‹ Œuvres complètes de J.J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 49 sur 158 · A M. LE CHEVALIER DE LOEEIIZL · texte numérisé non relu

A M. LE CHEVALIER DE LOEEIIZL

Mootmorency, le SI odubie 47».

Je prévis bien, cher chevalier, qae le mauvais temps vous empècheroit de venir lundi dernier, comme vous me l'aviez marqué, et je fus plus Caché qu'alarmé de ne vous pas voir arriver. Je n^aurois même goûté qa'à demi le plaisir de passer une heure ou deux avec roos; car j'étois malade et insociable. Je suis réubii, ou à peu près; mais je ne sais sirhiTer,qui s'avance en manteau fourré de neige, me laissera recouvrer le plaisir perdu auesitAtqne la santé. Qnoi qu'il en soit, que je tous revoie ou non, je pourrai passer des momens moins agréables ; mais je n'en penserai pas moins à vous, et ne vous en aimerai pas moias. Je sens que je me suis attaché à vous sûrement plus que vous ne pensez et plus que je n'ai d abord pensé moi-même. J*en Juge par le plaisir sensible et vrai que j*éprouve quand Je tous vois. Je ne suis pas recherchant, il est vrai; et mon cœur est usé pour l'amitié : je laisse Tenir ceux qui viennent, et s'en aller ceux qui s'eù vont; mais j'aime encore à être aimé. Quand on me convient autant que vous, je ne deoieure guère en reste ; et si je ne suis pas le premier à mettre ma mise, je ne le suis pas non p'tis à la retirer.

Je vous remercierois davantage d^avoir fait ma commission avec tant d^exactiiude, si vous

(*} rroobUoos pis qae dam tes C&nfesiiont (litre Xi ^ VH Rouiseau te reproche vivement d'aToir écrk cetie Jertre, comme annonçant tnoint la délieatesu d'tm bomm fer fvt veut conserver son indépendance^ ^ue la rusiidU <'«« ^ apprU qui se méetmnolt. — A roocasion de U visite qM >« prince de Contt lui fil à Mont-Louis , et dont le récit eit cn^ miné par ce paange des ConfesHtnu, nonseoailoospBnP' peler nn trait de noUre aalenr rapporté par Cbamtort, et vtf caractéristique pour mériter d'être consenré. Ne l'afaDl pai fait* nous pouvons au moins lui donner plaee ici. ^^

« Ondisoit à J.-J. RooHean qnl avolt gagné pinsieiin p««> d'écbecs an prince de Coutl. qn*il ne lai avoit pai fait m cotf . et qu'il falloit loi en laisfier gagner queiques-onek CamaX'dit-il, ie lui donne U tour, r (Gbawobt (Caractères d i"*dous,: O.P.

M Tïïfm faite amti avec une magnificence qui in*eBraie« Je soupçonne» par cet essai, que vous n'ècespasfort propre à être un commissionnaire de copiste* Dépèchez'-Tous bien vite de m'enyoyer mon mémoire, afin que je sache à quoi m'en tenir, et que je m'arrange pour écorcher les pratiques de manière à me payer bientôt de toute cette profusion.

La Jnlie s^avance, et je commence à espérer que, si les glaces ne ferment pas les canaux de bonne heure, elle pourra parottreicicet hiver. Vous avex pris tant d*intérét aux sujets d'estampes, que vous apprendrez avec plaisir qu'ils seront exécutés ; j*ai vu les premiers dessins : j'en sais très-content, et Ton en grave actuellement les planches. Ce n'est pas mon libraire qui a fait cette entreprise; c'est un M. Comdet, mon compatriote, homme de goût, qui aime les arts, et qui s'y connolt. 11 a choisi d'cxcelleiis artistes, et l'ouvrage sera fait avec le plus grand soin : cela fera, ce me semble, un des plus agréables recueils d'estampes qu*on ait vus depuis long-temps ; et je ne doute pas que, s'il Y aroit quelque succès à espérer pour le livre, elles n'y pussent contribuer beaucoup : le mal. heur est qu'elles se débiteront séparément. Adîea, dier chevalier. Je vous parle de mes affaires parce que je pense à moi premièrement : mais c'est à vous que j'en parle; voyez quelle conclusion vous devez tirer de là.

Montmorency

Le mot propre me vient rarement, et je ne le regrette guère enécrivantà des lecteurs aussi dairvoyans que vous. La préface (*) est imprimée, ainsi je n'y puis plus rien changer. Je Tai déjà cousue à la première partie; je l'en détacherai pour vous l'envoyer, si vous voulez; mais elle ne contient rien dont je ne vous aie déji dit ou écrit la substance; et j'espère que \OQS ne tarderez pas à l'avoir avec le livre même; car il est en route. Malheureusement mes exemplaires ne viennent qu'avec ceux du libraire. J'espère pourtant faire en sorte que vous ayez le vôtre avant que le livre soit public.

O CtDt dt ta irou9€Uê BéMsê,

fi. f.

Gomme cette préface n'est que l'abrégé de celle dont je vous ai parlé, je persiste dans la pensée de donner celle-ci à part ; mais j'y dis trop de bien et trop de mal du livre pour la donner d'avance; il fout lui laisser faire son effet, bon ou mauvais, de lui-même, et puis la donner après.

Quant aux aventures d'Edouard, il seroit trop tard, puisque le livre est imprimé : d'ailleurs, craignant de succomber é la tentation, j'en ai jeté les cahiers au feu, et il n'en reste qu'un court extrait que j'en ai fait pour madame la maréchale de Luxembourg, et qui est entre ses mains.

A l'égard de ce que vous me dites de Wolmar, et du danger qu'il peut faire courir à, l'éditeur, cela ne m'effraiepoint ; je suis sûr qu'on ne m'inquiétera jamais justement, et c'est une folie de vouloir se précautionner contre Tinjustice. Il reste là-dessus d'importantes vérités i dire, et qui doivent être dites par un croyant. Je serai ce croyant-là ; et si je n'ai pas le talent nécessaire, j'aurai du moins l'intrépidité. A Dieu ne plaise que je veuille ébranler cet arbre sacré que je respecte, et que jevoudrois cimenter de mon sangl Mais j'en voudrois bien ôter les branches qu'on y a greffées, et qui portent de si mauvais fruits.

Quoique je n'aie plus reçu de nouvelles de mon libraire depuis la dernière feuille, je crois son envoi en route, et j'estime qu'il arrivera i Paris vers Noôl . Au reste, si vous n'êtes pashon» teux d'aimer cet ou vrage,je ne vois pas pourquoi vous vous abstiendriez de dire que vous Taves lu, puisque cela ne peut que favoriser le débit. Pour moi, j'ai gardé le secret que nous nous sommes promis mutuellement; mais si vous me permettez de le rompre, j'aurai grand soin de me vanter de votre approbation f )•

Un jeune Genevois P), qui a du goût pour les beaux-arts, a entrepris de faire graver, pour ce livre, un recueil d'estampes dont je lui ai doimé les sujets : comme elles ne peuvent être prêtes à temps pour paroltre avec le livre, elles se débiteront à part.

