‹ Œuvres complètes de J.J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 42 sur 158 · A M. VERNES · texte numérisé non relu

A M. VERNES

Ilootmorency» le 14 joillet 1791.

Je me bête, mon cher Vcmes, de vous rassurer sur le sens que vous avez donné à ma dernière lettre, et qui sûrement n'étoit pas le mien. Soyez sûr que j'ai pour vous toute Festime et toute la confiance qu'un ami doit à son ami; il est vrai que j'ai eu les mêmesseotioeDs pour d'autres qui m'ont trompé, et que, plein d'une amertume en secret dévorée, il s'en est répandu quelque chose sur mon papier; naii, mon ami, cela vous regardoit si peu, que, dins la même lettre, je vous ai, cemesembteiassez témoigné l'ardent désir que j'ai de vous voir et de vous embrasser. Vous me connoissez mal : si je vous croyois capable de me tromper, je n'aurois plus rien à vous dire.

J'ai reçu l'exemplaire de M. Doviliard rjije vous prie de l'en remercier. S'il veot bien oren adresser deux autres, non pas par la même roie dont il s'est servi, mais à Tadresse de M. Coindei, chez MM. Thélnssan^ Neekereicmpoçnie^ rue Michelr-le^Comie^ je lui en serai obligé. Il a eu tort d'imprimer cet article saas m'en rien dire ; il a laissé des fautes que j'aurois èièes, et il n'a pas fait des corrections et additions que je lui aurois données.

J'ai sous presse un petit écrit (**) sur Fartide Genève de M. d'Âlembert. Le conseil qa il nous donne d'établir une comédie m'a paru pernicieux; il a réveillé mon zèle, et m'a d'autant plus indigné que j'ai vu clairement qu'il ne sa

(*) M, DoTiUard. libraire à Geoève, «Toit, tant raves de rautear, fait imprimer l*arUcl«À»moml0|Mflll7ii«ierEBrT dopMie. qtt*U imbUa lont le titre de DU€omr$tnrrÉKM9-

(••) Cet écrit ne parut que le 2 octobre ralvaot La date « est constatée dans la leUre du SS octobre, ft M. Venus. M. f.

bisoit pas on scrupule de Faire sa cour à M. de Voluire i nos dépens. Voilà les auteurs et les philosophes 1 Toujours pour motif quelque inièrèi particulier, et toujours le bien public pour prétexte. Cher Yernes, soyons hommes et citojens jusqu'au dernier soupir. Osons toojoors parler pour le bien de tous» fût-il préjudidable à nos amis et i nous-mêmes. Ouoi qu il en soit, j'ai dit mes raisons ; ce sera à nos compatriotes à les peser. Ce qui me fâche, c'est que cet écrit est de la dernière foi* blesse ; il se sent de Tétat de langueur où je sais, et où j'étois bien plus encore quand je Fai composé. Vous n'y reconnoltrez plus rien que mon cœur ; mais je me flatte que c'en est assez pour me conserver le vôtre. Voulez-vous bien passer de ma part chez M. Marc Chappuis, lui filtre mes tendres amitiés, et lui demander s'il veut bien q[ue je lui fasse adresser les exemplaires de cet écrit que je me suis réservés, afin de les distribuer à ceux à qui je les destine, saivam la note que je lui enverrai?

Vous m'avez parié ci-devant de madame d'Épiuaj; l'ami Roustan, que j'embrasse et remerieie, m'en parle, et dautres m'en parlent encore. Cela me fait juger qu'elle vous laisse dans une erreur dont il faut que je vous tire* Si madame d'Épinay vous dit que je suis de ses amis, elle vous trompe; si elle vous dit qu'elle est des miens, elle vous trompe encore plus : voilà tout ce que j'ai à vous dire délie. Loin que l'ouvrage dont vous me parlez soit un roman philosophique, c'est au contraire un commerce de bonnes gens (*). Si vous venez, je tous montrerai cet ouvrage ; et si vous jugez qu*il vous convienne de vous en mêler» je Tabtndonne avec plaisir à votre discrétion . Adieu, mon ami ; songez, non pas, grâces au ciel, aux ides de mars, mais aux calendes de septembre ; c'est ce jour-Jà que je vous attends.

À SOPHIE n*

Le IS Jottlet I7BS.

Je commence une correspondance qui n a

n la NouTftIê Bél&Uê.

(**) Sûfible étoit «o des prenons de imdanie d*lf oudctot i i^Cte etroonstenre, et plnMenn autres relaïf vei à la liaison qui ^>oit t%Mi entre Jcao-Jacqnes et cette dame, font présumer celle lettre lui est Mreaaiie.

point d'exemple et ne sera guère imitée : mais, votre cœur n'ayant plus rien à dire au mien, j*aime mieux faire seul les frais d'un commerce qui ne seroit qu onéreux pour vous, et où vous n'auriez à mettre que des paroles. C'est une fausseté méprisable de substituer des procédés à la place des sentimens, et de n'être honnête qu'à l'extérieur. Quiconque a le courage de parottre toujours ce qu'il est deviendra tét ou tard ce qu'il doit être ; mais il n*y a plus rien à espérer de ceux qui se font un caractère de parade. Si je vous pardonne de n'avoir plus d'amitié pour moi, c'est parce que vous ne m'en montrez plus. Je vous aime cent fois mieux ainsi qu'avec ces lettres froides qui vouloient être obligeantes, et roontroient, malgré vous, que vous songiez à autre chose en les écrivant. De la franchise, A Sophie! il n*y a qu'elle qui élève l'flme et soutienne, par l'estime de soimême, le droit à celle d*autrui.

Mon dessein n'est pas de vous ennuyer de fréquentes et longues lettres. Je n'espère pas même, avec toute ma discrétion, que vous lisiez toutes celles que je vous écrirai ; mais du moins aurai-je eu le plaisir de les écrire, et peut-être est-il bon, pour vous et pour moi» que vous ayez la complaisance de les recevoir. Je vous crois un bon naturel ; c'est cette opinion qui m'attache encore à vous : mais une grande fortune sans adversités a dA vous endurcir rame; vous avez trop peu connu de maux pour être fort sensible à ceux des autres. Ainsi les douceurs de la commisération vous sont encore inconnues. N'ayant su partager les peines d*autrui, vous serez moins en état d'en supporter vous-même, si jamais il on vient; et il est toujours à craindre qu'il n'en vienne, car vous n'ignorez pas que la fortune même n*en garantit pas toujours; et, quand elle nous attaque au milieu de ses faveurs, quelles res* sources lui reste-t-il pour les guérir?

Non fldaril délia sorte .

Anoor a me (là fù grata.

B tu ancor abandooata S08|ilrar potrestl un dt.

Veuille le ciel tromper ma prévoyance ! en ce cas, mes soins n'auront été qu'inutiles, et il n'y aura point do mal au moins à les avoir pris : mais si jamais votre cœur affligé se sent besoin de ressources qu'il ne trouvera pas en

CORRESPONDANCE

luiMuéme, si peut-être un Jour d'autres maoières de penser vous dégoûtent de celles qui n'ont pu vous rendre heureuse, revenez à moî, si je vis encore, et vous saprez quel ami vous avez méprisé* Si je ne vis plus, relises mes lettres ; peut-être le souvenir de mon attachement adoucira-t«il vos peines; peut-être trouverezvotts dans mes maximes des consolations que vous n'imaginez pas aujourd'hui.

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