‹ Œuvres complètes de J.J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 79 sur 158 · A M. LE PRINCE L. E. DE WIRTEUBERG · texte numérisé non relu

A M. LE PRINCE L. E. DE WIRTEUBERG

Ilotierai le 3 septembre 4 754 .

J'apprends avec plus do chagrin que de surprise l'accident qui vous a forcé d'ôter à votre second enfant sa nourrice naturelle. Ces refus de laic sont assez communs ; mais ils ne sont pas tous sur le compte de la nature , les mères pour l'ordinaire y ont bonne part. Cependant, en cette occasion, mes soupçons tombent plus sur le père que sur la mère. Vous me parlez de

ce joli sein en époux jaloux de lui Conserver toute sa fraîcheur, et qui , au pis aller, aime mieux que le dégât qui peut s'y faire soit de sa façon que de celle de Tenfant : mais les voluptés conjugales sont passagères, et les plaisirs de l'amarft ne font le bonheur ni du père ni de l'époux.

Bien de plus intéressant que les détails des progrès de Sophie. Ces premiers actes d'autorité ont été très-bien vus et très-bien réprimés. Ce qu'il y a de plus difficile dans l'éducation est de ne donner aux pleurs des enfans ni plus ni moins d'attention qu'il est nécessaire. l\ faut que l'enfant demande, et non qu'il commande; il fautquela mère accorde sou vent, mais qu'elle ne cède jamais. Je vois que Sophie sera trèsrusée; et tant mieux, pourvu qu'elle nesoUni capricieuse ni impérieuse ; mais je vois qu'elle aura grand besoin de la.vigilance paternelle et maternelle, et de l'esprit de discernement que vous y joignez. Je sens, au plaisir et à Tinquiétude que me donnent toutes vos lettres, que le succès de l'éducation de cette chère enfont m'intéresse presque autant que vous.

A UADAME LAT0I3R.

Au djamp-du-Moulin, le 9 leptembre «764.

J'ai reçu toutes vos lettres, chère Marianne, je sens tous mes torts; pourtant j'ai raison. Dans les tracas où je suis , l'aversioa d'écrire des lettres s'étend jusqu'aux personnes à qui je suis forcé de les adresser, et vous êtes, en pareil cas, une de celles à qui je me sens le moins disposé d'écrire. Si ce sont absolument des lettres que vous voulez, rien ne m'excuse ; mais si l'amitié vous suffit, restez en repos sur ce point. Au surplus, daignez attendre , je vous écrirai quand je pourrai.

Mille choses, je vous supplie, au papa» s'il est encore auprès de vous.

A U. DU PEYROO.

12 septembre ItCl.

Je prends le parti , monsieur, suivant votre idée, d'attendre ici votre passiige : s'il arrive

SOI

que vous alliez à Cressier, je pourrai prendre celui de tous y suivre, et c'est de tous les arrangcmens celui qui me plaira le plus. En ce cas-là j*irai seul, c'est-à-dire sans mademoiselle Le Vasseur, et je resterai seulement deux ou trois jours poul* essai, île pouvant guère m'éloigner en ce moment plus long-temps d'ici. Je comprends, au temps que demande la dame Guinchard pour ses préparatifs, quelle me, prend pour un Sybarite. Peut-être aussi veutelle soutenir la réputation du cabaret de Cressier; mais cela lui sera difficile, puisque les plats, quoique bons, n'en font pas la bonne chère, et qu'on n^y remplace pas Thôto par un cuisinier. Vous avez à Monlezi un autre hAte qui n*est pas plus facile à remplacer, et des hôtesses qui le sont encore moins. Monlezi doit être une espèce de mont Olympe pour tout ce qui l'habite en pareille compagnie. Ëonjour, monsieur ! quand vous reviendrez parmi les mortels, n'oubliez pas, je vous prie, celui de tous qui vous honore le plus, et qui veut vous offrir, au lieu d'encens, des sentimens qui le valent bien.

hier à Colombier. Nous verrons votre besogne quand nous nous verrons, et c*est surtout pour en conférer ensemble que je veux passer deux ou trois jours avec vous. J*écrîs si à la hâte, que je ne sais ce que je dis, sinon quand je vous assure que je vous aime de tout mon cœur.