(*) on croit qoe cette lettre étolt Klreoée k Doclos. (*') M. Colndet,qut étoit coounis cbes MM. Thélunoii ti Necker.

CORRESPONDANCE

A M. Lfi CBSVAUEII M LORCflZI.

Montmorency, le S novembre 1760.

Vous aik3E à VersQîiles, mon cher chevalier; j'en suis charmé, et je ne me croirai pas concà-fait absent des personnes qse vous allez voir, tant que vous serez auprès d'eiies» Je tous envierois de semblables voyages en pareille occasion, 8*il ne falloit vous envier en même temps votre état, qui vous les rend convenables; et chacun doit être content du sien. Allez donc» cher chevalier; faites un bon voyage : parlez de moi, parlez pour moi. Vous connoissez mes sentimens, vous direz mieux que je ne dirois; un ami vaut mieux qite soi-même en mille occasions, et surtout en celle-là. Ne manquez pas, à votre retDur, de me donner am-^ plement des nouvelles ; il y a très-long-tcmps que je n'en ai aucune d'aucun cAté ; la voiture aux provisions est venue (*) que j*étois malade, et je n'en ai rien su. J'ai envoyé, le 16 du mois dernier, un paquet à madame la marédiaie; je n'ai aucun avis de la réception.

Voua ne me soupçonnez pas, je pense, d'ôtre insensible au souvenir de madame de Boufflers; ou je me trompe fort, ou vous êtes bien sûr que je ne pécherai jamais envers elle par ce côté-là : mais quand vous voulez que je lui écrive, nous sommes loin de compte : j'ai bien de la peine à répondre à ceux qui m'écrivent, ce n'est pas pour écrire à ceux qui ne me répondent point. D'ailleurs je trouve bien mieux mon compte à penser à elle qu'à lui écrire ; car en moinnéme je lui dis tout ce qu'il me platt ; et, en lui écrivant, il ne faut lui dire que ce qui convient. Considérez encore que les devoirs et les soins changent selon les états. Vous autres gens du monde, qui ne savez que faire de votre temps, êtes trop heureux d'avoir des lettres à écrire pour vous amuser; mais quand un pauvre copiste a passé la journée à •oa travail, il ne s'en délasse point à écrire des lettres ; il faut qu'il quitte la plume et le papier. £n général» je suis convaincu qu'un homme

{*)lefnot PMDANT ûtt vraUemblabUment omis. — C'est robiervation qu'ont faite sur ce passage tous tes précédents ëdiienrs, comme pour relever sans doute one erreur de Roos- ■eao ilans cette omission. If ais cette omission ne i'a-t-il pas plntAt faite à dessein, faisant ainsi passer dans le style épistolaJre cette locnUon d'usage dans la conversation : vous viendrez que je n'y #«rof pat? G, P.

sage ne doit jamais fororar ^ Uaiaons dans des conditions fort au-Kiesaiis de la sienne; car, quelque convenance d'humeur et de oti^dkre, quelque sincérité d'attachement qt'il y trouve, il en résulte toujours dans sa manière de vivre une multitude d'inconvéniens secrets qu'il sent tous les jours, qu'il ne peut dire à personne, et que personne ne peut deviner. Pour moi, à Dieu ne plaise que je veuille jamais rompre des aUachemens qui font le bonheur de ma vie, et qui me deviennent plus chers de jour en jour. Mais j'ai bien résolu d'en retrancher tout ce qui me rapproche d'une société générale pour laquelle je ne suis point fait. Je vivrai pour ceux qui m'aiment, et ne vivrai que pour enx. Je ne veux plus que les indiiérens ose votent un seul moment de ma vie ; je sais bien à quoi l'employer sans eux.

L'explication que vous m'avez donnée a»

snjet du papier ne vous justifie pas tDUt-à-Ait de la profusion dont je vous accuae : nais coomra j'aurai peu d'argent à débourser, çràee à l'attention de M. le prince de Conti, je ne me plains pas beaucoup d'une dépense que je ne dois payer qu'en ciMOsons. Afin donc de n'être pas (jiargé d'un dépôt, je prendrai le papier pour mon compte ; au moyen de quoi je taxerai ma copie comme si j'avois fourni le papier, et nous déduirons sur le paiememt trente-trois livres avancées par son altesse. Quant à vous, je consens à ne vous rembourser les neuf francs qu'à notre première entrevue ; mais je voudrois bien ne pas les garder trop long-temps. Je dois vous dire encore que le grand papier destiné à la copie du manuscrit a été un peu Umé par le dos dans la voiture; ce qui peut rendre la reliure plus difficile et moins solide : d'ailleurs la forme m'en parott bien grande pour être employée dans toute sa grandeur. Ne conviendroit-il pasde le plier en deux pour lai donner un format in-4'', à peu près comme celui du manuscrit? De cette manière la limure ne seroit plus au dos, mais sur la tranche, et cela s'en iroit en le reliant. Vous pourrez là-dessus sa-* voir à loisir les intentions du prince ; car j'ai commencé par la musique, et je ne prendrai te manuscrit que quand elle sera faite. Adieu, cher chevalier. Je ne vous dirai phis que je vous aime de tout mon cœur; mais si jamais je cesse, quod absit, alors je vous le dirai.

P. S. Je eonnois an traité de l'éducation médicinale des enfians» el J'ai trouvé ce titre si Mie, que je n'ai pas daigné lire l'ouvrage: mais que celai dont vous parlez soit celai-là oa un aoCie, s'il vons tomboit aisément sous la main» je ne serois pas Bché de le parcourir, sinon, nous pouvons le laisser là. Adieu : le reste pour une aotiB fois.

« Sciiplos et in tergo. Dccdùm fioilnst Orestes. »

A V. DB MAtESHfiRSES.

IfoDtmorenqr» ta 17 novembre 1760.

Je vois» monsieur» par la réponse dont vous m'aves honoré, que j'ai commis, sans le savoir» une indiscrétion pour laquelle je vous dois , avec mes humbles excuses» ma justification, autant qu'il est possible. Prenant donc la discussion dans laquelle vous voulez bien entrer nvec moi comme une permission d*y entrer à mon toor» j'userai de cette liberté pour vous exposer tes raisons de mon sentiment, que j'esiimeroîs être aussi le vdtre, sur Taffaire en qnescJoD.

Je remarquerai d'abord qu'il y a sur le droit des gens beaucoup de maximes incontestées » lesquelles sont pourtant et seront toujours vaines et sans effet dans la pratique, parce qu'elles portent sur une égalité supposée entre les états comme entre les hommes ; principe qui n'est vrai» pour les premiers» ni de leur grandeur» ni de leur forme» ni par conséquent du droit relatif des sujets» qui dérive de Tune et 4e l'antre. Le droit naturel est le même pour tons les hommes» qui tous ont reçu de la nature une mesure commune » et des bornes qu'ils ne peuvent passer; mais le droit des 0ens» tenant à des mesures d'institutions humaines et qui n'ont point de terme absolu , varie et doit varier de nation à nation. Les grands états en imposent aux petits et s'en font respecter; cependant ils ont besoin d'eux et plus besoin pent-étre que les petits n'ont des grands. Il faut donc qu'ils leur cèdent quelque chose en équiralent de ce qu'ils en exigent. Les avanuges pris en détail ne sont paç égaux» mais ik se compensent ; et de là natt le vrai droit des n^ns, établi non dans les livres, mais entre les hommes. Les uns ont pour eux les honneurs,

le rang, la puissance; les autres, le profit ignoble, et la petite utilité. Quand les grands états voudront avoir à eux seuls leurs avanta«ges, et partager ceux des petits, ils voudront une chose impossible ; et, quoi qu'ils fassent» ils ne parviendront jamais à établir dans les petites choses cette parité qu'ils ne souffrent pas dans les grandes.

