaire, et encore moins en étAt de les nourrir que moi, sera forcée de les abandonner i eux-mêmes ; et je ne vois pour eux que l'alternative de se faire décroteurs ou bandits, ce qui revient bientôt au même. Si du moins leur état étoit légitime, ils pourroient trouver plus aisément des ressources* Ayante porter à la fois le dé9honneur de leur naissance, et celui de leur misère, que deviendront-ils?

Que ne me suis-je marié, me dires-vous? Demandez-le à vos injustes lois, madame. Il ne me convenoit pas de contracter un engagement étemel, et jamais on ne me prouvera qu'aucun devoir m'y oblige. Ce qu'il y a de ceruin, c'est que je n'en ai rien fait, et que je n'en veux rien faire. Il ne faut pas faire des enfans quand on ne peut pas les nourrir? Pardonnez-moi» madame ; la nature veut qu'on en fasse, puisque la terre produit de quoi nourrir tout le monde : mais c'est l'état des riches, c'est votre état, qui vole au mien le pain de mes enfans. \jà nature veut aussi qu'on pourvoie à leur subsistance : voilà ce que j'ai fait ; s'il n'existoit pas pour eux un asile, je ferois mon devoir, et me résoudrois à mourir de faim moimême, plutôt que de ne les pas nourrir.

CORRESPONDANCE

Ce mot d^Eufaos-Trouvés vous en îoipoaeroit-il/ comme si Ton trou voit ces enfans dans les rnesy exposés à périr si le hasard ne les saave? Soyez sAre que tous n'auriez pas plus d'horreur que moi pourrindignepèrequîpourroit se résoudre à cette barbarie : elle est trop loin de mon cœur pour que je daigne m'en justifier. Il y a des règles établies ; informez-vous de ce qu'elles sont» et vous saurez que les enfans ne sortent des mains de la sage-femme que pour passer dans celles d'une nourrice. Je sais que ces enfans ne sont pas élevés délicatement : tant mieux pour eux, ils en deviennent plus robustes; on ne leur donne rien de superflu, mais ils ont le nécessaire. On n'en fait pas des messieurs, mais des paysans, ou des ouvriers. Je ne vois rien dans cette manière de les élever dont je ne fisse choix pour les miens. Quand J'enserois le maître, je ne les préparerois point, par la mollesse, aux maladies que donnent la fatigue et les intempérie» de l'air à ceux qui n'y sont pas faits. Ils nCiSauroient ni danser ni monter i cheval ; mais ils auroient de bonnes Jambes infatigables. Je n'en ferois ni des auteurs, ni des gens de bureau ; je ne les exercerois point à manier la plume, mais la charrue, la lime ou le rabot, instrumens qui font mener une vie saine, laborieuse, innocente, dont on n'abuse jamais pour mal faire, et qui n'attirent point d'ennemis en faisant bien. C'est à cela qu'ils sont destinés; par la rustique éducation qu'on leur donne, ils seront plus heureux que leur père.

Je suis privé du plaisir de les voir, et je n'ai jamais savouré la douceur des embrassemens paternels. Hélas ! je vous l'ai déjà dit, je ne vois là que de quoi me plaindre, et je les délivre de la misère à mes dépens. Ainsi vouloit Platon qie tous les enfans fussent élevés dans sa république ; que chacun restât inconnu à son père, et que tous fussent les enfans de l'état. Mais cette éducation est vile et basse I Voilà le grand crime ; il vous en impose comme aux autres; et vous ne voyez pas que, suivant toujours les préjugés du monde, vous prenez pour le déshonneur du vice ce qui n'est que celui de la pauvreté.

A MADAHB DE CBÉQU1.

Parif , 9 octobre 17SI.

Je me flattois, madame, d'avoir une âme à l'épreuve des louanges ; la lettre dont vous m'avez honoré m'apprend à compter moins sur moi-même; et, s'il faut que je vous voie, v<Mlà d'autres raisons d'y compter beaucoup moms encore. J'obéirai toutefois; car c'e^t à vous qu'il appartient d'apprivoiser les monstres.

Je me rendrai donc à vos ordres, madama, le jour qu'il vous plaira de me prescrire. Je sais que M. d'Alembert a l'honneur de vous faire sa cour ; sa présence ne me chassera point; mais ne trouvez pas mauvais, je vous supplie, que tout autre tiers me fosse disparottre.

Je suis avec un profond respect, madame, etc.

A LA MÊME

Ce mardi 16 octobre €781.

Je vous remercie, madame, des injusticei que vous me faites; elles marquent an moins un intérêt qui m'honore et auqud je sais sensible. J'ai un ami dangereusement malade, et tous mes soins lui sont dus : avec une telle excuse, je ne me croirois point coupable d'avoir manqué à ma parole, quelque scrupuleux que je sois sur ce point. Mais, madame, j'ai promis que vous verriez, avant le public, ma lettre sur M. Gautier, et c'est ce que j'exécuterai ; j'ai promis aussi de vous porter mon opéira, et je le ferai encore : nous n'avons point parié du temps ; et pour avoir différé de quelques jours, je ne crois pas être hors de règle à cet ^rd.

