‹ Œuvres complètes de J.J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 95 sur 158 · A!«NÉE · texte numérisé non relu

A!«NÉE

possible» malgré toofe ma bonne volonti» de soutenir une longue séance , et sur la matière de foi qui fait l'unique objet de cette citation» réfléchissant que je pourois également m*ez-^ pliqucr par écrit» je n'ai point douté, mes- •leurs, que la.douceur de la charité ne s'alliât en vous au cèle de la foi» et que vous n'agréassiez dans cette lettre la même réponse que j'aurois pu faire de bouche aux questions de M. de Montmollin» quelles qu'elles soient.

Il me parott donc qu'à moins que la rigueur dont la vénérable classe juge à propos d'user contre moi ne soit fondée sur une loi positive» qu'on m'assure ne pas exister dans cet état» rien n'est plus nouveau » plus irrégulier» plus attentatoire k la liberté civile, et surtout plus contraire à Tesprit de la religion» qu'une pareille procédure en pure matière de foi. • Car» messieurs» je vous supplie de considérer que» vivant depuis long-temps daqs le sein de TÉglise» et n'étant ni pasteur» ni professeur» ni chargé d'aucune partie de l'instruction publique, je ne dois être soumis, moi particulier, moi simple fidèle» à aucune interrogation ni inquisition sur la foi; de telles inquisitions» inouïes dans ce pays» sapant tous les fondemens de la réformation, et blessant à la fois la liberté évangélique» la'charité chrétienne» l'autorité du prince » et les droits des sujets, soit eomme membres de l'Église» soit comme citoyens de l'état. Je dois toujours compte de mes actions et de ma conduite aux lois et aux hommes ; mais puisqu'on n'admet point parmi nous d'Église infaillible qui ait droit de prescrire a ses membres ce qu'ils doivent croire» donc» une fois reçu dans r£glise» je ne dois plus qu'à Dieu seul oompte de ma foi.

J'ajoute à cela que lorsque après la publication de VÉmile je fus admis à la communion dans cette paroisse , il y a près de trois ans» par H. de Montmollin, je lui fis par écrit une déclaration dont il fut si pleinement satisfiiit» que non-seulement il n'exigea nulle autre explication sur le dogme» mais qu'il me promit même de n'en point exiger. Je me tiens exactement à sa promesse, et surtout à ma déclaration. Et quelle conséquence» quelle absurdité» quel scandale ne seroit-ce point de s'en être contenté» après la publication d'un livre où le

et de ne s'en pas contenter maintenant» aprèa la publication d'un autre livre où l'auteur peut errer» sans doute» puisqu'il e$t homme» mais où du moins il erre en chrétien, puisqu'il ne cesse de s'appuyer pas à pas sur rauiorité de l'Ëvangile ? C'étoit alors qu'on pouvoit m'ôter la corn» munion ; mais c'est à présent qu'on devroitme la rendre. Si vous faites le contraire» messieurs» pensez à vos consciences ; pour moi» quoi qu'il arrive» la mienne est en paix.

Je vous dois» messieurs, et je veux vous rendre toutes sortes de déférences, et je souhaite de tout mon cœur qu'on n'oublie pas assez bi protection dont le roi m'honore pour me forcer d'implorer celle du gouvenement.

Recevez » messieurs, je vous supplie» les assurances de tout mon respect.

Je joins ici la copie de la déclaration sur laquelle je fus admis à la communion en 4 762» e t que je confirme aujourd'hui.

A M. DU PXTaOD.

teSavrilins.

Je souffre beaucoup depuis quelques jours^ et les tracas que je croyois finis» et que je vois se multiplier, ne contribuent pas à me tranquilliser le corps ni l'àme. Voilà donc de nouvelles lettres d'éclat à écrire » de nouveaux engagemens à prendre» et qu'il faut jeter à la tète de tout le monde» jusqu'à ce que je trouve quelqu'un qui les daigne agréer. Voilà» toute chose cessante» un déménagement à faire. U faut me réfugier à Couvet» parce que j'ai le malheur d'être dans la disgrâce du ministre de Métiers : il faut vite aller chercher un autre ministre et un autre consistoire ; car sans minisU'e et sans consistoire, il ne m'est plus permis de respirer; et il faut errer de paroisse en paroisse» jusqu a ce que je trouve un ministre assez bénin pour daigner me tolérer dans la sienne.

Cependant M. de Pury appelle cela le pays le plus libre de la terre» à la bonne heure; mais cette liberté-là n'est pas de mon goût. M. de Pury sait que je ne veux plus rien avoir à faire avec les ministres; il me l'a conseillé luimême ; il sait que naturellement je suis désor-

mais dans ce cas avec celui-ci : il sait que le christianisme sembloit si violemment attaqué, i Conseil d'état m'a exempté de la juridiction de

nao

COURESPONDANCE.

son consistoire: par quelle étrange maxime veut-iî que je m'aille refourrer tout exprès sous la Juridiction d'un autre consistoire dont le Conseil d*é(at ne m'a point exempté, et sous celle d'un autre ministre qui me tracassera plus poliment, sans doute, mais qui me tracassera toujours ; voudra poliment savoir comme je pense, et que poliment j'enverrai promener? Si j*avois une habitation à choisir dans ce pays, ce seroit celle-ci, précisément par la raison qu'on veut que j*en sorte. J'en sortirai donc puisqu'il le faut ; mais ce ne sera sûrement pas pour aller à Couvet.