Les différences qui naissent de la nature df# gouvernement ne modifient pas moins nécessairemcntlesdroilsrespectifs des sujets. La liberté de la presse, établie en Hollande , exige dans la police de la librairie des réglemens différens de ceux qu'on lui donne en France, où cette liberté n'a ni ne peut avoir lieu. Et si Ton vouloit, par des traités de puissance à puissance, établir une police uniforme et les mêmes réglemens sur cette matière entre les deux états, ces traités seroient bientôt sans effet , ou l'un des deux gouvememens changeroit de forme, attendu que dans tout pays il n'y a jamais de lois observées que celles qui tiennent à la nature du gouvernement.

Le débit de la librairie est prodigieux en France» presque aussi grand que dans le reste de l'Europe entière. En Hollande, il est presque nul. Au contraire, il s'imprime proportionnellement plus de livres en Hollande qu'en France. Ainsi l'on pourroit dire, à quelque égard , que la consommation est en France» et la fabrication en Hollande, quand même la France enverroît m Hollande plus de livres qu'elle n'en reçoit du même pays; parce que» où le François est consommateur» le Hollandois n'est que facteur; la France reçoit pour elle seule; la Hollande reçoit pour autrui. Tel est» entre les deux puissances» l'état relatif de cette partie du commerce ; et cet état» forcé par les deux constitutions, reviendra toujours» malgré qu'on en ait. J'entends bien que le gouvernement de France voudroit que la fabrique fût où est la consommation : mais cela ne se peut» et c'est lui-même qui Pempêche par la rigueur de la censure. Il ne sauroit» quand il le voudroit» adoucir cette rigueur; car un gouvernement qui peut tout ne peut pas s'Ater à lui-même les chaînes qu'il est forcé de se donner pour continuer de tout pouvoir. Si les avantages de la puissance arbitraire sont grands, un pouvoir modéré a aussi les siens» qui ne sont pas moin-

CORRESPONDANCE

drcs : c est de faire» sans inconvénient, tout ce qui est utile à la nation.

Suivant une des maximes du gouvernement de France» il y a beaucoup de choses qu*on ne doit pas permettre 9 et qu*il convient de tolérer : d'où il suit qu'on peut et qu'on doit souffrir rentrée d'un tel livre dont on ne doit pas souffrir Timpression. Et» en effet* sans cela, la ^ France» réduite presque à sa seule littérature* fcroit scission avec le corps de la république des lettres, retomberoit bientôt dans la barbarie , et perdroit même d'autres branches de commerce auxquelles celle-là sert de contrepoids. Mais quand un livre imprimé en Hollande parce qu'il n'a pu ni dû être imprimé en France, y est pourtant réimprimé, le gouvernement pèche alors contre ses propres maximes, et se met en contradiction avec lui-même. J'ajoute que la parité dont il s'autorise est illusoire ; et la conséquence qu'il en tire, quoique juste, n'est pas équitable ; car, comme on imprime en France pour la France , et en Hollande encore pour la France, et comme on ne laisse pas entrer dans le royaume les éditions contrefaites sur celles du pays, la réimpression, faite en Hollande, d'un livre imprimé en France fait peu de tort au libraire françois; et la réimpression, faite en France, d'un livre imprimé en Hollande, ruine le libraire hollandois. Si cette considération ne touche pas le gouvernement de France, elle touche le gouvernement de Hollande, et il saura bien la faire valoir, si jamais le premier lui propose de mettre la chose au pair.

Je sais trop bien, monsieur, à qui je parle pour entrer avec vous dans un détail de conséquences et d'applications. Le magistrat et l'homme d'état versé dans ces matières n'a pas besoin des éclaircissemens qui seroient nécessaires à un homme privé. Mais voici une observation plus directe, et qui me rapproche du cas particulier. Lorsqu'un libraire hollandois commerce avec un libraire françois, comme ils disent, en change, c'est-à-dire lorsqu'il reçoit le paiement de ses livres en livres, alors le profit est double et commun entre eux; et, aux frais du transport près, KefFet est absolument le même que si les livres qu'ils s'envoient réciproquement étoient imprimés dans les lieux ou ifs se débitent. C'est ainsi que Rey a traité

ci-devant avec Pisaot et avec Durand de ce qa*il a imprimé pour moi jusqu'ici. De plus, leli* braire hollandois , qui craint la contreEaction, se met à couvert, et traite avec le libraire fran* çois de manière que celui-ci se charge, à ses périls et risques, du débit des exemplaires qu'il reçoit, et dont le nombre est conveoa entre eux. Cest encore ainsi que Rey a négocié pour la Julie. 11 met son correspondant françois en son lieu et place ; et suivant, sans le savoir, le conseil que vous avez bien voulu me donner pour lui, il lui envoie à la fois la moitié de son édition. Par ce moyen, la contrefaction, si elle a lieu, ne nuira point au libraire d'Amsterdam, mais au libraire de Paris, qui lui esc substitué. Ce sera un libraire françois qai en ruinera un autre; ou ce seront deux libraires françois qui s'entre-ruincront mutuellement.

De tout ceci se déduisent seulement les raisons qui me portoienl à croire que vous ne permettiez point qu'on réimprimât en France, contre le gré du premier éditeur, un livre imprimé d'abord en Hollande. Il me reste à vous exposer celles qui m'empêchent et de consentir à cette réimpression et d'en accepter aucun bénéfice, si elle se fait malgré moi. Vous dites, monsieur, que je ne dois point me croire lié par l'engagement que j'ai pris avec le libraire hollandois, parce que je n'ai pu lui céder que ce que j 'a vois, et que je n'avois pas le droit d'empêcher les libraires de Paris de copier ou contrefaire son édition. Maiséquitablement je ne puis tirer de là qu une conséquence à ma charge ; car j'ai traité avec le libraire «tr le pied de la valeur que je donnois à ce qoeje/oi ai cédé. Or, il se trouve qu'au lieu de lui vendre un droit que j'avois réellement, je lui aï vendu seulement un droit que je croyois avoir. Si donc ce droit se trouve moindre que je n'avois cru, il est clair que, loin de tirer du profit de mon erreur, je lui dois le dédommagement du préjudice qu'il en peut souffrir.

