M. VERNES
Uontmorency. le 8 Janvier fvae.
Le mariage est un état de discorde et do trouble pour les gens corrompus, mais pour les gens de bien il est le paradis sur la terre. Cher Vemes, vous allez être heureux, peut^tre l'étes-vous déjà. Votre mariage n'est point secret; il ne doit point l'être; il a l'approbation de tout le monde, et ne pouvoit manquer de l'avoir. Je me fais honneur de penser que votre épouse, quoique étrangère, ne le sera point
CORRESPONDANCE
parmi ootn. Le mérite et la Tertti ne sont étras- (sera qae parmi les mèduas; ajoutes me figure qui n'est commmw mille ptrt, maii qui tait bien se naturalÂwr parMiut, et irons verrez que mademoiselle G... étoit Genevoise avant de le devenir* Je m'attendris» en songeant au bonheur de deux époux si bien unis» i penser que c'est le sort qui vous attend. Cher ami» quand pourraî-je en être témoin ? quand verserat*je des larmes de joie en embrassant vos chers en* fans? quand me dirai-je» en abordant votre ciière ^ouse : « Voilà la mfare de famille que
• j'ai dépeinte ; voilà la femme qu'il faut bo-
• norerT »
Je ne suis point étonné de ce que vous avez fait pour M. Abauzit» je ne vous en remercie pas même ; c'est insulter ses amis que de les remercier de quelque chose. Mais cependant vous avez donné votre exemplaire ; et il ne suffit fias que vous en ayez un» il hiut que vous l'ayez de ma mais. Si donc il ne vous en reste aucun des miens» uiarquez-lo-moi; je vous enverrai celui que je m'étois réservé» et que je n'espérois pas employer si bien. Vous serez le maître de me le payer par un exemplaire de VEeoiuh mie politique f car je n'en aï point reçu.
M. de Voltaire ne m'a point écrit. Il me met MMK-i-fait i mon aise» et je n'en suis pas îkAé. La lettre de M. Tronchin rouloit uniquement sur mon ouvrage et contenoit plusieurs objec* tiens très-judicieuses» sur lesquelles pourtant je ne sais pas de son avis.
Je n'ai point oublié ce que vous voulez bien désirer sur le Choix littéraire. Mais, mon ami» ffletce«*'V0us i ma place» je n'ai pas le loisir ordinaire aux gens de lettres. Je suis si près de mes pièces» que si j^ veux dîner il faut que je le gagne ; si je me repose» il faut que je jeûne» et je n'ai» pour le métier d'auteur» que mes courtes récréations. Les foibles honoraires que m*ont rapportés mes écrits m'ont laissé le loisir d'être malade, et de mettre un peu plus de graissadans ma soupe; mais tout ceiaest épuisé» et je suis plus près de mes pièces que je ne l'ai jamais été. Avec cela» il faut encore répondre à cinquante mille Ictures» recevoir mille impor» tunsi et leur offrir l'hospitalité. Le temps s'en va et les besoins restent. Cher ami, laissons passer ces temps durs de maux^ de besoins» d'importunités» et croyez que je ne ferai rien
ai promptement et avec tant de (Miîr qw d'achever le petit morceau qae je veasdettisê, et qui mnlheureosement ne sera gusiesig# dcToa lecteum ni de vos phtlmophn, csr il est tiré de Platon (*)•
Adieu» mon boa ami. Nous sommes te» deux occupés ; vous» de votre bonheur, ma de imi peines : mais l'amitié partage tout. Mm maux s'allégentquand je songe que vous lesplaifnei ; ils s'effacent presque par le plaisir de to« croire heureux. Ne montrez cette lettre & personne » an motne le dernier article. Adim derechef.
k M4AUII DS CaiQU.
Uoolmoreocr. le IS Janvier «799.
