‹ Œuvres complètes de J.J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 50 sur 158 · A MADAME D AZ · texte numérisé non relu

A MADAME D AZ

Qiil m'aToit envoyé l'cstinipe enca<ir^e de son pcrtmt. a%cc deé vende aou nuri aiHicHOiit.

Le 40 février mt^

Vous m*avcz fait, madame, im présent bien précieux ; mais j'ose dire que le sentiment avec lequel je le reçois ne m'en rend pas indigne. Votre portrait annonce les charmes de votre caractère : les rers qui l'accompagnent achèvent de le rendre inestimable. Il semble dire : Je fais le bonheur d'un tendre époux ; je sois hi muse qui l'inspire, et je suis la bergère qu'il chante. En vérité, madame, ce n'est qu'avec un peu de scrupule que je l'admets dans m^t retraite, et je crains qu'il ne m'y laisse plus aussi solitaire qu'auparavant. J'apprends aosà que vous avez payé le port et même à très— haut prix : quant à cette dernière générosité , trouvez bon an'elle ne soit point acceptée , et

<|ii*à h première occasioo je preooe la liberté de TOUS rembourser tos ayances (*).

Agréai, madame, toute ma reconnoisBance»

e( uwc mon respect.

h n. DE MALESUalilS.

MontMMrtnqr, la It ftvritr ITM.

J'ai fait, monsieur, tout ce que tous avez Yooln ; et le consentement du sieor Rej ayant leré mes scrupules, je me trouve riche de vos bienfaits. L'intérêt que vous daignez prendre à moi est an-dessus de mes remerctmens; ainsi îe ne vous en ferai plus : mais M. le maréchal de Luxembourg sait ce que je pense et ce que je sens; il pourra vous en parler. N'aurai-je point, monsieur, la satisfaction de vous voir cheilui à Montmorency au prochain voyage de Pâques, ou au mois de juillet, qu'il y fait une plus longue station et que le pays est plus agréa«ble? Si je n*ai nul autre moyen de satisfaire flBon empressement et que vous vouliez bien, dans la belle saison, me donner chez vous une heure d'andîence particulière, j'en profiterai pOBt êOer vous rendre mes devoirs.

vous m'avez écrite le 5 de ce mois« Vous aves raison de croire que Tharmoniede Tâme a aussi ses dissonances, qui ne gfttent point l'effet du tout : chacun ne sait que trop comment elles se préparent ; mais elles sont difficiles à sauver. C'est dans les ravissans concerts des sphères célestes qu'on apprend ces savantes successions d'accords. Heureux^dans ce siècle, de eaeopho* nie et de discordance, qui peut se conserver une oreille assez pure pour entendre ces divine concerts I

Au reste, je persiste à croire, quoi qu'on en puisse dire, que quiconque, après avoir lu la Nouvelle Uélçiise^ la peut regarder comme un livre de mauvaises mœurs, n'est pas foit pour aimer les bonnes. M me réjouis, monsieur, que vous ne soyez pas au nombre de ces infortunés, et je vous salue de tout mon eœur.

lIoatnoNDcr. Is 11 MnierlTSI.

Voua aves beaucoup d'esprit, madame, et T009 ravîec ayant la teônie et la JtUie; cependant je n'ai trouvé que leela dans votre lettre : d'où je eoncins que cette lecture ne tous est pas propre puisqu'elle ne vous a rieA inspiré. le ne tous en estime pas moins, madame ; les Ames tendres sont souvent foibles,etc*est toujours un crime à une femme de Tétre. Ce n'est point de mon aven que ce livre a pénétré jus* qu'A Genève, je n'y en ai pas envoyé un seul exempiaiie ; et, quoique je ne pense pas trop bien de nos moeurs actuelles, je rie les crois pas eneors assez mauvaises pour qu'eUes ga^ gnassent de remonter à l'amour.

Reeevez, madame, mes très^humbles remer^ daens et les assurances de mon resp^t.

MoDUnoicnqr, le 13 MTrier 4761.

Je n'ai reçu qu'hier, monsieur, la lettre que

(') tteariitaoïiiiétfalaiMraapofteiir*

k M. n'ALEHSERr.

Hboliivreiiey. le 15 février 47S1.

Je suis charmé, monsieur, de la lettre que TOUS venez de m'écrire ; et, bien ioin de me plaindre de votre louange, je vous en remerciOi parce qu'elle est jointe à une critique franche et judicieuse qui me fait aimer l'une et Tantre oomqjjs le lang.'^eide l'amitié. Quant à ceux qui tronvqpt ou feignent de trouver, de l'opposition entre ma Isiire sur les speetaclq^ et la Nouvelle HéUnse^ je suis bien sAr qu'ils ne vous en imposent pas* Vous savez que li\ vérké, quoiqu'elle soit une, change de ferme selon les temps et les lieux, et qu'on peut dire à Paris ce qu'en des jours plus heureux on n'eût pas dû dire à Genève. Hais à présent les scrupules ne sont plus de saison ; et partout où séjournera long-temps M. de Voltaire , on pqprra jouer après lui la comédie et lire des romans sans danger. Bonjour, monsieur ; je vous embrasse, et vous remercie derechef de votre lettre : elle me plaii beaucoup.

k U. PANCXOOCKB.

Ilootanoreiicy, te 15 lérrier I7SI.

J*ai reçu le 42 de ce mois, parla poste, une lettre anonyme, sans date, timbrée de Lille» et franche déport. Faute d'y pouvoir répondre

T. IV

CORRESPONDANCE

P'AT une autre vote» je déclare publiquement à i^iiuteiur de cette lettre que je l'ai lue et relue a?ec émotion, arec attendrissement; qu'elle ro*inspire pour lui la phia tendre estime, le plus fjrand désir de le connottre et de l'aimer ; qu'en me parlant de 8ea larmes, il m'en a fait répandre; qu'enfin, jusqu'aux éloges outrés dont il me comble, tout me plaft dans cette lettre, excepté la modeste raison qui le porte à se cacher.

A MADAME lA MAr£cBA).1I DE LUZBlIB0<fR6.

llontmoreiicy, le 16 février 1761.

ic VOUS dois un remerctmiKrit, nradame'la maréchale, pour le beurre que vous m'avez envoyé-; mais vous savez 1)ien que je suis de ces ingrats qui ne remercient guère. D'ailleurs ce petit panier nriiiquiëto : je m'nttendois à uu petit pot. J'ai peur que vous ne m'ayez puni d'avoir dit étourdioieut mon goût, en le contentant aux dépens du vAtre. En ce cas, on ne sauroit donner plus poliment une leçon plus cruelle. J'ai reçu de bon cœur votre présent, madame : mais je ne puis me résoudre à y toucher ; je croirois faire une communion indigne, je croirois manger ma condamnation.

^La publication de la Julie m'a jeté dans un trouille que ne me donna jamais aucun do mes écrits. J'y prends un fiilérét S enfant qui me désole ; et je reçois là-dessus des lettres si différentes, que je ne sauroia encore à quoi m'en tenir sur son succès, si M. le maréchal n'avoit eu la bonté de me rassurer. La préface est unanimement décriée; et cependant telle est ma prévention, que pluâjo la relis, plus elle me plait. Si elle ne vaut rien, il faut que j'aie touta-fait la tète a l'envers. Il faudra voir ce qu'on dira de la grande. Il s'en faut bien, à mon gré, qu'elle vaille l'autrr. Je la suppose actuellement entre vos mains : pour moi, je ne Tai pas encore. Elle devoit pnroitre aujourd'hui, et je n'en ai point de nouvelles.

Vous savez sans doute c|ue madame de Boufflers est venue me voir. Elle ne m'a point dit que vous lui aviez parlé; mais je ne me suis pas trompé sur cette visito, et elle m'a fait d'autant plus de plaisir. Le chevalier de Lorenzi m'a écrit deux fois, et Je n'ai pas encore trouvé le

moment de pouvoir lui répondre ; mais il doit savoir que j'aime plus que je n'écris : pour lui, je crois qu*il fait le contraire.

Il souffle un grand vent qui me fait beaucoup de plaisir, parce que les vents de cette espèce sont les précurseurs du printemps* Cette saison commence, madame, le jour de votre arrivée; il me semble que le vent me porte i pleines voiles au '1 2 de mars«

A M. DB

Uoutraorency, le 19 (éYxier 1761.

