A M. TERNES
A «ADAHB LA M Ar£cBALB DE LUXEMBOURG.
An peut château, le S jnla I7B0.
Madame,
rapprends que votre santé est parfaitement rétablie, et je compte au nombre de vos bienfaits de m'en réjouir et de vous le dire. Si chacon doii veiller aur la sienne à proportion de ceux qu'elle intéresse, songez quelquefois, je TOUS supplie, aux nouveltes raisons que vous iivezde vous conserver. L'air de voire parc est &i bon pour les malades, qu'il ne doit pas Tètrc moins pour les convalescens ; et quant à moi, je m'en trouve irop bien pour ne pas vous le conseiller. Agréez, madame la maréchale^ les assurances de mon profond respect.
Montmorency, le UJain 4780.
Je suis négligent, cher Yernes, vous le savez bien ; mais vous savez aussi que je n'oublie pas mes amis. Jamais je ne m'avise de compter leurs lettres ni les miennes, et quelque exacts qu'ils puissent être, je pense à eux plus souvent qu'ils ne m'écrivent. En rien de ce monde je ne m'inquiète de mes torts apparens, pourvu que je n'en aie pas de véritables, et j'espère bien n'en avoir jamais à me reprocher avec vous. Quand M. Tronchin vous a dit que j'avoîs pris le parti de ne plus aller à Genève, il a, lui, pris la chose au pis. Il y a bien de la différence entre n'avoir pas pris, quant à présent, la résolution d'aller à Genève, ou avoir pris celle de n'y aller plus. J'ai si peu pris cette dernière, que, si je savois y pouvoir être de la moindre utilité à quelqu'un, ou seulement y être vu avec plaisir de tout le monde, je partirois dès demain ; mais, mon bon ami, ne vous y trompez pas, tous les Genevois n'ont pas pour moi le cœur de mon ami Vemes; tout ami de la vérité trouvera des ennemis partout; et il m'est moins dur d'en trouver partout ailleurs que dans ma patrie. D'ailleurs, mes chers Genevois, on travaille à vous mettre tous sur un si bon ton, et l'on y réussit si bien, que je vous trouve trop avancés pour moi. Vous voilà tous si élégans, si brillans, si agréables; que feriez-vous de ma bizarre figure et de mes maximes gothiques? Que deviendrois-je au milieu de vous, à présent que vous avez un maître (*) en plaisanteries qui vous instruit si bien? Vous me trouveriez fort ridicule , et moi je vous trouverois fort jolis; nous aurions grand'peine à nous accorder ensemble. Je ne veux point vous répéter mes vieilles rabàcheries, ni aller chercher de l'humeur parmi vous. Il vaut mieux rester en des lieux où, si je vois des choses qui me déplaisent, l'intérêt que j'y prends n'est pas assez grand poiir me tourmenter. Voilà, quant à présent, la disposition où je me trouve, et mes raisons pour n'en pas changer, tant que, ne convenant pas au pays où vous êtes, je ne serai pas dans ce pays-ci un hôte très-insupportable, et jusqu'ici je n'y suis pas traité comme tel. Que s'il m'arrivoit jamais
(•) Voltaire.
CORRESPONDANCE
d'être obligé d*en sortir, j'espère que je ne rendrois pas si peu d*honneur à ma patrie que de la prendre pour un pis-aller.
Adieu 9 cher Vernes. Je n'ai pas oublié le temps où vous m'offrîtes de me venir voir, et où, quand je vous eus pris au mot, vous ne m'en parlâtes plus. Je n'ai rien dit quand tous êtes resté garçon; etsi, maintenant que vous voilà marié et que la chose est impossible, je vous en parle, c'est pour vous dire que je ne désespère point d'avoir le plaisir de vous embrasser, non pas à Montmorency, mais à Genève. Adieu de tout mon cœur.
à M. carubr.
lloiitmoreiicr» le IS JoUlet 1759.
Je te remercie de tout mon cœur, mon bon patriote, et de l'intérêt que tu veux bien prendre à ma santé, et des offres humaines et généreuses que cet intérêt t'engage à me faire pour la rétablir. Crois que, si la chose étoit faisable, j'accepterois ces offres avec autant et plus de plaisir de toi que de personne au monde ; mais mou cher, on t'a mal exposé l'état de la maladie ; le mal est plus grave et moins mérité, et un vice de conformation, apporté dès ma naissance, achève de le rendre absolument incurable. Tout ce qu'il y aura doue de réel dans l'effet de tes offres, c'est la reconnoissance qu'elles m'inspirent, et le plaisir de connoîtrc et d'estimer un de mes concitoyens de plus.
