‹ Œuvres complètes de J.J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 94 sur 158 · A M. DE P · texte numérisé non relu

A M. DE P

18 février 4 vas.

Votre lettre, monsieur, m'a pénétré jusqu'aux larmes. Que la bienveillance est une douce chose 1 et que ne donnerois-je pas pour avoir celle de tous les honnêtes gens 1 Puissent mes nouveaux patriotes (**) m'accorder la leur à votre exemple I puisse le lieu de mon refuge être aussi celui de nies attachemens I Mon cœur est bon ; il est ouvert à tout ce qui lui res-

(*) Cet lettres inlUales indiquent le colonel Pory.oa de Pory, dont il est question dans les Confesiiont, et qui demeuroit à Coatet. Il étoit bean-p«re de Du Pef rou. o. p.

(**} Mes nouveaux patriotet,., texte de rédlUon de Gcaèvci c'est sans doute compatriotes qu'il faudroU lire. G. P.

AiXM!.b I7tô.

semble; il n*a besoin, j'en suis très-«ûr, que d*ètre connu pour être «limé. II reste , après la saoté, trois biens qui rendent sa perte, plus supportable, la paix» la liberté, l'amitié. Tout cela, monsieur, si je le trouve, me deviendra plus doux encore lorsque j'en pourrai jouir pr6s de vous.

A M. DB C. p. A. A.t

i Pétrier I7W.

J*âitendoîs des réparations, monsievr^ et YOiM en exigez 2 nous sommet fort loin de compte, le venx croire que vous n'avez poinc concouru, dans les lieux où vous êtes, aux iniquitéftqm sontrouvrage de vqa confrères; ftiais il MUnt, monsieur, vous élever contre une ■lanœuvre si opposée i Tesprit du christianisme, et si déshonorante pour votre état. La Ucheté n'est pas moins répréhensible que la ▼iolence dans les ministres du Seigneur. Dane tous les pays du monde il est permia à rinnocent (^ défendre son innocence : dans le vôtre on Ten punit ; on fait plus, on ose employer la religion à cet usa^e. Si voua avez protesté contre cette profanation, vous êtes excepté dans mon livre» et je ne vous dois point de réparation : si vous n'avez pas protesté , vous êtes coupable de connivence, et je vous en dois encore moins.

Agréez, monsieur, je vous supplie, mes salutations et mon respect.

A MADAME LA g£nKRALB SANDOZ.

MoUers,25 février f765.

L'admiraiion me tue, et surtout de votre part. Ah! madame, un peu d'amitié, et, parmi tant d'aflFronts, je serai le plus glorieux des êtres. Votre patrie (*) est injuste, sans doute ; mais avec le mal elle a produit le remède. Peut-elle me faire quelque injustice que vonre estime ne puisse réparer? La lettre que vous m'avez envoyée est d'un homme d'église ; c'est tout dire, et peut-être trop, car il parott assez modéré. Hais, vu le traitement que je viens

/•) La HollADde. O. P.

d'essuyer i l'instigation de ses confrères, j'attcndois des réparations, et il en exige : voua voyez que nous sonlmes loin de compte. Conservez-moi vos bontés, madame ; elles me seront toujours précieuses, et j'aspire au bonheur d'être a portée de les cultiver.

A M. CLAISAOT.

Motten-TriTers, le S mars I7SB.

Le souvenir, monsieur, de vos anciennes bontés pour moi vous cause une nouvelle importunité de ma part. 11 s'agiroit de vouloir bien être, pour la seconde fois, censeur d'un de mes ouvrages. C'est une très-mauvaise rapsodie que j'ai compilée, il y a plusieurs années, sous le nom de Dictionnaire de musique, et que je suis forcé de donner aujourd'hui pour avoir du pain. Dans le torrent demalheursqui m'entraîne je suis hors d'état de revoir ce recueil. Je sais qu'il est plein d'erreurs et de bévues. Si quelque intérêt pour le sort du plus malheureux ée$ hommes vous portoit 4 voir son ouvrage avec un peu plus d'attention que celui d'un autre» je vous serois sensiblement obligé de toutes les fautes quevous voudriez bien corriger chemin faisant. Les indiquer sans les corriger ne seroit rien faire, car je suis absolument hors d'éiat d'y donner la moindre attention ; et si vous daignez en user comme de votre bien pour changer, ajouter, ou retrancher, 'vous exercerez une charité très-utile, et dont je serai trèsr-reconnoissant. Recevez, monsieur, mes trèshumbles excuses et mes salutations f ).