Voili, monsieur, ma réponse aux obserrations que vous avez eu la bonté de m'enrojer sur la [Nouvelle Béloise. Vous l'avez élevée à l'honneur auquel elle ne s'attendoit guère > d'occuper des théologiens : c'est peut-ètfe'un sort attaché à ce nom et à celles qui le porteot d'avoir toujours à passer par les mains de ces messieurs-là. Je vois qu'ils ont travaillé à la conversion de celle-ci avec un grand zèle, e( Je ne doute point que leurs soins pieux n'en aient fait une personne très-orthodoxe; mais je trouve qu'ils l'ont traitée avec un peu de rudesse : ils ont flétri ses charmes ; et j aroue qu'elle me plaisoit plus, aimable quoique hérétique, que bigote et ilianssado comme la voilà. Je demande qu'en me la rende comnoe je l'ai donnée, ou je rabandonnerai a directeurs.

A MADAME LA DUCBESSB DB MOrmOURCT.

Alontinorency, le 21 fërrier 1761.

J'étois bien sûr, madame, que vous aimerîex la Julie malgré «ses défauts, le bon naturel les efface dans les cœurs faits pour tes sentir. J'ai pensé que vous accepteriez des mains de madame la maréchale de Luxembourgiice léger hommage que je.n'osois vous offrir moi-même. Mais en m'en faisant des remerctmens,niadame, vous prévenez les miens, et vous augmentez l'obligation. J'attends avec empressement le moment de vous faire ma cour à Montmoreacj» et do vous renouveler, madame la duchesse, les assurances de mon profoiid res^t.

ANNEE I76f.

A MADAHB BB CBJQUI.

MonliiioreDcyi le U février 1761.

Madame, Je Toqs dois bien des réponses ; j'aime à recevoir de tos ieures; j'aidoplaisirà vous écrire; je Toudrois vous écrire long-temps ; il me'scmble que j'ai mille choses à vous dire, mais il m'estimpossiblede vous écrire à monaisequant i présent; les tracas m'absorbent, me tuent; je suis excédé. Permettez que je renvoie à un" temps plus tranquille le plaisir de m^entretenir avec vous* Je prends part à tous vos soucis : les miens ne sont pas si graves, mais ils me touchent d'aussi près. Si vous effectuez jamais le projet d'aller vivre à la campagne, ne me laissez pas ignorer votre retraite; car, fussiezvous au bout da royaume, si vous ne rebutez pas ma Tîsite, î'irai, de mon pied, faird un pèlerinage auprès de vous.

A KADAMB BOURETTB,

Ob' alifoit écrit deu lettrée comécutiYet avec des rert, et qak BlhiTltott à prendre du eaié €ha elle dans une tasse focnsMe d'or, que il. da Voltaire loi avoit donuée.

MonlBioreDcy, le 12 mars 176t.

Je n*avois pas oublié, madame, que je vous defoisune réponse et un remerctment ; jeserois pliuexaa si Ton me laissoit plus libre; mais il £iat malgré moi disposer de mon temps, bien plus comme il plaît à autrui que comme je le devroiset le voudrois. Puisque l'anonyme vous avott prévenue, il étoit naturel que sa réponse précédét aussi la vôtre ; et d'ailleurs, je ne vous dissimulerai pas qu'il avoit parlé de plus près à aion cœur que ne font des complimens et des vers.

Je voudrois, madame, pouvoir répondre à riionneur que vous me faites de me demander uo cxem^daire de la Julie; mais tant de gens voQsontencore ici prévenue, que leseagmpiairesqui m avoient été envoyés de I^llahde par mon libraire sont donnés ou destina, et je n'ai oaUe espèce de relation avec «eux qui les débi« teotà Paris. Il faudroitdonc en acheter un pour rousToffriri et c*est, vu l'état de ma fortune, ce que vous n'approuveriez pas vous-même : déplus, je y sais point payer les louanges; et

si je faisois tant que de payer les vôtres, j'y voudrois mettre un plus haut prix.

Si jamais l'occasion se présente de profiter de votre invitation, j'irai, madame, avec grand plaisir vous rendre visite et prendre du café chez vous ; mais ce ne sera pas, s*il vous plair, dans la tasse dorée de M. de Voltaire, car je ne bois point dans la coupe de cet homme-là.

Agréez, madame, que je vous réitère mes très-humbles remerctmens et les assurances de mon respect.

A M. MOULTOU

Hootmorènex, mars 1761.

Il faudroit être lé dernier des hçmmès pouf né pas s'intéresser à l'infortunée Louison. La pitié, la bienveillance que soii honnête historien m'inspire pour elle, ne me laissent pas douter que son zèle à lui-même ne puisse être aussi pur que lé mien ; et cela supposé, il doit compter sur toute Testimé d'uii homme qui ne la prodigue pas. Grâces au ciel, il se trouve, dans un rang plus élevé, des cœurs atissi Seiisi-^ blés, et qui ont à la fois le pouvoir et là volonté de protéger la malheureuse mais estimable victime de rinfamie d'un brutal. M. le maréchal de Luxembourg, et madame la inaréchale, à qui j'ai communiqué voti*e lettre, ont été émus,^ ainsi que moi, à sa lecture; ils sont disposés, monsieur, à vous entendre et à consulter avec vous ce qu'on peut et ce qu*il convient de faire pour tirer la jeune personne de la détressé où elle est. Us retournent à Paris après Pâques. Allez, monsieur, voir ces dignes et respectables seigneurs; parlez-leur avec cette simplicité touchante qu'ils aiment dans votre lettre ; soyez avec eux sincère en tout, et croyez que leurs cœurs bienfaisans s'ouvriront à la candeur du vôtre» Louison sera protégée si elle mérite do rêlre; et vous, monsieur, vous serez estimé comme le mérite votre bonne action. Que si dons cette attente, quoique assez courte, là situation de la jeune personne étoit trop dure, vous devez savoir que, quant à présent, je puis payer, modiqueinent à la vérité, le tribut d\ï, par quiconque a son nécessaire, aux indigens honnêtes qui ne l'ont pas.

GORIIESPONDANGE.

A MâBAMB LA MMltoALB DE LITKEIIBOISRG.

Vous compte; par les jours, madame, et moi par les heures ; cela fait qae rinterralle me parott YingtH)uatre fois plus long qu'à tous, et les quinze jours qui restent jusqu'à votre Yoyage font, selon mon calcul^ encore un an tout entier.

Je ne vous croyois pas si vindicative : pour 9voir osé dis}>uter un moment sur an panier de beurre, je m'en vois continuellement jeter des pots par la tète. Si la vengeance n'est pas dure, elle est obstinée, et je Tendure avec tant de patience, qu'elle doit me valoir enfin mon pardon.

Je crois que M. Goindet m aflne beaucoup, jl met tous ses soins à me le prouver : et moi je l'aime encore plus de ce que vous approuvez mon attachement pour lui, et de ce qu'il m'ap^ porte souvent de voa nouvelles. Maie fl m'a fait, de votre part, un reproche qui me confond, aur le premier exemplaire de la JuUe. En vous Je promettant, oerai-jepas promis à H. le maréchal? En le lui donnant, ne vous Tai-je pas donnéf Vous auriez beau vouloir être deux, je ^'admettrai jamais ce partage ; mon attache^ ment, mon respect» ne vous distinguent plus l'un de l'autre i vous n'êtes qu'un dans le fond de mon coaur. Cooune une copie étoit déjà dans vos mains, je mis Texemplaire dans les siennes ; j'en aurois pu faire autant dans tout auire ca^; et toutes les foie que je tiendrai à Tuu ce que j'aurai promis à l'autrot Je croirai .toujours avoir bien rempli ma foi.

Les Ximén&s et les Voltaire peuvent critiquer la JuUe à leur aise f) : ce n'est pas à eux qu'elle est curieuse de plaire ; et tout ce qui fâche à l'éditeur, de leurs critiques, c'est qu'ils les fassent de si loin. Bonjour, madame la maréchale : il faut absolument que vous embrassiez M. le maréchal de ma part. Pour vous, il faut se mettre à genoux en lisant la fin de vos lettres, les baiser, soupirer» et dire : Que n'estelle ici?

