‹ Œuvres complètes de J.J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 71 sur 158 · MADAME LA COMTESSE DE BOUFFLSRS · texte numérisé non relu

MADAME LA COMTESSE DE BOUFFLSRS

Motien, le 2S décembre 1763.

Votre lettre, madame, m'a fait un plaisir d'autant plus sensible que je. m'y attendois

moins. Je craignois, il est vrai, d'avoir perdu votre amitié; et, sans avoir à me reprocher cette perte, je la mettois au nombre des malheurs qui m'accablent et que je ne me suis pas attirés. Je suis charmé pour moi, madame , et je suis bien aise aussi pour vous qu'il n'en soit rien ; il ne tiendra sûrement pas à moi que je ne me conserve toute ma vie un bien qui m'est si précieux. L'intérêt que je vous ai vu prendre à mes disgrâces ne peut pas plus sortir de mon cœur que n'en sortiront les sentimens qu'il avoit conçus pour vous-même auparavant. Je me réjouis de n'apprendre votre rougeole et votre mélancolie qu'après votre guérison. Tâchez d'êtreaussi bien quitte de l'une que de l'autre. Eh ! comment la mélancolie osoit-^elle se loger dans une âme si belle, parée d'un habit qui lui va si bien, foite à tant d'égards pour faire ado-^ rer la vertu et pour la rendre heureuse par elle ? Ne dussiez-vous jouir que du bien que vous faiteSf je n'imagine pas ce qui devroit manquer à votre bonheur.

Après vous avoir parlé de vous^ comment oser parler de moi ? Mon âme , surchargée , travaille à soutenir ses disgrâces sans s'en laisser accabler ; et depuis l'entrée de l'hiver , il ne manque aux maux que mon corps souffre que le degré nécessaire pour s'en délivrer toutrà-fait. Dans cet état , vous me demandez quels sont mes projets : grâce au ciel je n'en fais plus, madame; ce n'est plus la peine d'en faire; c'est une inquiétude dont mes maux m'ont enfin délivré. Le dernier, le plus chéri , celui qui ne peut, même à présent, sortir de mon cœur, étoit de rejoindre mylord maréchal; de donner mes derniers jours à mon ami, mon protecteur, mon père, au seul homme qui m'ait tendu la main dans ma misère , et qui m'en ait consolé. Mais cet espoir m'étoit trop doux ; il m'échappe encore : mon triste état me l'ôte; il ne m'en reste presque plus que le désir , à moins que le reste de l'hiver ne m'épargne , et que le retour de la belle saison ne fasse un miracle; je n'attends plus d'autre changement à mon sort ici-bas que son terme ; il ne me reste plus qu'à souffrir et mourir. Gela se peut faire ici tout comme ailleurs; et si je ne puis rejoindre mylord maréchal, je ne songe plus à changer de place : ce dont j'ai besoin désormais se trouve partout.

II y a long-temps que je n*ai eu de nouvelles de mylord maréchal ; je soupçonne que dans le long trajet noç lettres s'égarent , car je suis parfaitement sûr qu'il ne m'oublie pas, et j'en ai la preuve par ce qu'il vient de faire en ma faveur auprès de vous. Ah I ce digne homme ! au bout de la terre il seroit mon bienfaiteur encore, et mon cœur iroit l'y chercher. Ayez la bonté, madame, de lui faire parvenir l'incluse : je le connois; je sais qu'il m'aime, et vous lui ferez plaisir presque autant qu'à moi.

Vous voulez que je vous donne des nouvelles de mademoiselle Le Yasseur : c'est une bonne et honnête personne , digne de l'honneur que vous lui faites. Chaque jour ajoute à mon estime pour elle, et la seule chose qui me rend désormais l'habitation de ce pays déplaisante» est de l'y laisser sans amis après moi qui la protègent contre l'avarice des gens de loi qui dissiperont mes guenilles et visiteront mes chiffons. Du reste, l'air de ce pays lui est plus favorable qu'à moi, et elle s'y porte mieux qu'à Montmorency, quoiqu'elle s*y plaise moins. Permettezlui, madame, de vous faire ici ses remerctmens irès-humbles, et de joindre ses respects aux miens.

k H. VhBVi DE ***.

