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œRRESPONDANCE.
votre illostre et digne compatriote, in*ont fait trouver» pour ainsi dire, TÉcosse au milieu de ia Suisse : il vous a rendu présent à nos entretiens, il m*a fait faire avec vos vertus la connoissance que je n'a vois feite encore qu'avec vos talens ; il m'a inspiré la plus tendre amitié pour vous, et le plus ardent désir d'obtenir la vôtre avant que je susse que vous étiez disposé à me l'accorder. Jugez, quand je trouve ce penchant réciproque, combien j'aurois de plaisir à m'y livrer! Non, monsieur, je ne vous rendots que la moitié de ce qui vous étoit dû quand jen'avois pour vous que de l'admiration. Vos grandes vues, votre étonnante impartie* lité, votre génie, vous élëveroient trop audessus des hommes si votre bon cœur ne vous en rapprochoit. Mylord maréchal, en m'apprenant à vous voir 0ncore plus aimable que sublime, me rend tous les jours votre commerce plus désirable, et nourrit en moi Tempressement qu'il m'a fait naître de finir mes jours près de vous. Monsieur, qu'une meilleure santé, qu'une situation plus commode, ne me mettent-elles à portée de foire ce voyage comme je le désirerois ! Que ne puis-je espérer de nous voir un jour rassemblés avec mylord dans votre commune patrie qui deviendroit la mienne I Je bénirois dans une société si douce les malheurs par lesquels j'y fus conduit, et je croirois n'avoir commencé de vivre que du jour qu'elle auroit commencé. Puissé-je voir cet heureux jour plus désiré qu'espéré ! Avec quel transport je m^écrierois en touchant l'heureuse terre où sont nés David Hume et le maréchal d'Ecosse :
f SaWe, fatig mlhl débita tflliu!
> Hic domut) h»e patria est. »
A MADAME LATODR.
UoUen, le 90 févriar f 9iS.
Yous tronveres-ci joint, madame, une preuve que je suis plus négligent à répondre à vos lettres qu'à m'acquitter de vos commissions, surtout de celles qui sont d'espèce à pouvoir me rapprocher de vous. Il s'agit, dans le mémoire ci-joint, d*une terre qui est à quelques lieues de moi, et où je pourrois quelquefois yous aller voir. Ne soyez pas surprise de ma
diligence. Le seigneur de ladite terre, qui sans doute ne se soucie pas qu'on sache ici sitôt qu'elle est à vendre, souhaite, en cas qu'elle ne vous convienne pas, que le secret lui en soit gardé. Si elle peut vous convenir, c'est autre chose ; il faut bien alors que vous puissiez consulter et faire examiner. Je vous prie, quand vous me ferez réponse sur le mémoire, de la faire de manière que je la puisse montrer pour preuve que je n'ai pas pris la recherche d'une terre sous mon bonnet.
Quoique j*aie été six mois voisin de M. Baillod, je ne le connois que de vue, et je ne connois point du tout la personne qui est avec lui. Voilà, madame, tout ce que je puis dire de l'un et de l'autre.
Je n'ai jamais entendu, sur la description de votre personne, que le visage en fût la partie la plus blanche : si j'ai dit cela dans ma lettre, il faut que j'aie pris un mot pour Tautre, erreur que le sens de la phrase eut dû vous faire sentir. Je me suis représenté un joli visage, délicat et blanc, à la vérité, mais non pas aux dépens du reste; et, quelque blancheur que puisse avoir votre teint en général, soyez persuadée que mon imagination ne le noircit pas. Je sais qu'un peu d'incrédulité peut avoir ses avantages, mais je ne saurois mentir, même à ce prix.