A M. nu PBYROD.

ht 4 mars 176S-

Je VOUS dois une réponse, monsieur, je le sais. L'horrible situation de corps et d'âme où je me trouve m'ôte la force et le courage d'écrire. J'attendois de vous quelques mets de consolation , mais je vois que vous comptez à la rigueur avec les malheureux. Ce procédé

{') clalraat eit mort dans le mois de mai de la même aanë *, et n*a pa répondre an dédr qae RoaMeau lai téaooigoe dans celte lelCrt. o. p.

CORRESPONDANCE

n'est pas injusle, mais il est un peu dur dans ramitié.

âD MÊHE.

Ifotien, le 7 mars 1765.

Pour Dieu, ne vous fâchez pas, et sachez pardonner quelques torts à vos amis dans leur misère. Je n*ai qu'un ton, monsieur, il esl quelquefois un peu dur : il ne faut pas me juger sur mes expressions, mais sur ma conduite. Elle vous honore quand mes termesvous offensent. Dans le besoin que j*ai des consolations de Tamitiéy Je sens que les vôtres me manquent, et je m'en plains : cela est-il donc si désobligeant?

Si j*ai écrit à d'autres, comment n'avez-vous pas senti l'absolue nécessité de répondre, et surtout dans la circonstance, à des personnes avec qui je n'ai point de correspondance habituelle, et qui viennent au fort de mes malheurs y prendre le plus généreux intérêt? Je croyois que, sur ces lettres mêmes, vous vous diriez, il n'a pas le temps de m'écrire^ et que vous vous souviendriez de nos conventions. Falloit-il donc, dans une occasion si critique, abandonner tous mes intérêts, toutes mes affaires, mes devoirs même de peur de manquer avec vous à Texactitude d'une réponse dont vous m'aviez dispensé? Vous vous seriez offensé de ma crainte, et vous auriez eu raison. L'idée même, trés-fausse assurément, que vous aviez de m'avoir chagriné par votre lettre, n'étoit-elle pas pour votre bon cœur un motif de réparer le mal que vous supposiez m*avoir fait? Dieu vous préserve d'affliction) mais, en pareil cas, soyez sûr que je ne compterai pas vos réponses. En tout autre cas, ne comptez Jamais mes lettres, nu rompons tout de suite, car aussi bien ne tarderions-nous pas à rompre. Mon caractère vous est connu, je n&saurois le changer.

Toutes vos autres raisons ne sont que trop bonnes, le vous plains dans vos tracas, et les approebes de votre goutte me chagrinent surtout vivement, d'autant plus que, dans Textréme besoin de me distraire, je me promeetois des Dromenades délicieuses avec vous. Je sens

vous montrer si je vous crois le cœur dur» et si je manque de confiance eu votre amitié. Je ne fais pas des complimens, mais je prouve. Il faut quitter ce pays, je le sens; il est trop prés de Genève, on ne m'y laisseroit jamais en repos. 11 n'y a guère qu'un pays catholique qui me convienne ; et c'est de là, puisque vos ministres veulent tant la guerre , qu'on peut leur en donner le plaisir tout leur soûl. Vous sentez, monsieur; que ce déménagement a ses embarras. Voulez^vous être dépositaire de mes effets en attendant que je me fixe? voulez-vous acheter mes livres, ou m'aider à les vendre? voulez-veus prendre quelque arrangement, quant à mes ouvrages, qui me délivre de l'horreur d'y penser, et de m'en occuper le reste de ikia vie? Toute cette rumeur est trop vive et trop folle pour pouvoir durer. An bout de deux bu trois ans, toutes les difficultés pour Timpression seront levées, surtout quand je n'y serai plus. En tous cas , les autres lieux, même au voisinage, ne manqueront pas. Il y a sur tout cela des détails, qu'il seroit trop long d'écrire, et sur lesquels, sans qo^ vqus soyez marchand et sans que vipus me fassiez l'aumône, cet* arrangement peut métré utile, et ne vous pas être onéreux. Gela denuinde d'en conférer. Il faut voir seulement si vos affaires présentes vous permettent de pensera cellerlà.

