‹ Œuvres complètes de J.J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 67 sur 158 · A M. J. BORNAND ("K · texte numérisé non relu

A M. J. BORNAND ("K

UoUcn, le 21 mars 1 765.

La réponse i votre objection, monsieur, est dans le livre même d-où vous la tirez. Lisez plus attentivement le texte et les notes, vous trouverez cette objection résolue.

Vous voulez que j'6te de mon livre ce qui est contre la religion : mais il n'y a dans mon livre rien qui soit contre la religion.

Je voadrois pouvoir vous complaire en faisant le travail que vous me prescrivez. Monsieur, je suis infirme, épuisé; je vieillis ; j'ai fait ma tâche, mal sans doute, mais de mon mieux. J'ai proposé mes idées à ceux qui conduisent les jeunes gens ; mais je ne sais pas écrire pour les jeunes gens.

Vous m'apprenez qu*il faut vous dire tout, ou que vous n'entendez rien. Cela me fait désespérer, monsieur» que vous m'entendiez jamais; car le n'ai point» moi, le talent de parler aux gens à qui il faut tout dire.

Je vous salue, monsieur, de tout mon c<Bur.

A NADAKS DE

Le27iiur8i76S.

Que votre lettre, madame, m'a. donné d'émotions'diverses 1 Ah L cette pauvre madame de ***...! pardonnez si je commence par elle.

(*) M. Buroand, I qui cette lettre est ailreasée* avolt reproché à Eousseau la pnbUcattoo de la Profession ds foi du Heairê savoffard coulre celle nazinoe eiprese du «icaire luimtmei

« Tant qu'il reste qaelqae bonne (Croyance parmi les hommes, » il ne faut point troubler les f mes paisibles, ni alarmer la foi • d* s simples par des dlRIcoltés qu'ils ne peuvent retondre, et a qui les inquiètent sans les éclairer. *

( Itote ds Du Pfyrcu. )

Tant de malheurs..., une amitié de treize ans... Femme aimable et infortunée...! Vous la plaignez, madame, vous avez bien raison : son mérite doit vous intéresser pour elle ; mats vous la plaindriez bien davantage si vous aviez vu comme moi toute sa résistance à ce fatal mariage. 11 semble qu'elle prévoyoit son son. Pour celle-là, les écus ne Tout pas éblouie; on ta bien rendue malheureuse malgré elle. Hé^ lasl elle n'est pas la seule. De combien de maux j'ai à gémir! je ne suis point étonné des bons procédés de madame ***; rien de bien ne me surprendra de sa part : je l'ai toujours estimée et honorée; mais avec tout cela elle n'a pas l'âme de madame de ***. Diles-moi ce qu*est devenu ce misérable; je n'ai plus entendu parler de lui.

Je pense comme vous, madame ; je n'aime point que vous soyez à Paris. Paris, le siège du goût et de la politesse, convient ù votre esprit, à votre ton, à vos manières ; mais le séjour du vice ne convient point à vos mœurs, et une ville où l'amitié ne résiste ni à l'adversité ni à l'absence ne sauroit plaire à votre cœur. Cette contagion ne le gagnera pas, n'est-ce pas, madame? Que ne lisez-vous dans le mien l'attendrissement avec lequel il m'a dicté ce motlà! L'heureux ne sait s'il est aimé, dit un poèlelatin ; et moi j'ajoute. L'heureux ne sait pasaimer. Pour moi, grâces au ciel, j'ai bien fait toutes mes épreuves; je sais à quoi m'en tenii^. sur le cœur des autres et sur {jb mien. 11 est bien constaté qu'il ne me reste que vous seule en France, et quelqu'un qui n'est pas eocorejugé, mais qui ne lardera pas à Tôtre.

S*il faut moins regretter les amiaqpe l'adversité nous ôteque priser ceux qu'eHe nous donne, j'ai plus gagné que perdu ; car elle m'en adonné un qu'assurément elle ne m'Atera pas. yous comprenez que je veux parler de mylord maréchal. Il m'a accueilli, il m'a honoré dans mes disgrâces, plus peutp-étre qu'il n'eût foit durant ma prospérité.. Les grandes âmes ne portent pas seulement du respect au mérite, elles en portent encore awlheur. Sans lui j'éiois tout aussi mal reçi^ans ce pays que dans lesautres, et je ne voyois plus d'asile autour de moi. Mais un bienfait plus précieux que sa protection estl'aniitiéidontil ^'honore, etqu'assurémentje ne perdrai poilit. Il me restera celui-là, j'en ré- I ponds. Je suis bien aise que vous m'ayez mar-

CORRESPONDANCE

que ce qu'eu pensoît M. d' A*** : cela me pronre qu'il se connott en hommes; et qui s'y connolt est de leur classe. Je compte aller roir ce digne protecteur avant son départ pour Berlin : Je lui parierai de M. d'A*** et de tous, madame; il n'y a rien de si doux pomr moi que de voir ceux qui m'aiment s'aimer entre eux.

Quand des quidams soos le nom de S*** ont voulu se porter pour juges de mon livre, et se sont aussi bêtement qu'insolemment arrogé le droit de me censurer, après avoir rapidement parcouru leur sot écrit, je l*ai jeté par terre et j'ai craché dessus pour toute réponse. Mais je n'ai pu lire avec le même dédain le mandement qu'a donné contre moi M. l'archevêque de Paris ; premièrement parce que l'ouvrage en luimême est beaucoup moins iaeple,et parce que, malgré les travers de l'auteur, je l'ai toujours estimé et respecté. Ne jugeant donc pas cet écrit indigne d'une réponse, j'en ai fait une qui a été imprimée en Hollande, et qui, si elle n'est pas encore publique, le sera dans peu. Si elle pénètre jusqu'à Pans et que vous en entendiez parler, madame, je vous prie de me marquer naturellement ce qu'on en dit ; il m'importe de le savoir. Il n'y a que vous de qui je puisse apprendre ce qui se passe à mon éj^ird dans un pays où j'ai passé une partie de ma vie, où j'ai en des amis, et qui ne peut me devenir indiflérent. Si vous n'étiez pas à portée de voir celte lettre imprimée^t que vouspnssiez m'indiquer quelqu'un de vos amis qui eût ses ports francs, je vous l'enverrois d'ici; car quoique la brochure soit petite, en voos l'envoyant directement elle vous coùteroit vingt fois plus de port que ne valent l'ouvrage et l'auteur.

Je suis bien touché des bontés de mademoiseite L*"** et des soins qu'elle veut bien prendre PQur moi ; mais je serois bien fftehé qu'un aussi joli travail que lé sien, et si digne d'être mis en vue, restàtcachésous mes grandesvilaines manches d'Arménien ; en vérité je ne saurois me résoudre à le profaner ainsi, ni parconséqueni à l'accepter, à moins qn'elle ne m'ordonne de le porter en écharpe ou en coflier, comme un ordre de chevalerie institué en son honneur.

Bonjour, madame; recevez les hommages de votre pauvre voisin. Vous jirenez de me faire passer une demi-heoie délicieuse, et en vérité j'en avois besoin ; car depuia^iuelques mois je

souffre presque sans relâche de mon mal et de mes chagrins. Mille choses, je vous supplie, à M. le marquis.

A M. J. BURNAND.

MoCien, le aS nuM f TSS.