Quant à ton siylc, il est bon et honorable : pourquoi veux-tu l'excuser, puisqu'il est celui de l'amitié? Je ne peux mieux (e montrer que je l'approuve qu'en m'efforçant de Timiter, et il ne tient qu'à toi de voir quec'est de bon cœur. Ne serois-tu point par hasard un de nos frères les quakers? si cela est, je m'en réjouis, car je les aimé beaucoup ; et à cela près que je ne tutoie pas tout le monde, je me crois plus quaker que toi. Cependant peut-être n'est-ce pas là ce que nous faisons de mieux l'un et Pautre ; car c'est encore une autre folie que d'être sage parmi les fous. Quoi qu'il en soit, je suis très-content de toi et de ta lettre, excepté la fin, où tu te dis encore plus à moi qu'à toi ; car tu mens, et ce n'est pas la peine de se mettre à tutoyer les gens pour leur dire aussi des mensonges.
Adieu, cher patriote, je tê salue et t'embranM de tout mon cœur. Ta peux compter que je ut mens pas en cela.
A M. LE MlMÛCBkt DE LIJXBIIBOiniG.
Août 4719.
Assez d'autres vous feront des complimeos. Je sais combien le roi vous est cher, et vous venez d'en recevoir un nouveau témoignage d'estime (*). Je sais combien vous êtes bon père, et ce témoignage est une grâce pour votre fils. Vous voyez que mon cœur entend le vôtre, et qu'il sait quelle sorte de plaisir vous touche le plus ; il le sait, il le sent, il s'en félicite. Ah I monsieur le maréchal, vous ne savez pas combien il m'est doux de voir que l'inégaliié n'ett pas incompatible avec l'amitié, et qu'on peut avoir plus grand que soi pour ami.
A MADAME LA MARicHALB DE LUXEMBOimC MonCinOKDcy, le 91 aoftt 1799.
Non , madame la maréchale , vous ne me faites point de présens, vous n'en faites qu'à ma gouvernante. Quel détour ! Est-il digne de vous, et me méprisez-vous 'assez pour croire me donner ainsi le change? En vérité, ma* dame, vous me faites bien souvenir de moi. J'allois tout oublier hormis mon devoir; et, comme si j'étois votre égal, mon cœureâr osé s'élever jusqu'à l'amitié; mais vonsoe roulez que de la reconnoissance, il faut bien tâcher de vous obéir.
A LA MÊME
Montmorency, le 29 octobre #730.
OÙ êtes-vous à présent, madame la maréchale? à Paris? à rile-Adam? à Versailles? car je sais que vous avez fait ce mois-ci tous ces voyages. Vous me trouverez curieux ; mais puisque celte curiosité m'intéresse, elle est dans l'ordre. A Versailles, vous parlez de mai
(*) La fnnrlvânce de sa charge de ca|iilaine de> gantes accordée au duc de Montmorency. C- P-
ANNÉE i759,
arec M. le maréchal , à l'IIc-Âdam, Toqs en parlez avec le chevalier de Lorenzi; mais à Paris, avec qui en parlez-vous? Je m'imagine que c'est à Paris qn^on va oublier les gens qu'on aime; et, comme je le hais, je Taccuse de tous les maux que je crains. De gr&ce, madame la maréchale 9 songez quelquefois qu'il existe 9 Montmorency un pauvre hermite à qui vous avez rendu votre souvenir nécessaire, et qui ne va point i Paris. Mais, en vérité» je ne sais de quoi je m'inquiète; après les bontés dont vous m'avez honoré, dois-je craindre d'être oublié dans vos courses? et dans quelque lieu que vous puissiez être, n'en sais-je pas un duquel vous ne sortez point?
\os copies ne sont pas encore commencées, mais elles Tont l'être» En toutes choses, il faut suivre Tordre et la justice. Quelqu'un, vous le savez, est en date avant vous ; ce quelqu'un me presse, et il faut bien tenir ma parole, puisque vous ne voulez pas que je dise les raisons que j'aurois de la retirer. Je vais finir la cinquième partie; et, avant de commencer la sixième, je ferai en sorte de vous envoyer la première : mais, madame la maréchale, quoique tous soyez sûrement une bonne pratique, je me fais quelque peine de prendre de votre argent : régulièrement ce seroit à moi de payer le plaisir que j'aurai de travailler pour vous.