Vous savez donc le triste état de la pauvre madame Guyenet, femme aimable, d'un vrai mérite, d'un esprit aussi fin que juste, et pour qui la vertu n*étoit pas un vain mot : sa famille est dans la plus grande, désolation, son mari est au désespoir, et moi je' suis déchiré. Voila, monsieur, l'objet que j'ai sous les yeux pour me consoler d'un tissu de malheurs sans exemple.

J'ai des accès d'abatiement, cela est asset naturel dans l'état de maladie, et ces accès sont très-sensibles, parce qu'ils sont lesmomens oà je cherche le plus à ni'épancher ; mais ils sont courts, et n'influent point sur ma conduite. Mon état habituel esl le courage, et vous le verrez peut-être dans cette affaire» si Ton me pousse à bout ; qar je me fais une loi d'éire pa^ tient jusqu'au moment où l'on ne peut plus l'être sans lâcheté. Je ne sais quelle diable de

(«ncore que ce que je vais vous dire pcMt être

bien déplacé iMirmi vos affaires ; mais il faut j mouche a piqué vos messieurs ; maïs il y a bien

ANHÉE 1765.

àé rettravBgance à tout ce Taéanne; ils en roQgiront sitAt qa'ils seront calmés.

Mik^ que dites-vous, monsieur, de retour-^ œrie de vos ministres, qui» vu leurs mœurs, leur crasse ignorance, devroient tremblerqu'on n'iperçût qu ils existent^ et qui vont sottement payer pour les autres dans une affaire qui ne les regarde pas? Je suis persuadé qu'ils s'imaginent que je vais rester sur la défensive, et faire le pénitent et le suppliant : le Conseil de Genève le crofoit aussi, je l'ai désabusé; je me charge de les désabuser de même. Soyez-moi témoin, monsieur, de mon amour pour la paix, et du plaisir avec lequel j*avoi8 posé les armes : s'ils me forcent à les reprendre, je les reprendrai, car je ne veux pas me laisser battre à terre ; c'esl un point tout résolu. Quelle prise ne me donnefil-ils pas? A trois ou quatre près, que J'honore et que j'excepte, que sont les autres? quels mémoires n'auraî-je pas sur leur compte? Je suis tenté de faire ma paix avec tous les autres clergés, aux dépens du vAtre, d'en faire le bouc d'expiation pour les péchés d'Israël. L'invention est bonne, et son succès est certain. Ne seroit-ce pas bien servir l'état, d'abattre si bien leur morgue» de les avilir à tel point, qu'ils ne pussent jamais plus ameuter les peuples? J'espère ne pas me livrer à la vengeance ; mais si je les touche, comptez qu'ils sont morts. Au reste, il faut première nient attendre l'excommunication; car, jusqu'à ce moment, ils me tiennent ; ils sont mes. pa»* tenrs, et je leur dois du respect. J*ai là-dessus des maximes dont je ne me départirai jamais, et c'est pour cela même que je les trouve bien peu sages de m'aimer mieux loup que brebis.

A M. MOULTOO.

9 mars 1785.

Vous ignorez, je le vois» ce qui se passe ici par rapport à moi. Par des manœuvres souter«raines que j'ignore, les ministres, M ontmoliia à leur tète, se sont tout à coup déchaînés con« tre moi, mais avec une telle violence que, malgré mylord maréchal et le roi même, je suis cbasaé d'ici sans savoir plus oji trouver d'asile sur la terre; il ne m'en reste que dans son sein.