Motlen, le 6 Janvier 1764.

Quoi I monsieur, vous avez renvoyé vos portraits de famille et vos titres ! vous vous êtes défait de votre cachet I Voilà bien plus de prouesses que je n'en aurois fait à votre place. J*aurois laissé les portraits où ils étoient ; j'aurois gardé mon cachet parce que je l'avois ; j'aurois laissé moisir mes titres dans leur coin, sans m'imaginer même que tout cela valût la peine d'en faire un sacrifice : mais vous êtes pour les grandes actions : je vous en félicite de tout mon cœur.

A force de me parler de vos doutes , vous m'en donnez d'inquiétans sur votre compte ; vous me faites douter s'il y a des choses dont vous ne doutiez pas : ces doutes mêmes, à mesure qu'ils croissent, vous rendent tranquille; vous vous y reposez comme sur un oreiller de paresse. Tout cela m'effraieroit beaucoup pour TOUS, si vos grands scrupules ne me rassu-

• roient. Ces scrupules sont assurément respecj tables comme fondés sur la vertu; mais l'obli- 1 gation d'avoir de la vertu, sur quoi la fondezvous? Il seroit bon de savoir si vous êtes bien décidé sur ce point : si vous l'êtes, je me rassure. Je ne vous trouve plus si sceptique que vous affectez de l'être, et quand on est bien décidé sur les principes de ses devoirs, le reste n'est pas une si grande affaire. Mais, si vous ne l'êtes pas, vos inquiétudes me semblent peu raisonnécs. Quand on est si tranquille dans le doute de ses devoirs , pourquoi tant s'affecter du parti qu'ils nous imposent ?

Votre délicatesse sur l'état ecclésiastique est sublime ou puérile , selon le degré de vertu que vous avez atteint. Celte délicatesse est snns doute un devoir pour quiconque remplit tous les autres; et qui n'est faux ni menteur en rien dans ce monde ne doit pas l'être même en cela. Mais je ne connois que Socrate et vous à qui la raison pût passer un tel scrupule ; car à nous autres hommes vulgaires il seroit impertinent et vain d'en oser avoir un pareil. Il n'y a pas un de nous qui ne s'écarte de la vérité cent fois le jour dans le commerce des hommes en choses claires, importantes, et souvent préjudiciables ; et dans un point de pure spéculation dans lequel nul ne voit ce qui est vrai ou faux, et qui n'importe ni à Dieu ni aux hommes, nous nous ferions un crime de condescendre aux préjugés de nos frères , et de dire oui^oii nul n'est en droit de dire non ! Je vous avoue qu'un homme qui, d'ailleurs n'étant pas un saint s'aviseroit tout de bon d'un scrupule que l'abbé de Saint-Pierre et Fcnelon n'ont pas eu, me deviendrait par cela seul très-suspect. Quoi! dirois-je en moi-même y cet homme refuse d'embrasser le noble état d'officier de morale, un éuit dans lequel il peut être le guide et le bienfaiteur des hommes , dans lequel il peut les instruire, les soulager, les consoler, les protéger, leur servir d'exemple, et cela pour quelques énigmes auxquelles ni lui ni nous n'entendons rien, et qu'il n'avoit qu'à prendre et donner pour ce qu'elles valent, en ramenant sans bruit le christianisme à son véritable objet! Non, conclurois-je , cet homme ment, il nous trompe; sa fausse vertu n'est point active, elle n'est que de pure ostentation; il faut être un hypocrite soi-même pour osef

CORRESPONDANCE

taxer d'hypocrisie détestable ce qui n'est au fond qu*un formulaire indifTérentcn lui-même^ mais consacré par les lois. Sondez bien votre cœur, monsieur, je vous en conjure : si vous y trouvez cette raison telle que vous me la donnez , elle doit vous déterminer, et je vous admire. Mais souvenez-vous bien qu'alors si vous n'êtes le plus digne des hommes, vous aurez été le plus fou.