Grondez un peu M. le maréchal, je vous supplie, de ce que dans l'embarras où il est, il prend la peine de m'écrire lui-même. J'ai désiré d'avoir souvent de ses nouvelles et des vêtres, mais non pas que ce fût lui qui m'en donnêt ; ne sait-il pas que je n'ai plus besoin qu'il m'écrive? S'il m'écrit encore une fois de tout le quartier, je croirai lui avoir déplu. Pour vous, madame, il n'en est pas tout-à-fait de même. Je crois que j'ai encore besoin de quelques mots d'amitié ; et puis, quand je serai sûr également de tous deux, vous pourrez ne jamais m'écrire ni Ton ni l'autre que je n'en serai pas moins Qonlent, pourvu que mademoiselle Gertrude ou M. Duberlier m'apprennent de temps en temps que vous vous portez bien.
a ■• U KUrfCBAL DB LUXEMBOURG.
NoYembre 1759*
Quelle vie triste et pénible ! que je pressens
T. IV
d'ici vos ennuis, et que je les partage ! 0 monsieur le maréchal I quand viendrez-vous reprendre ici, dans la simplicité de nos promenades champêtres, le contentement, la gatté, la sérénité d'esprit? Je me sais presque mauvais gré de la tranquillité dont je jouis ici sans vous : elle n'est plus parfaite quand vous ne la parta« gez pas.
Depuis ma dernière lettre» je n'ai point eu de rechute, et je sui# aussi bien que je puisse être pour la saison. Mais vous, monsieur, faiteamoi dire un mot de vous, je vous supplie. Je voudrois bien aussi savoir où est M. le duc de Montmorency, et si vous ne l'attendez pas cet hiver.
A M. DELBTRB.
Montmoreneyr le 10 ooTembre I78S.
VoMS voilà donc, mon cher Deleyre, bien décidément fou ; car il n'y a plus de doute sur votre dernière lettre : heureusement ce son de ces folies qui ont leur terme, qui ne laissent après leur guérison qu'un peu de honte pour cicatrice, ei qne bien peu d'hommes ont droit de ne pas pardonner. Pour moi, vous juge^ bien que je vous la pardonne de toutmon cœur; je souhaite aeolement qu^elle ne vous fasse pas faire de sottises.
Puisque vous aimez, vous n'aimez qu'un objet parfait ; cela est clair, et ce n'est assurément pas de quoi je dispute : mais il faut m'excuser d'avoir profané je ne dis pas l'idole, mais la divinité de votre cœur. 11 faut d'abord vous dire que je crus qu'à votre départ tout étoit fini, et que vous ne vous souveniez plus de vos ancien-^ nés adorations que pour vous moquer de vousmême et de votreaimplici té. Naturellement voua conviendrez que cette opinion n*étoit pas sans vraisemblance, et que des amours de Paris ne doivent guère durer plus long-temps que cela. J'avois donc pris le ton que j'imaginois que vous prendriez vous-même, ou que du moins vous écouteriez volontiers : mais non ; l'absence, le sort cruel, vous voilà toujours dans les senti-> mens héroïques. A présent que je le sais, je changerai le ton : assurément je n'ai pas dessein de vous offenser, et je conviens que celui qui
CORRESPONDANCE
laiite mal parler de ce qu'il aime , ou n'aime point, ou n'est qu'un lâche.
