‹ Œuvres complètes de J.J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 86 sur 158 · SIS · texte numérisé non relu

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plaire, ce que je ne puis faire ici sans le gtter ; je le prendrai secrètement dans ma poche en allant herboriser; et, quand je neyerrai point d'archers autour de moi, j*y jetterai les yeux à la dérobée. Mon cher ami, comment faites-vous pour penser, être honnête homme, et ne vous pas faire pendre? Gela me paroit difficile, en vérité. Je vous embrasse de tout mon cœur.

A MYLORD MARÉCHAL

S décembre 1764.

Sur la dernière lettre, my lord, que vous avez dû recevoir de mol, vous aurez pu juger du plaisir que m'a causé celle dont vous m'avez honoré le 24 octobre. Vous^n'avez fait sentir un peu cruellement à quel point je vous suis attaché, et trois mois de silence de votre part m'ont plus affecté et navré que ne fit le décret du Conseil de Genève. Tant de malheurs ont rendu mon cœur inquiet, et je crains toujours de pei^ dre ce que je désire si ardemment de conserver. Vous êtes mon seul protecteur, le seul homme à qui j*aie de véritables obligations, le seul ami sur lequel je compte, le dernier auquel je me sois attaché, et auquel il n'en succédera jamais d'autres. Jugez sur cela si vos bontés nie sont chères, et si votre oubli m'est facile à supporter.

Je suis Aché que vous ne puissiez habiter votre maison quedans un an. Tant qu'on en est encore aux châteaux en Espagne, toute habitation nous est bonne en attendant; mais quand enfin Texpérience et la raison nous ont appris qu'il n'y a de véritable jouissapce que celle de siM-môme, un logement commode et un corps sain deviennent les seuls biens de la vie, et dont le prix se fait sentir de jour en jour, à mesure qu'on est détaché du reste. Gomme il n'a pas fallu si long-temps pour faire votre jardin, j*espëre que dès à présent il vous amuse, et que vous en tirez déjà de quoi fournir ces oiUes si savoureuses, que, sans être fort gourmand, je regrette tous les jours.

Que ne puis-je m*instruire auprès de vous dans une culture plus utile , quoique plus ingrate I Que mes bons et infortunés Gorses ne peuvent-ils, par mon entremise, profiter de vos longues et profondes observations sur les )

hommes et les gouvernemens I mais je suis loin de vous. N'importe; sans songer à l'impossibilité do succès, je m'occuperai de ces pauvres gens comme si mes rêveries leur pouvoient être utiles. Puisque je suis dévoué aux chimères, je veux du moins m'en forger d'agréables. En songeant à ce que les hommes pourroient être, je tâcherai d'oublier ce qu'ib sont. Les Gorsés sont, comme vous le dites fort bien, plus près de cet état désirable qu'aucun autre peuple. Par exemple, je ne crois pas que la dissolubilité des mariages, très-utile dans le Brande* bourg, le fût de long-temps en Corse, où la simplicité des mœurs et la pauvreté générale rendent encore les grandes passions inaçtives et les mariages paisibles et heureux. Les femmes sont laborieuses et chastes ; les hommes n'ont de plaisirs que dans leur maison ; dans ^ cet état, il n'est pas bon de leur faire envisager comme possible une séparation qu'ils n'ont nulle occasion de désirer.

Je n'ai point encore reçu la lettre avec la traduction de Fletcher que vous m'annoncez* Je lattendois pour vous écrire; mais, voyant que le paquet ne vient point, je ne puis différer plus long*temps. Mylord, j'ai le cœur plein do vous sans cesse. Songez quelquefois à votre fils le cadet.

A M. DU PEYROU

8 déoembre 1764.

Quoique les affaires et les visites dont je suis accablé ne me laissent presque aucun moment â moi, et que d'ailleurs celle qui m'occupe en ce momentmerendenécessaired'endéUbéreravec vous, monsieur, puisque vous y consentez, ne pouvant me ménager du temps pour suffire à tout , je donne la préférence au soin de vous tranquillisersurce terrible Bqui vous inquiète, et qui vous a paru suffisant pour effacer ou balancer le témoignage de tous mes écrits et de ma vie entière, sur les sentimens que j'ai constamment professés et que je professerai jusqu'à mon dernier soupir. Puisqu'une seule lettre del'alphabet a tan t de puissance, il faut croire désormais aux vertus des talismans. Gc B signifie £on, cela est ceruin;maiscomme vous m'en demandez Texplication , sans me transcrire les-

CORRESPONDANCE

passagesausquels il se rapporte, et dont je n*ai pas le moindre souvenir, je ne puis yous satisfaire que préalablement vous n'ayez eu la bonté de m'envoyer ces passages , en y ajoutant le sens que vous donnez au B qui vous inquiète; car il est à présumer que ce sens n*est pas le mien. Peut-être alors, en vous développant ma pensée, viendrai-je à bout de vous édifier sur ce point. Tout ce quo je puis vous dire d'avance est que non-seulement je ne suis pas matériauliste, mais que je ne me souviens pas même d'avoir été un seul moment de ma vie tenté de le devenir. Bien est-il vrai que siir un grand nombre de propositions je suis d'accord avec les matérialistes, et celles où vous avez vu des B sont apparemment de ce nombre; mais il ne s'ensuit nullement que ma méthode de déduc* tion et la leur soient la même, et me conduise aux mêmes conclusions. Je ne puis, quant à présent, vous en dire davantage, et il fout savoir sur quoi roulent vos difficultés avant de songer à les résoudre. En attendant, j'ai des excuses à vous faire du souci que vous a causé mon indiscrétion, et je vous promets que si jamais je suis tenté de barbouiller des marges de livres» je me souviendrai de cette leçon.

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