A la manière dont vous me demandez des préceptes de vertu. Ton diroit que vous la regardez comme un métier. Non , monsieur, la vertu n'est que la force de faire son devoir dans les occasions difficiles; et la sagesse, au contraire, est d'écarter la difficulté de nos devoirs, rieureux celui qui , se contentant d'être homme de bien, s'est mis dans une position à n'avoir jamais besoin d'être vertueux! Si vous n'allez à la campagne que pour y porter le faste de la vertu, restez à la ville. Si vous voulez à toute force exercer les grandes vertus, Tétat de prêtre vous les rendra souvent nécessaires ; mais si vous vous sentez les passions assez modérées, l'esprit assez doux, le cœur assez sain pour vous accommoder d'une vie égale , simple et laborieuse , allez dans vos terres, faites-les valoir, travaillez vous-même, soyez le père de vos domestiques, l'ami de vos voisins, juste et bon envers tout le monde : laissez là vos rêveries métaphysiques, et servez Dieu dans la simplicité de votre cœur; vous serez assez vertueux.

Je vous salue, monsieur, de tout mon cœur.

Au reste, je vous dispense, monsieur, du secret qu'il vous platt de m'offrir, je ne sais p<)urquoi. Je n'ai pas, ce me semble, dans ma conduite, l'air d'un homme fort mystérieux.

k H. LE PRmCB L. B. DB WIRTEMBERG.

Iloticrt, le 21 Janvier f 764.

Je m'attendois bien, monsieur le duc, que la manière dont vous élevez votre enfant ne passeroit pas sans critique et sans opposition, «t je vous avoue que je sais quelque gré au révérend docteur de celle qu'il vous a faite ; car ses objections étoicnt plus propres à vous réjouir qu'à vous ébranler ; et moi j'ai profité

de la gatté qu'elles vous ont donnée. On ne peut rien de plus plaisant que l'exposé de ses raisons, et je crois qu'il seroit difficile qu'il en fftt plus content que moi : je crains pourtant qu'il ne les trouve pas tout4-fait péremptoires ; car s*il a pour lui les chardonnerets , les chenilles, les escargots, en revanche il a contre lui les vers, les limaçons» les grenouilles, et cela doit l'intriguer furieusement.

Je ne suis pas fort surpris non plus des petits désagrémens qui peuvent rejaillir, à cette occasion, sur M. Tissot ; je crains même que l'accord de nos principes sur ce point n'ajoute au chagrin qu'on lui témoigne ; l'influence d'un certain voisinage nourrit dans le canton de Berne une furieuse animosité contre moi, que les traitemens qu'on m'y a faits aigrissent encore. On oublie quelquefois les offenses qu'on a reçues , mais jamais celles qu'on a faites ; et ces messieurs ne me pardonnent point le tort qu'ils ont avec moi : tels sont les hommes. Ce qui me rassure pour M. Tissot, c'est qu*il leur est trop nécessaire pour qu'ils ne lui passent pas de mieux penser qu'eux : c'est aux rêveurs purement spéculatifii qu'il n'est pas permis de dire des vérités que rien ne rachète. Le bienfaiteur des hommes peut être vrai impunément, mais il n'en faut pas moins, je l'avoue ; et s'il éloit moins directement utile, il seroit bientôt persécuté.

Permettez que je supplie votre altesse sérénissime de vouloir bien lui remettre le barbouillage ci-joint, roulant sur une métaphysique assez ennuyeuse, et dont, par cette raison, je ne vous propose pas la lecture, ni même à M. Tissot ; mais la bonté qu'il a eue de m'envoyer ses ouvrages m'impose l'obligation de lui faire hommage des miens. J'ai même été deux fois l'été dernier sur le point d'employer à lui aller rendre sa visite un des pèlerinages que mes bons intervalles m'ont permis ; mais quelque plaisir que ce devoir m'eût fait à remplir, je m'en suis abstenu pour ne pas le compromettre, et j'ai sacrifié mon désir à son repos.