Si je recevois derechef d'un libraire de Paris le bénéfice que j'ai déjà reçu de celui d'Amsterdam, j'aurois vendu mon manuscrit deux fois; et comment aurois-je ce droit de l'aveu de celui avec qui j'ai traité, puisqu'il m'a disputé même le droit de faire une édition générale et anique de mes écrits, revus et augmentés de noavelks pièces? 11 est vrai que, n'ayant jamais pensé

ANIf£E 1760.

m'tter ce droit en lui cédant mes manuscrits-, je cr^poufoir en ceci passer par-dessas son oppofitiooy dont il m'a fait le juge, et cela par le néme principe qui oi^empéche» monsieur, d*acqoiescer en cette occasion à votre ayis. CmniDe je me sens tenu à tout ce que j'ai ou éfloocé ou entendu mettre dans mes marchés, je 06 me crois tenu à rien au-delà.

Soit donc que tous jugiez à propos de permettre ou d'empêcher la contrefaction on réimpression du livre dont il s'agit, je ne puis, en ma qualité d'éditeur, ni choisir un libraire fraoçois pour cette réimpression, ni beaucoup moins en recevoir aucune sorte de bénéfice en repoi de conscience. Mais un avantage qui m'est plus précieux, et dont je profite avec le contentement de moi-même, est de recevoir en ceue occasion de nouveaux témoignages de vos bontés pour moi, et de pouvoir vous réitérer, monsieur, ceux de ma reconnoissance et de mon profond respect, etc.

P.-5. Je rooB demande pardon, monsieur, d'avoir iroob/é vos délassemens par ma précédeale lettre. J'attendrai pour faire partir celleci votre retour de la campagne. Je n'ai point non plus remis encore à M. Goérin mon petit manoscnt. Je trouve une lâcheté qui me réputée â vouloir excuser d'avance en public un tim frivole. Il vaut mieux laisser d'abord paro/tre et juger le livre; et puis je dirai mes raisons.

ftef me parott fort en peine de n*avoir point reçu, monsieur, la permission qu'il vous a demandée. Je lui ai marqué qu'il ne devoit point kn inquiet de ce reuird; que le livre, par son espèce, ne pouvoit soutFrir de difficulté, et que, sur toute matière suspecte, il étoit le plus circonspect de tous les écrits que j'avois publiés jusqu'ici. J'espère qu'il ne s'est rien iroové dans les feuilles qui vous en ait fait penser autrement.

AU MÊME

Novembre 1760.

lorsque je reçus , monsieur, la première feuille que vous eûtes la bonté de m'envoyer, je n'imaginai point que vous vous fussiez fait

le moindre scrupule d'ouvrir le paquet; et ni la lettre que je vous avois écrite, ni la réponsn dont vous m'aviez honoré, ne me donnoient lieu de concevoir cette idée. Je jugeai simplement que, n'ayant pas eu le loisir ou la curiosité d'ouvrir cette feuille, vous n'aviez point pris la peine inutile d'ouvrir le paquet. Cependant, voyant que vous n'aviez pas moins eu l'intention d'y faire ajouter une enveloppe contresignée, je jugeai que celles de Rey étoient inutiles, et je lui écrivis d'envoyer désormais les feuilles sous une seule enveloppe à votre adresse, jugeant que vous connottriez suffisamment , au contenu , qu'il 'm'étoit des* tiné. En voyant le billet que vous avez fait joindre à la seconde feuille, je me sois félicité de ma précaution par une autre raison à la* quelle je n'avois pas songé, et dont je prends la liberté de me plaindre. Si malgré nos conventions vous vous faites un scrupule d'ouvrir les paquets, comment puis-je, monsieur, no m'en pas faire un de permettre qu'ils vous soient adressés? Quand Rey vous a demandé cette permission, nous avons songé lui et moi, que, puisqu'il falloit toujours que le livre passât sous vos yeux comme magistrat, vous vous feriez un plaisir, comme ami et protecteur des lettres, d'en rendre l'envoi utile au libraire, et commode à l'éditeur. Si vous avez résolii de ne point lire l'ouvrage, péot-^trc en dois-je être charmé ; mais, si vous croyez devoir le parcourir avant d'en permettre l'entrée, je vous prie, monsieur, de donner la préférence aux envois qui me sont destinés, afin que je me reproche moins l'embarras que je vous cause, et que jo vous en sois obligé de meilleur cœur. J'ai troiivé la première épreuve si fautive, que j'ai chargé Rey de renvoyer la bonne feuille, afin devoir s'il n'y reste rien qui puisse exiger des cartons. En continuant ainsi, vous pourriez lire l'ouvrage moins désagréablement sur la feuille que sur l'épreuve ; mais comme cela doubleroit la grosseur des paquets , et que la feuille ne presse pas comme l'épreuve, si vous ne vous souciez pas de la lire, je la ferai venir à loisir par d'autres occasions. Cest de quoi je jugerai par moi-même, s'il m'arrive encore des paquets fermés, ou que la feuille ne soit pas coupée. C'est un embarras très-importun que celui de tous ces envois et renvois de

feuilles et dépreuves. Je ne le sentis jamais mieux que depuis que vous daignâtes vous en charger ; et il me seroit très-agréable de l'épargner dans la suite à vous et à moi. Je sais aussi, par ma propre expérience et par des témoignages plus récenSy que je pourrois en pareil cas espérer de vous toute la faveur qu*un ami de la vérité peut attendre d'un magistrat éclairé et judicieux: mais, monsieur, je voudrois bien n'être pas gêné dans la liberté de dire ce que je pense, ni m'exposer à me repentir d'avoir dit ce que je pensois.

Soyez bien persuadé, monsieur, quon ne peut être plus reconnoissant de vos bontés, plus touché de votre estime que je le suis, ni vous honorer plus respectueusement que je le fais.

AU mAue.

Uoatmoreucy» ic 17 noveiobro. 1760.

Parfaitement sûr, monsieur, que Id volume que vous avez eu la bonté de m envoyer n'est pas pour moi; je prends la liberté de vous le renvoyer, jugeant qu'il fait partie de l'exemplaire que vous voulez bien agréer. M. Rey l'aura trouvé trop gros pour être envoyé tout à la fois ; et, avec son étourderie ordinaire, il aura manqué de s'expliquer en vous l'adressant. Comme il m'a envoyé les feuilles en détail, et que mes exemplaires viennent avec les siens, il n'est pas croyable qu'il eût l'indiscrétion d'en envoyer un par la poste sans que je le lui eusse commandé.

Je n'ai jamais pensé ni désiré même que vous eussiez la patience de lire ce recueil tout entier ; mais je souhaite extrêmement que vous ayez, monsieur, celle de le parcourir assez pour juger de ce qu'il contient. Je n'ai point la témérité de porter mon jugement devant vous sur un livre que je publie; j'en appelois au vôtre, supposant que vous l'aviez lu. En tout autre cas, je me rétracte, et vous supplie d'ordonner du livre comme si je n'en avois rien dit. Mes jeunes correspondans sont des protestans et des républicains. Il est très-simple qu'ils parlent selon les maximes qu'ils doivent avoir, et très-sûr qu'ils n'en parlent ^u'en honnêtes gens; mais cela ne suffi' pas

toujours. An reste, je pense que tout ce qui peut être sujet à examen dans ce livre ne sen guère que dans les deux ou trois derniers volumes; et j'avoue que je ne les crois pas indignes d'être lus. Ce sera toujours quelque chose que de vous avoir sauvé l'eanoi des premiers.