Solution de l'objection de M. Bumand :

Mais, quand une fois tout e$i ébranlé, ondoH conserver le trône aux dépens des branches, etc.

Voilà, je crois j ce que le bon vicaire pourroit dire à présent au public (*).

M. Burnand m'assure que. tout le monde trouve qu'il y a dans mon livre beaucoup de choses contre la religion chrétienne. Je ne suis pas, sur ce point comme sur bien dantres, de l'avis de tout le monde, etd'autant moins que, parmi tout ce monde-là, je ne vois pas un chrétien.

Un homme qui cherche des explications pour compromettre celui qui les donne est peu généreux; mais l'opprimé qui n'ose les donner est un Iftche, je n'ai pas peur de passer pour tel. Jene crains pointles explications ; je crains les discours inutiles ; je crains surtout les désœuvrés, qui, ne sachant i quoi passer leur temps, veulent disposer du mien.

Je prie M. Burnand d'agréer mes salutations.

A M. ns MORmOIXIll,

Sn lui eoToyant ma Lkitrk i if. diBiacmort.

Motien, le 28 mars I76S.

Voici, monsieur, un écrit devenu nécessaire. Quoique mes agresseurs y soient un peu malmenés, ils le seroient davantage si je ne vous trouvois pas en quelque sorte entre eux et moi. Comptez, monsieur, que, si vous cessiez de leur servir de sauvegarde, ils ne s'en tireroient pas à si bon marché. Quoi qu*il en soit, j'espère que vous serez content de la classe à part où j*ai tâché de vous mettre; et il ne tiendra qu'à vous deconnottre, et dans cet écrit et dans toute ma vie, qu'en usant avec moi des procédés honnêtes, vous n'avez pas obligé un ingrat.

A M. MOULTOO.

MotlIh-TniTeif , oe SS «nU 47S3.

Ce n'étoit pas, cher ami, que je désapprou-

(') Ce qol est ici eo iuilque ett Ur^ de la Profession de fot.

Tasse l'eûToi d'an exemplaire en France, que je ne tous ai pas réponda sur-le-champ ; mais l'ennui» les tracas, les souffrances» les importuns, me rendent paresseux :' Texactitade est un trarail qui passe ma force actuelle. Faites ce que vous voudrez; votre envoi ne sera qu'inntile ; voilà tout. Vous n'avez que trois exemplaires, j'auends d'en avoir davantage pour voua en envoyer; encore ne sais-je pas trop comment.

Vemet est un fourbe. Je n'approuve point qu'on loi fasse lire l'ouvrage, encore moins qn'on le lui prête* 11 ne vent le voir que pour le Caire décrier par les petits vipereaux qu'il élève à la brochette, et par lesquels il répand contre mot son fade poison dans les Mercures de Neuchfttel.

Vous devez comprendre qu'un carton est impossible dés qu'une fois un ouvrage est sorti de la boutique du libraire. Si vous voulez en faire un pour Genève en particulier, soit, j'y consens : mais je ne veux pas m'en mêler, et soyez persuadé que cela ne servira de rien. Quand on cherche des prétextes, on en trouve. Les Genevois m'ont trop fiiit de mal pour ne pas me hafr ; et moi, je les connols trop pour ne les pas mépriser. Je prévois mieux que vous l'effet de la Lettre. J'ai honte de porter encore ce même titre dont je m'honorois ci-devant : dans six mois d'ici je compte en être délivré.

Votre aventure avec la compagnie ne m'étonne point ; elle me confirme dans le jugement que j'ai porté de toute cette prêtraille. Je ne doute point qii'en effet votre amitié pour moi n'ait produit votre exclusion : mais loin d'en être Âché je vous en félicite. L'état d'homme d'église ne peut plus convenir i un homme de bien ni à un croyant. Quittez-moi ce collet qui vous avilit; cultivez en paix les lettres, vos amis, la vertu ; soyez libre, puisque vous pouvez l'être. Les marchands de religion n'en sauroient avoir. Mes malheurs m'ont instruit trop tard; qu'ils vous instruisent à temps.

Je souffre beaucoup, cher ami : je me suis remis à l'usage des sondes pour tâcher de me procurer un peu de reiftche quand vous serez avec moi. Je me ménage ce temps comme le plus précieux de ma vie, ou du moins le plus doux qui me reste à passer. Ménagez-vous la liberté de venir quand je vous écrirai ; car mal-

beoreosement je sais encore moins maître de mon temps que vous du vôtre.

J'ai toujours oublié de vous dire que j'ai à Yverdun on cabriolet que je ne serois pas fftché de trouver à vendre. Pourroit-il vous servir, en attendant, dans nos petits pèlerinages? Pour moi, vous savez que je n*aime aller qu'à pied. Si vous avez des jambes, nous noud en servirons, mais à petits pas, car je ne saurois aller vite ni faire de longues traites ; mais je vais toujours. Nous causerons à notre mm ; cela sera délicieux. Je vous embrasse.

Si vous amenez quelqu'un, tâchez au moins que nous puissions un peu nous voir seuls.

A M. l'abbé DB la POBTB.

Motien, le4aYril4763.

Vous pouvez savoir, monsieur, que je n'ai jamais concouru ni consenti à aucun des recueils de mes écrits qu'on a publiés jusqu'ici ; et, par la manière dont ils sont faits , on voit aisément que l'auteur ne s'en est pas mêlé. Ayant résolu d'en faire moi-même une édition générale, en prenant congé du public, je le vois avec peine inondé d'éditions détestables et réitérées, qui peut-être le rebutisront aussi de la mienne avant qu*il soit en état d'en juger. En apprenant qu'on en préparoit encore une nouvelle où vous êtes, je ne pus m*empêcher d'en faire des plaintes ; ces plaintes, trop durement interprétées, donnèrent lieu à un avis de la gazette de Hollande, que je n'ai dicté ni approuvé, et dans lequel on suppose que le sieur Rey a seul le droit de faire cette édition générale : ce qui n'est pas. Quand il en a fait lui-même un recueil avec privilège , il l'a fait sans mon aveu ; et au contraire, en lui cédant mes manuscrits , je me suis expressément réservé le droit de recueillir le tout, et de le publier où et quand il me plairoit. Voilà, monsieur, la vérité.

Mais , puisque ces éditions furtives sont inévitables, et que vous voulez bien présider à celle-ci, je ne doute point, monsieur, que vos soins ne la mettent fort au-dessus des autres : dans cette opinion, je prends le parti de différer la mienne , et je me félicite que vous ayez fait assez'de cas de mes rêveries pour daigner

CORRESPONDANCE

vous eu occuper. MalheureuMment le public» toujours de mauvaise humeur contre moi » se plaindra que vous m'honorez à ses dépens. Il dira qu'un éditeur tel que vous lui rend moins qu'il ne lui dérobe; et quand vous pourrez lui plaire et Téclairer par vos écrits, il regrettera le temps que vous prodiguez aux miens (*).

Je vous remercie, monsieur, d'avoir bien voulu m'envoyer lanotedes piècesqui dévoient entrer dans votre recueil : vous êtes le premier éditeur de mes écrits qui cnit eu cette attention pour moi. Entre celles de ces pièces dont je ne suis pas l'auteur, j'y en trouve une qui ne doit être là d'aucune manière ; c'est le Petit Prophète (**). Je vous prie de le retrancher, si vous êtes à temps ; sinon, de vouloir bien déclarer que cet ouvrage n'est point de moi, et que je n'y ai pas la moindre part.

