‹ Œuvres complètes de J.J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 44 sur 158 · SS · texte numérisé non relu

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Initrait. Cependant, jeudi dernier, un pensiooDaire des Vertus» qui vint me voir avec le père Curé, m'apprit que vous étiez à Liège; mais ce que j'aurois dû faire il y a deux mois ètoit à présent hors de propos, et ce n*étoit plus )e cas.de vous prévenir; car je vous avoue que je suis et serai toujours de tous les hommes le moins propre à retenir les gens qui se détachent de moi.

J'ai d'autant plus senti le coup que vous avez reçu, que j^étois bien plus content de votre nouvelle carrière que de celle où vous êtes en train de rentrer. Je vous crois assez de probité |K>ar vous conduire toujours en homme de bien dans les affaires, mais non pas assez de vertu pour préférer toujours le bien public à votre gloire, et ne dire jamais aux hommes que ce qu'il leur est bon de savoir. Je me complaisois â wQus imaginer d'avance dans le cas de relancer quelquefois tes fripons, au lieu que je tremble de vous voir contrister les Ames simples dans V06 écrits. Cher Deleyre, défiez-vous de ▼otre esprit satirique; surtout apprenez à respecter la religion : rhumanité seule exigence respect. Les grands, les riches, les heureux dû siècle seroient charmés qu*il n'y eût point de \V%cu; mais Tattente d'une autre vie console de celle-ci le peuple et le misérable. Quelle cruauté de leur 6ter encore cet espoir 1

Je suis attendri, touché de tout ce que vous me dites de 11. G...; quoique je susse déjà tout cela, je l'apprends de vous avec un nou-' veau plaisir; c'est bien plus votre éloge que le sien que vous faites : la mort n*est pas un malheur pour un homme de bien, et je me réjouis presque de la sienne, puisqu'elle m'est une occasion de vous estimer davantage. Ah I Deleyre/ paissé-je m'ôtre trompé, et goûter le plaisir de me reprocher cent fois le jour de vous avoir élé juge trop'sévëre!

Il est vrai que je ne vous parlai point de mon écrit sur les spectacles ; car comme je vous l'ai dit plus d'une fois, je ne me fiois pas à vous. Cet écrit est bien loin de la prétendue méchanceté dont vous parlez ; il est Iftche et foible ; les isécbaos n'y sont plus gourmandes ; vous ne ^ y reconnoftrez plus ; cependantje l'aime plus ^ue tous les autres, parce qu'il m'a sauvé la V^ie, et qu'il me servit de distraction dans des ^viotsens de douleur, où, sans lui» je serois

mort de désespoir. Il n'a pas dépendu demei de mieux faire; j'ai fait mon devoir, c'est assez pour moi. Au surplutt, :je livre Touvrage à votre juste critique. Honerez la vérité ; je vous abandonne tout le reste. 11 est vrai, M. Uelvétins a fait un livre dangereux et des rétractations humiliantes. Mais il a quitté la place de fermier-général ; il a fait la fortune d'une honnête fille; il s'attache à la rendre heureuse; il a dans plus d'une occasion soulagé les maiheu^ reux ; ses actions valent mieux que ses écrits. Mon cher Deleyre, tâchons d'en faire dire autant de nous. Adieu, je vous embrasse de tout mon cœur.

A M40AMB DE GRiQlII.

ilontmorency, f 5 octobra iTSi.

Quoi ! madame^ vous pouviez me soupçonner devoir perdu le souvenir de vos bontés! C'étoit ne rendre justice ni à vous ni à moi : les témoignages de votre estime ne-s'oublient pas, et je n'ai pas un cœur fait pour les oublier. J'en puis dire autant do l'honneur que me fait M. l'ambassadeur ; c'est un grand encouragement poorin*en rendre digne tl'approbation des gens de bien'^st la. seconde récompense de la vertu sur la terre.

ie comprends, par le commencement de votre lettre, que vous voilà tout-à-fait dans la dévotion. Je ne sais sMI faut vous en féliciterou vous en plaindre : la dévotion est un état trèsdoux, mais il faut des dispositions pour le goû • ter. Je ne vous crois pas Tàme assez tendre pour être dévota avec extase, et vous devez vous ennuyer durant l'oraison. Pour moi, j'aimerois encore mieux être dévot que philosophe ; mais je m'en tiens à croire en Dieu, et à trouver dans l'espoir d'une autre vie ma seule consolation dans celle-ci.