Le portrait est fait, cl on le trouve assez ressemblant; mais le peintre n'en est pas content.

AU MÊME

06 dimailche matin, septembre IY64.

Mon état met encore plus d'obstacles que le temps à mon départ. Ainsi j'abandonne, pour le présent, mon premier projet de voyage, qui ne me permettroit pas d'être ici de retour à la lin du mois, ce qu'il faut absolument ; mais au lieu de cela, je prendrai le parti de descendre à Neuchàtel, et d'y passer quelques jours avec vous; ainsi vous pouvez, si vous y descendez, me prendre avec vous, ou nous descendrons séparément, toujours en supposant que mon état le permette.

le fais mille salutations et respects à tous les habitans et habitantes de Motilezi. Je ne dois entrer pour rien dans l'arrangement de voyage de M. Chaillet, parce que je ne prévois pns pouvoir descendre aussitôt que lui. Madame Boy de La Tour me charge de lui marquer, do même qu*à madame, l'empressement qu'elle a de les voir ici. Elle leur fait dire aussi pour nouvelle que madame do Froment est arrivée

iff. d'iverNois.

Ilotiervi le ISieplembre «764.

La difficulté, monsieur» de trouver un logement qui liie convienne me force à demeurer ici cet hiver; ainsi vous m'y trouverez à votre passage. Je viens de recevoir, avec votre lettre du ^ ^ , le mémoire que vous m'y annoncez : jn n'ai point celui de £ à G, et je n'ai aucune wquvelle de C; ce qui me confirme dans l'opinicn où j'étois sur son sort.

Je suis charmé, mais non surpris, de ce que vous me marquez de la part de M. Abauzit. Cet homme vénérable est trop éclairé pour ne pas voir mes intentions, et trop vertueux pour ne pas les approuver.

Je savois le voyage de BL le duc de Randsin : deux carrossées d officiers du régiment du roi, qui l'ont accompagné, et qui me sont venus voir, m en ont dit des détails. On leur avoit assuré à Genève que j'étois un loup-garou ihabordable.Ils ne sont pas édifiés de ceqii'on leur a dit de moi dans ce pays-là.

J'aurai soin de mettre une marque distinctive aux papiers qui me viennent de v«us; mais je vous avertis que, si j'en dois faire usage, il faudra qu'ils me restent très-long-temps, aussi bien que tout ce qui est entre mes mains et tout ce dont j'ai besoin encore. Nous en causerons quanclj*aurai le phisir de vous voir, moment que j'attends avec un véritable empressement. Mes respects à madame d'Ivernois, et mes salutations à nos amis. Je vous embrasse.

Je crois vous avoir marqué que j'avois ioi la harangue de M. Cbouet.

MS

COIIUESPOKDANCE.

A «. pp FBYIIPP.

Le 17 lepCenlbre 4f 04.

t^ temps qu'il fait ni nton ém présent lip me ponnetient pas» mowieqr^ de $;(cr le jour enquel il me 9bt^ powible 4*9lL9r à CressieF. Mais s'il faisoit beau et que je fusse mieux^ je xàcherois, d>iijouni*iuii a« <]]^ demain en huit, d'aJJer coiidb«r h MençiiAtel ; et de là, ei voira carrosse étoit chez vous, je pourrois, puisque TOUS le permettez, le prendre pour aller à Creisier. Mon désir d*alier passer quelques jours près de vous est certain ; mais je suis si accocitamé à voir contrarier mes projets, que je n*oae presque plus en faire ; toutefois voilà le mien, qnant à présent; et, s'il arrive qaef y renoncf , faurai sArement regret de n'avoir pu rexécuter. Mille remerchnens, monsieur, et salutations de tout mon cœur.