Je n'ai rien à répliquer aux éclaircissemens qu'il vous a plu de me donner sur la question ci-devant agitée, au moins quant i la considération économique et politique. Il seroit également contre le respect et contre la bonne foi de disputer avec vous sur ce point. J'attends seulement et je désire de tout mon cœur l'occasion de recevoir de vous les lumières dont j'ai besoin pour débrouiller de vieilles idées qui me plaisent, mais dont au surplus je ne ferai jamais usage. Quant à ce qui me regarde, je pourrai être convaincu sans être persuadé; et je sens que ma conscience argumente làdessus mieux que ma raison. Je vous salue, monsieur, avec un profond respect.

A M. DOGLOS.

Ce mercredi 40 novembre I7B0.

En vous envoyant la cinquième partie je commence par vous dire ce qui me presse le plus ; c'est que je m'aperçois que nous arons plus de goûts communs que je n'avois cru, et que nous aurions dû nous aimer tout autrement que nous n'avons fait. Mais votre phi* losophie m'a fait peur ; ma misanthropie ^(^ a donné le change. Nous avons eu des amis intermédiaires qui ne nous ont connus ni l'un ni l'autre, et nous ont empêchés de nous bien connokre. Je suis fort content de sentir enfin cette erreur, et je le serois bien pins si j'ètois pins près de vous.

Je lis avec délices le bien que vous médites de la Julie ; mais vous ne m'avez point fait de critique dans le dernier billet ; et, puisque l'ouvrage est bon, plus de gens m'en diront le bien que le mal.

Je persiste, malgré vos sentimens, à croire cette lecture très-dangereuse aux fill«« ^ pense même que Richâtdson s'est lourdement trompé en voulant les instruire par des ro-

mans; c'est meUro le feu à la maison pour faire jouer tes pompes.

A la qoatrième partie vous trouverez que ie style D'est pas feuillet (*) : tant mieux. Je troure la même chose; mais celui qui Ta jugé tel n'aroit lu que la première partie ; et j'ai peur qu'il n'eût raison aussi. Je crois la quatrième partie la meilleure de tout le recueil, et j*aiéié tenté de supprimer les deux suivantes : mais peut-être compensent-elles Tagrément par Tuiilité; et c'est dans celte opinion que je les ai laissées. Si Wolmar pou voit tie pas déplaire aux dévots, et que sa femme pli!it aux philosophes, j'aurois peut*ètre publié le livres le plus salutaire qu'on pût lire dans ce icmps-ci.

k «. JâCOB VERNET»

Uootmoreocy, le S9 novembre 1760.

Si j'avois reçu, monsieur, quinze jours plus tAt la lettre dont vous m*avez honoré le 4 de ce mois, j'aurois pu faire mention assez heureiisemeni de l'affaire dont vous avez la bonté de m'înstniire; et cela d'autant plus à propos que le livre dans lequel j'en aurois parlé n'étant point Eût pour être vu de vous, j aurois pu vous j rendre honneur plus à mon aise que <lans les écrits qui doivent passer sous vos yeux. C'est une espèce de fade et plat roman dont je suis l'éditeur^ et dont quiconque en aura le courage pourra me croire l'auteur s'il Teut. J'ai semé par-ci par-là dans ce recueil de lettres, quelques notes sur différens sujets, eioaltefur \e préservatif y seroit venue à mer- TeiUe; floaîs il est trop tard, et je n'aurois pu Dure arriver cette addition en Hollande avant que le livre y fAt achevé dimprimer. La vie solitaire que je mène ici, surtout en hiver, ne me doone aucune ressource pour suppléer à cela dans la conversation; et ce qu'il vient de monde à mon voisinage en été prend si peu de fiart aux affaires littéraires, que je n'espère pas être à portée de transmettra sur celle-ci la jusie indignation dont j'ai.été sjusià la lecture de votre lettre. Je n'en négligerai point

O Rzpcctfion famnière à Diderot Voyez lei Confessions» L^re is.— On lit dans qoelqiiei Mitions, feuillus au lien de

loccasion si je la trouve. En attendant, je me réjouis de tout mon cœur que l'évidence de votre justification ait confondu la calomnie, et fait retomber sur ses auteurs l'opprobre dont ils voudroient couvrir tous les défenseurs de la foi, des mœurs et de la venu.

Ainsi donc la satire, le noir mensonge et les libelles sont devenus les armes des philosophes et de leurs partisans 1 Ainsi paie M. de Voltaire l'hospitalité dont, par une funeste indulgence, Genève use envers lui I Ce fanfaron d'impiété, ce beau génie et cette âme basse, cet homme si grand par ses talens» et si vil par leur usage, nous laissera de longs et cruels souvenirs de son séjour parmi nous. La ruine des mœurs, la perle de la liberté, qui en est la suite inévitable, seront chez nos neveux les monumens de sa gloire et de sa reconnoissance. S'il reste dans leur cœur quelque amour pour la patrie, ils détesteront sa mémoire, et il en sera plus souvent maudit qu'admiré.

Ce n'est pas, monsieur, que j'aie aussi mauvaise opinion de l'état actuel de notre ville que vous paroissez le croire. Je sais qu'il y reste beaucoup de vrais citoyens qui ont du sens et de la vertu, qui respectent les lois, les magistrats, qui aiment les mœurs et la liberté. Mais ceux-là diminuent tous les jours ; les autres augmentent, mox daturosprogeniem vitiosiorem. La pente donnée, rien no peut désormais arrêter les progrès du mal : la génération présente l'a commencé; celle qui vient l'achèvera ; la jeunesse qui s'élève tarira bientôt les restes du sang patriotique qui circule encore parmi nous ; chaque citoyen qui meurt est remplacé par quelqueagréable. Le ridicule, ce poison du bon sens et de l'honnêteté, la satire, ennemie de la paix publique, la mollesse, le faste arrogant, le luxe, ne nous forment dans l'avenir qu'un peuple de petits plaisans, de bouffons, de baladins, de philosophes de ruelle et de beaux -esprits de comptoir, qui, de la considération qu'avoient ci-devant nos gens de lettres, les élèveront à la gloire des académies de Marseille ou d'Angers; qui trouveront bien plus beau d'ôire courtisans que libres, comédiens que citoyens, et qtjii n'auroient jamais voulu sortir de leur lit à l'escalade, moins par lâcheté que par

CORRESPONDANCE

crainte de s'enrhumer. Je yoos arooe» monsieur, que tout cela n est guère attrayant pour un homme qui a encore la simpliciiè» peutêtre la folie» de se passionner pour sa patrie, et auquel il ne reste d'autre ressource que de détourner les yeux des maux qu il ne peut guérir.

J'aime le repos, la paix ; la haine du tracas et des soins fait toute ma modération, et un tempérament paresseux m'a jusqu'ici tenu lieu de vertu. Moins enivré que suffoqué de je ne sais quelle petite fumée, j'en ai senti cruel* lement l'amertume sans en pouvoir contracter le goût ; et j'aspire au retour de cette heureuse obscurité qui permet de jouir de soi. Voyant les gens de lettres s'entre-déchirer comme des loups, et sentant tout-à-fait éteinu les restes de chaleur qui, à prés de quarante ans, m'avoient mis la plume à la main , je l'ai posée avant cinquante pour ne la plus reprendre (*}• 11 me reste à publier une espèce de traité d'éducation, plein de mes rêveries accoutumées, et dernier fruit de mes promenades champêtres ; après quoi, loin du public et livré tout entier à mes amis et moi, j'attendrai paisiblement la fin d'une carrière déjà trop longue pour mes ennuis, et dont il est indifférent pour tout le monde et pour moi en quels lieux les restes s'achèvent.