Recevez, monsieur, je vous supplie, mon respect et mes salutations.

A ItADUn CATOmi»

A M. J. BURMAND.

llotien,leAa?rUI7e5.

Je suis très-content, monsieur, de votre dernière lettre, et je me fais un très-grand plaisir de vous le dire. Je vois avec regret que je vous avois mal jugé. Mais, de grâce, mettez-vous à ma place. Je reçois des milliers de lettres où, sous prétexte de me demander des explications, on ne cherche qu'à me tendre des pièges. Il me faudroit de la santé, du loisir et des siècles pour entrer dans tous les détails qu'on me demande ; et, pénétrant le motif secret de tout cela, je réponds avec franchise, avec dureté même, i l'intention plutôt qu'à l'écrit. Pour vous, monsieur, que mon ftpreté n*a point révolté, vous pouvez compter de ma part sur toute l'estime que mérite votre procédé honnête, et sur une disposition à vous aimer, qui probablement aura son effet si jamais nous nous connoissons davantage. En attendant, recevez, monsieur, je vous supplie, mes excuses et mes sincères salutations.

(*) It'ëdltioo dei œnnet «k Routteaa donnée par rabbë de Va Pdrte t'til faite k Paris cliei Duchetne, tons la rubrique de fleudiAlel ; elle forme dli-hult TOlumes lu-S* et in-12.

(") Brochure de Gilmm aar la matiqiie françoise. Voyei reN/iM«toiia,UfreTiir. g. P.

U7aTriH7fiS

Je suis d'autant plus en peine de vous, m»» dame, que n'ayant pas de vos nouvelles depuis long-temps, je sais que M. Breguet n'en a pas non plus. Je me souviens bien cependant que vous m'avez écrit la dernière; mais si vous comptiez à la rigueur avec moi, à combien d'égards ne resterois-jc pas insolvable I Vous m'avez accoutumé à plus d'indulgence, et cela me fait craindre que votre silence aauel n'ait quelque cause dont la crainte m'alarme beau^ coup. De grâce, madame, tranquillisez-moi par un mot de lettre. Dans l'incertitude de ce qui peut être arrivé, je n'ose faire celle-ci plus longue, jusqu'à ce que je sois assuré que ce que j'écris continue à vous parvenir.

A M. WATEtET.

Motiert, ITSS.

Vous me traitez en auteur, monsieur ; vous me Alites des complimens sur mon livre. Je n'ai rien à dire à cela, c'est l'usage. Ce même usage veut aussi qu'en avalant modestement votre encens, j^ vous en renvoie une bonne partir. Voilà pourtant ce que je ne ferai pas; car, quoique vous ayez des talens très-vrais, trèsaimables, les qualités que j'honore en vous les effacent à mes yeux ; c'est par elles que je vous suis attaché ; c'est par elles que j'ai toujours désiré votre bienveillance; et Ton ne m'a jamais vu rechercher les gens à talens qui n'avoient que des talens. Je m'applaudis pourtant do ceux auxquels vous m'assurez que je dois votre estime, puisqu'ils me procurent un bien dont je fais tant de cas. Les miens tels quels ont cependant si peu dépendu de ma volonté, ils m'ont attiré tant de maux, ils m'ont abandonné si vite, que j'aurois bien voulu tenir cette amitié, dont vous permettez que je me flatte, de quelque chose qui m'eût été moins funeste, que je pusse dire être plus à moi.

Ce sera, monsieur, pour votre gloire, au moins je le désire et je l'espère, que j'aorai biftmé le merveilleux de l'Opéra. Si j'ai eu tort, comme cela peut très-bien être, vous m'aurez réfuté par le fait, et si j'ai raison, le succès

dans un mauvais genre n*cn rendra voire triomphe qae plus éclatant. Vous voycs» monsieur, par Texpérience constante du théâtre» que ce o^est jamais le choix du genre bon ou mauvais qui décide du sort d*une piëce. Si la v6ire est intéressante malgré les machines , soutenue d'une bonne musique elle doit réussir; et vous aures en» comme Quinault, le mérite de la diF- Bealté vaincue. Si » par supposition » elle ne l'est pas, votre goût, votre aimable poésie, Tauront ornée au moins de détails charmans qui la rendront agréable; et c*en est assez pour plaira à TOpéra François. Monsieur, je tiens beaucoup plus, je vous jure, à votre succès qu*à mon opinion, et non-seulement pour vous, mais aussi pour votre jeune musicien ;. car le grand voyage que l'amour de l'art lui a fait entreprendre, et que vous avez encouragé, m'est garant que son talent n'est pas médiocre. Il faut en ce genre, ainsi qu'en bien d'autres, avoir déjà beaucoup en soi-même pour sentir combien on a besoin d'acquérir. Messieurs, donnez bientôt votre pièce, et, dussé-je être pendu, je Tirai voir si je puis.

A M. MODLTOU.

MoUen, e» nmedi ISarrtt 176S.

Voici, cher Moultou, puisque vous le voulez, encore deux exemplaires delà lettre ; c'est tout ce qui me reste avec le mien. Je n'entends pas dire qu'il s'en soit répandu dans le public aucun autre que ceux que j'ai donnés; et je n'ai plus aucune nouvelle de Rey : ainsi il se pourroit très-bien que quelqu'un fût venu à bout de supprimer l'édition. En ce cas, il ioiporioroii de placer très-bien ces exemplaires, puisqu ils seroient difficiles et peut-être impossibles à remplacer. Si vous trouviez à propos d'en donner un à M. le colonel Piclet, lequel m'a écrit des lettres très-honnétes, vous me feriez grand plsiisir.

Je comprends quel est l'endroit où M. Deluc croit se reconnottre. Il se trompe fort. Mon caractère n'est assurément pas de tympaniser mes amis ; mais le bon homme, avec toulc sa sagesse, n'a pu éviter un piège dans lequel nous tombons tons : c'est de croire tout le mon 'le

sans cesse occupé de nous en bien ou en mal , tandis que souvent on n'y pense guère.

Quand vous viendrez, je vous montrerai dans des centaines de lettres une rame de lourds sermons dont je me suis plaint; et quels sermons, grand Dieul 11 m'en coûte, depuis que je suis ici, dix louis en ports de lettres pour des réprimandes, des injures et des bêtises; et ce qu'il y a de plaisant, c'est qu'il n'y a pas un de ces sots-là qui ne pense être le seul et ne pré* tende m'occuper tout entier.

Il est certain que j'ai mieux prévu que vous Teffet de la Lettre à M. de Beanmont. Tout ce que je puis faire de bien ne fera jamais qu'aigrir la rage des Genevois. Elle est à un point inconcevable. Je suis persuadé qu'ils viendront à bout de m'en rendre enfin la victime, ftlon seul crime est de les avoir trop aimés : mais ils ne me le pardonneront jamais. Soyez persuadé que Je les vois mieux d'ici que vous d'où vous êtes. Je ne vois qu'un seul moyen d'attiédir leur fureur ; cela presse. Envoyez-moi, je vous prie, le nom et l'adresse de M. le premier syndic.