Si vous vous repentez de la confiance dont vous m'avez honoré, ce ne peut être que pour ne m'en avoir pas trouvé digne. Â Tégard de la défiance dont vous me taxez sur mes manuscrits, je vous supplie de croire que j'en suis peu capable, et que je vous rends surtout beaucoup plus de justice que vous ne paroissez m eu rendre à moi-même. En un mot, je vous sup plie de croire que, de quelque manière que ce puisse être, ce ne sera jamais volontairemeot que j'aurai tort avec vous.

Je suis avec un profond respect, madame, j votre, etc.

k L4 utmu

C€ IniHlI IS décembre 4751 .

Non, madame, je ne dirai point , Qu'est-ce fueeelawtefaii? je serai, comme je Tai touionrt été, tdnché , pénétré de vos bontés pour noi ; mes sentimens n*ont jamais en de pdrt à mes maurais procédés, et je veux travailler à Tovsen eoiiTaincre.

Le disomn de M. Bordes, tout bien pesé , restera sans réponse ; je le trouve, quant à moi, fort au-dessous du premier ; car il vaut encore nieoz se montrer bon rhéteur de collège que Bsurais logicien. J'aurai peut-être occasion de mieux dérelqpper mes idées sans répondre directement.

Voici, madame, le livre que vous demandez. Je ne sais 8*il sera facile d*en recouvrer quelque exemplmre ; mais vous m'obligerez sensiblemeni de ne me rendre celui-là que quand je voua en aurai trouvé un autre.

Adieo , madame : je n'ose plus vous parler de mes réiolntions; mais vous aggravez si fort le poids de mes torts envera vous, que je sens bien qn'il ne m'est plus possible de les supporlcr,

A LA IIÊME.

Ce mercredi matlii, 1783,

)e ne Tais point tous voir, madame, parce que f ai tort avec tous, et que je n'aime pas à Eure mauvaise contenance ; je sens pourtant qu'après avoir eu l'honneur de vous connottre, je M pourrai me passer long-temps de celui de voua Toir ; et quand je vous aurai fait oublier mca mauTaîs procédés, je compte bien de ne me phis mettre dans le cas d'en avoir d'autres à réparer.

Je commençai la traduction immédiatement en sortant de chez vous ; je l'ai suspendue parce que je souffre beaucoup, et ne suis point

en état de travailler : je Tachèverai durant le

premier calme, et m'en servirai de passe-port

pour me présenter i vous.

A LA MÉMk

Ce dimenche meUn» 1701.

Je sens, madame, après de vains efforts, 7iie traduire m*est impossible; tout ce que je

puis faire pour vous obéir, c'est de vous donner une idée de l'épttre désignée, en récrivant à peu près comme j'Imagine qu'Horace auroît fait s'il a voit voulu la mettre en prose françoise, à la différence près de rinfériorité du talent et de la servitude de l'imitation. Si vous montrez ce barbouillage à M. l'ambassadeur (*) , il sen moquera avec raison , et j'en ferois de bon cœur autant ; mais je ne sais pas dire mieux d*après un autre, ni beaucoup mieux de moimême.

A LA UÈUE.

Ce mmedl mitin, 1783.

J*ai regret, madame, de ne pouvoir profiter lundi de l'honneur que vous me faites : j'ai pour ce jour-là l'abbé Raynal et M. Grimm à dtner chez moi. J'aurai sûrement l'honneur de vous voir dans le coure de la semaine, et je tâcherai de TOUS convaincre que vous ne saunez avoir tant de bonté pour moi que je n*aie encore plus de désir de la mériter.

Je suis avec un profond respect, madame, votre, etc.

A LA MÉMB.

Ce dimanche matin, 1752.

Non , madame, je n'ai point usé de défaite avec vous; quant au mensonge, je tâche de n'en useravec personne. Le dtner dont je vousai parlé est arrêté depuis plus de huit jours ; et, si j'avois cherché à éluder pour lundi votre inviution, il n'y a pas de raison pourquoi je l'eusse acceptée le jeudi ou le vendredi. J'aurai l'honneur de dtner avec vous le jour que yous me prescrirez, et là nous discuterons nos griefs; car j'ai les miens aussi , et je trouve dans vos lettres un ton de louange beaucoup pire que celui de cérémonie que vous me reprochez , et dont je n'ai peut-être que trop de facilité à me corriger.