T. IV

Cher Moultou, voyez mon sort. Les plus grands scélérats trouvent un refuge ; il n'y a que votre ami qui n'en trouve point. J'aurois eftcore l'Angleterre; mais quel trajet, quelle fatigue, quelle dépense! Encore si j'étois seuil... Que la nature est lente à me tirer d'affaire I' Je ne sais ce que je deviendrai ; mais en quelque lieu que j'aille terminer ma misère, souvenez* vous de votre ami.

Il n'est plus question de mon édition géné^ raie. Selon toute apparence. Je ne trouverai plus à la faire; et, quand je le pourrois, je ne sais si je pourrois vaincre l'horrible aversion que j'ai conçue pour ce travail. Je ne regarde aucun de mes livres sans frémir, et tout ce que je désire au monde est un coin de tefre Où je puisse mourir en paix, sans toucher ni papier ni plume.

Je sens le prix de ce que vous avez fait pen^ dant que nous ne nous écrivions plus. Je me plaignois de vous, et vous vous occupiez de mn défense. On ne remercie pas de ces choses-là, on les sent. On ne fait point d'excuse, on se corrige.

Voici la lettre de H. Garcin : il vient bien noblement à moi au moment de mes plus cruels malheurs. Du reste, ne m'instruisez plus de ce qu'on pense ou de ce qu'on dit : succès, revers, discours publics, tout m'est devenu de la plus grande indifférence. Je n'aspire qu'à mourir en repos. Ma répugnance à me cAher est enfin vaincue. Je suis à peu près déterminé à changer de nom, et à disparolire de dessus la terre. Je sais déjà quel nom j<e prendrai ; je pourrai le prendre sans scrupule ; je ne mentirai sûrement pas. Je vous embrasse.

En finissant cette lettre, qui est écrite de» puis hier, j'étois dans le plus grand abattement où j'aie été de ma vie. M. de Môntmollin entra, et, dans cette entrevue, je retrouvai toute la vigueur que je croyois m'avoir tout-àfait abandonné. Vous Jugerez comment je m'en suis tiré par la relation que j'en envoie à l'homme da roi, et dont je joins ici copie, que vous pouvez montrer. L'assemblée est indiquée pour la semaine prochaine. Peut-être ma contenance en imposera-t^lle. Ce qu'il y a de sûr, c/estque je ne fléchirai pas. En attendant qu'on sache quel parti ils auront pris, de montrez cette lettre à personne. Bon voyage.

il46 CORRESPONDANCE.

. % M. MEUROIf, Conteiller d*ëUt et procureur-géoéral à Keacliâtel.

IloUers, le 9 mân I76S.

Hier»inonsieary M. de Monimollin m'honora d'une visite, dans laquelle nous eûmes une conférence assez vive. Après m'avoir annoncé Telcommunication formelle comme inévitable, il me proposa, pour prévenir le scandale, un tempérament que je refusai net. Je lui dis que je ne voulois point d*un état intermédiaire; que je voulois être dedans ou dehors, en paix ou en guerre, brebis ou loup. Il me fit sur cette affaire plusieurs objections que je mis en pou- -dre; car» comme il n*y a ni raison ni justice à tout ce qu'on fait contre moi, sitAt qu'on entre en discussion je suis fort. Pour lui montrer que -ma fermeté n*étoit point obstination, encore moins insolence» j'offris, si la classe vouloit rester en repos, de m'engager avec lui de ne plus écrire de ma vie sur aucun point de religion. Il répondit qu'on se plaignoit que j'avois déjà pris cet engagement, et que j'y a vois manqué. Je répliquai qu'on avoit tort; que je pouvois bien l'avoir résolu pour moi, mais que je ne l'avois promis à personne. Il protesta qu'il ■n'étoit pas le maître, qu'il craignoit que la classe n'eût déjà pris sa résolution. Je répondis que j'en étois Àcbé, mais que j'avois aussi pris la mieilfte. En sortant, il me dit qu'il feroit<;e qu'il pourroit ; je lui dis qu'il feroit ce qu'il vou* droit, et nous nous quittâmes. Ainsi, monsieur, jeudi prochain, ou vendredi au plus tard, je jetterai l'épée ou le fourreau dans la rivifcre.