Vous m'inspirez pourV. et madame de Gollowkin toute l'estime dont vous êtes pénétré pour eux; mais, flatté de Tapprobation qu'ils donnent à mes maximes, je ne suis pas sans crainte que leur enfant ne soit peut-être un jour la victime de mes erreurs. Par bonheur je

dois, sur le portrait que vous ni*avez tracé» les supposer assez éclairés pour discerner le ▼rai et ne pratiquer que ce qui est bien. Cependant il me reste toujours une frayeur fondée sur rextrème difficulté dune telle éducation ; c'est qu'elle n*est bonne que ilans son tout, qu'autant qu'on y persévère, et que s'ils viennent à se relâcher ou à changer de système, tout ce qu'ils auront fait jusqu'alors gâtera tout ce qu'ib voudront faire à lavenir. Si Ton neva jusqu au bout, c*estun grand mal d'avoir commencé.

J'ai relu plusieurs fois votre lettre, el je ne l'ai point lue sans émotion. Les chagrins, les maux , les ans, ont beau yieillir ma pauvre machine, mon cœur sera jeune jusqu'à la fin, et je sens que vous lui rendez sa première ch*!leur. Oserois-je vous demander si nous ne nous sommes jamais vus? N'est-ce point avec vous que j'ai eu l'honneur de causer un quart d'heure, il y a huit ou dix ans, à Passy, chez M. de La Poplinière? Je n'ai pas, comme vous voyez, oublié cet entretien ; mais j*avoue qu'il m'eût fait une autre impression sij'avois prévu la correspondance que nous avons maintenant, et le sujet qui l'a fait naître.

Qu'ai-je fait pour mériter les bontés de madame la princesse? Bien n'est si commun que des barbouilleurs de papier : ce qui est si rare, c'est une femme de son rang qui aime et remplit ses devoirs de mère, et voilà ce qu'il faut admirer.

A HADAIIB LA MABQUlSB PB VBBOiUN.

Motien, le SS Janvier 1764.

Vos regrets sont bien légitimes, madame, ce que vous me marquez des derniers momens de M. de Yerdehn prouve qu'il vous étoit sincèrement attaché. Et combien ne devoit-il pas Tétre ! dépendant, comme dans Tétat où il étoit il a plus gagné que vous n'avez perdu, les sentimens qu'il vous laisse doivent être plus relatifs à lui qu'à vous. D'ailleurs moi qui sais combien vous êtes bonne mère, et qu'en le perdant vous avez pour ainsi dire acquis vos enfans, tout ce que je puis faire en cette circonstance, par respect pour votre bon cœur et pour sa mémoire, est de ne vous pas féliciter.

Il est vrai , madame, que, m^étant trouvé plus mal cet été, j'ai écrit à un curé qui avoit fait la route avec mademoiselle Le Yasseur, pour la lui recommander, sachant qu'elle ne se soucioit pas de retourner à Paris, où elle ne manqueroit pas d'être tyrannisée et dévalisée de nouveau par toute son avide famille. Sur les attentions qu'il avoit eues pour elle, sur les dis* cours qu'il lui avott tenus , j'avois pris la plui grande opinion de cet honnête homme, et je la lui recommandois , non pas pour lui être à charge^ comme il parott par ma lettre même, puisqu'elle a, par la pension de mon libraire, de quoi vivre en province avec économie, mais seulement pour diriger sa conduite et ses petites afbires dans un pays qui lui est inconnu. Mais le bon homme est parti delà pour supposer que j'implorois ses charités pour elle, et pour faire courir ma lettre par tout Paris, au point de proposera un libraire de l'imprimer. J'ai gagné par-là d'être instruit à temps et de pouvoir prendre d'autres mesures. J'ai la plus grande confiance en vous, madame, et l'intérêt que vous daignez prendre à elle et à moi fait la consolation de ma vie. Mais connoissant ses façons de penser, son état, ses inclinations, ce qui convient'à son bonheur, je ne lui conseillerai jamais d'aller vivre à Paris ni dans la maison d'autrui, bien convaincu, par ma propre expérience, qu'on n'est jamais libre que chez soi. Du reste, je compte si parfaitement sur votre souvenir, qu'en quelque lieu qu'elle vive , je ne doute point que vous n ayez la bonté de la recommander, de la protéger, de vous intéresser à elle ; et j^avois si peu de doute là-dessus, que, sans ce que vous m'en dites dans votre dernière lettre, je ne me serois pas même avisé de vous en parler.