Ce n'est pas sérieusement sans doute que vous parlez de venir dans mon galetas ; non

n Le bailli de FToalay, amlMmadeor de France à Malte, et frèra do comte de Proolay, qai aroit précédé M. de llontaigu damVamlMMade de Venise. Le comte étoiC père de madame deCréqai. u. T.

CORRESPONDANCE

qne je ne tous croie assez de philosophie pour ' me faire cet honnear, mais parce que n'en ayant pas assez moi-même pour tous y recevoir sans quelque embarras, je ne vous sup- (K)se pas la malice d*en Toulofr jouir. Au surf)lus, je dois vous avenir qu*à Theure dont vous parlez, vous pourriez trouver encore mes convives ; qu'ils ne manqueroient pas de soupçonner quelque intelligence entre vous et moi; et que, s1Is me pressoient de leur dire la vérité sur ce point, je n*aurois jamais la force de la leur cacher. Il falloit vous prévenir là-dessus pour être tranquille sur Tévénement. Â vendredi donc, madame ; car j'envisage ce point de vue avec plaisir.

A LA MÊME

Ce samedi 6 1752.

Je viens, madame, de relire votre dernière lettre, et je me sens pénétré de vos bontés. Je vois que je joue un rôle très-ridicule, et cependant je puis vous protester qu'il n'y a point de ma faute : mon malheur veut que j*aie l'air de chercher des défaites dans le temps que je voudrois beaucoup faire pour cultiver l'amitié que vous daignez m'offrir. Si vous n'êtes point rebutée de mes torts apparens, donnez-moi vos ordres pour jeudi ou vendredi prochain, ou pour pareils jours de l'autre ^enyaine, qui sont les seuls où je sois sûr de pouvoir disposer de moi. J'espère qu'une conférence entre nous éclatrcira bien des choses, et surtout qu'elle vous désabusera sur la mauvaise volonté que vous avez droit de me supposer. Je finis, madame» sans cérémonie, pour vous marquer d'avance combien je suis disposé à vous obéir en tout.

A LA MÊME

Ce mercredi matin, 2Sk...* 1762.

Je compte les joors, madame, et je sens mes torts. Je voudrois que vous le sentissiez aussi ; je voudrois vous les faire oublier. On est bien en peine quand on est coupable et qu'on veut cesser de l'être. Ne me félicitez donc point de ma fortune , car jamais je ne fus si misérable que depuis que je suis riche (*].

(*) Roasseau étoit alors caissier chez H. de FrancueiU

A LA «AhÊ.

Le meilleur moyen, madame» de me laire rougir de mes torts et de me contraindre à les réparer, c'est de rester teUe que vans êtes. Je ne pourrai, nuidame» «voir rhonneur de dinar dimanche avec vous ; mais ce ne sont point mes richesses qui sont cause de ce refus, piûsqa'oa prétend qu'elles ne sont bonnes qu'à nous procurer ce que nous désirons. J'espàre avoir l'honneur de vous voir la semaine prochaine ; et s'il ne faut, pour mériter le retour de vou« estime et de vos bontés , que jeter mon trésor par les fenêtres, cela sera bientôt hit, et je croirai pour le coup être devenu usurier.

A LA MÊME

Ce feadredU. 47S.

II est vrai, madame, q«e je me préseotai hier à vonre porte. L'inconvénient de vous trouver en compagnie, ou, ce qui est encore pire, de ne vous pas trouver chez vous, me frit hasarder de vous demander la permission de ne présenter dans la matinée au lieu de Taprèsmidi, trop redoutable pour moi, à caase des visites qui peuvent survenir.

Il est vrai aussi que je suis libre [*) : c'est un bonheur dont j'ai voulu goûter avant que de moorlr. Qaant à la fortone, ce n'eût pas été la peine de philosopher pour ne pas apprendre à m'en passer. Je gagnerai ma vie et je serai homme : il n'y a point de fortune au-dessus de cela.

Je ne puis, madame, profiter demain de l'honneur que vous me faites ; et, ponr vous prouver que ce n'est point M. Saurin qni m'en détourne, je suis prêt à accepter un dîner avec lui tout autre jour qu'il vous plaira de me prescrire.

J'ai l'honneur d'être avec un profond respect, madame, votre , etc.

A LA UËME.

Ce samcdL.. 47S9.

J*ai travaillé huit jmirs, madame, c'est-à-

0)11 venoit de donner sa démission de caissier ; pboe qa ^ u'ocrupa que six semainea.

dire, huit nulinées. Pour vivre, il faut que je gagoe quarante sous par jour : ce sont donc seize francs qui me sont dus» et dont je prie votre exactitude de différer le payement jusqD*i mon retour de la campagne. Je n'ai point oublié votre ordre; mais M. l'ambassadeur éiott pressé, et vous m'avez dit vous-même qoeje pouvois également faire à loiar ma traduction sur la copie. A. mon retour de Passy Ht l'aurai Vhonneur de vous voir : le copiste recevra son payement; Jean^acques recevra, puisqu'il le faut, les complimens que vous foi destinez ; et nous ferons, sur Thonneorque veut me faire M. l'ambassadeur, tout ce qu'il plaira à lui et à vous.

nousia voulons faire sans interruption, il faudra que vous ayee la bonté de faire fermer votre porte. J'ai tant de torts avec vous, madame, que je n'ose pas me justifier, même quand f ai raison; cependant je sais bien que, sans mon travail, je ii*aurois pas mis cette fois si lon^« temps i vous aller voir.