Venez quand vous voudrez, je vous attends. Mes malheurs, à tous égards, sont à leur dernier terme ; mais seulement que je vous embrasse, et tout est oublié.

A M. LE MAaiCBAL DE LUXEMBOURG.

Motiert-Tnvf n, le 23 a? rO 1768.

Pardonnez-moi, monsieur le maréchal, une nouvelle importunité : il s'agit d'un doute qui me rend malheureux, et dont personne ne peut me tirer plus aisément ni plus sûrement que vous. Tout le monde ici me trouble de mille vaines alarmes sur de prétendus projets contre ma liberté. J'ai pour voisin depuis quelque temps un gentilhomme hongrois, homme de mérite, dans l'entretien duquel je trouve des consolations. On vient de recevoir et de me montrer un avis que cet étranger est au service de France, et envoyé tout exprès pour m'atti* rer dans quelque piège. Cet avis a tout l'air d.'une basse jalousie. Outre que je ne suis assurément pas un personnage assez important pour mériter tant de soins, je ne puis reconnottre

CORRESPONDANCE

l'esprit françois à tant de barbarie, ni soupçonner un honnête homme sur des imputations en l'air. Cependant on se fait ici un plaisir malin de m'effraycr. A les en croire, Je ne suis pas même en sûreté à la promenade , et je n'entends parler que de projets de m'enlever. Ces projets sont-ils réels? Est-il vrai qu'on en veuille à ma personne ? Si cela est , l'exécution n'en sera pas difficile, et je suis près d'aller me rendre moi-même où l'on voudra, aimant mille fois mieux passer le reste de mes jours dans les fers que dans les agitations continuelles où je vis, et en défiance de tout le monde. Je ne demande ni faveur ni grâce, je ne demande pas même justice; je ne veux qu'être éclairci sur les intentions du gouvernement. Ce n*est nullement pour me mettre à couvert que je désire en être instruit, comme on le eonnotira par ma conduite ; et si Ton ne pense pas k moi, 4se me sera un grand soulagement d'en être instruit. Un mot d'éclaircissement de vous me rendra la vie. Je ne puis croire que ma prière soit indiscrète. Je n'entends pas pour cela que vous me répondiez de rien : marquez-moi simplement ce que vous pensez, et Je suis content; le doute m*est cent fois pireque le mal. Si vous connoissiez de quelle angoisse votre réponse telle qu'elle soit peut me tirer, je connois votre cœur, monsieur le maréchal, et je suis bien sûr que vous ne tarderiez pas à la faire.

A M. MODLTOU.

Motten»le7mail763.

Pour Dieu, cher ami, ne laissez point courir cet impertinent bruit d'une résidence auprès des Cantons. Je parierois que c'est une invention de mes ennemis, pour me faire regarder comme un homme abandonné , quand on saura combien ce bruit est faux. Vous savez que je viens de perdre mylord maréchal, mon protecteur, mon ami, et le plus digne des hommes; mais vous ne pouvez savoir quelle perte je fais en lui. Pour me mettre en sûreté, autant qu'il est possible, contre la mauvaise volonté des gens de ce pays, il m'envoya, avant son départ, des lettres de naturalité : c'est peut-être ce fait augmenté et défiguré qui a donné lieu au sot bruit dont vous me parlez. Quoi qu'il

en soit, jugez si dans mon accaUemeiit f ai besoin de vous. Venez, ne laissez pas plus long* temps en presse un cœur accoutumé à s'épancher, et qui n'a plus que vous. Marquez-moi à peu près le jour de votre arrivée , et venez tomber chez moi : vous y trouverez votre chambre prête.

Comme M. Pictet m'a toujours écrit sous le couvert d'autrui, je vous adresse pour lui cette lettre, dans le doute s'il n'y a point dans une correspondance directe quelque inconvénient que je ne sais pas.

Ne vous tourmentez pas beaucoup de ce qui se fait à Gevève à mon égard ; cela ne m'intéresse plus guère. Je consens à vous y accompagner, si vous voulez, mais comme je ferois dans une autre ville. Mon parti est pris; mes arrangemens sont faits. Nous en parlerons.

A M. FAVRB, Premier syndic de la république de Genève. Motiert-TrtTers, le 12 mal I7CS^

Monsieur,

Revenu du long étonnement où m*a jeté de la part du magnifique Conseil le procédé que j'en devois le moins attendre , je prends enfin le parti que Thonneur et la raison me prescrivent, quelque cher qu'il en coûte à mon cœur.

Je vous déclare donc, monsieur, et je vous prie de déclarer au magnifique Conseil que j'abdique à perpétuité mon droit de bourgeoisie et de cité dans la ville et république de Genève. Ayant rempli de mon mieux les devoirs attachés à ce titre sans jouir d'aucun de ses avantages, je ne crois point être en reste avec l'état en le quittant. J'ai tâché d'honorer le nom de genevois; j'ai tendrement aimé mes compatriotes; je n'ai rien oublié pour me faire aimer d'eux ; on ne sauroit plus mal réussir ; je veux leur complaire jusque dans leur haine. Le dernier sacrifice qui me reste a faire est celui d'un nom qui me fut si cher. Mais, monsieur, ma patrie, en me devenant étrangère, ne peut me devenir indifférente; je lui reste attaché par un tendre souvenir ; et je n'oub\ie d'elle que ses outrages. Puisse-t-elie prospérer toujours, et voir augmenter sa gloire I

abonder en citoyens meillearsi et sortoat plus heureux que moi 1

Recevei» je vous prie, monsieur, les assurances de mon profond respect.

A ■• MARC CBAPPUIS.

MoClen, lelSiMitTSS.

Vous Terrez, monsieur, je le présume, la lettre que j'écris à M. le premier syndic. Plaignoz-moi, vousqui connoissez mon cœur, d'être forcé de faire une démarche qui le déchire. Mais après les affronts que j'ai reçus dans ma patrie, qui ne sont ni ne peuvent être réparés , m'en reconnottre encore membre seroit consentir à mon déshonneur. Je ne vous ai point écrit, monsieur, durant mes disgrâces : les malheureux doivent être discrets. Maintenant que tout ce qui peut m'arriver de bien et de mal est à peu prés arrivé, je me livre tout entier aux seutimenu qui me plaisent et me consolent, et soyez persuadé, monsieur, je vous supplie, que ceux qui m'attachent à vous ne s'affoibliront jamais.

A MADAME UTOOR.

AMoUen,l6l4iiiall76S

Vous avez des peines, madame, qui ajoutent aux miennes, et moi Ton me fait vivre dans un tumulte continuel , qui ne rend peutêtre que trop excusable l'inexactitude que vous avez la bonté de me reprocher. Je vous remei^'cierois des choses vives que vous me dites làdessus, si je n'y voyois qu'en rendant justice à ma négligence vous ne la rendez pas à mes sentimens. Mon cœur vous venge assez de mes torts avec vous pour vous épargner le soin de m'en punir, et ces torts ont pour principe un défaut, mais non pas un vice. Comment pouvez-vous me soupçonner de tiédeur au milieu des adversités que j*éprouve?L'heureux ne sait s'il est aimé, disoit un ancien poète ; et moi j'ajoute, l/heureux ne sait pas aimer. Jamais je n*eus le cœur si tendre pour mes amis que depuis que mes malheurs m'en ont si peu laissé. Croyez-m'en, madame, je vous supplie; je vous compte avec attendrissement dans ce petit nom- i

bre, et dans les convenances qui nous lient, j'en vois avec douleur une de trop.

