A M. D*ESCHERNY
Motien, le 2 février 4764.
Je ne suis pas si pressé, monsieur, de juger, etsurtoutenmal,despersonnesquejeneconnoi»
point; et j'aurois tort, plus que tout homme au monde, de donner un si grand poids aux imputations du tiers et du quart. L'estime des gens de mérite est toujours honorable, et, comme on vous a peint à moi comme tel, je ne puisque m'applaudirde la vôtre. Au reste, si notre goût commun pour la retraite ne nous rapproche pas Tun de l'autre, ayez-y peu de regret ; j*y perds plus que vous, peut-être : on dit votre commerce fort agréable , et moi je suis un pauvre malade fort ennuyeux ; ainsi, pour l'amour de vous, demeurons comme nous sommes, et soyez persuadé, je vous supplie, que je n'ai pas le moindre soupçon que vous pensiez du mal de moi, ni par conséquent que vousen vouliezdire.
Recevez, monsieur, je vous supplie, mes remerctmens de votre lettre obligeante, et mes salutations.
A MADAME LATOUR
5 février 4761.
Je suis fort en peine de vous , madame. Quoique je n'aime pas à me savoir dans votre disgrâce, j'aime encore mieux regarder votre silence comme une punition que vous m'imposez, que comme un signe que vous êtes malade. Un mot y je vous supplie, sur la cause de ce silence , afin que, si c'est le malheur de vous déplaire, je m'en afflige; mais que je ne porte pas à la fois deux maux pour un.
Je reçois à l'instant votre lettre du 50 janvier, j*y vois que mes pressentimens n'étoient que trop justes. J espère que vous ôtes bien rétablie ; toutefois votre lettre ne me rassure pas assez. tJn root sur votre état présent , je vous supplie. Je n*en puis dire aujourd'hui davantage ; le paquet de France ne m'arrive qu'au moment où je dois fermer le mien.
Jt M. PANCKOCJCKE.
Uot)ers,le 12 féYrier 4764.
Je vois avec plaisir, monsieur, par votre lettre du 25 janvier, que vous ne m'avez point oublié, et je vous prie de croire que, quant à moi, je me souviendrai de vous toute ma vie avec amitié.
Je regarde votre établissement à Paris comme un moyen presque assuré de parvenir promptement à votre bien-être du côté de la fortune, vu le goût efl^réné de littérature qui règne en cette grande ville, et qu'étant vous-même homme de lettres, vous saurez bien choisir vos entreprises.
Te ne refuse point , monsieur, le cadeau que vous voulez me faire de ce que' vous avez imprimé; il me sera précieux comme un témoignage de votre amitié : mais si vous exigez de moi de tout lire , ne m'envoyez rien ; car, dans l'état où je suis, je ne puis plus supporter aucune lecture sérieuse, et tout ouvrage de raisonnement m*ennuie à la mort. Des romans et des voyages, voilà désormais tout ce que je puis souffrir, et je m'imagine qu'un homme grave comme vous n'imprime rien de tout cela.