H est vrai, madame, que l'amitié me fait payer chèrement ses charmes, et je vois que vous n'en avez pas eu meilleur marché. Ne nous plaignons en cela que de nous-mêmes. Nous sommes justement punis des aitachemens exclusifs qui nous rendent aveugles, injustes, et bornent l'univers pour nous aux personnes que nous aimons. Toutes les préférences de l'ami tié sont des vols faits au genre humain, à la

CORRESPONDANCE

pitHe. Les hommes sont tous nos frères; ils doivent tous être nos amis.

Je conçois les inquiétudes que vous donne ïe dangereux métier delf. votre fils, et tout ce que votre tendresse vous porte à faire pour lui donner un état digne de son nom : mais j'espère que vous ne vous serez point ruinée pour le faire tuer; au contraire, vous le verrez vivre, prospérer, honorer vos soins, et vous payer au centuple de tous les soucis qu il vous a coûtés. Voilà ce que son âge, le vôtre, et Tédu*^ cation qif il a reçue de vous, doivent vous faire attendre le plus naturellement. Au reste, par* donnez si je-ne puis voir les périls qui vous effraient du même œil quft les voit une mère. Eh! madame, est-ce unsignnd mal de mourir? Hélas t c'en est souvent un bien plus grand de vivre.

Plus je reste enfermé dans ma soUinde, moins Je suis tenté de l'interrompre par un voyage de Paris : cependant je n'ai point pris là-dessus de résolution. Quand le dé^ir m*en viendra, je serai prompt à le satisfaire ; mais il n*est point encore venu. Tout ce que je puis vous dire sur l'avenir, c'est que si jamais je fais ce voyage, ce ne sera point sans me présenter chez vous ; et que dans mon système actuel, j'aurai peutêtre quelque reproche à me faire du motif qui * m*y conduira.

Recevez, madame, lès assurances de thon Tespecl.

A M. VERNfiSi

Montmorency, le 22 octobre 47fi8.

Je reçois à l'instant, mon ami, votre dernière lettre sans date, dans laquelle vous m'en annoncez une autre sous le pli de M. de Chenonceaux, que je n'ai poiut reçue : c'est une négligence de ses commis, j'en suis sûr; car il vint me voir il y a peu de jours, et ne m'en parla point. Quoi qu'il en soit, ne nous exposons plus au même inconvénient; écrivez-moi directement et n'affranchissez plus vos lettres, car je ne suis pas à portée ici d'en faire de même. Quoique ce paquet soit assez gros pour en valoir la peine, je ne crois pas que mon ami regrette l'argent qu'il lui coûtera, et je ne lui ni pas donné le droit, que je sache, de penser

moins favorablement de moi. Soyez aussi plus exact aux dates, que vous êtes sujet à oublier. L'écrit à M. d' Alembert parott en effet à Paris depuis le 2 de ce mois ; je ne l'ai appris que le 7. Le lundi 8, je reçus le petit nombre d'exemplaires que mon libraire avoit joints pour moi à cet envoi ; je les ai fait distribuer le mémo jour et les suivans ; en sorte que le débit de cet ouvrage ayant été assez rapide, tous ceux à qui j'en ai envoyé Tavoient déjà : et voità on des désagrémens auxquels m'assujettit l'incon* cevabic négligence de ce libraire. Pour que vous jugiez s'il y a demafoutedanslesrelarà de l'envoi pour Genève, je vous envoie une de ses lettres à demi déchirée, et que j'ai heureusement retrouvée. Si vous avez des relations en Hollande, vous m'obligerez de vous enhire informera lui-même. Selon mon compte J'espère enfin que vous aurez reçu et distribué ceux qui vous sont adressés. Je vous dirai sur celui de M. Labat, que nous ne nous sommes jamais écrit, et que nous ne sommes par conséquent en aucune espèce de relation ; cependant je serai bien aise de lui donner ce léger témoignage que je n'ai point oublié ses honnêtetés. Mais, mon cher Yernes, Roustan est moins ca état d'en acheter un ; je voudrois bien aussi lui donner cette petite marque de souvenir; et