Je vous avoue que je ne relis pas vos lettres depuis assez long-temps : vous concluez de li qu'elles me sont indifférentes, et c'est tout le contraire. Il fiiudroit, pour me juger équitable* ment, vous faire une idée de ma situation, et cela vous est impossible; il faut la connottre pour la comprendre, je ne dois pas même ten ter de vous l'expliquer. Je vous dirai seulement que, parmi des ballots de lettres que je reçois continuellement, j'en mets a part des liasses qui me sont chères,. et dans lesquelles les vôtres n'occupent sûrement pas le dernier rang; mais le tout reste mêlé et confondu jusqu'à ce que j*aie le loisir d'en faire le triage. Parmi les qualités que vous avez , et qui me manquent» l'esprit d'arrangement est une de celles dont la privation me cause, sinon le plus grand pré* jùdice, au moins le plus continuel. Tous mes papiers sont pêle-mêle ; pour en trouver un, il faut les feuilleter tous, et je passe ma vie et à chercher et à brouiller davantage, sans qu'a* près mille résolutions il m'ait jamais été possible de me corriger là-dessus. Il s'agit donc de trier vos lettres, et pour cela il faut tout renverser, tout fureter ; pour mettre tout en ordre il faut commencer par tout mettre sens dessus dessous : cela demande un temps qu'on ne me laisse pas à présent, et un domicile assuré que je suis bien loin d*avoir en ce pays. Je ne prévois pas de pouvoir faire cette revue avant Thiver, temps où la mauvaise saison forcera les importuns à me laisser quelque trêve, et où ma situation sera probablement plus stable qu'elle ne l'est à présent. C'est un temps de plaisir que je me ménage, que celui que je passerai à vous relire, et à m'arranger pour pouvoir vous relire souvent. Jusqu'à ce moment, qu'il ne dépend pas de moi d'accélérer, usez^ de grâce, avec moi d'indulgence , et croyez que mon cœur n>8t indiflérent sur rien de ce que vous m'écrivez, quoique je ne réponde pas à tout, et même que j'en oubrie quelque chose.

Quoique je fusse bien fâché de recevoir le monsieur dans vos lettres, je voudrois bien, m.idame, y trouver un titre, et il me semble que vous me l'aviez promis : je vous avertis que ce n'est pas de ces choses qu'il soit permisd'oublier. Il faut pourtant avouer que j'en ai oublié

T. IV

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CORRESPONDANCE

une, et qu0,8i vous me jugez à la rigueur,cei oubli me rend indigne de la savoir; c'est votre nom de baptême, que vous m'avez dit dans une de vos lettres, et que je rougis devant vous de ne pouvoir me rappeler. Je n'ai que cet aveu pour ma justification ; mais vous qui lisez si bien dans les cœurs, vous excuserez le mien : quand un crime de cette espèce nous rend vraiment coupable, on ne Ta voue jamais. De grâce, le joli nom de baptême ; car notez que je me souviens très-bien qu'il Test. En vérité, vous êtes trop ma dame pour que je vous appelle madame plus long-temps.

Si je veux voir votre portrait I Ah I non-seu* lement le voir, mais l'avoir s'il étoit possible. A la vérité, je suis bien éloigné d'avoir du superflu ; mais si une copie de ce précieux portrait, faite pourtant de bonne main, pouvoit ne coûter que huit à dix pistoles , ce ne seroit pas les prendre sur mon nécessaire, ce seroit y pourvoir. Voyez ce qui se peut faire, et ce que vous pouvez permettre que je fasse. Un présent d'un prix inestimable sera votre consentement; vous sentez que ma proposition en exclut toute autre.

Je ne vous ai point envoyé, madame, d'explication ultérieure sur la terre en question ; d'abord parce que je remis votre lettre A M. notre châtelain, qui l'envoya à M. de Bioley^son beau-frère, et celui-ci l'a gardée un temps infini. Ensuite, je trouvai que leséclaircissemens qui me furent donnés verbalement n'ajoutoient rien à ce que je vous a vois déjà écrit. On consent, et l'on avoit déjà consenti à toutes les consultations qui peuvent vous être utiles; on vous prie seulement de n'en parler qu'autant qu'il convient à vos intérêts. Quant aux petites parties dont la recette est composée, elles ne causent aucun embarras, puisqu'elles s'apportent toutes auchâteau le jour marqué, et qu'on peut affermer le tout, ou charger un receveur de ce détail. Une autre raison encore a un peu ralenti le zèle que j'avois de vous voir acquérir des possessions en ce pays ; mais cette raison ne regardant absolument que moi, ne doit rien changer à vos projets: ainsi nous en parlerons plus à loisir.

Me voilà bien en train de babiller, et tant pis pour vous, madame, car, quand je bavarde -tant, je ne sais plus ce que je dis : tant pis aussi

pour moi, peut-être ; j'ai peur, quand ma ferveur se réchauffe, que la vôtre ne vienne à s'attiédir. N'auroit-elle point déjà commencé?

M. MARC CHAPPU18.

Motiert, leaSnalITSS.

Je vois, monsieur, par la lettre dont vous m*avez honoré le -18 de ce mois, que voys me jugez bien légèrement dans mes disgrâces. Il en coûte si peu d'accabler les malheureux, qu'on est presque toujours disposé à leur faire un crime de leur malheur.

Vous dites que vous ne comprenez rien à ma démarche : elle est pourtant aussi claire que l.i triste nécessité qui m'y a réduit. Flétri publiquement dans ma patrie sans que personne ait réclamé contre cette flétrissure, après dix mois d'attente , j'ai dâ prendre le seul parti propre à conserver mon honneur si cruellement offensé. C'est avec la plus vive douleur que je m'y suis déterminé : mais que pouvois-je faire? Demeurer volontairement membre de l'état après ce qui s'étoit passé, n*étoit-ce pas consentir à mon déshonneur?

Je ne comprends point comment vous m'osez demander ce que m'a fait la patrie. Un homme aussi éclairé que vous ignore-t-il que toute démarche publique faite par le magistral est censée faite par tout l'état lorsque aucun de ceux qui ont droit de la désavouer ne la désavoue? Quand le gouvernement parle et que tous les citoyens se taisent, apprenez que la patrie a parlé.

Je ne dois pas seulement compte de moi aux Genevois, je le dois encore à moi-même, au public, dont j'ai le malheur d'être connu, et à la postérité, de qui je le serai peut-être. Si j'étois assez sot pour vouloir persuader au reste de l'Europe que les Genevois ont désapprouvé la procédure de leurs magistrats, ne s'y moqueroit-on pas de moi? Ne savons-nous pas, mediroit-on, que la bourgeoisie a droitde faire des représentations dans toutes les occasions où elle croit les lois lésées et où elle improuve la conduite des magistrats? Qu'a-t-elle fait ici depuis prés d'un an que vous avez attendu ? Si cinq ou six bourgeois seulement eussent protesté, l'on pourroit vous croire sur les sentimens que

vous leur prêtez. Cetto démarche étoit facile, légitime; elle ne troubloit point Tordre public : pourquoi donc ne l'a-t-on pas faite ? Le silence de tous ne dément-il pas vos assertions ? Montrez-nous les signes du désaveu que vous leur prêtez. Voilày monsieur, ce qu*on me diroit et qu'on auroit raison de me dire. On ne juge point les hommes par leurs pensées, on les juge sur leurs actions.