Comme vous êtes mon bon défenseur et patron» j'ai cru tous devoir rendre compte de cette entrevue. Hecevez, je vous supplie» mes salutations et mon respect.

, A V. U PROrESSBOa DE VONTIIOUJN*

Par déférence pour M.le professeur de Mont* mollin, mon pasteur, et par respect pour la vénérable classe , j'offre,. si on l'agrée, de m'engager, par un écrit signé de ma main, à ne jamais publier aucun nouvel ouvrage sur aucune matière de religion, même de n'en jamais traiter incidemment dans aucun nouvel

ouvrage que je pourrois publier sur tont antn sujet ; et de plus, je continuerai i témoigner, par mes seniimens et par ma conduite, tout le prix que je mets au bonheur d'être uni à TÊ^ glise.

Je prie M. le professeur de communiquer cette déclaration à la vénérable classe.

Fait a Hotiers, le 40 mars 4765.

MADAME LATOUR

Motien, le lOman ITSS.

J'ai lu votre lettre avec la plus grande attention, j'ai rapproché tous les rapports qui ponvoient m'en faire juger sainement: c'étoit pour mon cœur une affaire importante.

Vous étiez flatteuse durant ma prospérité, vous devenez franche dans mes misères: à quelque chose malheur est bon.

J'aime la vérité, sans doute; mais si jamais j'ai le malheur d'avoir un ami dans l'état où je suis, et que je ne trouve aucime vérité consolante à lui dire, je mentirai.

On peut donner en tout temps à son ami te blâme qu'on croit qu'il mérite; mais, quand on choisit le moment de ses malheurs, il faut s'assurer qu'on a raison.

Lorsque je disois, il faut se taire, et ne pas imiter le crime de Cham, j'étois citoyen de Genève ; je ne dois que la vérité à ceux par qui je ne le «uis plus.

Lorsque je disois, il faut se taire, je n'avois que ma cause i défendre, et je me taisois ; mm quand c'est un devoir de parler, il ne faut pas se taire : voyez l'avertissement. Adieu, rianne.

h M. LE P. DE PiuCB.

MoUen,lef4iiianl7f8.

Je n'ai point fait, monsieur, l'ouvrage intitulé des Princes; je ne l'ai point vu ; je douta même qu'il existe. Je comprends aisément de quelle fabrique vient cette invention, comme beaucoup d'antres, et je trouve que mes ennemis se rendent bien justice en m'attaquant avec des armes si dignes d'eux. Comme je n'ai jamani désavoué aucun ouvrage qui fût de moi, j'ai le

droit cTcn être crh sur eeox que je déclare n*en pas être. Je tous prie, mousicur, de receYoir et de publier cette déclaration en faveur de la vérité, et d'un homme qui n*a qu'elle pour sa défense. Recevez mes très-humbles salutations.

à ¥. DU PBTROU.

MoUen, le 14 man 1765.

Voiciy monsieur, votre lettre. En la lisant j'étoisdansjrotre cœur : elle est désolante. Je vous désolerai peut-être moi-même en vous avouant que celle qui Técrit me parolt avoir de bons yeux, beaucoup d'esprit, et point d*àme. Vous devriez en faire non votre amie , mais votre folle, comme les princes avoient jadis des fous, c'est-à-dire d'heureux étourdis,quiosoient leur dire la vérité. Nous parlerons de cette lettre dans un tôie-à-tête. Cher Du Peyrou, croyezmoiy continuez d'être bon et d*aimer les hommes; mais ne comptez jamais avec eux.