(*) AUniioii à U Ivrocbare qoi ftit attrU>aée au iiia»|nl8 de Xlméoèt, et intitolée Lettrés tur la Nounetle HéîoUe de J. /• Rousseau, I7SI, InS* de 27 pigei. U. Barbier, MbItothéMire an conieil d'état, non a diteo avoir tu le mamucrit autographe chargé de correcUoiM et d'additions de la maio même de Voltaire. G. P.

h M. MOULTOe.

Montmoreocy, le » mai «761.

Vous pardonneriez aisément mon sileoce, cher Moultott, si vous cennoissIeK mon eut; mais, sans vous écrire, Je ne laisse pas de peoser à vous, et j'ai une proposidon à voqs faire. Ayant quitté la plume et ce tumaltusax métier d'auteur, pour lequel je n'étois point né, je m'étois proposé, aprës la publieatipn de mes rêveries sur l'éducation, de finir par nae édition générale de mes écrits, dans laquelle il en seroit entré quelques-uns qui sont encore fii manuscrit. Si peut-4tre le mal qui me consume ne me laissoit pas le temps de fahe cette édition moi-même, series-vous homme à hkt le voyage de Paris, à venir examiner mes papiers dans les mains où ils seront laissés, et i mettre en état de paroltre ceux que vous jogeres boni àccla?ll faut vous prévenir que vous trovferei des sentimens sur la religion qui ne sont pis les vôtres, et que peut-être vous n^approuTerex pas, quoique les dogmes essentiels à l'ordre moral s'y trouvent tous. Or je neveux pas qu'il soit touché à cet article : il s'agit doae deiam s'il vous convient de voais prêtera cette édition avec cette réserve qui, ce me semble, ne peot vous compromettre en rien, quand on saora qu'elle vous est formellement nnposèe, sanf i vous de réfuter en votre nom, et dans roomge même, si vous le juges à propos, ce qui roos parottra mériter réfutation, pourvu qoe tous ne changtee ni supprimiez rien sur ce point; sur tout autre vous serez le mettre.

Tai besoin , monsieor, d'une réponse sur eecie proposition, avant de prendre les denlen arrangemens que mon état rend nécessaires. Si votre situation , vos affaires, ou d'antres raisons vous empêchent d'acquiescer, je ne Tois que M. Rouscan, qui m*appelleson maître, loi qui pourroit êtreje mien, auquel je pnsse donner la même confiance, et qui, je crois, rendroit volontiersTet honneur A ma mémoire. En pareil cas, comme sa situation est moins aisée que la v6tre, on prendroit des mesures poar que ces soins ne lui fussent pas onéreox* Si cela ne vous convient ni i Ton ni â l'aotre, tout restera comme il est; car je suis bien déterminé à ne confier les mêmes soins à nul homme de lettres de ce pays. Réponse précise et directe,

je font Mpplie ; le plos t6i qu'il se pourra, tant TOUS eervir de la voie de M. Goindet. Sur pareèUe inaiière le secret oonvieol» et je tous le dfiMirift. Adieu, vertueux lloultou : je ne vous bm pus de» oonplimens, mais il ne tient qu'à vous de voir si je tous estime.

Voos oonprenex bien que ia Nouveile Hékm ne doit pas entrer dans le recueil de mes ecrns*

k MflBMU LA «ABiCHALB DE LtSEmOURG (").

MDDliiioreacr, le la Juin 176t .

Que de choies j'aurois à vous dire avant que de vous quitter I Mais le temps me presse, il dut abréger ma confession, et verser dans voire coenr bienfaisant mon dernier secret. Vous iaorex donc que depuis seiie ans j'ai véeu dans la plus grande intimité avec cette pauvre fille qui denneore arec moi , excepté depuis ma retraite A Mootmoreocy, que mon état m'a forcé de vivre avec elle comme avec ma sœur ; maïs me tendresse pour elle n'a point diminué, et, sans vous , l'idée de la laisser sans ressource empoisonneroit mes derniers instans.

De ces liaisons sont provenus cinq enfans, qui tous ont été mis aux Enfans -Trouvés, avec ti pea de précaution pour les reconnottre on joar, que je n'ai pas même gardé la dale de lenr naissance. Depuis plusieurs années le remorde de celte négligence trouble mon repos, et je mevis sans pouvoir la réparer, au grand regret de la mère et an mien. Je fis mettre seulèsent dans les langes de Talné une marque dont j*ai gardé le double ; il doit être né, ee me ■easMe, dans l'hiver de 4746 à 47, ou à peu prëe. Voilà tout ee que je me rappelle. S'il y avoit le moyen de retrouver cet enAint, ce se^ mît faire le boaheur de sa tendre mère; mais j'en désespère, et je n'emporte point avec moi cette eoasolation. Les idées dont ma faute a rempli mon esprit ont contribué en grande partie à me fisire méditer le Traité de fEdueaiiam; et voos y troeveres, dans le livre 1*% un <|ai peut voos indiquer cette disposi-

noetlBMlraa éfétaiiriaéspoarlaprenlèreMf dmie «loniène TOlmiie do CwnserwaUur, pid»lié par U. Frtnçoif 4e KcMfchâfgiii eo Tao fiu. G. P.

tion (*)• Je n'ai point épousé la mère ; et Je n'y étois point objigé, puisque avant de me lier avec elle je lui ai déclaré que je ne l'épouserois jamais; et même un mariage public nous eût été impossible i cause de la diSérence de religion : mais du reste je l'ai toujours aimée et honorée comme ma femme, a cause de son bon cœur, de sa sincère affection, de son désintéressèment sans exemple, et de sa fidélité sans tache, sur laquelle elle ne m'a pas même occasionné le moindre soupçon.

Voila, madame la maréchale, la trop juste raison de ma sollicitude sur le sort de cette pauvre fille après qu'elle m'aura perdu, tell^ ment que, si j'avois moins de confiance en votre amitié pour moi et en celle de M. le maréchal, je partirois pénétré de douleur de l'abandon où je la laisse ; maïs je vous la confie, et je meurs en paix à cet égard. Il me reste à vous dire ce que je pense qui conviendroit le mieux à sa situation et à son caractère, et qui donneroit te moins de prise à ses défauts.

Ua première idée étolt de vous prier de lui donner asile dans votre maison , on auprès de l'enfant qui en est l'espoir, jusqu'à ce qu'il sortit des mains des femmes : mais infailliblement cela ne réussiroit point ; il y suroît (rop d'intermédiaire entre vous et elle, et elle a, dans votre maison, des malveillans qu'elle ne s'est assurément point attirés par sa faute , et qui tronveroient infailliblement l'art de la disgracier tôt ou tard auprès de vous ou de M. le maréchal. Elle n'a pas assez de souplesse et de prudence pour se maintenir avec tant-d'esprits différons, et se prêter aux petits manèges avec lesquels on gagne la confiance des aiattres, quelque éclairés qu'ils soieitt. Encore une fois cela de réussiroit point; ainsi je vous prie de n'y pas songer.

Je ne voudrois pas non phi^ qu'elle demeurât à Paris de quelque manière que ce Mt; bien s6r que, craintive et fiscile à subjuguer, elle y deviendroit la proie et la victime de sa nombreuse famille, gens d'une avidité et d'une méchanceté sans bornes, auxqueb j'ai eu moimême bien de ht peine à l'arracher, et qui sont cause en grande partie de ma retraite en campagne. Si jamais elle demeure à Paris, elle est

O Voyei ÉmiUt llv. i. Voyei aani la ConfesHontp livre sii, tome 1*% page tSI. dans cette édition. 6. P.

perdue; car, leur fût elle cachée» comme elle cstd'uii boD naturel, elle ne pourra jamais8*abstenir de les voir, et en peu de tempe ils lui suceront le sang jusqu'à la dernière goutte, et puis la feront mourir de mauvais traitemens.