dans la balance entre le riche et le pauvre, je penohe toujours pour le dernier. Je vous laisse le maître du choix. A l'égard de l'autre exemplaire, il faut, s'il vous platt, le faire agréer à M..Soubeyran, avec lequel j'ai de grands torts de négligence, et non pas d*oubli; tâcber, je vous prie, de l'engager à les oublier.

Je n'ignorois pas que l'article Genève èloit cQ partie de M. de Voltaire; quoique j'aie eu la discrétion de n'en rien dire, il vous sera aisé de voir, par la lecture de l'ouvrage, que je savois, en récrivant, à quoi m'en tenir. Mais je trouverois bizarre que*M. de ^iuiire crût, pour cela, que je manquerois de lui rendra un hommage que je lui offre de très-bon cœur. Au fond, si quelqu'un devoit se tenir offense, ce seroit M. d' Alembert ; car, après toit, il ^^ au moins le père putatif de l'article. Vous verrez, dans sa lettre ci-jointe, comment il a reçu la déclaraUon que je lui fis, dans le temp^ de ma résolution. Que maudit soit tout respect humain qui offense la droiture et la vérité t

Vmpkê àfwt ieeou* pour jamais cec indigne

k ■ n riaa à tms dire eor la réimpreMion éè eÊo$mm$ poUUquê, parce que je n*ai pas nçi h lettre oÀ toos n'en parlei; mais je vous ifwe qtie, sor raffire de M. Dovltkird, j'ai cm que Paaleor pouvait hii e« demander deux eiempbires, et s'attendre à les recevoir. S'il m tient qs'é les payer, je vous prie d'enprea* dre le soiafet je vous ferai rembourser cette arance arec celles que vous aurez pa faire au njet 4e «on dertiter écrit, et dont je vous prie de Bi'eaveyer la note.

Jea'aî point ta le livre de*e Esprit; mais j'en aiSM et estime Tauieur. Cependant j*entends de si terribles dioees de l'ouvrage, que je vous prie de l'eiamiMer avec bien dn soin avant d'en hasarder oa jugement ou un eitrait dans votre recueil.

Adien, mon éher Vemes, je voaa aime trop peur répondre i vos amitiés ; ce langage doit ètrs preecrit entre amis.

a «. Lnmv.

,Hk

nu.

ie TOUS remercie p monsieur, de la bonté que TOUS avez de m'avertir de ma bévue au sujet du ibéitre de Sparte, et de Thoonéteté avec laquelle vons voulez bien me donner cet ai^is ['). Je suis si sensible à ce procédé, que je vous demande la permission de Faire usage de Toire lettre dans une autre édition delà mienne. I s'en faut peu que je ne me félicite d'une erreur qui m'attire de votre part cette marque

n vof« mcmv 4 4'^ifnlf ri, lama m de mne SdUkm, pnelia 1» lA lettre de Leroj à laquelle celle deBooMeia «rt de répome te troène dans l'édlilon de Genèfe. • Non* » Micaeat dlt-U à BetMf au, U y arott un théâtre à 8|Mttte. «ittelMiqrtMWWatiteà œhri de Baoebm à AtMow. ml» Il

• éiOi le phn bel ornement de cette Tille... Il tubiltte même

• fDcore en grande {Mr^e. et Paosanlat et Platarque en par>

• Inut c'eat raprSa ee qne cai denxeateDie eo dlaent 4|Ue

• f «0 11 bit rbtatoira qne Je toui envole dam ronvrage qne je

• vifM de mettre au Jour. »