Je ne comprends pas bien, monÉteuf , pourquoi TOUS avez aflranchi Totre lettre. Comme je n*aime pas pointiller, je n'affranchis pas la mienne. Quand on s'écarte de fusage, H hM âToir des raisons ; j'en anrois une, et tous n'en aTiez point que Je sache*

H. DAHIBL ROGUIIf.

notera, le SS aepteoAre «764^

ei tout ce i^'ii peu» arriirer de pis en toute «upposJtioQ ^stque nou3 cesserons alors, moi 4'a#mcf ia i^ien, vous rt'e» faire.

A M. D^ CHAMFOIIT.

lilotlen, le 6 oMnIiie 47IB4.

Je suis viTement iooeké, 4ir6s«<her papa, de Jt perte q«e qmm venons de faire ; car, 4Nitre que nul événement davs Tetre famille ne m'est éti^nger, j'ai pour ma |iart é regretter tontes les bontés dont mhoaoroit M. le banneret. La Iranqniilité de ses derniers mom^os nous montre bien queriiorre«rqu''OD 7«miv« estmoins dans la chose que dans ia manière de l'envisager. Une vie intègre est à tout événement un grand moyen de fiaix dans .cep «Mimens^è, et la sérénité avec laqaalie vous philosophez sur cette asatière vient autant de votre cœur que de votre raison. Cher papa, nous n'abré^rons fas, comme le défunt, notre carrière kibroe de TOttloir la prolonger ; nous laisserons disposer de nous à la nature et à son auteur, sans ifou- Wer notre vie par l'efiFroi de la perdre. Quand les maux ou les ans auront mûri ce fruit éphémère, nous le laisserons tomber sans murmure ;

Je vous remercie, monsieur, de votre dernière pièce p et du plaisir que m'a fait sa lecture. Elle décide le talent qu'aononçopt la première, et déjà l>tf leur m'inspire assejsd'esumc poMr oser lui dire du mal de son ouvrage. Je n'aime pas trop qu'à votre ftge vous fassiez le grand-père, que vou3 me donniez un intérêt si tendre pour le petit-fils que vous n'avez point, et que, dans une épitre où vous dites de si l>eUe8 chosçs^ je sente que ce n'est pas vous qni parlez. Evitez 4:ette métaphysique à la mode, qui depuis quelque temps obscurcit tellement les vers françois qu'on ne peut les lire qu'avec contention d'esprit. Les vôtres ne sont pas dans ce cas encore ; mais ils y tomberoient si la différence qu'on sent entre votre première pièce et hi seconde alloit en augmentant. Votre épitre abonde, non-seulement en grands sentiœens, mais en pensées philosophiques, auxquelles jp reprocherois quelquefois de l'être trop. Par exemple, en louant dans les jeunes gens la foi qu'ils ont et qu'on doit à la vertu, croyez-vons

qw lenrfairie entendre que cette foi n'est qu*une erreur de leur âge, soii un bon moyen de la Jeur icon^erver? Il ne faut pas» monsieur, pour parottre w-desisus des pr^ugés^ aaper tes fondemeqs de la , morale^ Quoiqu'il n'y ait aucune parfaire vertu sur la lerre, a n'j a peat-ètre aucun homme qui ne suroiopte ;ses peochans en quelque chose, et qui par conséqnem n'ait quelque verm; le? uns en ont p.l|is« les aiutres moins : mais sî la mesure est inidélermiBée, est-ce à dire que la chose n'existe point? Cesi ce qu'assurément vous ne croyez poînji, ^t qoe pourtant vous faites entendre, Jp voua condamne, pour réparer cet^ faute, à faire une pièce oii vpus prouverez que, malgré les vices des Jiomoies, il y ^ panni eux des yerius, et môme de la vertu, et qu'il y en aura toujours. Voilà, monsieur, de quoi VéJe ver à la plu»

(•) ÉfiUred:un Pért à ion fils tur la naiuaneêdrun peUê'

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