Je n*ai pas de moins fortes raisons pour souhaiter qu elle n'aille point demeurer avec sa mère, livrée à mes plus cruels ennemis, nourrie par eux à mauvaise intention, et qui ne cherchent que l'occasion de punir cette pauvre fille de n*avoir point voulu se prêter à leurs complots contre moi. Elle est la seule qui n'ait rien eu de sa mère, et la seule qui Tait nourrie et soignée dans sa misère ; et si j*ai donné, durant douze ans, asile à cette femme, vous comprenez bien que c'est pour là fille que je l'ai fait. J'ai mille raisons, trop longues à détailler, pour désirer qu'elle ne retourne point avec elle. Ainsi, je vous prie d'interposer même, s'il le faut, votre autorité pour l'en empêcher.

Je ne vois que deux partis qui lui conviennent : l'un, de continuer d'occuper mon logement (*)y et de vivre en paix à Montmorency; ce qu'elle peut faire à peu de frais avec votre assistance et protection, tant du produit de mes écrits que décelai de son travail, car elle coud très-bien, et il ne lui manque que de l'occupation, que vous voudrez bien lui donner ou lui procurer, souhaitant seulement qu'elle ne soit point à la discrétion des femmes de chambre, car leur tyrannie et leur monopole me sont connus.

L'autre parti est d'être placée dans quelque communauté de province oii l'on vit à bon marché, et où elle pourroit très-bien gagner sa vie par son travail. J'aimerois moins ce parti que l'autre, parce qu'elle seroit ainsi trop loin de vous, et pour d'autres raisons encore. Vous choisirez pour le mieux, madame la maréchale ; mais, quelque choix que vous fassiez , je vous supplie de faire en sorte qu'elle ait toujours sa liberté, et qu'elle soit la maltresse de changer de demeure sitôt qu'elle ne se trouvera pas bien. Je vous supplie enfin de no pas dédaigner de prendre soin de ses petites affaires, en sorte

(*) Ja M voni propose poiut de lui en donner no vou*>nième fc MonUnoreocTt à caote de CbAMot et de sa trioiille. qui le lui feroit cmellement payer. Jf on loyer notant que de cinquante livret, ne lui sera pat plus onéreux qn'une cbatubre i Parii.

que, quoi qu'il arrive, elle hit du pain' jusqirà la fin de ses jours.

J'ai prié M. le maréchal de vous consulter sur le choix de la personne qu'il chargeroît de veiller aux intérêts de la pauvre fille, après mon décès. Vous n'ignorez pas l'injuste partialité que marque contre elle celui qui naturellement seroit choisi pour cela. Quelque estime que j'aie conçue pour sa probité, je ne voodrois pas qu'elle restât à la merci d*un homme que je dois croire honnête, mais que je vois livré, par un aveuglement inconcevable, aux intérêts et aux passions d'un fripon.

Vous voyez, madame la maréchale, avec quelle simplicité, avec quelle confiance j^épanche mon cœur devant vous. Tout le reste de l'univers n'est déjà plus rien à mes yeux. Ce cœur qui vous aima sincèrement ne vie déjà plus que pour vous, pour H. le marédial, et pour la pauvre fille. Adieu, amis tcndrrs et chéris ; aimez un peu ma mémoire ; pour moi» j'espère vous aimer encore dans Pautre vie ; mais, quoi qu'il en soit de cet obscur et redoutable mystère, en quelque heure que la mort me surprenne, je suis sûr qu'elle me trouvera pensant à vous.

A H. VERNBS.

Blonlnioreneyt le 21 Juin 17SI,

J'étois presque à l'extrémité, cher coocitoyeo , quand j'ai reçu votre lettre, et, maintenant qwB j'y réponds , je suis dans un état de souIVraoces continuelles qui, selon toute apparence, ne me quitteront qu'avec la vie. Ma plus grande consolation, dans l'état ou je suis, est de recevoir des témoignages d'intérêt de mescompa triotes, et surtout de vous, cher Vemes, que j*ai toujours aimé et que j'aimerai toujours. 1^ cœur me rit, et il me semble que je me au projet d'aller partager avec vous cette traite charmante qui me tente encore plus par son habitant que par elle-même. Obi si IMeu raffermissoit assez ma santé pour me meure mi état d'entreprendre ce voyage, je ne moarrois point sans vous embrasser encore une fois.

Je n'ai jamais prétendu justifier les innombrables défauude/aiVout^eÂtfiftfibMe; je trouve que Ton l'a reçue trop favorablement^ et dans

SSS

les ]u(^iiieiis da public, j'ai bien moins à me plaindre de sa rigueur qu'à nie louer de son iudu\gettce : mais vos griefs contre Wolmar me prouvent que j'ai mal rempli Tobjet du lirre, ou que TOUS ne l'avez pas bien saisi. Cet objet étott de rapprocher les partis opposés, par une estime réciproque ; d'apprendre aux phUoso^ phes qu'on peut croire en Dieu sans être hypocrite, et aux eroyans qu'on peut être incrédule sans être un coquin. Julie ^ dévote, est une leçon pour les philosophes, et Wolmar^ athée, en est une pour les intolérans. Voilà le vrai but du livre. C'est à vous de voir si je m'en suis écarté (*). Vous me reprochez de n'avoir pas fait changer de système à Wolmar sur la fin du roman r mais, mon cher Vornes, vous n'avez pas lu cette fin ; car sa conversion y est indiquée avec une clarté qui ne pouvoit souffrir un plus grand développement sans vouloir faire une capucinade.

Adieu, cher Vemes : je saisis un intervalle de mieux pour vous écrire. Je vous prie d'informer de ce mieux ceux de vos amis qui pen* sent à mol, et entre autres, messieurs Mouliou et ffousian, que j'embrasse de tout mon cœur ainsi que vous.

A H. MOLLCT,

Ea léfOÊÊt \ «M lettre qni conteuoit U drscription d'une fête ■lttl«ir««élébrée à Génère le 5 Juin 47SI .

▲ XiNitmorencr, le S6 Juin 1761.

Je TOUS remercie, monsieur, de tout mon cœur, de la charmante relation que vous m'avez euToyée de la fête du 5 de ce mois. Je Tai i.jc et relue avec intérêt, avec attendrissement, •ivec un siocère regret de n'en avoir pas été témoin. De tels amusemens ne sont point frivoles, ils réveillent dans les cœurs des sentimens que tout tend à éteindre dans notre siècle, et même dans notre patrie; puissiez-vous, monsieur, TOUS et tous les bons citoyens qui vous ressemblent, ramener parmi nous ces goûts, ces jeuXy ces fêtes patriotiques qui s'allient avec lesmoeurs, avec la vertu, qu'on goAieavec transport» qu'on se rappelle avec délices, et que le cosur assaisonne d*un charme que n*au-

n u cet rercim depnb sur cette i«l^e m fcrlTint »es Cvnfcts»»s» Tuf «1 M Uvic II, Unni! I, paje 2JM, C. P.

ront jamais tous ces oriminels amusemens si vantés des gens à la mode I

J*étois très-mal, monsieur, quand je reçus vo« tre lettre; c'est ce qui m'a empêché de vous en remercier plus têt. Quoique je continue à souffrir beaucoup, je ne puis me refuser long- temps à la douce et salutaire distraction de m*occuper de la patrie et de vous. J*ai lu déjà bien des fois votre lettre ; je la lirai bien des fois encore : si ce n*est pns un remède à mes maux, c'est du moins une consolation. Heureux si j'y pouvois ajouter l'espoir de vous embrasser quelque jour à Genève, et d*y voir encore une fois en ma vie une fête pareille à celle que vous décrivez si bien 1 Je vous salue de tout mon cœur (*)•

A JACQUELINE DAPI£T , ta nouriHee.

Montmorency, le S2 Juillet 1761.

