A H. VERNES
Paris,teSJoUletl785.
Voici, monsieur, une longue interruption; mais comme je n'ignore pas mes torts, et que vous n'ignorez pas notre traité, je n'ai rien de nouveau à vous dire pour mon excuse, et j'aime mieux reprendre notre correspondance tout uniment, que de recommencer à chaque fois mon apologie ou mes inutiles excuses.
Je suppose que vous avez vu actuellement l'écrit pour lequel vous aviez marqué de Tempres* sèment. Il y en a des exemplaires entre les mains de M. Chappuis. J*ai reçu à Genève tant d'honnêtetés de tout le monde, que je ne saurois li^dessus donner des préférences, sans donner en même temps des exclusions offensantes ; mais il y auroit à voler M. Chappuis une honnêteté dont l'amitié seule est capable, et que j'ai quelque droit d'attendre de ceux qui m'en ont témoigné autant que vous. Je ne puis exprimer la joie avec laquelle j*ai appris que le Conseil avoit agréé, au nom de la république, la dédicace de cet ouvrage, et je sens parfaite* ment tout ce qu*il y a d'indulgence et de grftce dans cet aveu f). J'ai toujours espéré qu'on ne pourroit méconnoltre, dans cette épitre, les sentimens qui l'ont dictée, et qu'elle seroit approuvée de tous ceux qui les parugent ; je compte donc sur votre suffrage , sur celui de votre respectable père , et de tous mes bons concitoyens. Je me soucie très-peu de ce qu*en pourra penser le reste de l'Europe. Au reste,
(') DuM U lettra 4o 9S DOTonbre 1754, tArtttée à M. Perdrtm, OD a vn que Roo«eaii rendoit compte dei mollfi qn'll ïïfûtL de dédier too diiooan I la république de GenèTe, mafs qa*il iTOlt pen d*eapolr de ?oir sa dédicace agréée. G. P.
on avoit affecté de répandre des bruits terribles sur la violence de cet ouvrage, et il n'avoit pai tenu à mes ennemis de me faire des affaires avec le gouvernement ; heureusement, Fod do m'a point condamné sans me lire, et, après l'examen, l'entrée a été permise sans difficulté.
Donnez-moi des nouvelles de votre jonmai.
Je n'ai point oublié ma promesse : ma copie me presse si fort depuis quelque temps, qu'elle ne me donne* pas le loisir de travailler. D'ailleurs, je ne veux rien vous donner que j'aie pa faire mieux : mais je vous tiendrai parole, comptez-y, et le pis aller sera de vous porter moi-même, le printemps prochain, ce que je n'aurai pu vous envoyer plus têt : si je conooii bien votre cœur, je crois qu*à ce prix vous ne serez pas Eàché du retard.
Bonjour, monsieur ; préparez-vous i m'aimer plus que jamais, car j ai bien résolu di vous y forcer à mon retour.