H Y avoit peut-être divers moyens de me venger de Toutrage, mais il n'y en avoit qu'un de le repousser sans vengeance ; et c*est celui que j'ai pris. Ce moyen, qui ne fait de mal qu'à moiy doit-il m'attirer des reproches au lieu des consolations que je devois espérer?

Vous dites que jQ n'avois pas droit- de demander rabdication de ma bourgeoisie : mais le dire n^est pas le prouver. Nous sonnnes bien loin de eompte; car je n'ai point prétendu demander cette abdication, mais la donner. J'ai assez étudié mes droits pour les connoltre, quoique je ne les aie exercés qu'une fois, et seulement pour les abdiquer. Ayant pour moi l'usage de tous les peuples, l'autorité delà raison, du droit naturel, de Grotius, de tous les jurisconsultes, et même l'aveu du Conseil, je ne suis pas obligé de me régler sur votre erreur. Chacun sait que tout pacte dont une des parties enfreint les conditionsdevient nul pourTauire. Quand je devois tout & la patrie, ne me devoit-elle rien? J*ai payé ma dette, a-t-elle payé la sienne? On n'a jamais droit de la déserter, je l'avoue ; mais quand elle nous rejette, on a toujours droit de la quitter ; on le peut dans les cas que j*ai spécifiés, et même on le doit dans le mien. Le serment que j'ai fait envers elle, elle Ta fait envers moi. En violant ses engagomens, elle m'affrauchit des miens; et, en me les rendant

ignominieux,.elle me fait un devoir d'y renoncer.

Vous dites que si des citoyens se présentoient au Conseil pour demander pareille chose, vous ne seriez pas surpris qu'on les incarcér&t. Ni moi non plus, je n'en serois pas surpris, parce que rien d'injuste ne doit surprendre de la part de quiconque a la force en main. Mais bien qu'une loi, qu'on n'observa jamais, défende au citoyen qui veut demeurer tel de sortir sans congé du territoire ; comme on n'a pas besoin de demander l'usage d'un droit qu'on a, quand un I

Genevois veut quitter sa patrie tout-à-fait poiir •iller s'établir en pays étranger, personne ne songe à lui en faire un crime, et on ne l'incarcère point pour cela. Il est vrai qu'ordinairement cette renonciation n'est pas solennelle, mais c'est qu'ordinairement ceux qui la font, n'ayant pas reçu des affronts publics, n'ont pas besoin de renoncer publiquement à la société qui les leur a faits.

Monsieur, j'ai attendu, j'ai médité, j'ai cherché long-temps s'il y avoit quelque moyen d eviter une démarche qui m'a déchiré. Je vous avois confié mon honneur, 6 Genevois, et j'étois tranquille ; mais vous avez si mal gardé ce dépôt que vous me forcez de vous l'ôter.

Mes bons anciens compatriotes, que j'aimerai toujours malgré voire ingratitude, de grâce, ne me forcez pas par vos propos durs et malhonnêtes, de faire publiquement mon apologie. Épargnez-mo», dans ma misère, la douleur de me défendre à vos dépens.

Souvenez-vous, monsieur, que c'est malgré moi que je suis réduit à vous répondre sur ce ton. La vérité, dans cette occasion, n'en a pas deux. Si vous m'attaquiez moins durement, je ne chercherois qu'à verser mes peines dans votresein. Votre amitié me sera toujours chère, je me ferai toujours un devoir de la cultiver; mais je vous conjure, en m'ecrivant, de ne pas me la rendre si cruelle, et de mieux consulter votre bon cœur. Je vous embrasse de tout le mien.

k M. MOULTOU.

Uotlers, le 4 juin 1763.

J'ai si peu de bons momens en ma vie, qu'à peine espérois-je d'en retrouver d'aussi doux queceuxquevousm'avezdonncs. Grand merci, cher ami : si vous avez été content de moi, j? l'ai été encore plus de vous ; cette simple vérité vaut iien vos éloges. Aimons-nous assez l'un l'autre pour n'avoir plus à nous louer.

Vous me donnez pour mademoiselle C... une commission dont je m'acquitterai mal précisément à cause de mon estime pour elle. Le refroidissement de M. G... (*) me fait mal penser

(*) C'eit du célèbre Gibbon qu'il est question, et de madame »ck<>r, dont le nom de dciiioiN^lle éto.t Curchoid.

CORRESPONDANCE

d6 lui ; j*ai reTU son livre ; i! y court après l'esprit; il s'y guindé : M. G.... n*e8t point mon homme; je ne puis croire qu'il soit celui de mademoiselle C... : qui ne sent pas son prix n'est pas digne d'elle; mais qui Fa pu sentir» et s'en détache, est on homme à mépriser* Elle ne sait ce qu'elle veut ; cet homme la sert mieux que son propre cœur. J'aime cent fois mieux qu'il la labse pauvre et libre au milieu de vous» que de l'emmener être malheureuse et riche en Angleterre. En vérité, je souhaite que M. G.... ne vienne pas. Je voudrois me déguiser» mais je ne saurois ; je voudrois bien faire» et je sens que je gâterai tout.

Je tombe, des nues au jugement de M. de Monclar, Tous les hommes vulgaires» tous les petits littérateurs sont faits pour crier toujours au paradoxe» pour me reprocher d'ôtre outré; mais lui que je croyoîs philosophe» et du moins logicien» quoil c'est ainsi qu'il m'a lui c'est ainsi qu*il me juge I II ne m'a donc pas entendu. Si mes principes sont vrais» tout est vrai ; s'ils sont faux, tout est faux ; car je n'ai tiré que des conséquences rigoureuses et nécessaires. Que veut-il donc dire 7 Je n'y comprends rien. Je suis assurément comblé et honoré de ses éloges» mais autant seulement que je peux l'être de ceux d*un homme de mérite qui ne m'entend pas. Du reste» usez de sa lettre comme il vous plaira ; elle ne peut que m'éire honorable dans le public. Mais, quoi qu'il dise» il sera toujours clair entre vous et moi qu'il ne m'enlend point.

Je suis accablé de lettres de Genève. Vous ne sauriez imaginer à la fois la bêtise et la hauteur de ces lettres. Il n'y en a pas une oii l'auteur ne se porte pour mon juge» et ne me cite à son tribunal pour lui rendre compte de ma conduite. Un M. B....t» qui m*a envoyé toute sa procédure, prétend que je n'ai point reçu d'affront, et que le Conseil a voit droit de flétrir mon livre» sans commencer par cit^ l'auteur. Il me dit» au sujet de mon livre brûlé par le bourreau» que l'honneur ne souffre point du fait d'un tiers. Ce qui signifie [au moins si ce mot de tiers veut dire ici quelque chose) qu'un homme qui reçoit un soufflet d'un autre ne doit point se tenir pour insulté. J'ai pourtant» parmi tout ce fatras» reçu une lettre qui m'a attendri jusqu'aux larmes : elle est anonyme» et» par une

simplicité qui m'a touché encore en mefiaisant rire» l'auteur a eu soin d'y renfermer le port.