Je suis charmé du voyage chez les montagnons; cela montre quelque souvenir de leur panégyriste chez des personnes qu'il aime et qu'il respecte : il se réjouit de n'avoir pas été trouvé menteur (*). Le luxe a fait du progrès parmi ces bonnes gens. C'est la pente générale, c'est le gouffre oùnout périt tôt ou tard. Mais ce progrès s'accélère quelquefois par des causes particulières, et voilà ce qui avance notre perte de deux cents ans. Je ne puis vous quitter 9 monsieur, comme vous voyez, à moins que le papier ne m'y force. Tirez de

(<) Lm deux écrits qoe j'ai publiés depuis ÉmUê ont tons deux été faits par force i l'iin poor la défense de mon honneur, fanUrepour l'acquit de mon devoir. (Note de Rouêseau^ qui êê iromte dans téditUm donnée far Du Peyrou en 1790, ei qui a été omise dans fresque toutes les éditions postérieu' res,)

(•) Dans TédiUon de Du Peyroo, cette phrase est autrement eonçoe. t Je snis charmé... Cela montre qoe mon témoignage

• a quelque autorité près des personnes pour qui J'ai tant de

• respect, et Je me réjouis pour elles, pour moi, et surtout ■ pour les montagnons, de n'sTolr pas été menteur. Je fte suis

• point étonné qoe le luxe ait fait. G. p.

cela, je vous prie, la conclusion naturelle, et recevez les assurances de mon profond rei^ pect.

A MADAME LA MAaiCHALB DB LOXOIBOUIIG.

Montmorency, le IS décemlKe f 760.

Il y a mille ans, madame, que je n'ai écrit i vous ni à M. le maréchal. Mille riens m'occupent journellement, et jusqu^à prendre sor ma santé, sans qu*tl me soit possible, comme qoe ji fasse, de me délivrer de cet importun tracis. Mais une autre raison bien plus agréable de mon silence est la confiance de pouvoir le garder sans risque. Si j'avois peur d'être oublié, les tracas auroient beau venir, je utmTeron bien le moment d^écrire.

Il se présente plusieurs occasions de disposer de mon Traité de l'Êducaiion, et même arec avantage. Je respecte trop rengagement qo« vous m'avez fait prendre pour traiter de rien sans votre consentement. Je vous le demande, madame,parce que la di ligence m'importe beaucoup dans cette affaire, et que j'y mettrai ud nouveau zèle pour mon intérêt que celui que vous voulez bien y prendre. D'aillenrs tous serez instruite des conditions, et rien ne sera conclu que sous votre bon plaisir. Mon libraire doit arriver dans peu de jours à Paris: si» comme je le désire, il a la préférence, permette^voos qu*il aille vous porter notre accord et tous eo demander la ratification?

J*ai appris la perte qu'a faite madaow'a duchesse de Montmorency trop tard pstt loi en écrire ; car, quoique le chevalier de l/)reDzi m'ait marqué qu'elle étoit fort affligée, j'ai jugé qu'en pareil cas une grande affliction étoit trop peu fondée pour être durable» surtout quand cm en est si bien consolé par ce qui nous reste, et même par ce qu'on a droit d'espérer.

Je vois s'avancer avec bien de l'impatience le moment ^gtff vous rapprochera d'un pas de Montmorenef , en^ttendant celui qui doit vous y ramener, l'aspire tous les matins à rheore que je passe à causer avec M. le maréchal pris de votre lit; et, tant que mon cœur sera snr ma langue, je n'ai pas peur que mon babil ta-

ANNÉE i760.

risNavprto de vods ; mais pour vos soupers, je B'aspire point à l'honneur d*en être, à moins que TOUS n'ayez la charité de m*y recevoir gratis; car je me sens moins en étal que jamais d'j payer mon écot, et, qui pis est, fort peu a/fligé de cette misère.

Je dois TOUS dire que j'ai fait lire la Julie à l'auteur des Confessions; et ce qui m'a confondu est qu'il en a été enchanté : il a plus fait, il a en l'intrépidité de le dire en pleine Académie et dans des lieux tout aussi secrets que cela. Ce n'est pas son courage qui m'étonne :i^ mais concevez-vous M. Duclos, aimant cette longue tratnerie de paroles emmiellées et de Me galimatias ? Pour moi, je ne serois pas trop fiché que le livre se trouvât détestable, après que voua l'auriez jugé bon ; car, comme on ne vous accuse pas d'avoir un goût qui se trompe, je sauro'is bien ûrer parti de cette erreur.

Avant de parVer de payer les copies, il faut, madame, que vous ayez hi bonté de me renvoyer la cinquième partie pour la corriger; après cela vous me donnerez beaucoup d'empressement pour être payé, si vous me promettez mon salaire la première fois que j'aurai rhonneiu* de vous voir.

à M. GOIBOI, UBaAIRI.

KootmonDer, le SI décembre I7e0.

Si j*avois pu sortir, monsieur, tous ces temps-c^ je vous aurois sûrement prévenu dans la visite que vous vouliez me faire ; j'aurois été vous remercier, vous embrasser, vous faire mas adieux jusqu'à Tannée prochaine. Mais il y a Ëti semaines que je suis réduit i garder la chambre, et cela même augmente mes incommodités par la privation de tout exercice ; mais c'est une folie d'enfant de regimber contre la nécessité.

Je ne rapporte i ce que je vous ai déjà marqué sur les projets que les bontés de M. le président deMalesherbes et votre amitié pour moi TOUS font Caire en ma faveur. 11 m'est impossible d'empêcher la réimpression du roman, lonqae M* de Malesherbes y doime son consentement. Mais je n'y saurois accéder à moins que Rej o'y copijnte apasi. Son «onsentement sup-

posé, alors c'est autre chose, et je donnerai volontiers pour cette seconde édition les corrections dont la première a grand besoin. A l'égard des planches et dessins, je vous enverrai M. Goindet, mon compatriote, jeune homme de mérite, i qui je voudrois bien que son entreprise ne fût pas onéreuse, et elle le seroit sûrement, s'il ne pouvoit vendre sa collection que trois livres, sans compter que les soins infinis qu'il se donne pour la perfection de l'exécution, méritent bien qu'il n'ait pas perdu sdn temps. Je lui marquerai de vous aller voir. Quant à la préface en dialogue, aussitôt que l'ouvrage aura paru, je vous la ferai tenir avec le morceau que nous avons conclu d'y joindre, pour en disposer comme il vous plaira.