A TefiFort que vous a coûté l'aveu de votre âge, je croyois que vous m*alliez dire au moios quarante ans. Je me souviens que ma dernière passion, et c'a été certainement la plus violente, fut pour une femme qui passoit trente ans (*). Elle avoitpour sa coiffure le même goût que vous, et il est impossible que le vôtre soit mieux fondé : elle étoit charmante toujours; coiffée en cheveux elle étoit adorable. Mais mes yeux se fermèrent devant ma raison; j'osai lui dire qu'il y avoit plus de grâce que de décence dans sa coiffure, et qu'il la falloit laisser aux jeunes personnes à marier. Elle en aimoit un autre et n'eut jamais pour moi que de la bienveillance ; mais cette franchise ne me l'ôta pas, et dès-lors elle m'en devint plus précieuse encore : je vous dis vrai.
Je suis très-pressé, le courrier va partir; nous traiterons du monsieur dans une autre lettre :
(*) Madame d'Houdetot.
Avr
aussi bi«n je crains que la lecture de celle-ci ne vous ôte l'envie de m*bonorer d*un meilleur titre, en me le faisant mériter.
k M. MOULTOU.
HoUen, 26 rëvrierl76S.
Je n'ai point trouvé, cher Moultou, dans la lettre de M. Deluc celle que vous me marquez lui avoir remise ; je comprends que vous vous êtes ravisé. Je puis avoir mis de l'humeur dans la mienne^ et j'ai eu tort t je trouve, au contraire, beaucoup de raison dans la vôtre ; mais j'y vois en même temps un certain ton redressé, cent fiSis pire que l'humeur et les injures. J'aimerois mieux que vous eussiez déraisonné. Quand j'aurai tort, dites-mot mes vérités franeheroent et durement, mais ne vous redressez pas, je vous en conjure: car cela finiroit mal. je vous aime tendrement, cher ami, et vous m'êtes d'autant plus précieux que vous serez le dernier et qu'après vous je n'en aurai plus d'autres; mais, à mon Age, on a pris soa pli ; e'est au vôtre qu'on en prend un. Il faut vous accommoder de moi tel que je suis, on me laisser là.
J admire avec reconnoissance et respect les infatigables soins du bon H. Deluc ; mais, en vérité, je suis si excédé de toutes leurs tracasseries genevoises que je ne puis plus les souffrir. Je ne leur dis rien, je ne leur demande rien, je ne veux rien avoir à faire avec eux.Je les ai laisr ses brûler, décréter, censurer tout à leur aise : que me veulent-ils de plus? Et ces imbécîlles bourgeois, qui regardent tout cela du haut de leur gloire, comme si cela ne les intéressoit point, et, au lieu de réclamer hautement contre la violation des lois, s'amusent à vouloir me faire dire mon catéchisme, et A se demander ce que je ferai tandis qu'ils demeurent les bras croisés, que me veulent-ils? Je ne sauroisie comprendre. Je croyois que les Genevois étoient des hommes^et ce ne sont que des caillettes. Je sens que mon ceeur s'intéresse encore an peu à eux, par le souvenir de mon bon père, qui certainement valoit mieux qu'eux tous. Hais l'intérêt devient bien foible quand l'estime ne le soutient phis. Dans l'état où je suis, ennnyé de tout, et surtout de la vie, le repos et la paix
sont les seub biens que je puisse goûter encore. Voulez-vous que j'y renonce pour aller chercher des corrections, des leçons, des réprimandes et de nouveaux affronts parmi des gens que je méprise? Oh! par ma foi, non.
J'avois terbouillé une espèce de réponse à Tarchevêque de Paris, et malheureusement, dans un moment d'impatience, je l'envoyai à Rey. En y mieux pensant, je l'ai voulu retirer : il n'étoit plus temps; il m'a marqué, en réponse, qu'il avojt déjà commencé. J^n suis trè»-fâché.II n'est pas permis de s'échauffer en parlant de soi ; et, sur des chicanes dedoctripc on ne peut que véiiller. L'écrit est froid et plat. J'en prévois l'effet d'avance; mMs la sottise est faite : il est inutile de se tourmenter d'un mal sans remède, fionjour.