Premier acte d*ami véritable, non dans vos offres, mais dans vos conseils ; je les attendois de vous : vous n'avez pas trompé mon attente. Le désir de me venger de votre prêtraille étoit né dans le premier mouvement ; c'étoit un effet de la colère ; mais je n'agis jamais dans le premier mouvement, et ma colère est courte. Nous sommes de même avis : ils sont en sAreté, et je ne leur ferai sûrement pas l'honneur d'écrire

contre eux.

Non-seulement je n'ai pas dessein de quitter te pays durant l'orage, je ne veux pas même quitter Métiers , à moins qu'on n'use de violence pour m'en chasser, ou qu'on ne me montre un ordre du roi sous l'immédiate protection duquel j'ai l'honneur d'être. Je tiendrai dans cette affaire la contenance que je dois à mon protecteur et à moi. Mais, de manière ou d'autre , il faudra que cette affaire finisse. Si Ton me fait traîner dehors par des archers, il faut bien que je m'en aille ; si l'on finit par me laisser en repos. Je veux alors m'en aller, c'est un point résolu. Que voulez-vous que je fasse dans un pays où Ton me traite plus mal qu'un malfaiteur? Pourrai-je jamais jeter sur ces gens-là un autre œil que celui du mépris et de l'indi'^

gnation? Je m'avilirois aux yeux de toute la terre si je restois au milieu d'eux>

Je suis bien aise que vous ayez d'abord senti et dit la vérité sur le prétendu livre des Princes: mais savez-vous qu'on a écrit de Berne à l'imprimeur d'Y Verdun de me demander ce livre et de l'imprimer, que ce seroît une bonne affaire ? J'ai d'abord senti les soins officieux de l'ami Bertrand ; j'ai tout de suite envoyé à M. Félicc la lettre dont copie ci-jointe, le faisant prier de l'imprimer et de la répandre. Comme il est livré à gens qui ne m'aiment pas, j'^i prié M. Ro* guin, en cas d'obstacle, de vous en donner avis par la poste; et alors je vous serois bien obligé si vous vouliez la donner tout de suite à Fauche, et la lui faire imprimer bien correctement. Il faut qu'il la verse, le plus pronoptement qu'il sera possible, à Berne, à Genève, et dans le pays de Yaud;mais avant qu'elle paroisse ayez la bonté de la relire sur l'imprimé , de peur qu'il ne s'y glisse quelque faute. Vous sentez qu'il ne s'agit pas ici d'un petit scrupule d'auteur, mais de ma sûreté et de ma liberté peut-être pour le reste de ma vie. En attendant l'impression vous pouvez donner et envoyer des copies.

Je ne serai peut-être en état de vous écrire de long-temps. De grâce, n)cttez>vous à ma place, et ne soyez pas trop exigeant. Vous devriez sentir qu*on ne me laisse pas du temps de reste; mais vous en avez pour me donner de vos nouvelles, et même des miennes : car vous savez ce qui se passe par rapport i mot-; pour moi je l'ignore parfaitemenu

Je vous embrasse^

A M. HEURON , Procareur-génénl à Neuchâtel.

Hoden, le 23 mars I76S.

Je ne sais , monsieur, si je ne dois pas bénir mes misères, tant elles sont accompagnées de consolations. Votre lettre m'en a donné de bien douces, et j'en ai trouvé de plus douces encore dans le paquet qu'elle contenoit. J'avois exposé à mylord maréchal les raisons qui me faisoîent désirer de quitter ce pays pour, chercher la tranquillité et pour l'y lais^pt^ Il approuve cet

CORRESPONDANCE

faiaoDf, et il est , cooinie moi» d'avis que j'en sorte : ainsi, xnonsieur, c'est un parti pris, avec regret, je vous jure, mais irrévocablemeni. Assurément tous ceux qui ont des bontés pour moi ne peuvent désapprouver que, dans le triste état où je suis, j'aille chercher une terre de paix pour y déposer mes os. Avec plus de vigueur et de santé je consentirois à faire face à mes persécuteurs pour le bien public ; mais accablé d*infirmités et de malheurs sans exemple, je suis peu propre à jouer un rAle, et il y auroit de la cruauté à me Timposer. Las de combats et de querelles , je n'en peux plus supporter. Qu'on me laisse aller mourir en paix ailleurs, car ici cela n'est pas possible, moins par la mauvaise humeur des habitans, que par le trop g[rand voisinage de Genève, ipconvénietit qu'avec la meilleure volonté damonde il ne dépend pas d'eux de lever.