A LA MÊMB.

Ce

mrtJDii. 1781.

Vous vie forces^ madame, de vous faire un refus pour la première fois de ma vie. Je me suis bien étudié, et j'ai toujours senti que la reconnoissance et l'amitié ne sauroient compatir dans mon cœur. Permettez donc que je le conserve tout entier pour un sentiment qui peut faire le bonheur de ma vie, et dont tous vos biens ni ceux de personne ne pourroient jamais me dédommager.

létois allé bier à Passy, et ne revins que le soir : ce qui m'empêcha de vous aller voir. Demain, madame, je dtnerai chez vous avec d'autant plus de. plaisir, que vous voulez bien vous passer d*un troisième.

A LA MÊME

Ce mardi matin... 1738.

fa besogne n'est poiût cnoore faite, mada- ; le temps qui me presse, et te travail qui gagnef m'empêcheront de pouvoir vous la mootrer avant la semaine prochaine. Puisque vous sortez le matin, nous prendrons l'après- Mil qa*il vous plaira, pourvu que ce ne soit pas plus tôt que de demain en huit, ni jour d'opéra iiaiieo. Comme la lecture sera un peu longue, si

(*; n alloK h Pmêj cbe» M. Munard, rar lequel U donne det 'v^wisneneot intéfUHns dans tea Confessions ■( Livai tiii ) ^^tbtza Geaeroiaqa'il oompoia le Devin du viliag^. U. P.

A H. M FIIANOVEIL.

(Fngamt.)

Janvier 1733.

Vous êtes en peine de M. de Jully f) ; il est constant que sa douleur est excessive; on ne peut être rassuré sur ses effets qu'en pensant au peu d'apparence qu'il y avoit, il y a deux mois, par la vie qu'il menoit, que la mort de sa femme pût laisser dans son Ame des traces bien iirofondes de douleur. D'ailleurs il Ta mode ée sur ses goàta, et cela lui donne les moyens de la conserver plus long-temps, sans nous alarmer sur sa santé. Il ne s'est pas contenté de faire placer partout le portrait de sa femme ; il vient de bâtir un cabinet qu'il fait décorer d'un superbe mausolée de marbre avec le buste de madame de Jully et une inscription en vers latins qui sont, ma foi, tréspathêtiques et très*beaux. Savez-vous, monsieur, qu'un habile artiste en pareil cas serelt peutêtre désolé que sa femme revint ? L'empire des arts est peut^tre le plus puissant de tous. Je ne serois pas étonné qu'un homme, même trèshonnête, mais très-éloquent, souhaitât quelquefois un beev malheur â peindre. Si cela vous parolt fou, réfléohîssez-y, et cela vous le parottra moins: ena tiendant je suis bien sûr qu'il n'y a aucun poète tragique qui ne fût très-fâché qu'il ne se fût jamais commis de grands crimes, et qui ne dit au fond de son cœur, en lisant l'histoire de Néron, de Sémiramis^ d'OBdipe, de Phèdre, de Mahomet, etc., la belle scène que je n'aorois pas finie, si tous ces brigands

C) Madm» de .Inllf^icenr de madame d*âpteay, atott pMv amant déclaré le chanteur Jélyotte, et la conduite de aon mai i n'annonçoU pas qu'il en fût péniblement affecté, lonque tout A eoup. ell» mowrat de !• petile-véroie. La donleur qn» M. de Jully montra de cette perte M pooitée Insqpi'an délire» et cette douleur paroissoit d'autant plus étrange cpie la diuipaties à laquelle il l'éiolt liTré Josquet an dernier moment y avoit moins prép.vé. G' P.

n^euBsent pas fait parler d*eui I Eh 1 messieurs nos amis des beaux «aris, vous voulez me faire aimer une chose qui conduit les hommes à sentir ainsi 1 Eh bien I oui, j'y suis tout résolu,

mais c'est à condition que vous me prouverez qu^une belle statue vaut mieux qu'une belle action; qu'une bellescèneécritevaut mieux qu'un sentiment honnête; enfin qu'un morceau de toile peinte par Vanloo vaut mieux que de la

vertu Tant y a que M. de Jully est dévot,

et que, tout incompréhensible que nous est sa douleur, elle excite notre compassion. Il a marqué un grand désir de votre retour

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