Mais quelle inaults affreuse lui ai -je donc ' faite y pour vous plonger dans le désespoir où vous semblés être? Ai-je outragé ses mœurs, sa Tertu, Bon honnêteté? car c est sur tout cela que vous vous épuisez en iipologie ; et, sans mentir J'aimerois autant que vous ne vous fussiez pas tant gendarmé là-dessus, puisqu'il n'en étoit pas question : c'est, mon cher Doleyre, une maxime de guerre, qu*il faut tou-^ jours attaquer les places du côté le mieux for- «cifié. Je Tai traitée de commère, il est vrai ; j*ai «u fort sans doute, et je Taurois bien plus aujourd'hui, que je vous sais toujours sous le charme, si je confirmois une épithëté aussi peu respectueuse. Mais mettez-vous un moment è ma place ; je me disois: Les commères sont importunes, babillardes, curieuses ; pour contenter leur curiosité, peu leur importe de troubler le repos d'autrui. Je me disois qu'une personne discrète et modeste telle que vous m'aviez peint votre maltresse, loin de vous exciter à me ramener, vous en auroît détourné ; elle vous auroit dit (me lîgurois-je] : Pourquoi voulez-vons inquiéter ce pauvre solitaire ? Laissons-le dans sa retraite, puia^*ii veut y rester; je n*aime point è contenter mes fantaisies aux dépens d'autrui. Au lieu de cela, on vient, on se met au guet, on me poursuit, on s'embarrasse fort peu de me chasser de chez moi ; on questionne ma gouvernante: pourquoi ceci? pourquoi cela? on s'amuse â me faire faire un fort sot personnage, et i vous-même un autre , ne vous déplaise, qui ne valoit guère mieux. Excusez, mon pauvre Deleyre, si, dans la grossièreté de ma «omenclature, j'ai osé appeler cela da«ominé^ rage : pareille expression ne m'échappera plus. Mais permettez-moi de vous dire, pour la dernière fois, que, bien que foible autant qu'un antre , jamais femme ni fille à pareils procédés n*aura l'honneur de me rendre amoureux d'elle.
Quant a la femme dont vous me parlez, et qui s'est, dites-vous, vantéede dfner avec moi, j'espère qu'elle n'a pas tenu parole; et quanta moi, je n'en ai entendu parler que par vous, non plus que de votre maltresse, dont je ne sais pas même le nom. Oh ! pour celle-là, puisque vous Uiî la protégez pas, je vais me venger sur elle.
et en faire une véritable commère ; car, voyo* vous, il m'en faut une absolument, et je ym bien que vous m^abandonDezcelle-ci,oomiDel6 chasseur jette i l'épervier un morceau de chair pour lui faire lâcher sa proie.
Enfin donc vous vous êtes choisi aoe nal' tresse tendre et vertueuse l Cela n'est pas éumnant; toutes les maîtresses le sont. Voustovi l'êtes choisie à Paris ! Trouver à Paris m» maîtresse tendre et vertueuse, c'est n'être pas malheureux. Vous lui avez fait une proneiie de mariage I Cher Deleyte, vous aves fait une sottise; car si vous continuez d'aimer, la promesse est superflue; si vous cessez, elle est ioutile, et vous peut donner de grands embarm. Mais peut-être cette promesse a-t-elle été pafée comptant : en ce cas je n'ai plus rien i dire. Vous l'avez signée de votre sang? cela est presque tragique ; mais je ne sais si le choix de l'encre dont on écrit fait quelque chose é la foi de celui qui signe. Je vois bien que l'aiDoor rend enfans les philosophes, tout aussi bien que nous autres. Cher Deleyre, sans être rotre ami, j'ai de l'amitié pour vous, etjesuisalariDè de l'état où vous êtes. Ah 1 de grftce, soagn que l'amour n'est qu'illusion, qu'on ne toit rien tel qu'il est tant qu'on aime ; et, s*il voos reste une étincelle de raison, ne faites rien sass l'avis de vos parens.
A MAnAin LA nutàoÊAiM ta inxcnouafi.
HooCnonBef , le 4S BOffBkie naa.
Vous ne me répondes point, madame /a maréchale, votre silence m*effiraie. Il 6ut que j'aie avec vous quelque tort que j'ignore, ou que j'aie eu trop raison, peut-être, de craindre d'être oublié. Daignez vous mettre i ma place, et soyez équitable. Comblé de tant de caresses, n'ai-je pas dû prévoirJa fin de l'illusion qui m'en faisoit trouver digne ? Mais oii est ma faute? Qu'ai-je fait pour causer cette iliusiooT qu'ai-je fait pour la détruire? EIledeToitne point commencer, ou ne point finir... Quoi! si tâi... C'eût été toujours trop têt. Si mes alarmes vous ont offensée, étoit*ce en les justifiant qu'il falloit m'en punir?
En vérité, dame la maréchale, j'ai le regret de ne savoir do quoi m'accuser ; car, dans
ANNÉE nS9.
SOI
k dnUttee qoi nous sépare, îl raudroit mieux que le tort Mt à moiqu'à yous. Craignant d'avoir commis quelque foute par ignorance» si Yom éiiex une moins grande dame, j'irois me jeter à tos pieds, et je n*épargnerots ni soqnî prière pour eflacer vos méconten-* bien on mal fondés; mais dans le nag oà rooB êtes, ne tous attendes pas que je tes tODt ce que mon cosor me demande ; je dois bien phitAt me pwiirderaitoir trop écouté. Si cette lettre reste encore sans répottse, je me dirai qn'il n'en- fiiut plus espérer»
M Là Mib» f ).