Ce parti, monsieur, étant celui auquel on vouloit me réduire, doit naturellement faire Jomber toute démarche ultérieure pour m'y forcer. Je ne suis point encore en état de me transporter, et il me faut quelque temps pour mettre ordre à mes affaires, durant lequel je puis raisonnablement espérer qu'on ne me traitera pas plus mal qu'iin Turc, un juif, un païen , un athée, et qu'on voudra bien me laisser jouit*, pour quelques semaines, de Thospitalilé qu'on ne refuse à aucun étranger. Ce n'est pas,moD> sieur, que je veuille désormais me regarder comme tel ; au contraire, l'honneur d*étre inscrit parmi les citoyens du pays me sera ton^ jours précieux par lui-même » encore plus par la main dont il me vient, et je mettrai toujours au rang de mes premiers devoirs le zèle et la fidélité que je dois au roi, comme notre prince et comme mon protecteur. J'avoue que j'y laisse un bien très-regrettable , mais dont je n'en* tends point du tout me dessaisir. Ce sont les amis que j'y ai trouvés dans mes disgrftces, et que j'espère y conserver malgré mon éloignement.

Quant à MM. les ministres , s'ils trouvent i propos d'aller toujours en avant avec leur consistoire, je me traînerai de mon mieux pour y comparottre, en quelque état que je sois, puis^ qu'ifs le veulent ainsi ; et je crois qu'ils trouveront, pour ce que j*al à leur dire , qu*ils an^ roîeat pu se passer de tant d'appareil. Du reste

ils sont fort les mattrci de m'èxcommunierg m cela les amuse : être excommunié de la façon oa M. de Voluiire m'amusera fort aussi.

Permettez , monsieur, que cette lettre soie commune aux deux messieurs qui ont en ia bonté de m'écrire avec un intérêt si généreux. Vous sentez que, dans les embarras où je me trouve, je n'ai pas plus le temps que les termes pour exprimer combien je suis touché de vos soins et des leurs. Mille salutations et respects.

A HADAMB n'iVENlOiS.

Motlert, le 8 man ifa.

Je suis comblé de vos bontés , madame , et confus de mes torts : ils sont tons dans ma situation , je TOUS assure ; aucun n'est dans mes sentimens. Vous avez trop bien deviné, madame, le sort de notre aimable et infortunée amie (*). M. Tissot m'a fait l'amitié de venir la voir ; sous sa direction est-elle déji beaucoup mieux. Je ne doute point qu'il n'achève de rétablir son corps et sa tète, mais je crains que son cœur ne soit plus long-temps malade, et que Tamitié même ne puisse pas grand'ehose sur un mai auquel la médecine ne pent rien.

Pourquoi, madame, n'avez-vons paa^oveit ma lettre pour M. votre mari? J'y avois compté; une médiatrice telle que vous ne peut que rendre notre commerce encore plus agréable.

Dites-lui , je vous supplie, mille choses pour moi que je n'ai pas le temps de lui dire ; f ai le temps seulement de l'aimer de tout mon coeur, et j'emploie bien ce temps-li : pour rempk^er mieux encore, je voudrois que vous daignassiez en nsurper une partie. Il faut finir, madame. Mille salutations et respects.

AD Goitsisromi na aoTuma.

Motien«l0S9BMn17SB.

Messieurs,

Sur votre citation j*avois hier résolu, malgré mon état, de comparottre aujourd'hui pardevant vous ; mais sentant qu'il me seroit im-

(*) Madame Guyenet que k$ nitm d'âne oonche hkotknm twieit réduite à

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