Gomme je ne veux faire qu'une seule édition de la collection de mes écrits, je souhaite qu'elle soit complète, et pour cela il faut qu'elle contienne ce qui me reste en manuscrit. Entre autres mon Traité de FÉdueaiion doit, ce me semble, être donnée part. Or, je n'imagine pas qu'il puisse être imprimé dans le royaume, au moins pour la première fois, sans une mutilation à laquelle je ne consentirai jamais, attendu que ce qu'il faudroit 6ter est précisément ce que je livre a de plus utile. Je ne vois d'autre remède i cet inconvénient que de faire imprimer d'abord le livre en pays étranger; après quoi, quand il aura fait son premier effet, je ne crois pas que la réimpression en France souffre les mêmes difficultés. Quant au choix du libraire et aux conditions du traité, je ne demande pas mieux que de m'en remettre aux personnes qui veulent bien s'intéresser à moi. Cette difficulté levée, je n'en vois nulle autre de ma part qui puisse empêcher l'exécution de votre obligeant projet. Je doute même que le sieur Pissot pouss&t rimpudence jusqu'à réclamer quelques droits sur les écrits que j'ai eu la bêtise de lui laisser imprimer. Au reste, je ne m'oppose pas i ce qu'il entre dans la société projetée, pourvu que, quant à moi, je n'aie rien k démêler avec Ittii ni en bien ni en mal, ni de près ni de loin.

Lorsqu'il sera question de faire cette collection, je vous enverrai ou je vous porterai, ai vous êtes i Saint-Brice, la note des pièces qui doivent y entrer, afin que vous puissiez vous décider sur le format et le nombre des volumes, après quoi, nous tâcherons de distribuer les

CORRESPONDANCE

pièces dans l'ordre 1o plus avantageux. Le papier me manque pour vous parler demes belles plantations qui ne sont pas encore faites, et auxquelles j'espère que vous et mademoiselle Guèrin voudrez bien venir l'année prochaine donner votre bénédiction.

A M. MOULTOU

Montmorency, le 18 Janvier 1761 .

J'ai voulu, monsieur, attendre, pour répondre à votre lettre du 26 décembre, de pouvoir vous donner des nouvelles précises de mon état et de mon livre (*).

Quant à mon état, il est de jour en jour plus déplorable, sans pourtant que les accidens aient assez changé de nature pour que je puisse les attribuer aux suites de celuf dont je vous ai parlé. Mes douleurs ne sont pas fort vives , mais elles sont sans relâche, et je ne suis ni jour ni nuit» un seul instant sans soufFrir, ce qui m'aliène tout-à-fait la tète, et, de toutes les situations imaginables, me met dans celle où la patience est le plus difficile : cependant elle ne m'a pas manqué jusqu'ici, et j'espère qu'elle ne me manquera pas jusqu'à la fin. Le progrès est continuel, mais lent, et je crains que ceci ne soit encore long.

Mon livre s'imprime, quoique lentement. Il s'imprime enfin ; et je suis persuadé que j'ai fait tort au libraire en lui prêtant de mauvaises intentions, contraires à ses propres intérêts. Je le crois honnête homme, mais peu entendu. Je vois qu'il ne sait pas son métier, et c'est ce qui m'a trompé sur ses intentions. Quant à M. Guèrin, mes soupçons sur son compte sont encore plu8impardonnables,puisqu'ilsempoisonnoient des soins pleins de bienfaisance et d'amitié, et tout4-fiaitdésintéressés. M. Guérin est un homme irréprochable, qui jouit de l'estime universelle» et qui la mérite; et quand on a vécu cinquante ans homme de bien, on ne commence pas si urd à cesser de Tètre. Je sens amèrement mes torts et la bassesse de mes soupçons; mais, si quelque chose peut m'excuser, c'est mon triste état, c'est ma solitude, c'est le silence de mes amis, c'est la négligence de mon

O t'ÉmUe.

libraire, qui meiciissantdansunc ignorance profonde de tout ce qui se faisoit, me livroit sans défense à l'inquiétude de mon imagination effarouchée par milieindices trompeurs, qui me paroissoient autant de preuves. Que mon injustice et mes torts soient donc, mon cher Moultou, ensevelis, par votre discrétipn, dans un étemel silence : mon honneur y est plus intéressé que celui des offensés.

Durant mes longues inquiétudes je suis enfin venu à bout de transcrire le morceau principal ; et quoique je n'aie plus les mêmes raisons de le mettre en sûreté, je suis pourtant déterminé à vous l'envoyer, non-seulement pour réjouir mon cœur, en vous donnant celte marque d'estime et de confiance, mais aussi pour profiter de vos lumières, et vous consulter sur ce morceau-là tandis qu'il en est temps. Quant au fond des sentimens, je n'y veux rien changer, parce que ce sont les miens ; mais les raisonnemens et les preuves ont grand besoin d*un Âristarque tel que vous. Lisez-le avec attention, je vous prie ; et ce que vous trouverez à y corriger, changer, ajouter ou retrancher, marquez-lemoi le plus vite qu'il vous sera possible, car l'imprimeur en sera là dans peu de jours ; et pour peu que vos corrections tardent, je ne serai plus à temps d'en profiter, ce qui pourroit être un très-graiid mal pour la chose ; et la chose est importante dans ce temps-ci. Ne m'indiquez pas des corrections, faites-les vous-même : je me réserve seulement le droit de les admettre ou de ne pas les admettre ; car, pour moi, je n'en ai jamais su faire ; et maintenaac, épuisé, fatigué, accablé de travail et de maux, je me sens hors d'état de changer une seule ligne. J'ai eu soin de coter sur mon brouillon les paiges de votre copie ; ainsi, vous n'aurez qu'à marquer la page et transcrire en deux colonnes, sur l'une le texte, et sur l'autre vos corrections : cela me suffira pour trouver l'endroit indiqué. Mercredi 20, le paquet sera mis ici à la poste : ainsi vous devez le recevoir trois ou quatre jours après cette lettre. N'en parlez, je vous supplie, à personne au monde : je n'en excepte que le seul Roustan, avec lequel vous pouvez le Hre et le consulter, si vous jugez à propos, et'quf, j'espère, sera fidèle au secret ainsi que vous.

Je suis sensibleihenttoucU déshonneur que

TOUS voulez rendre à ma mémoire. L'estime et les regrets des hommes tels que vous me suffisent; il ne faut point d*autre éloge. Cependant les témoignages publics de votre bon cœur flalteroient le mien, si les événemens de ma vie qui sont propres à me faireconnottre pouvoient être exposés au public dans tout leur jour. Mais comme ce que j'ai eu de plus estimable a été un cœur très-aimant, tout ce qui peut m'bonorer dans les actions de ma vie est enseveli dans des liaisons très-intimes, et n*en peut être tiré sans révéler les secrets de l'amitié, qu'on doit respecter même après qu elle est éteinte, et sans divulguer des faits que le public no doit jamais savoir. J'espère pouvoir un peu causer avec vous de tout cela dans nos bois, si vous avez le courage de venir ce printemps, comme vous m'en avez donné l'espérance. Par\ezrmoi franchement sur cela , afin que je sache à quoi je dois m'attendre. Je diffère jusqu'à votre réponse à vous envoyer le morceau dont je vous ai parlé, parce qu'il est écrit fort au large, et ne vaut pas , en vérité, les frais de fa poste.