Ce flurertdi loir, 1799.
beaa relire le passage que vous avez transcrit, il Cam, madame, que je tous aroue aie bètiae; je n'y vois point ce qui peut vous offcmer : je n'y vois qu'une plaisanterie, mauvaîM à la vérité, mais non pas criminelle, puisque la seule vo/onté fait le crime : je n'y trouve à blâmer qoe de vous avoir déplu ;, et sans ce nuiliieiir je la pourrois faire encore, et ne me la reproderois pas plus qu'auparavant. Daignes donc vous expliquer diavantage; dites-moi prêciséinentde quoi il Csut que je me repente, ei tcnen-le déjà rétracté.
Vous voulez savoir des nouvelles de ma santé : je me proposois de répondre aujourd'hui là-dessus an petit billet que M. le maréchal me Il écrire mercredi dernier pour 8*en informer. Trouves donc bon qoe cette réponse vous soit commune» ainsi que tous les sentimens de mon coeur. Je me porte moins bien depuis quelque temps ; les approches de l'hiver ne sont point pour moi sans conséquences : les premières gelées se sont fsit sentir si vivement que je me suis cm tout-à-fait arrêté. Cependant je suis mîenz depuis deux ou trois jours : le relâchement de Pair m*a beaucoup soulagé; et si cet état continue, je n'aurai pas plus à me plaindre de masanté depuis l'été dernier qu'elle étoit si bonne, que de mon sort depuis que je suis aimé de vous.
n Sa rapfirocbiiit cette lettre d*nn passege dei CtmfeuUms (lîTrc X. tome I • page STS). on TOit cpi'dlea dû être écrite vrn la Sa de 1799. C«ft inac k tort que M. lfiuapM>qtbay l'a p^rml let lettres de 1761
k n: vsaNss.
Mootmoreiiey, le 10 novenUre 1789
Je savois, mon cher Vernes, la bonne réception que vous aviez faite à Tabbé de Saint^^Non, que vous Faviez fêté, que vous l'aviez présenté à M. de Voltaire, en un mot que vous l'aviez reçu comme recommandé par un ami : il est parti le cœur plein de vous, et sa reconnoissance a débordé dans le mien. Mais pourquoi vous dire cela? n'avez-vous pas eu le plaisir de m'obliger? ne me devez-vous pas aussi de la reconnoissance? n'est-ce pas à vous désormais de vous acquitter envers moi ?
Il n'y a rien de moi sous la presse;. cens qui vous l'ont dit vous ont trompé. Quand j'aurai quelque écrit prêt à parottce» vous n'en serez pas instruit le dernier. J'ai traduit, tant bien que mal, un livre de Tacite, et j'en reste là. id ne sais pas assez le latin pour rentendro* et n'ai pas assez de talent pour le rendra. Je m'en tiens à cet essai : je ne sais même si j'aurai jamais reffronterie de le faire parohre ; j'aurois grand besoin de vous pour l'en rendre digne* Hais parions de l'histoire de Genève. Vous savez mon sentiment sur cette entreprise; je n'en ai pas changé : tout ce qui me reste à vous dire, c'est que je souhaite que vous fassiez un ouvrage assez vrai, assez beai et assez utile pour qu'il soit impossible de l'imprimer ; alors, quoi qu'il arrive, votre manuscrit deviendra un monument précieux qui fera bénira jamaiavotre mémoire par tousies vrais citoyens, si tant est qu'il en reste après vous. Je crois que vous ne doutez pas de mon empressement à lire cet ouvrage; mais si vous trouvez quelque occasion pour me le faire parvenir, à la bonne heure; car, pour moi, dans ma retraite, je ne suis point à portée d'en trouver les occasions. Je sais qu'il va et vient beaucoup de gens de Genève à Paris, et de Paris à Genève ; mais je connois peu tous ces voyageurs, et n'ai nul dessein d'en beaucoup connottre. J'aime encore mieux ne pas vous lire.
Vous me demandez de la musique : eh Dieu, * cher Vernes I de quoi me parlez-vous? Je ne connois plus d'autre musique que celle des rossignols; et les chouettes de la forêt m'ont dédommagé de l'Opéra de Paris. Revenu nu seul goût des plaisirs de la nature, je méprise