Votre lettre, ma chère Jacqueline, est venue réjouir mon cœur dans un moment où je n'étois guère en état d'y répondre. Je saisis un temps de relAche pour vous remercier de votre souvenir et de votre amitié, qui me sera toujours chère. Pour moi je n'ai point cessé de penser à vous et de vous aimer. Souvent je me suisclit dans mes souffrances que si ma bonne Jacqueline n'eût pas tant pris de peine a me conserver étant petit, je n'aurois pas souffert tant de maux étant grand. Soyez persuadée que je no cesserai jamais de prendre le plus tendre intérêt à votre santé et à votre bonheur, et que ce sera toujours un vrai plaisir pour moi de recevoir de vos nouvelles. Adieu, ma chère et bonne Jacqueline. Je ne vous parie pas de ma sauié,

(*) Cette lettre, que celui I qui elle étoit adreisée s'empressa de ftfire imprimer à Genève à la suite de la sienne, et qui, au rapport de l'Iiistoiien Pioot ( Histoire de Genève^ tome III , page S09), y pruduisU la plus vive sensation^ a Jnsqu à présent écliappé à tous les éditeurs des Œuvres compléi es. Leur attention ft cet égard auro t dA cependant être eiciiée par un passage d'une lettre à àiouitou qu'on verra ci-après , où Rousseau le plaint rortement de cette publication pour laquelle U n'avoit pas été consul (é- — Nous devons la découvf*rte de la lettre de U. Mollet et de la réponse de Rimtseaii ( Brocbore <n-i2 de douxe pages d'impresiion sans inlicalion de libraire ni de lieu) k M. P. Prévost, professeur k Genève. Quant à la fête de milice bourgeoise dont il s*agit ici, elle eut lieu à foc* casion d'an perfectionn'^ment dans les manœuvres militaire*, dû an roi de Pnuse, et que les Genevois avoient adopté.

CORRESPONDANCE

pour ne pas voua iiViger ; que le bon Diou conserve la vôtre» et vous comble de tous les biens ^ne vous désirez.

Votre pauvre Jean^-Jacques, qui vous ein<" brasse de tout son cœur.

A H. HOOLIOO.

llontmoreDCj, le 94 Jiiinet 1761.

Je ne doutois pas, monsieur, que vous n*acceptassiez avec plaisir les soins que je prenois b. liberté de coufier à votre amitié, et voure consentement m*a plus touché que surpris. Je puîs'donCy en quelque temps que je cesse de souffrir, compter que si mon recueil n*est pas encore en état de voir le jour, vous ne dédaignerez pas de Ty mettre ; et cette confiance m*Ate absolument Pinquiétude qu'il est difficile de n*avoir pas en pareil cas pour le sort de ses ouvrages. Quant aux soinequi regardent l'impression, comme il ne faut que de l'amitié pour tes prendre, ils seront remplis en ce pays-ci par les amis auxquels je suis attaché , et que je hisserai dépositaires de mes papiers pouren disposer selon leur prudence et vos conseils. SU s'y trouve en manuscrit quelque chose qui mérite d'entrer dans votre cabinet, de quoi je doute, je m'estimerai plus honoré qu'il soit dans vos mains que dans celles du pubfic ; et mes amis penseront comme moi I Vous voyez qu'en pareils cas un voyage à Parisseroit indispensable ; mais vous seriez toujours le maître de choisir le temps de votre commodité ; et, dans votre façon de penser, vous ne tiendriez pas ce voyage pour perdu, non-seulement par le service que vous rendriez à ma mémoire, mais encore par le plaisir de connoltre des personnes estimables et respectables, les seuls vrais amis que jaie jamais eus, et qui sûrement deviendroient aussi les vôtres. En attendant, je n'épargtae rien pour vous abréger du travail. Le peu de momens où mon état me permet de m'occnper sont uniquement employés à mettre au net mes chiffons ; et, depuis ma lettre (*), je n'ai pas laissé d'avancer assez la besogne pour espérer de l'achever, à moins de nouveaux accidens.

C) Celle do 29 mal. Voyex ci-devant, page S83. o. P.

I Coonsissefr-voM un M. Mollet, dont je n'ai jamais entendu parler ? 11 m'écrivit, il y a quelque temps, une esp&e de relation de fètemiiitatre, laquelle me fit grand plaisir, et je l'eo remerciai. Il est parti de là pour faire imprimer, sans m*en parier, non-seulement la lettre, mais ma réponse, qui n'étoitsùremeotius faite pour parottrc en public (*'). i'ai quelquefois essuyé de pareilles malhonnêtetés; maisce qui meE&che est que celle-ci vienne de Geoève. Cela m'apprendra une fois pour toutes à m plus écrire à des gens que je ne coanoîs point. Yoici| monsieur, deux lettres dont je gteisis à regret celle-ci : Tune est pour M. Uoostaa, dont vous avez bien voulu m'en foire penrcnir une, et l'autre pour une bonne femaie qniaa élevé, et pour laquelle je crois que voua nef^ gretterei pas l'augmenution d'un port 4etotre, que je ne veux pas lui faire coAler, et que je ne puis affranchir avec sAreté i HoaUMh rency. Lisez dans mon oœnr, cher Mosliou, ie principe de la familiarité dont j'ose avec veoi} et qui seroit indiscrétion pour un astre; le vètre ne Ivi donnera pas ce nom-là. MiUe dioseï poor moi à l'ami Yenie& Adieu : je voua enbrasse tendrement.

A MAOAMB LA MMliCBALB DE LOXUfBODaS.

Uedi,i4aoat.

Je vois avec peine, madame la maréchale, combien vous vousen donnez pour réparer mes fautes ; mais je sens qu'il est trop urd, et que mes mesures ont été mal prises. Il est juste que je porte la peine de ma négligence, et le succès môme de vos recherches ne poorroit plus n^e donner une satisfaction pure et sans inquiétude; il est trop tard, il est trop tard : ne vous opposez point à l'effet de vos premiers soins, mais je vous supplie de ne pas y en donner davaotage. J'ai reçu dans cette occasion laprenre la plus chère et la plus touchante de votre amitié: ce précieux souvenir me tiendra lieu de tout ; et mon cœur est trop plein de vous pour sentir le vide de ce qui me manque. Dans l'état oii je suis, cette recherche m'intéressoil encore plus pour autrui que pour moi ; et, vu le carac-

(*) voyei cette réponse et-devant, past SSS, et la note ^ t'r rapporte. G* ^*

tkn trop beile à subjuguer de la personne en qoestioii, il n'est pas sûr que ce qu'elle eût irouTé déjà tout forroé^ soit en bien, soit en mal, ne fût pas devenu pour elle un présent fonesie. U eût été bien eruel pour moi de la laisier rictiine d'un bourreau.

Vous voulez que je vous parle de mon état ; D'est-il pas convenu que je ne vous en donnerai des nouvelles que quand il y en aura» et il n'y en a pas jusqu'ici ? Si je puis parvenir à rebuter enfin les importuns consolateurs, et à jouir UMit-à-fiait de la solitude que mon état eiige, j'aurai du moins le repos, et c*est, avec le petit nombre d'attachemens qui me sont cben, le seul bien qui me reste i goûter dans laTie.

A LA MÊME

Celiiiidi1S,étédel76f.

J'avois espéré, madame la maréchale, de vous porter hier moi-même de mes nouvelles à votre pasMge à Saint-Brice; mais vos relais n 'étant poioc venus, l'heure étant incertaine, et le temps menaçant de pluie, je n'osai, n'étant point oicore bien remis, hasarder cette course sans être sûr de vous rencontrer. Vous étee trop eo peine de mon état; il n'est pas si mauvais qu'on vous l'a fait : j'ai plus d'inquiétude que 4s douleurs, et les aUematives qui se succèdent me font croire que, pour cette fois, il n'empirera pas considérablement. Si vous éliea acuiellement au château, je vous irois voir à Tordioaire, et je ne serai pas assez malheureux pour ne le pouvoir pas quand vous y serez. Ce voyage, dont j'espère profiter, fait mon espoir le plus doux, et je puis vous répondre que mon cœur n*est point malade. Quant à mon corps, s'il n'est pas bien, c'est une espèce de soulagement pour moi de savoir qu'il ne peut être mieux, ou du moins que cela ne dépend pas des hommes ; par là j'évite la peine et la gène atttcbées à la crédulité des malades e| a la charlaianerie des médecins. Je ne veux plus ajooier îa dépendance de ces messieurs-là à celle de la nécessité, dont ils ne dispensent pas» quoi qu'ils fassent : comme j'ai pris mon l^rti ià^essus depuis long*temps, j'attends de l'amitié dont vous m'honorez que vous voudrez bien no m'en plus parler. Bonjour, madame

T. IV

la maréchale; conservez votre santé, et venez m'aider à rétablir la mienne. Si votre présence et celle de monsieur le maréchal ne guérit pas mes soufirances, elle me les fera oublier.

A LA MÊME

Ce Yendredi as, été de l7Sf .