Cet eetrage • pour titiei J^Inm ife« pt%9 beaux monn- «e^ 4e Im Gréo0, pnMié en etTet en I73S, nn Toliune grand tt^otto, 6g., et réimprimé eo 1770. — Lefoy ( Jean-David ) , naabre de r Académie det fDacrIptkms, le tlTra à rarcbilec« taeqn'S g |iinteaa<a à Paili pendant qnwgpte aoa. après en av«ir été étodlcr ea Grèce le«f lue beans modMet. il a enctoiit ttiklléet approfondi font ce qui regarde rarchttecture navale tilieiarinedes tnelem.llcHnMMrtea4l0S. O. P«

d'estime, et je me sey» moins honteux de ma faute que fier de votre correction.

Voilà, monsieur, ce que c'est que de se fier aux auteurs célèbres. Ce n'est guère impunément que je les consulte; et, de manière ou d'autre, ils manquent rarement de me punir de ma confiance. Le savant Cragius, si versé dans l'antiquité, avoit dit ta' chose avant moin et Plutarque lui-même affirme que les Lacédémoniens n'alloient point à la comédie, de peur d'entendre des choses contre les lois, soit sérieusement, soit par jeu. Il est vrai que le même Plutarque dit ailleuia lo contraire; et il lui arrive si souvent de se contredire, qu'on ne devroit jamais rien avancer d'après lui sans l'avoir lu tout entier. Quoi qu'il en soit. Je ne puis ni ne veux récuser votre témoignage ; et quand ces auteurs naaeroieat pas démentis par les restes du théâtre de Sparte encore existans, ils le seroient par Pausanias, Eustathe, Suidas, Athénée, et (j'autres anciens. Il parott seulement que ce théâtre étoit consacré plutôt à des jeux, des danses, des prix de musique, qu*à des représentations régulières, et que les pièces qu'on y jouoit quelquefois étoient moins de véritables drames que des farces grossières, convenables à la simplicité des spectateurs ; ce qui n'empéchoit pas que Sosybius Lacon n'eût fait un traité de ces sortes de parades. C'est La Guilletière qui m*apprend tout cela ; car je n'ai point de livres pour le vérifierr* <\insi rien ne manque à ma faute, en cette occasion, que la vanité de la méconnoitre.

Au reste, loin de souhaiter que cette faute reste cachée à mes lecteurs, je serai fort aise qu'on la publie^ et qu'ils eu soient instruits ; ce sera toujours une erreur de moins. D'ailleurs, comme elle ne* fait tort qu'à moi seul, et que mon sentiment n'en est pas moins bien établi, j'espère qu'elle pourra servir d'amusement aux critiques : j'aime mieux qu'ils trîom* phent de mon ignorance que de mes maximes : et je serai toujours très-content que les vérités utiles que j'ai soutenues soient épargnées à mes dépens.

Recevez, monsieur, les assurances de ma reconnoissance, de mon estime et de mon respect.

COURtSPOiNDANCIî;.

A M. Y£IINES.

Iloutoidrency, le 21 novembre I7SI.

Cher Vernes, plaignez-moi. Les approches de rhiver se font sentir. Je souffre» et ce n'est pas le pire pour ma paresse. Je suis accablé de travail , et jamais mon dernier écrit ne m'a coûté la moitié de la peine et du temps à faire que me coûteront à répondre les lettres qu'il m'attire. Je voudrois donner la préférence à mes concitoyens ; mais cela ne se peut sans m'exposer ; car, parmi les autres lettres, il y en a de très-dangereuses, dans lesquelles on me tend yisiblement des pièges, auxquelles il Faut pourtant répondre, et répondre promptement, de penr que mon silence môme ne soit imputé à crime. Faites donc en sorte, mon ami, qu'un retard de nécessité ne soit pas attribué à négligence, et que mes compatriotes aient pour moi plus d'indulgence que je n*ai lieu d'en attendre des étrangers. J'aurai soin de répondre à tout le monde ; je désire seulement qu'un délai forcé ne déplaise à personne.

