‹ Œuvres complètes de J.J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 90 sur 158 · A M. LB COMTE DE B · texte numérisé non relu

A M. LB COMTE DE B

UotferR, le SS Janvier 1788.

Je suis pénétré, monsieur, des témoignagrs d'estime et de confiance dont vous m'honoret: mais, nomme vous dites fort bien, laissons les complimens, et, s'il est possible, allons à l'utile.

Je ne croîs pas que ce que vous désirez demoi se puisse exécuter avec succès d'emblée dans une seule lettre, que madame la comtesse sentira d'abord être votre ouvrage. Il vaut mieux, ce me semble, puisque vous m'assurez qu*ri\e est portée à bien penser de 'moi, que je fasse avec elle les avances d'une correspondance qui fera naître aisément les sujets dont il s'agit, et sur lesquels je pourrai lui présenter mes réflexions de moi-même A mesure qu'elle m'en fournira l'occasion. Car il arrivera de deux choses Tune; ou, m'accordant quelque cou- Sauce, elle épanchera quelquefois son honnèie et vertueux cœur en m'écrivant, et alors la liberté que je prendrai de lui dire mon seuiimeot, autorisée par elle-même, ne pourra luîdéplaire; ou elle restera dans une réserve quidoitme servir de règle, et alors, n'ayant point l'honneur d'être connu d'elle, de quel droit m'ingérer à lui donner des leçonsl La lettre ci-jointe est écrite daos cette vue et prépare les matièrfs dont nous aurons à traiter si ce texte hii ai^rée. Disposez de cette lettre, je vous supplie, pour la donner ou la supprimer selon qu'il tous parottra plus convenable.

En vérité, monsieur» je suis enchanté de vous et de votre digne épouse. Qu'aimable et tendre doitêtre un mari qui peint sa femme aous des traits si charmans 1 Elle peut vous aimer trop pour votre repos, mais jamais trop pour votre mérite, ni vous l'aimer jamais assez pour le sien. Je ne connois rien de plus intéressant que le tableau devotreunion, et tracé par vousmême. Toutefois voyez que sans y songer vous n*ayez donné peut-être à sa délicatesse quelque raison particulière de craindre votre élolgnement. Monsienr, les cœurs sensibles

noot fiicties i blesser; tout les alarme, et ils sont d'nn si grand prix qu'ils yalent bien les peines qu*on prend à les contenter. Les soins amoureux de nouveaux époux bientôt se relâchent ; les témoignages d'un attachement durable fondé sur l'estime et sur la vertu sont moins frivoles et font plus d*eflPet. laissez à votre femme le plaisir de sacrifier quelquefois ses goûts aux vôtres; maisqu*elle voie toujours que TOUS cherchez votre bonheur dans le sien, et que vous la distinguez des autres femmes par des scntimcns à Tépreuve du temps. Quand une fois elle sera bien convaincue de la solidité de votre attachement y elle n*aura pas peur que vous lui soyez enlevé par des folles. Pardon, monsieur : vous demandez des avis pour madame la comtesse, et c*est à vous que j'ose en donner. Mais vous m'inspirez un intérêt si vif pour votre union, qu'en vous parlant de tout ce qui me semble propre à raffermir je crois déjà me môler de vos affaires.

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