Voilà, madame la maréchale, la Julie an^ gloite. Si madame la comtesse de BoufBers prend la peine de la parcourir et d'y faire des observations, je lui serai fort obligé de vouloir bien me les communiquer : le libraire anglois m'en demande pour une nouvelle édition, et je n'entends pas assez la langue pour me fier aux miennes.

Je ne vous dirai point que J'ai le cœur plein de votre voyage, de tous vos soins, de toutes vos bontés : en ceci plus on sent, moins on peut dire. Je ne sais si vous n'appelez tout cela qu'une omelette, mais je sais qu'il faut un estomac bien chaud pour la dig^er. En vérité, madame, il faut toute la plénitude des sentimens que vous m*avez inspirés pour suffire à la recon* noissance sans rien Ater à l'amitié.

A Là MÊMB.

A IlootmoNBcr, le 4«' fepteBttbnlTSf .

Il est vrai, madame la maréchale, que j'avois grand besoin de votre dernière lettre pour me tranquilliser, d'autant plus que, par une fatalité qui me poursuit en toutes choses, celle de M. le maréchal, qui auroit fait le même effet, s'est égarée en route, et ne m'est parvenue que depuis quelques jours. Depuis que vous avez daigné me rassurer, je n'ai plus besoin de réponse ; je saurai des nouvelles de votre santé ; et d'ailleurs, puisque vos bontés pour moi sont toujours les mêmes, il ne me faut plus de nouvelles sur ce point-là. J'ai pourtant un peu votre dernier mot sur le cœur ; vous me reprochez de l'avoir moins tendre que vous. Madame la maréchale, à cela je n'ai qu'un mot à dire : à Dieu ne plaise que je vous cause jamais le quart des inquiétudes et des peines que vous m'ave« fait souffrir dequis deux moisi

GOlUtESPONDANGE.

A HaHAME LATOUil.

UontiDoreucy, le 29 septembre i76l,

J'espère, madame, malgré le début de votre lettre, que vous n'èies point auteur, que vous n'eûtes jamais intention de l'être, et que ce n'est point un combat d*esprit auquel vous me provoquez, genre d'escrime pour lequel j'ai autant d'aversion que d'incapacité. Cependant vous vous êtes promis, dites-vous, de n'écrire de vos jours ; je me suis promis la même chose, madame, et sûrement je le tiendrai. Biais cet engagement n'est relatif qu'au public ; il ne s'éiend point jusqu'aux commerces de lettres, et bien m'en prend sans doute ; car il seroit fort à craindre que la vôtre ne me coûtât une infidélité. A l'éditeur d'une Julie vous en annoncez une autre, une réellement existante, dont vous êtes la Claire. J'en suis charmé pour votre sexe, et même pour le mien ; car, quoi qu'en dise voire amie, sitôt qu'il y aura des Julies et des Claires, les Saint-Preux ne manqueront pas; avertissez-la de cela, je vous supplie, afin qu'elle se tienne sur ses gardes ; et vous-même, fussiez- vous (ce que je ne prçsume pas] aussi folle que votre modèle, n'allez pas croire, à son exemple, que cela suffit pour êire à l'abri des folies. Peut-être ce que je vous dis ici vous parottra-t-il fort inconsidéré; mais c'est votre faute. Que dire à des personnes qu'on aime à croire très-aimables et très-vertueuses, mais qu on ne connott point du tout? Charmantes amies I si vous êtes telles que mon cœur le suppose, puissiez-vous, pour l'honneur de votre sexe, et pour le bonheur de votre vie, ne trouver jamais de Saint-Preux 1 Mais si vous êtes comme les autres, puissiez-vous ne trouver que des Saint-Preux.

Vous parlez de faire connoissance avec moi ; vous ignorez sans doute que l'homme à qui vous écrivez , afQigé d'une maladie incurable et cruelle, luite tous les jours de sa vie entre la douleur et la mort, et que la lettre même qu*il vous écrit est souvent interrompue par des distractions d'un genre bien différent. Toutefois je lie puis vous cacher que votre letti% me donne un désir secret de vous connoîlre toutes deux ; et que si notre commerce finit là, il ne me laissera pas sans quelque inquiétude. Si ma curiosité étoit satisfaite, ce seroit peul-être bien pis

encore. Malgré les ans, les maux, la raison, l'expérience, un solitaire ne doit point s'exposer à voit des Julies et des Claires quand il veut garder sa tranquillité.

Je vous écris, madame, comme vous me l'avez prescrit, sans m'informer de ce que vous ne voulez pas que je sache. Si j'étois indiscret, il ne me seroit peut-être pas impossible de vous connoitrc ; mais fussiez-vous madame de Solar elle-même, je ne saurai jamais de votre secret que ce que j'en apprendrai de vous. Si votre intenlionestque je ledevine, vous me trouverez fort bête ; mais vous n'avez pas dû vous attendre à me trouver plus d'esprit.

A M. DOFFBEVILLE, A DOUAI.

Sur cette question : S'il t a ont voiali DiaonnÉB, ou fm

n'\ iH A roiRT.

Uontmorency, le 4 octobre 1761.

La question que vous me proposez, monsieur, dans votre lettre du ^5 septembre, est importante et grave; c'est de sa solution qu'il dépend de savoir s'il y a une morale démontrée ou sMl n'y en a point.

Votre adversaire soutient que loot homme n'agit, quoi qu'il fasse» que relativement à luimême, et que, jusqu'aux actes de vertu les plus sublimes, jusqu'aux œuvres de charité les plus pures, chacun rapporte tout à soi.

Vous, monsieur, vous pensez qu'on doit hire le bien pour le bien, même sans aucun reioor d'intérêt personnel ; que les bonnes œuvres qu'on rapporte à soi ne sont plus des aacs de vertu, mais d'amour -propre : vous ajoutez que nos aumônes sont sans mérite si nous ne les faisons que par vanité ou dans la vue d'écarter de notre esprit l'idée des misères de la vie humaine; et en cela vous avez raison.

Mais, sur le fond de la question. Je dois vous avouer que je suis de l'avis de votre ad vcrsaire : car, quand nous agissons, il faut que nous ayons un motif pour agir, et ce motif ne peut être étranger à nous, puisque c'est nous qu'il met en œuvre ; il est absurde d'imaginer qu'étant moi, j'agirai comme si j'étois un autre. N'est-il pas vrai que si l'on vous disoit qu'un corps est poussé sans que rien le touche, vous

diritt que cela n'est pas concevablet C'est la i méflM chose en morale» quand on croit agir sans nul iniérét.

Mais il faut expliquer ce mot d'intérêt^ car TODS pourriez lui donner tel sens, vous et votre adfersaire, que vous seriez d*accord sans vous entendre, et lui-même pourroit lui en donner on si grossier, qu'alors ce seroit vous qui auriez raison.

il j a un intérêt sensuel et palpable qui se rapporte uniquement à notre bien-être matériel, i la fortune, à la considération, aux biens physiques qui peuvent résulter pour nous de la booae opinion d'autrui. Tout ce qu'on fait poor un tel intérêt ne produit qu'un bien du même ordre , comme un marchand fait son bien en vendant sa marchandise le mieux qu'il peut. Si j oblige un autre homme en vue de m' acquérir des droits sur sa reconnoissance, je ne sais en cela qu'un marchand qui fak le commerce» et même qui ruse avec l'acheteur. Si je fais raamêne pour me faire estimer charitable et jouir des avantages attachés à cette eaûme,je ne suis encore qu'un marchand qui achète de h réputation. lien est à peu près de même si je ne fais cette aumêne que pour me déhvrer de Timportunité d'un guetix ou du spectacle de sa misère. Tous les actes de cette esptcequi ont en vue un avantage extérieur ne peurent porter le nom de bonnes actions ; et l'on ne dit pas d'un marchand qui a bien fait ses albires qu'il s'j est comporté vertueusement.

Il J a un autre intérêt qui ne tient point aux avantages de la société, qui n'est relatif qu'à iHms-mêmes, au bien de notre Ame, à notre bien-être absolu, et que pour cela j'appelle intérêt spirituel ou moral, par opposition au premier; intérêt qui, pour n'avoir pas des objets sensibles, matériels, n'en est pas moins vrai, pas moins grand, pas moins solide, et, pour tout dire en un mot, le seul qui, tenant intimement à notre nature, tende à notre véritable bonheur. Voilà, monsieur, l'intérêt que la Yertn se propose, et qu'elle doit se proposer, sans rien êter au mérite, à la pureté, à b bont^ morale des actions qu'elle inspire.