Garderez-vous Soisi, madame, ou vivrezvous toujours à Paris? Lesquelles de vos filles prendrez-vous auprès de vous^ Resterez-vous à l'hêtel d'Aubeterre , ou prendrez-vous une maison à vous? Le voyage de Saintonge, que vous méditez, sera, selon moi, bien inutile; quelque tendresse qu'ait pour vous M. votre père, à son âge on n'aime guère à se déplacer. J'éprouve bien cette répugnance, moi que h s infirmités ont déjà rendu si vieux. Je sui^ici l'hiver au milieu des glaces. Télé en proie à mille importuns, très^èrement pour la vie ;

f.fv.

474 CORRESPONDANCE

en toute saison ma demeure a ses incommodités. Cependant je ne puis me résoudre à me déplacer; le moindre embarras m'effraie, et je crois que j'aurai moins de peine à déménager de mon corps que de ma maison. Bonjour, madame*

^A MADEMOISELLE JULIE BONDELI.

Motiers, le 2g Janvier 1764.

Vous savez bien, mademoiselle, que les correspondans de votre ordre font toujours plaisir et n'incommodent jamais; mais je ne suis pas assez injuste pour exiger de vous une exactitude dont je ne me sens pas capable, et la mise est si peu égale entre nous, que, quand vous répondriez à dix de mes lettres par une des vôtres, vous seriez quitte avec moi tout au moins.

Je trouve M. Schuhhess bien payé de son goût pour la vertu par l'intérêt qu il vous inspire ; et , si ce goût dégénère en passion près de vous, cepourroit bien être un peu la faute du maître. Quoi qu*il en soit, je lui veux trop de bien pour le tirer de votre direction en le prenant sous la mienne ; et jamais, ni pour le bonheur, ni pour la vertu, il n'aura regret à sa jeunesse, s'il la consacre à recevoir vos instructions. Au reste, si, comme vous le pensez, les passions sont la petite-vérole de l'âme, heureux qui, pouvant la prendre encore, iroit s'inoculer à Kœnitz I Le mal d'une opération si douce seroit le danger de n'en pas guérir. N'allez pas vous fâcher de mes douceurs, je vous prie, je ne les prodigue pas à toutes les femmes, et puis on peut être un peu vaine.

'Je ne puis, mademoiselle, répondre à votre question sur les Lettres d'un citoyen de Genève f), car cet ouvrage m'est parfaitement inconnu, et je ne sais que par vous qu*il existe. Il est vrai qu'en général je suis peu curieux de ces sortes decrils; et, quand ils seroient aussi obligeans qu'ils sont insultans pour l'ordinaire, je n'irois pas plus à la chasse des éloges que des injures. Du roste, sitôt qu'il est question de moi, tous les préjugés sont qu'on effet l'ouvrage est une satire ; mais les préjugés sont-ils faits pour

(*) C'est une minérable parodie de la Nouvelle UéloUe, qui 4)arut sans nom d'auteur en 47C3. G. P.

remporter sur vos jugemens? D'ailleurs, je ne vois pas que ce livre soit annoncé dans la gazette de Berne ; grande preuve qu'il ne m'est pas inJHrieux.

Je n'ose vous parler de mon état, il Contristeroit votre bon cœur. Je vous dirai seulement que je ne puis me procurer des nuits supportables qu'en fendant du bois tout le jour, malgré ma foiblesse, pour me maintenir dans une transpiration continuelle, dont la moindre suspension me fait cruellement souffrir. Vous avez raison toutefois de prendre quelque intérêt à mon existence : malgré tous mes maux, elle m'est chère encore par les sentimens d'estime et d'affection qui m'attachent au vrai mérite; et voilà, mademoiselle, ce qui ne doit pas vous être indifférent.

Acceptez un barbouillage qui ne vaut pas la peine d*ec parler, et dont je n'ose vous proposer la lecture que sous les auspices de l'ami Platon.

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