A M. LE COMTE DE LA&TIC
(locliue dans U précédente. )
Paris. le 90 décembre 1754.
Sans avoir l'honneur, monsieur, d'être connu de vous, j'espère qu'ayant k vous offrir des excuses et de l'argent, ma lettre ne sauroitêire mal reçue.
J'apprends cpie mademoiselle de Clérj a envoyé de Blois un panier à une bonne vieille femme, nommée madame Le Vasseur, et si
C) Voyez la lettre da 6 jolllet t75S, adressée I M. Vem».
ANNÉE il&S.
piorre qa'tSte deoware chex moi ; que ce pa- ■ier contenoit, entre autres choses , on pot do ringt lirres de beurre; que le tout est parvenu, ;e ne sais comment, dans votre cuisine ; que la bonne rieille, l'ayant appris, a eu la simplicilé de TOUS eiiTOyer sa fille, nvec la lettre d'avis, TOUS redemander son beurre , oa le prix qu'il I coAiè ; et qu'aprèa vous âtre moqués d'elle, kIou l'usage, vous et madame votre épouse, vous avei, pour toute réponse, ordonné à vos gens de la dwsser.
>'ti tâcbéde consoler la bonnefemmeafOigée, en lui expliquant les règles du grand monde et de la grande éducati(»i;je lui ai prouvé que et ne seroit pas la peine d'avoir des gens, s'ils neservoienti chasser le pauvre, quand il vient réclamer son bien; et, en Ini montrant combim jvttieeetbumaiûtésont des mots roturiers, je lui ai fait compreodra, à la fin, qu'elle est trop bonorée qu'un comte ait mangé stm beurre. Elle nie diarge donc, monsieur, de vous témoigner sa reconooiMance de l'honneur que vous loi avez bit, son regret de l'imporlunité qu'elle roo* a camée, et le désir qu'elle auroit que son beorre vous e&t paru bon.
Que si par hasard il tous en a coûté quelque eboeepour le portdu paquet! elle adreûé, elle vffn de TOBB le rembourser, comme il est iuHe. Je n'attends là-dessus que vos ordres poor eiécnieraee intentions, et vous supplie d'agréer les senlimens avec lesquels j'ai l'hon- ■ear d'être, etc. (').
A MàbàME D'éPUIftV (").
CcJoMllnUln |W*Mcenibr«ITM).
n faut bire , madame , ce que vous voulei.
n CMte Mtn et Uprteédcnle pooroal opllqùcr «De p»ttu ailla de rJM«lM.'aiiTeMfc k IBowniu au bnrrt. {KtU *i Dm rtfram.)— Voro >* cinjoléDW pvtle, IcUre tu yen
n LeiMklaB* à» BoaneMi ,
ttaaeat ^ne deoi de wt Idtrea t miduiMi d'épliuy, ladéttadiBMaeal de celle* qol ODt M iDtéita pir r ■• C^fmtlQfu. la pabUculoa dea Mnoltet p d'aotiw, qal IMÎ ■ eelleCoimpMdj
Les lettres ne seront point envoyées, et H. le comte de Lastic peut désormais voler la beurre de toutes les bonnes femmes de Paris sans que je m'en ftche. Laissons donc là H. le comte, et parlons de votre santé, qu'il ne fout pas mettre en jeu pour si peu de chose; je ne sais que vous dire des ordonnances de H. Tronchin ; voire expérience me les rend furieusement suspectes ; il a tant de réputation , qu'il pourroit bien h'élra qu'un du i
avoue que j'y tiens e malentendu, s'il y i
l'éloignemenE. Quoi i
beaucoup le parti qi en tenir à son régimt c'est en général toui foire de la médecini régime et s'y tenir.
vetles et de celles i Bonjour, madame.
Parti. )e 3 iiTll ins.