Je souhaite de tout mon cœur que les choses soient laissées comme elles sont» et que je puisse, jouir tranquillementdu plaisir de voir mes amis à Genève» sans affaires et sans tracas ; je partirai sitAt que j'aurai reçu de vos nouvelles. Je vous manderai le jour de notre arrivée» et je vous prierai de nous louer une chaise pour partir le lendemain matin. Adieu» cher ami ; mille respects i M. votre père et à madame votre épouse; elle n'a point à se plaindre» j'espère» de votre séjour a Motiers; si vous y avez acquis le corps d'Emile» vous n'y avez point perdu le cœur de Saint-Preux» et je suis bien sûr que vous aurez toujours l'un et l'autre pour elle.

Voici des lettresque j'ai reçues pour vous. Mille amitiés à M. Le Sage. Je vous embrasse de tout mon cœur.

MotitrtJeSJidiilMS.

Voici» monsieur» la petite réponse que tous demandez aux petites difficultés qui tous tourmentent dans ma lettre à M. de Beaumont (*].

4 o Le christianisme n'est que le judaïsme expliqué et accompli. Donc les apAtresue transgressoient point les lois des Juifs quand ils leur enseignoient l'Évangile : mais les Juifs les persécutèrent, parce qu'ils ne les entendoient pas, ou qu'ils feignoient de ne les pas entendre : ce n'est pas la seule fois que le cas est arrivé.

20 J'ai distingué les cultes o& la religion essentielle se trouve, et ceux où cllené^e trouve pas. Les premiers sont bons» les antres mauvais; j'ai dit cela. On n'est obligé de se conformer à la religion particulière de Téiat, et il n'est même permis de la suivre, que lorsque la religion essentielle s'y trouve» comme elle se trouve» par exemple» dans diverses communions chrétien-

(*) Voici le puMse objecté :

« Je croit qo'un bomme de bien, dans quelque rdigioii qii*îl

• Yi?e de bonne foi, peut être tan? é. Maie Je ne crois fM» pool i cela qu'on pniHe tégitlmeoMot iotrodotre daof un pap dei > religions étrangères sans-la permission du souverain; card

• ce n'est pu directement désobéir à Dieu, c'est désobéir aux

• lok, et qui déMbéitanx lois désobéit à Dieu. » {iMIrté M, de J^eaumonl.) G« P>

IM9» dans le mahométisme, dan» le judaïsme : mais dans le paganisme» c*étoit autre chose ; comoie trè8*évidemment la religion essentielle ne s'y trouvott pas, il étoit permis aux apAires de prêcher contre le paganisme, même parmi les païens, et même malgré eux.

5* Quand tout cela ne seroit pas vrai, que s'eosttivroit-il ? Bien qu'il ne soit pas permis aux membres de 1 état d'attaquer de leur chef la foi du pays, il ne s'ensuit point que cela ne soit pas permis à ceux à qui Dieu l'ordonne ex«* pressément. Le catéchisme tous apprend quç c*est le cas de la prédication de l'Evangile. Parlant humainement, j'ai dit le devoir commun des hommes; mais je n'ai point dit qu ils ne dussent point obéir quand Dieu a parlé. Sa loi peut dispenser d'obéir aux lois humaines ; c'est un principe de votre foi que je n ai point combattu. Donc en introduisant une religion étran« gère, sans la permission du souverain » les ap6tres n'étoient point coupables. Cette petite réponse est, je pense, à votre portée, et je pense qu'elle suffit.

Tranquillisez-vous donc, monsieur, je vous prie, et souvenez-vous qu'un bon chrétien, simple et ignorant, tel que yous m'assurez être, devroit se borner à servir Dieu dans la simplicité de son cœur, sans s'inquiéter si fort des sentimens d'autruL

A M. TBliODOIIS ROOSSBAO.

liotiert,leBjDiiil7SS.

Je vous aurois envoyé sur-le-champ, mon très-cher cousin, la copie que vous me demandez de ma lettre i M. le premier syndic, si je n'ensse pas été informé que cettre lettre étoit publique à Genève peu de jours après sa réception, de sorte que je ne puis douter que vous n'en ayez eu communication peu de temps après l'envoi de là vôtre. Si cependant cela n'éioi t pas,demandez^n communication à M.Chappuis ou à M. Deluc ; ib ne vous la refuseront s&rement pas. Tout le monde me demande des copies de mes lettres, sans songer que je n'ai point de secrétaire, et que quand«}e passerois ma vie à faire des copies, je ne suffirois pas à la curiosité du public. Votre cas, mon cher cousin, est très-différent, et i'en fois bien la dis-

tinction : aussi, si je pouvois présumer que vous n*eussicz pas déjà celle que vous me demandez, vous la ferois-je à l'instant. Mais je suis assuré que ce seroit un soin superflu.

H me semble que vous vous exprimez avec moi en termes peu convenables sur la triste démarche que j'ai été obligé de faire pour la défense de mon honneur, chargé par le Conseil d'une flétrissure publique, contre laquelle per«sonne n'a réclamé el à laquelle ce seroit consentir que de rester volontairement membre de l'état où je l'ai reçue. Vous devez sentir et plainr dre mon affliction dans une démarche nécessaire qui me déchire : mais quel droit avezvous de me supposer irrité lorsque je ne fais du mal qu'à moi ? Vous dites que c'est un coup sanglant pour mes parens; et tout au contraire, c'est un soin cruel, mais indispensable, que je devois à ma personne, à mon nom, à ceux qui le portent ainsi que moi. Si j etois capable de boire des affronts sans m'en défendre, c'est alors que ma famille auroit droit de se plaindre de l'avilissement qu elle partageroit avec moi. J'attendois de vous des remerctmens pour n'avoir paa laissé déshonorer votre nom. J'espérois du moins que vous me plaindriez dans mes malheurs. Dispensez-vous, je vous prie, à l'avenir de me faire des reproches injustes et déraisonnables que je n'ai sûrement pas mérités. Du reste, soyez persuadé, mon cher cousin, qu'en renonçant i ma patrie je n'ai point renoncé à ma famille : elle me sera toujours chère. Et mou cher cousin Théodore doit être assuré de trouver toujours en moi un bon parent et ami qui ne l'oubliera jamais. Je vous embrassade tout mon cœur.

A MADAHX LATOUR.

A Hotien, le 17 ]ain t76S.

Quel silence I quel temps j'ai choisi pour le garder 1 0 celte charmante Marianne 1 que pensera-t-elle, que dira-t-elle maintenant de celui qu'elle a honoré du précieux nom d'ami, et qni» pour prix de ce bienfoit, se uit avec elle depuis six semaines? Quand je pense combien je suis coupable, la plume me tombe des mains, et je n'ai plus le front de continuer d'écrire. Il le faut cependant, pour ne pas aggraver le crime par

le repentir. Soyez donc aussi clémente qu*ai« mable; acceptez ma contrition. Je ne mérite grâce qu'en un seul point, mais tel qu*il suffira pour Tobtenir de vous, je Tespère : c'est que je sens tout mon crime, et ne cherche point à Texcnser.