Vous me parlée des critiques. Je n'en lirai jamais aucune : c'est le parti que j'ai pris dès mon précédent ouvrage, et je m'en suis trèsbien trouvé. Après avoir dit mon avis, mon devoir est rempli. Errer est d'un mortel, et surtout d'un ignorant comme nK)i ; mais je n'ai pas l'entêtement de Tignorance. Si j'ai fait des fautes, qu'on les censure : c'est fort bien fait. Pour moi, je veux rester tranquille; et si la vérité m'importe, la paix m'importe encore plus.

Cher Vernes, qu'avons - nous fait? Nous avons oublié M. Abauzit. Ah I dites, méchant ami, cet homme respectable, qui passe sa vie a s'oublier soi-même, do^t-il être oublié des autres? 11 falloit oublier tout le monde avant lui. Que ne m'avez-vous dit un mot I Je ne m'en consolerai jamais. Adieu.

Je n'oublie pas ce que vous m'avez demandé pour votre recueil ; mais. . . du temps I du temps ! Hélas 1 je n'en fais cas que pour le perdre. Ne irouvez-vous pas qu'avec cela mes comptes I ont bien rendus I

A M. LE DOCTBUR TRONCBIN.

A Montmoreaqr, le S7 iioTembre I75S.

Votre lettre, monsieur, m'anroit fait grand

plaisir en tout temps et m'en bit surtout aujourd'hui ; car j'y vois qu'ayant jugé l'absent sans l'enteiidre, vous ne l'avez pas jagéuratràfoit aussi sévèremem qu'on me ravoitdit. Plus je suis indifférent sur les jugemensda public, moins je le suis sur ceux des hommes dsToin ordre ; mais» quoique j'aspire à mériter resùne des honnêtes, gens» je ne sais mendier celle de personne^et j'avoue que c'estiachosedurnoodo la moini importante que d'être juste ou isjoiie envers moi.

Je ne doutois pas que vous ne fussÎM de mon avis, ou plutêt que je ne fosse du vêtis, sur la proposition de M. d'Alembert.etjeiuischanné que vous ayez bien voulu eon6rmervouf*aiéBe celte opinion. 11 y aura du malheur si Totn sagesse et votre crédit n'empêchent pa la comédie de s'établir à Genève, et desemaiitenir à nos portes.

A regard des cercles» je convieas de ieon abus, et je n'en doutoia pas; c'est le sort des choses humaines; mais je crois qu'aux cerdes détruits succéderont de plus grands abus encore. Vous faites une distinction très-judiciense sur la différence des républiques grecqua à la nôtre, par rapport à l'éducation publique: mais cela n'empêche pas que cette éducaiion ne puisse avoir lieu parmi nous, et qu'elle ne l'ait même par la seule force des choses, soit qu'on le veuille» soit qu'cAi ne le veuille pas. Considérez qu'il y a une grande différence entre nos artisans et ceux des autres pays. Un horloger 4ie Genève est un homme à présemer partout ; un horloger de Paris n'est bon qu'à parler de montres. L'éducation d'on ouvri< r tend à former ses doigts, rien de plus. Cependant le citoyen reste. Bien ou mal, la tète et le cœur se forment ; on trouve toujours du temps pour cela , et voilà à quoi l'institmion doit pourvoir. Ici, monsieur» j'ai sur vous, dans te particulier, l'avantage que vous avei sur moi dans les observations générales : cet état dps artisans est le mien» celui dans lequel je suis né» dans lequel j'aurois dû vivre, et que je n'ai quitté que pour mon inalheur. J'y ai reçu cette éducation publique, non par une institution formelle, mais par des traditions et des osasimes q4ii, se transmetunt d'âge en âge, doo^ noient de bonne heure à la jeunesse Jes lumières qui lui convieiiiient.et les sentimeni qti'elle

ANM£E 17S9.

doù «Toir. A doosc ans, j'étois an Romaîn ; à TinC^» j*aToi8 couru le oionde, et li'étois plus qu'ua poUtBon. Les temps sont Gbahgés, je ne Ti^iHira pas; mais c'est une injustice de rejeter sur les artisans la corruption publique; on sait trop que ca n'est pas par eux qu'elle a commaàoé. Partout le riche est toujours le premier corrampo, ie pauvre suit, l'état médiocre est aiieial le dernier. Or, chez nous, l'état médiocre est rhoriogerie.