Premièrement, dans le système de la reli- SÛ>Qf c'est-à-dire des peines et des récompenses de l'autre vie, vous voyez que l'intérêt

de plaire à l'auteur de notre être et au juge suprême de nos actions est d'une importance qui l'emporte sur les plus grands maux, qui fait voler au martyre les vrais croyans, et en même temps d'une pureté qui peut ennoblir les plus sublimes devoirs. La loi de bien faire est tirée de la raison même; et le chrétien n'a besoin que dé logique pour avoir de la vertu.

Mais outre cet intérêt, qu'on peut regarder en quelque façon comme étranger à la chose, comme n'y tenant que par une expresse volonté de Dieu, vous me demanderez peut-être s'il y à quelque autre intérêt lié plus immédiatement, plus nécessairement à la vertu par sa nature, et qui doive nous la faire aimer uniquement pour elle-même. Ceci tient à d'antres questions dont la discussion passe les bornes d'une lettre, et dont, par cette raison, je ne tenterai pas ici l'examen ; comme , si nous avons un amour naturel pour Tordre, pour le beau moral ; si cet amour peut être assez vif par lui-même pour primer sur toutes nos passions ; si la conscience est innée dans le cœur de l'homme, où si elle n'est que l'ouvrage des préjugés et de l'éducation : car en ce dernier cas il est clair que nul n'ayant en soi-même aucun intérêt à bien faire ne peut faire aucun bien que parle profit qu'il en attend d'autrui ; qu'il n'y a par conséquent que des sots qui croient à la vertu, et des dupes qui la pratiquent. Telle est la nouvelle philosophie.

Sans m'embarquer ici dans cette métaphysique, qui nous mèneroit trop loin, je me contenterai de vous proposer un fait que vous pourrez mettre en question avec votre adver^ saire, et qui, bien discuté, vous instruira peutêtre mieux de ses vrais sentimens que vous ne pourriez vous en instruire en restant dans la généralité de votre thèse.

En Angleterre, quand un homme est accusé criminellement, douze jurés enfermés dans une chambre pour opiner, sur l'examen de la procédure, s'il est coupable oii s*il ne l'est pas, ne sortent plus de cette chambre, et n'y reçoivent point à manger qu*i]s ne soient tous d'accord ; en sorte que leur jugement est toujours unanime et décisif siir le sort de l'accusé.

Dans une de ces délibérations, les preuves paroissant convaincantes, onze des jurés le condamnèrent sans balaiicer ; mais le douzième'

CORRESPONDANCE

a*ob8tina (eUement à rabfioiidre, sans toqIoit alléguer d*autre raison, stnoti qa'ii le croybit innocent, que, yoyant ce juré déterminé à mourir de faim plutôt que d*étre de leur avis, tous les autres, pour ne pas s'exposer au même sort, revinrent au sien, et Taccusé fut renvoyé absous.

L'affaire finie, quelques-uns des jurés pressèrent en secret leur collègue de leur dire la raison de son obstination ; et ils surent enfin que c'étoit lui-même qui avoit fait le coup dont l'autre étoit accusé, et qu'il avoit eu moins d'horreur de la mort que de faire périr Tinnocent chargé de son propre crime.

Proposez le cas à votre homme, et ne manquez pas d'examiner avec lui l'état de ce juré dans toutes ses circonstances. Ce n'étoit point un homme juste, puisqu'il avoit commis un crime; et, dans cette aflaire, l'enthousiasme de la vertu ne pouvoit point lui élever le cœur et lui faire mépriser la vie. Il avoit l'intérêt le plus réel à condamner l'accusé pour ensevelir avec lui l'imputation du forfait; il devoit craindre que son invincible obstination n'en ftt soupçonner la véritable cause, et ne fAt un commencement d'indice contre lui : la prudence et le soin de sa sûreté demandoient, ce semble, qu'il fit ce qu'il ne fit pas ; et l'on ne voit aucun intérêt sensible qui dût le porter à faire ce qu'il fit. Il n'y avoit cependant qu'un intérêt très-puissant qui pût le déterminer ainsi dans le secret de son cœur A toute sorte de risque : quel étoit donc cet intérêt auquel il sacrifioit sa vie même?

S'inscrire en faux contre le fait seroit pren^ dreune mauvaise défaite; car on peut toujours rétablir par supposition, et chercher, tout intérêt étranger mis à part, ce que feroit en pareil cas, pour l'intérêt de lui-même, tout homme de bon sens qui ne seroit ni vertueux ni scélérat.

Posant successivement les deux cas : l'un, que le juré ait prononcé la condamnation de l'accusé et Tait fait périr pour se mettre en sûreté; Tautre, qu'il Tait absous, comme il fit, A ses propres risques; puis, suivant dans les deux cas le reste de la vie du juré et la proba* bilité du sort qu'il se seroit préparé, pressez votre homme de prononcer décisivemeni sur cette conduite , et d'exposer nettement , de

part et d'autre, l'intérêt et les motifs du parti qu'il auroit choisi ; alors, si votre dispute n'eit pas finie, vous connottrez du moins si vou vous entendez l'un l'autre, ou si vous ne vons entendez pas.

Que s'il distingue entre l'intérêt d'un ciinie A commettre ou A ne pas commettre, et celui d'une bonne action A faire ou A ne pas fiire, vous lui ferez voir aisément que, dans l'hypothèseï la raison de s'abstenir d'un crime arantagenx qu'on peut commettre impunément etl du même genre que celle de faire, entre le ciel et soi, une bonne action onéreuse; car outre que, quelque bien que nous puinions fiiroi en cela nous ne sommes que justes, on ne peot avoir nul intérêt en soi-même A ne pas faire ie mal qu'on n'ait un intérêt semblable à faire le bien ; l'un et l'autre dérivent de la mêmesaoree et ne peuvent être séparés.

Surtout, monsieur, songez qn'il ne fiiut point outrer les choses au-delA de la vériiè, ni confondre, comme faisaient les stoîdens, le bonheur avec la vertu. Il est certain qoe fain le bien pour le bien c*est le faire poar soi, pour notre propre intérêt, puisqu'il dosoei l'Ame une satisfiâction intérieure, un oontentement d'elle-même sans lequel il n'y a poîni de vrai bonheur. Il est sûr encore que les mécbam sont tous misérables, quel que soit leor sort apparent, parce que le bonheur s'empoisoeiie dans une Ame corrompue comme le plaisir des sens dans un corps malsain. Mais ï est fanx que les bons soient tous heureux dès ceoHHide; et comme il ne suffit pas au corps d'être eo santé pour avoir de quoi se nourrir, S ne suffit pas non plus A l'Ame d'être saine |HHir obie* nir tous les biens dont elle a besoin, ^oiqa'il n'y ait que les gens de bien qui paiesent vivre contens, ce n'est pas A dire que tout homme de bien vive content. La vertu ne donoe p» le bonheur, mais elle seule apprend à ce jouir quand on Ta : la vertu ne garantit pas des maux de cette vie et n'en procure pas les biens; c esc ce que ne fait pas non plus le vice avec toutes ses ruses ; mais la vertu fait porter plus patteoment les uns et goûter plus délicteuseaieotles autres. Nous avons donc, en tout écat de cause, un véritable intérêt A la ctltiver, et nous faisons bien de travailler pour cet intérêt, quoiqu'il y ait des cas oi il seroit insuffisant par

laHoème ttns l'attente d'une vie à Tenir. Voilà mon sentiment sur la question que vous m*a* vei propoiée.

En roos remerciant du bien que vous pensez de moi, je tous conseille pourtant^ monsieur, de oe plus perdre votre temps i me défendre on à oie louer. Tout le bien ou le mal qu'on dit d'an homme qu'on ne connott point ne signifie pas grand'chose. Si ceuz*qui m'accusent ont tort, c'est i ma conduite i me justifier; loote autre apologie est inutile ou superflue. J*aoroi8 dû tous répondre plus t6t; mais le triste eut oii je tîs doit excuser ce retard. Dans le peu d'intervalle que mes maux me laissent, mes occupations ne sont pas dé mon cboix; et je vous avoue que quand elles en seroient, ce choix ne seroit pas d'écrire des leitres.le ne réponds pointicellesdecomplimens, et Je nerépondroia pas non plus à la vAtre, si la question que vous m'y proposes ne me feisoit un devoir de vous en dire mon avis. Je vous salue, nonsienr, de tout mon cœur»

k MAOAin U M AHJGHALB DE LUXIMBOCRG

Ce mercreil 18.