En vérité, je suis bien heureux que vous soyez si bonne: car, si vous vouliez ne pas Tétre, vous auriez de terribles manières de tirer sur les gens. // fCy a pas jusqu'à VexacHiude de C adresse qui ne m'ait été jusqu'à Cdme. C'est une bombe que cela, douce Marianne, et je m'en sens d'autant plus écrasé, que je ne l*ai que trop attirée. Ce qu* il y a de plus humiliant pour moi est qu'à présent elle m'échappe encore^ceite adresse, qui m'est pourtant si chère, et qu'il foudra qu'avant d'envoyer cette lettre j'aille passer trois heures à la rechercher dans un plein coffre de papiers qui me sont tous aussi importans, mais non pas aussi chers que vos lettres. Afalgré cela, si vous lisiez dans mon cœur, vous le verriez plein de sentimens pour vous, dont l'effet peut aller plus loin que de mettre exactement une adresse.

Vous ne voulez pas me laisser échapper sur fa petite chose que je disois me déplaire en vous. Il faut pourtant que vous me fassiez grâce encore sur ce point ; car il m*est impossible de vous satisfaire, et vous seriez bien étonnée si je vous en disois la raison. Qu'il vous suffise, je vous supplie, d'être sûre comme vous devez rétre, puisque c'est la vérité, que cette petite chose, si jamais elle a existé, n'existe plus ; que de toutes les choses que je connois de vous, il y en a mille qui m'enchantent, et pas une qui me déplaise, surtout depuis que vous n'exigez plus, dans notre commerce, l'exactitude qu'il m'est impoBible d'y mettre; mais j'avoue que si la v6tre se relâche, je me voudrai bien du mal de n'oser vous rien reprocher.

Je ne l'aurai donc point, le portrait de cette charmante Marianne I Elle l'a ainsi décidé. Je vous avoue pourtant que la raison sur laquelle vous me refusez la permission de le faire copier m*auroit fait rire, si le refus m'eût moins fâché. Lu pauvre barbon malade et sec comme moi doii être Dieu her de n'être pas pour vous un homme sans conséquence : mais puisque j'en porte les charges, j'en devrois bien avoir aussi ks droits.

Il est vrafi, madame, que selon la loi, les catholiques ne doivent pas acquérir des terres dans le canton de Berne ; mais on m'assure que les permissions ne sont pas difficiles à obtenir; et, en effet, il y en a divers exemples, du moins à ce qu'on me dit; car, pour moi, je n'en connois pas. J*ai écrit dans le canton même pour avoir des éclaircissemens plus sûrs ; mais je n'ai pas encore de réponse. Pour moi, si cette acquisition ne peut se faire, j*en serai bien consolé, puisque, si ma santé me le permet, je suis déterminé â quitter ce pays, et que si elle ne me le permet pas, je ne serois pas en état d'y profiler de votre voisinage. Mylord maréchal a pris tout de bon son parti, et va on Ecosse, oii je Tirai joindre sitêt que je serai en état de supporter le voyage; ce que malheureusement je ne saurots à présent, sans quoi je serois déjà parti pour la Hollande, où il m'a marqué qu'il m'attendoit quelques jours. Malgré mon dépérissement je ne puis renoncer à la douce espérance d'aller enfin passer le reste de ma vie eu paix entre George Keith et David Hume.

Bonjour, belle Marianne, je voudrois bien qu'au lieu d'habiter le quartier du Palais- Royal, vous /habitassiez la ville d'Aberdeen (^) ; j aurois du moins quelque espoir de vous y voir un jour.

A M. MOULTOO.

Uotien-Tn7érs, oe landi Srjaia 1763.

Je suis en peine de vous, mon cher Moul-tou ; seriez-vous malade? Je le demande à tout le monde, et ne puis avoir de réponse. Vous qui étiez si exact à m'écrire dans les autres temps, comment vous taisez-vous dans la circonstance présente? Ce silence a quelque chose d'alarmant.

Je viens de recevoir une lettre de M. Marc Ghappuis , dans laquelle il me parle ainsi : ff Vous avez envoyé dans cette ville copie de la • lettre que vous m'avez fait l'honneur de m e- » crire le 26 mai dernier... Cette copie, que M je n'ai point vue, est tronquée, ce que m'a n assuré M. Moultou, qui m'est venu deman- » der lecture de Toriginal. »

(*) Mylord maréchal preesolt RoasieaD de reoir en RcmM avec lui. Ses terres étolent près d'Aberdeen, ?ille maritiint Je ce pavF. M. P.

ANNftE 1763.

Cetélrange passage demande explication. Je lattends de vous» mon cher Moultou; et ce n*est qu^après avoir reçu votre réponse que je ferai la mienne à M. Chappuis. M. de Sautern vous fait mille amitiés; recevez les respects de mademoiselle Le Vasseur et les embrassemens de votre ami«

kV MÊME.

Motierv-Tra^en, ce 7 Juillet 1763.

Votre avis est honnête et sage. Je reconnois la voix d'un ami : je vous remercie, et j'en profite. Mais avec aussi peu de crédit à Genève» que puis-je faire pour m'y faire écouter, surtout dans une affaire qui n*est pas tellement la mienne qu'elle ne soit aussi celle de tous? Renoncer, au moins pour ma part, à l'intérêt que j'y puis avoir, eu déclarant nettement, comme je le fais aujourd'hui, qu'à quelque prix que ce soit je n'accepterai jamais la restitution de ma bourgeoisie, et que je ne rentrerai jamais dans Genève. J'ai fait serment de l'un et de l'autre : ainsi me voilà lié sans retour; et tout ce qu'on peut faire pour me rappeler est par conséquent inutile et vain. J'écris de plus à Deluc une lettre très-forte , pour l'engtiger à se retirer ; j'en écris autant à mon cousin Rousseau. Voilà tout ce que je puis faire ; et je le fais de très-bon cœur : rien de plus ne dépend de moi. L'interprétation qu'on donne à ma lettre à Chappuis est aussi raisonnable que si , lorsque j'ai dit non^ Ion en concluoit que j'ai voulu dire oui, Voules-vous que je me défende devant des fourbes ou des stupides? Je n'ai jamais rien su dire à ces gens-là, et je ne veux pas commencer. Ma conduite est, ce me semble, uniforme et claire ; pour l'interpréter il ne faut que du bon sens et un cœur droit. Adieu, cher Moultou. J'aurois bien quelque chose à vous représenter sur ce que vous avez dit à Chappuis, que j*a vois tronqué la copie de sa lettre ; car, quoique cela ait été dit à bonne intention, il ne faut pas déshonorer ses amis pour les servir (*). Vous m'avouez, à la vérité, que celte copie n'est point tronquée; mais il croit lui qu'elle l'est : il le doit croire, puisque vous le lui avez dit, et il

(*) n nem'avoit pu oomprii, et fit blea que je sa?ols aotsi bïea que lai cette maxime. CItfottiU M. MquUou, )

part de là pour me croire et me dire un homme capable de falsification. 11 ne me parott pas avoir si grand tort, quoiqu'il se trompe.

Au reste, quoi que vous en puissiez dire, je ne lui écrirai point comme à mon ami, puisque je sais qu'il ne l'est pas. J'écris à M. de GaufFecourt. 0 ce respectable Abauzit 1 je suis donc condamné à ne le revoir jamais I Ah! je me trompe, j'espère le voir dans le séjour des justes 1 En attendant que cette commune patrie nous rassemble, adieu, mon amû

Le pauvre baron est parti en me chargeant de mille choses pour vous. Je suis resté seul, et dans quel moment I

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