Quant à ma lettre imprimée à M. de Voltaire, les démarches dont vous parlez ont été déjà faites auprès de lui par d'autres et par moi-même, toujours inutilement; ainsi je ne pense point du tout qu'il convienne d'y revenir.

Je dob vous dire que je fais imprimer en Hollande un petit ouvrage qui a pour titre du ùmirat social, ou Principes du Droit politique, lequel est extrait d'un plus grand ouvrage , intitulé: Institutions politiques, entrepris il y a dix ans, et abandonné en quittant la plume, entreprise qui , d'ailleurs, étoit certainement au-dessus de mes forces. Ce petit ouvrage n'est [nmi encore connu du public, ni même de mes amis; vous êtes le première qui J'en parle. Comme je revois aussi les épreuves, jugez si je suis occupé» et si j'en ai assez dans l'état ou je suis. Adieu, n'affranchissez plus vos letu-es.

k M. DE MALBSHERBES.

ItoDtmorency, le 38 iaovier 1761.

Permettez-moi, monsieur, de vous représenter que la seconde édition s'étani faite à mon

insu, je ne dois point ménager à mes dépens les libraires qui Tout faite, lorsqu'ils ont eu eux-mêmes assez peu d égards pour moi; qu'aux fautes de la première édition ils ont ajouté des multitudes de contre-sens, qu'ils auroient é\itéssi j'avoisété instruit à temps de leur entre^ prise et revu leurs épreuves : ce qui étoit sans difficulté de ma part, cette seconde édition se faisant par votre ordre, et du consentement de Rey. J'aurois pu en même temps coudre quelques liaisons, et laisser des lacunes moins choquantes dans les endroits retranchés. Cependant je n'ai pas dit un mot jusqu'ici, si ce n'e^t au seul M. Goindet, qui est au fait de toute cette afiaire ; je me tairai encore par respect pour vous. Mais je vous avoue, monsieur, qu'il est cruel de sacrifier en silence sa propre réputation à des gens à qui l'on ne doit rien.

Le sieur Robin a grand tort d'oser vous dire que je lui ai promis de garder chez moi les exemplaires qu'il devoit m'envoyer. Cette pro^ messe eût été absurde ; car de quoi m*eût servi de les avoir pour n'en faire aucun usage? Je lui ai promis d'en distt ibuer le moins qu'il étoit possible, et de manière que cela ne lui nuisti pas. Il n'y a eu que six exemplaires distribués, des douze qu'a reçus pour moi M. Goindet. Je lui marque aujourd'hui de faire tous ses eflPorts pour les retirer. Quant aux six autres, ils sont chez moi, et n'en sortiront point sans votre permission. Voilà tout ce que je puis faire. Recevez, monsieur, les assurances do mon profond respect, etc.

k MADAME DE CftiQUI.

A Montmorencr. leSOJantier 1761.

Madame, votre lettre me platt, me touche, et m'alarme. On fait des complimens aux gens indifférons ; mais aux personnes qu'on aime on leur parle de soi. Je vous parlerai de moi aussi dans un autre temps; mais pour le présent parlez-moi de M. l'ambassadeur (*) , je vous supplie : vous savez qu'il a depuis long^-temps tous les respects de mon cœur, et votre attachement pour lui me rend sa vie et sa santé encore plus chères. Vous pleurez la mort d'un ami ; je vous plains : mais je connois des gens

(') M. de Froiilay,OQcle de madime de Créqnl. M. P. >

CORRESPONDANCE

plus malheureux que vous. Eh I madame, c'esl une perle bien plus cruelle d'avoir à pleurer son ami vivant.

A LA MÊME

A lloiitniorency, le 5 férrier I7SI.

Je suis, madame, pénétré de reconnoissance et de respect pour vous ; mais je ne puis accepter un présent de Tespëce de celui que vous m*avez envoyé. Je ne vends pas mes livres ; et si je les vendois, je ne les vendrois pas si cher. Si vous ares retiré vos anciennes bontés pour moi au point de dédaigner un exemplaire des écrits que je publie, vous pouvez me renvoyer eelui'la ; je le recevrai avec douleur, mais en silence.

Vous me marquez qu'on trouve ce livre dangereux : je te crois en effet dangereux aux fripons, car il fait aimer les choses honnêtes. Vous devez concevoir là-dessus combien il doit être décrié, et vous ne devez point être fâchée pour moi de ce décri; il me seroit bien plus humiliant d'être approuvé de ceux qui me blâment. Au reste, si vous voulez en juger par vous-niême, je crois que vous pouvez hasarder de lire ou parcourir les trois derniers volumes : le pis aller sera de suspendre votre lecture aussitôt qu'elle vous scandalisera.

Vous ' n^ignorcz pas, madame, que je n*ai jamais hit grand cas de la philosophie, et que je me suis absolument détaché du parti des philosophes. Je n'aime point qu'on prêche l'impiété : voilà déjà de ce côté-là un crime qu'on ne me pardonjiera pas. D'un, autre côté , je blâme Tintolérance, et je veux qu'on laisse en paix les incrédules ; or, le parti dévot n'est pas plus ^durent que Tautre* lugez en quelles mains nm voili ^mbé.

ParrdflssuStoela il faut vous dire qu'une équivoque .plaisante de M» de Marmoniel m'en a fait UDiennemi rperaooael, furieux et implaca^ ble, attendM ^ue la vanité blessée ne:pardonne point. jQu^nd ma tettre contre les spectacles parut, «jfJoi en iidr^ssai un* exemplaire avec ces mota i Nimpoê à l'auteur du Mercure, mais à M. d^MannafUelJ %ni9ndoïs par-4à que j'envoyois^^ Uvro 4 sa personne^Met non pas pour quil en parlât dans son journal; de plus, je voulois dire que âf. de Marmontel étoit capa-

ble de mieux'que de faire le Mercure de France. G'étoit un compliment que je lui iaisois ; il y a trouvé une injure ; et d'après cela vous pouvez bien croire que tous mes livres sont dangereux tout au moins.

Tels sont les dignes défenseurs des moeurs et de la vérité. Je me suis rendu justice en m'éloignant de leur vertueuse troupe; il ne falloit pas qu'un aussi méchant homme déshonorât tant d'honnêtes gens. Je les laisse dire, et je vis en paix ; je doute qu'aucun d'eux en fit autant à ma place.

Je me flatte que le bon Saint-Louis m'a trouvé le même que J'étois quand vous m'honoriez de votre estime. Il me seroit cruel de la perdre , madame ; mais il me seroit encore plus cruel de l'avoir mérité. Quelque malheureux qu'on puisse être, il est toujours quelques maux qu*on peut éviter. Bonjour, madame. Vous ares raison de me renvoyer à ma devise ; je continue à me servir de mon cachet sans honte, parce qu'il est empreint dans mon cceur.

J'apprends avec grand plaisir l'entier rétablissement de M. l'ambassadeur ; mais tous me parlez de votre santé d'un ton qui m'inquiète; cependant Saint-Louis me dit que vous êtes assez bien. Pour moi , la solitude m'ôte sinon mes maux, du moins mes soucis, et cela fait que j'engraisse : voilà tout le changement qui s*est fait eq moi.

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