Yoici, madame , une quatrième partie que tODs derriez avoir depuis long-temps ; mais mon libraire et d'autres tracas dont je vous rendrai compte ne me laissent pas le temps d'aller plus vite , quelque effort que je fasse poar cela. Tons les tracas du monde ne justifierotent pourtant pas mon silence, et ne m'au* roient pas empêché d'écrire à M. le maréchal et i TOUS. Mon excuse est d'une autre espèce, et plus propre à me foire trouver grâce auprès de vous. Dans le commencement de mes altadiemensy j'écris fréquemment pour les serrer, poor établir la confiance; quand elle est acquise, je n'écris plus que pour le besoin ; il me semble qu'alors on s'entend assez sans se rien dire. Si vous trouvez cette raison valable, îoici, madame la maréchale, comment vous ne le ferez connottre ; c'est en vous faisant, pour répondre, la même règle que je me fais poorécrtre. Quand un honnête homme indifférente l'honneur d'écrire à madame la maréchale de Luxembourg , sa politesse peut lui faire un devoir de répondre ; mais quand elle

ne répondra pas exactement à celui qu'elle honore d'une estime particulière, ce silence ne sera pas équivoque et vaudra bien une lettre* Je n'aime pas tout ce qui se fait par règle, si ce n'est n'en point avoir d'autre que son cœur; et je sois bien sûr que, sans me dicter de fré^ quentes lettres, le mien ne se taira jamais pour vous. J'apprends à l'instant la désertion de ce malheureux Saint4fartin : la plume m'en tombe des mains. Oh ! si vous avez des fripons à votre service, qui jamais aura d'honnêtes gens ? Que je vous plains t que jo gémis de ce qui fait l'admiration.des autres 1 Que la Providence, en vous rendant si bons, si aimables , si estimer blés, vous a tous deux déplacés i Ah I vous méritiez d'être nés obscurs et libres, de n'avoir ni maîtres ni valets, de vivre pour vons et pour vos amis : vous les auriez rendus heureux, et vous l'auriez été vou»4nêmea.

A lUnAMZ DB XATOUB.

liimtnioraiey, to4t oololm I7B1.

Le plaisir que j'ai, madame, de recevoir de vous une seconde lettre, seroit tempéré ou peutr être augmenté par vos reproches, si je pouvois les coiicevoir ; mais c'est à quoi je fais de vains efforts. Vous me parlez d^une lettre de votre amie ; je n'en ai point reçu d'autre que celle qui accompagnoitia vôtre du 46, et qui est de même date ; et cette lettre, ne vous déplaise, n'est point d'ime femme, mais seulement d'un homme ou d'un ange^ ce qui est tout un pour mon dépit. Vous semblez vous plaindre de ma négligence à répondre, et plus je mérite ce reproche de toute autre part, plus voire ingratitude en augmente, puisque j'ai répondu a votre première lettre le surlendemain de sa réception, et que, par un progrès de diligence dont je me passerois bien, voilà que dès le lendemain je réponds à la seconde.

Le grand mal est qu'en vous donnant un homme pour ami, vous êtes restée femme; et la tromperie est d'autant plus cruelle que vous ne m'avez trompé qu'à demi. Deux hommes me feroient mille pareils tours que je n'en ferois que rire ; mais je ne sais pourquoi je ne pu» vous imaginer tête à tête avec monsieur Julie, concertant vos lettres et tout le persifflage

adressé à la pauvre dupe, sans des mouvemens de colère, et, je crois, de quelque chose de pis : si, pour me venger, je voulois vous imaginer horrible, vous vous doutez bien que cela me réussiroit mal ; je me venge donc au contraire en vous imaginant si charmante que, comme que vous puissiez 6tre, j'ai de quoi vous rendre jalouse de vous, tout ce qui me déplaît dans cette vengeance est la peur de la prendre à mes dépens.

Nouvelle folie qu'il vous faut avouer. En lisant cette lettre désolante, en l'examinant par tous les recoins, pour y chercher cette chimérique Julie, que je ne puis m'empécher de regetter presque jusqu'aux larmes, j'ai été découvrir que le timbre de la petite poste avoit fait impression au papier, à travers l'enveloppe, d'où j'ai conclu que Taoteur de cette lettre ne l'avoit point écrite dans votre chambre. Cette découverte a sur-le-champ désarmé ma furie ; et j*ai compris par là que je vous pardonnois plutAt le complot de me tromper, que le tète*àtète de l'exécution. Pour Dieu, madame, vous qui devez faire des miracles^ tolérez l'indiscrétion de ma prière; je vous demande a genoux de rechanger ce monsieur en femme. Abusezmoi, mentez-moi, mais, de grâce, refaites-en, comme vous pourrez, une autre Julie, et je vous donnerai à toutes deux les cœurs de mille Saint- Preux dans un seul.

Quant aux lettres que vous dites m'avoir été précédemment écrites, et qu'il est, ajoutez-vous, impossible de supposer ne m'étre pas parvenues , il ne faut pas, madame, le supposer, il faut en être persuadée* Je n'ai point reçu ces lettres : si je les avois reçues, j'aurois pu n'y pas répondre, du moins si tôt, car je suis paresseux, souffrant, triste, occupé, et de ma vie je n'ai pu avoir d'exactitude dans les correspondances qui m'intéressoient le plus; mais Je n'en aurois point nié la réception, et je n'aurois point désavoué mon tort. Je juge parle tour de vos reproches qu'il étoit question du soin de ma santé, et je suis touché de l'intérêt que vous voulez bien y prendre. Loin que mon dessein soit de mourir, c'est pour vivre jusqu'à ma dernière heure quej'ai renoncé aux impostures des médecins. Vingt ans de tourmens et d'expérience m*ont suffisamment instruit sur lanat'jre de mon mal et sur l'insuffisance de leur

art. Ma vie, quoique triste et douloureuse, ne m'est point à charge ; elle n'est point sans douceurs, tant que des personnes telles que vous me paroissez être daignent y prendre intérêt ; mais lutter en vain pour la prolonger, c'est Fuser et raccourcir; le peu qu'il m'en reste m'esi encore assez cher pour en vouloir jouiren paix. Afon parti est pris, je n'aime pas la dispute, et je n'en veux point soutenir contre vous; mais je lie changerai pas de résolution. Adieu, madame, ici finira probablement notre courte correspondance ; jouissez du triomphe aisé de me laisser du regret à la finir. Je suis sensible, facile, et naturellement fort aimant ; je ne sais point résister aux caresses. D'une seule lettre vous m'avez déjà subjugué, j'avoue aussi qoc votre feinte Julie ajoutoit beaucoup i votre empire ; et maintenant encore que je sais qu'elle n'existe pas, son idée augmente le serrement de cœur qui me reste, en songeant au tour que vous m'avez joué.

AUX mS JPARABtBS , HOMMES OU FEMMES.

ce loiidi soir.

Il fout Tavouer, messieurs ou mesdames, mo voilà tout aussi fou que vous l'avez voulu. Votre commerce me devient plus intéressant qu il ne convient à mon âge, à mon état, à mes principes. Malgré cela, mes soupçons mal guéris ne me permettent plus de continuer sans défiance. Voilà pourquoi je n'écris point noounément à Julie, parce qu'en effet si clic est ce que vous dites , ce que je désire , ou plutôt ce que je dois craindre, l'offense est moindre de ne lui point écrire, que de lui écrire autrement qu'il ne faudroit. Si elle est femme, elle est plus qu'un ange, il lui faut des adorations; si elle est homme, cet homme a beaucoup d'esprit; mais l'esprit est comme la puissance, on en abuse toujours quand on en a trop. Encore un coup, ceci devient trop vif pour continuer l'anonyme. Faites-vous connoitre, ou je me tais ; c'est mon dernier mot.

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