En vérité, madame, s'il ne falloit pas tous remercier de votre souvenir» je crois que je ne vous remercierois point de vos poulardes. Que pouvois-jc faire de quatre poulardes? J'ai commencé par en envoyer deux à gens dont je no me souciois guère. Cela m'a fait penser combien il y a de différence entre un présent et un témoignage d'amitié. Le premier ne trouvera jamais en moi qu'un cœur ingrat; le second... 0 madame 1 si vous m'aviez fait donner de toi nouvelles sans rien m'envoyer de plus» que vous m'auriez fait riche et reconnoissantlau lieu qu'à présent que les poulardes sont mangées» tout ce que je puis faire de mieux c'est de les oublier : n*en parlons donc plas. Voilà ce qu'on gagne i me faire des présens.
J'aime et j'approuve la tendresse maiernelle qui vous fait parler avec tant d'émotion de Varmée où est monsieur votre fils ; mais je ne Tois pas» madame, pourquoi il faut absolument que vous vous ruiniez pour lui : est-ce qu'avec le nom qu'il porte» et l'éducation quil a reçue, il a i)esoin» pour se distinguer» de ces ridicules équipages» qui font battre vos armées et mépriser vos officiers? Quand le luxe est unifenel, c'est par la simplicité qu'on se distingue; et cette distinction» qui laisseroit un homme obs* cur dans la boue » ne peut qu'honorer un
(*) C% noNeui ert rff«Mi 9%r VimU^ltim tUâtreU (iw) m. page IS3 ), Uré det Dialogue! de Ptato». Rooinn le ^ ^ roecMtoQ de u lettK à M. d'Aleniliert» dans laquelle II ne ï^ Vlménr, ■. P.
homme de qtuAlvè. Il ne foui pas que bimmot votre fib souffre, maifl il fout <{U*ii n*ait ri^ de trop : qoaed il ne brillera pas par son équipage, il voudra briller par son onérite, et c'est ainsi qu'il peal honorer et payer vos soins.
Aproposd'éduoation, j anroisqaelques idées iiiree sujet que je serois bien lente de jeter sor te pspier si j'â?ois un peu d*aide ; ouais il faudroit àféi^ li-dessus les obserrations qui m Dâsqoent. Vous êtes mère , madame , et philosophe, quoique dévote; vpus avez élevé un ftb : il a'eo falloil pas tant pour vous faire penser. Si yous Touliez jeter sur le papier, à fos inoaieos perdus, quelques réflexions sur celte matière, et me les communiquer, vous terjei bien payée de votre peine si elles m*aidoient à fotre on ouvrage utile : et c'est de tels dons que je serois vraiment sensible : bien entendu pourUint que je ne m'approprierois que ce que voua me feriez penser, et non pas ce que vous auriez pensé vous-même.
Votre lettre m'a laissé sur votre santé des inqtiiéiadef que vous m'obligeriez de vouloir lever : if ne hat pour cela qu'un mot par la poste. Votre Ame se porte trop bien, elle vous use ; rous n'aurez jamais un corps sain. Je hais ces santés robustes , ces gens qui ont tant de force et si peu de vie ; il me semble que je n'ai ▼èca mot-mAma que depuis que je me sens demiHDort. Bonjour, madame. Il faut finir par régime ; car sûrement , si ma règle est bonne, je ne guérirai pas en vous écrivant.
A M. LE COMTE DK SAlNt-FLORENTlN (').
MoatSMRiiert le H féviler 17&9.
Monseigneur»
J'apprends qu'on s'apprête à admettre à rOpéra de Paria une pièce de ma composition, intitulée le Devin du village. Si vous daignez jeter les yeui sur le mémoire ci-joint , vous ▼enrz, monseigneur, que cet ouvrage n'appartient point à l'Académie royale de Husiqie. Je vous supplie donc de vouloir bien Û défendre de le représenter, et ordonner que la partition m'en soit restituée. Il y a trois ans que j'avoia écrit à M. le comte d'Argenson
(') CMte lettre et le mëàioire qui mit forent remit iiar 1 Senoa. léfident de eenère^ k M. de Sdnt-FlorenUn, qui proBKvne réponae et qtil n*» St point.
pour kii demander cette restitution. Il ne fit aucune attention à ma lettre ni à mon mémoire. J'espère, monseigneur, être plus heureux an* jourd'hui ; car je ne demande rien que dejuste, et vous ne refusez la justice à personne. Je suis avec un profond respect, etc.