Pour le coup, monsieur, voici bien du retard ; mais, outre que je ne vous ai point caché mes défauts, vous devez songer qu'un ouvrier et un malade ne disposent pas de leur temps
lei iMicliiau qui moi tnirg m* nulo», ea i de le* eiunlDer t Jolalr. Kont noui •oninm BMirt* qn'ea toal polot ïim»t\tat 1 eA conrorme . A la lérlM Jei Icttra mlérieurcment publMea. «iMi que la kngne lettre k Grhaiii, dn 3> OcttAni MSI. VA\m qo*™ le) trooie dâai Ih KtaoAna de nudime dïpioajr. il oa lea eom|iare ITec le> mémea let- Irea lellea qn'on lea i Inea Jiaqa't prêtent dam Ici Couftttiont
\ laltaa dm va deoeta dlga* de bUme. Mon* qa'ea gàiënl la dlfKrenca t obeerrcc reeeaam qoe dtna l'eiprmhin oa dani l'araa(a et dana U dtapeaibon de* pamia, la
tue* pajtlcalItnaieDl, «ai 4M paaatde H. Bnmet, Ira imprtméa latMeureinent oflHrool >ttq)iit t qnrlqve Ha'd mériter "" ' (ona aoin de In l^re comiallre
CORRESPONDANCE
comme ils aîmeroient le mieux. D'ailleurs, l'a- | sie et les beaux-arts^ lui donnent plus de dè-
milié se platt à pardonner, et Ton n*y met guère la sévérité qu'à la place du sentiment. Ainsi je crois pouvoir compter sur votre indulgence. Vous voilà donc, messieurs, devenus auteurs périodiques. Je vous avoue que ce projet ne me rit pas autant qu'à vous : j'ai du regret de voir des homnies faits pour élever des monumens se contenter de porter des matériaux, et, (l 'architectes, se faire manœuvres. Qu'est-ce qu'un livre périodique? un ouvrage éphémère, sans mérite et sans utilité, dont la lecture, négligée et méprisée jpar les gens de lettres, ne sert qu'à donner aux femmes et aux sots de la vanité sans instruction, et dont le sort, après avoir brillé le matin sur la toilette, est de mourir le soir dans la garde-robe. D'ailleurs, pouvez-vous vous résoudre à prendre des pièces dans les journaux, et jusque dans le Mercure et à compiler des compilations? S'il n*est pas impossible qu'il s*y trouve quelque bon morceau, il est impossible que, pour le déterrer, vous n'ayez le dégoût d'en lire toujours une multitude de détestables. La philosophie du cœur coûtera cher à l'esprit, s'il fout le remplir de tous ces fatras. Enfin, quand vous auriez assez de zèle pour soutenir l'ennui de toutes.ces lectures, qui vous répondra que votre choix sera fait comme il doit l'être, que l'attrait de vos vues particulières ne l'emportera pas souvent sur l'utilité publique, ou que, si vous ne songez qu'à cette utilité , l'agrément n'en souffrira point? Vous n'ignorez pas qu'un bon choix littéraire est le fruit du goût le plus exquis; et qu'avec tout l'esprit et toutes les connoissanccs imaginables , le goût ne peut assez se perfectionner dans une petite ville , pour y acquérir cette sûreté nécessaire à la formation d'un recueil. Si le vAtre est excellent, qui le sentira? S'il est médiocre, et par conséquent détestable, aussi ridicule que le Mercure suissCf il mourra de sa mort naturelle , après avoir amusé pendant quelques mois les caillettes du pays de Vaud. Croyez-moi, monsieur, ce n'est point cette espèce d'ouvrage qui nous convient. Des ouvrages graves et profonds peuvent nous honorer ; tout le colifichet de cette petite philosophie à la mode nous va fort mal. Les grands objets, tels que la vertu et la liberté, étendeni et fortifient l'esprit ; les petits, tels que la poé-
licatesse et de subtilité. Il faut un télescope pour les uns et un microscope pour les autres; et les hommes accoutumés à mesurer le ciel ne sauroient disséquer des mouches : voilà pourquoi Genève est le pays de la sagesse et de la raison, et Paris le siège du goût. Laissons-en donc les raffinemensà ces myopes de la littérature , qui passent leur vie à regarder des cirons au bout de leur nez; sachons être plus fiers du goût qui nous manque, qu'eux de celui qu'ils ont ; et, tandis qu'ils feront des journaux et des brochures pour les ruelles, tâchons de faire des livres utiles et dignes de rimmonalité.
Après vous avoir tenu le langage de l'amitié, je n'en oulilierai pas les procédés ; et, si vous persistez dans votre projet, je ferai de mon mieux un morceau tel que vous le souhaiterez pour y remplir un vide tant bien que mal.