Taal pis si les enfans restent abandonnés a eux-iiêBea. Mais pourquoi le sont-ils? Ce n'est pas la fonte des cercles; au contraire, c'est la qtt*ila doirent être élevés, les filles par les mères, Ica garçons par les pères. Voilà précisément rédttcation moyenne qui nous convient, entra l'éducation publique des républiques grecques, et l'éducation domestique des monarchies, où tous les sujets doivent rester isolés, et n'avoir rien de commun que l'obéissance.

Il na faut pas non plus confondre les exercices que je conseille avec ceux de l'ancienne gjaioasciqoe. Ceux-ci formoient une véritable occupation, presque un métier ; les autres ne doivent être qu'un délassement, des fêtes, et je ne les ai proposés qu'on ce sens. Puisqu'il faut des amusemens, voilà ceux qu'on nous doit offrir. Cest une observation qu'on faisoit de mon temps, que les plus habiles ourriers de Genève étoiept précisément ceux qui briiioient ie plus dans ces sortes d'exercices, alors en honneur parmi nous : preuve que ces diversions ne nuisent point l'une à l'autre, mais au contraire s'entr'aidentmutaellcment; le temps qu'on leur donne en laisse moins à la caopule, et empêche les citoyens de s'abrutir.

Adieu, monsieur; je vous embrasse de tout non ccaur. Puissicz-vous long-temps honorer Totra patrie, et faire du bien au genre humain I

AU. MOULTOU

H uciUnorenCT, le 13 déoembre I75S.

Quoique je sois incommodé et accablé d'occupations désagréables , je ne puis, monsieur, dififérer plus long-temps à vous remercier de >o(ro excellente lettre. Je ne puis vous dire à

quel point elle m'a touché et charmé. Je l'ai relue et hi relirai plus d'une fois : j'y trouve des traits dignes du sens de Tacite et du sèle de Caton. 11 ne faut pas deux lettres comme cellelà pour faire connotlre un homme; et c'est d'après cette connoissance que je m'honore de Totre suffr<ige. 0 cher Moultou ! nouveau Genevois, vous montrez pour la patrie toute la ferveurque les nouveaux chrétiens avoient pour la foi. Puissiez-vous l'étendre, la communiquer à tout ce qui vous environne I Puissiez-vous réchauffer la tiédeur de nos vieux citovens. et puissions-nous en acquérir beaucoup qui vous ressemblent I car malheureusement il nous en reste peu.

Ne sachant si M. Vernes vous avoit remis un exemplaire do mon dernier écrit, j'ai prié M. Coindet de vous en envoyer un par la poste, et il m'a promis de le faire contre-signer. Si par hasard vous aviez reçu les deux, et que vous n'en eussiez pas disposé, vous m'obligeriez d'en rendre un à M. Yernes; car j'apprends qu'il a distribué pour moi tous ceux que je lui avois fait adresser, et qu'il ne lui en reste pas un seul. Si vous n'en avez qu'un, vous in 'offenseriez de songer à le rendre : si vous n'en avez point, vous m'affligeriez de ne m'en pas avertir.

Quoil monsieur, le respectable Abauzit dai' gne me lire, il daigne m'approuver! Je puis donc me consoler de l'improbaiion de ceux qui me blâment ; car il est bien à craindre que, st j'obtenois leur approbation, je ne méritasse guère la sienne. Adieu, mon cher monsieur. Quand vous aurez un moment à perdre, je vous prie de me le donner, il me semble qu'il ne sera pas perdu pour moi.

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