Quant à la lettre que vous jugez à propos que j'écrive pour promettre le silence pendant mon séjour en Suisse, j'y consens; je désireyoîs seulement que vous me fissiez l'amitié de m'envoyer le modèle de cette lettre, que je transcrirai - exactement, et de me marquer à qui je dois l'adresser. Garrot(ez*moi si bien que je ne puisse plus remuer ni pied ni patte; voilà mon cœur et mes mains dans les liens de l'amitié. Je suis très-déterminé à vivre en repos, si je puis, et à ne plus rien écrire, quoi qu'il arrive, si ce n'est ce que vous savez, et pour la Corse, s^il le faut absolument, et que je vive assez pour cela. Ce qui me Ache, encore un coup, c'est d'aller offrant cette promesse de porte en porte, jusqu'à ce qu'il se trouve quelqu'un qui la daigne agréer : je ne sache rien au inonde de plus humiliant ; c'est donner à mon silence une importance que personne n'y voit que moi seul.

Pardonnez , monsieur , l'humeur qui me ronge ; j'ai onze lettres sur la table , la plupart très-désagréables, et qui veulent toutes la plus prompte réponse. Mou sang est calciné, la fièvre me consume, je ne pisse plus du tout, et jamais rien ne m'a tant coûté de ma vie que cette promesse authentique qu'il faut que je fasse d'une chose que je suis bien déterminé à tenir, que je la promette ou non. Mais, tout en grognant fort maussadement, j'ai le cœur plein des sentimens les plus tendres pour ceux qui s'intéressent si généreusement à mon repos, et qui me donnent les meilleurs conseils pour l'assurer. Je sais qu'ils ne me conseillent que pour mon bien, qu'ils ne prennent à tout cela d'autre intérêt que le mien propre. Moi, de mon côté, tout en murmurant, je veux leur complaire,

sans songer à ce qut m*est bon. S'ils me deaum*' doient pour eux ce qu'ils me demandent pour moi-même, il ne me coûtcroit plus rien ; mais comme il est permis de faire en rechignant son propre avantage, je veux leur obéir, les aimer, et les gronder. Je vous embrasse.

P. 5. Tout bien pensé, je crois pourtant qu'avant le départ de M. Meuron je ferai ce qu'on désire. Ma paresse commence toujours par se dépiter, mais à la fin mon cœur cède.

Si je restois, j'en reviendrois, en attendant que votre maison fût faite, au projet de cher* cher quelque jolie habitation près de Nenchfttel, et de m'abandonner à quelque société où j'eusse à la fois la liberté et le commerce des hommes. Je n'ai pas besoin de société pour me garantir de l'ennui, au contraire; maisfen ai besoin pour me détourner de rêver et d'é^ crire. Tant que je vivrai seul, ma tète ira malgré moi.

A MTLORD MARECHAL»

Le 6 avril f 769.

Il me parolt, mylord, que, grâces aux soin^ des honnêtes gens qui vous sont attachés, les projets des prédicans contre moi s'en iront e» fumée, ou aboutiront tout au plus à me garan* tir de l'ennui de leurs lourds sermons. Je n'entrerai point dans le détail de ce qui s'est passée sachant qu'on vous en a rendu un fidélecompte; mais il y auroit de l'ingratitude à moi de ne vous rien dire de la chaleur que M. Chaillet a mise à toute cette affaire, et de l'activité pleine à la fois de prudence et de vigueur avec la-> quelle Bl. Meuron l'a conduite. A portée, dans la place où vous l'avez mis, d'agir et parler au nom du roi et au vAtre, il s'est prévalu de cet avantage avec tant de dextérité, que, sans in«disposer personne, il a ramené tout le Conseil d'état à son avis ; ce qui n'étoit pas peu de chose, vu l'extrême fermentation qu'on avoit trouvé le moyen d'exciter dans les esprits. La manière dont il s'est tiré de cette affaire prouve qu'il est très en état d'en manier de plus gran* des.

Lorsque je reçus votre lettre du «lO mars

avec les petits billets numérotés qui t'acconv-

j gnoient, je me sentis le cœur si pénétré de

Wt

ces tendres soins de votre part, que je m*épattchaî làrdessos avec M. le prince Louis de Wirleinberg, homme d'un mérite rare, épuré par les disgrâces, et qui m'honore de sa correspondance et de son amitié. Voici là-dessus sa réponse; je vous la transmets mot à mot : « Je » n'ai pas douté un moment que le roi de 3 Prusso ne vous souitnt ; mais vous me faites ji chérir mylord maréchal : veuillez lui témoitt gner toute la vivacité dos sentimens que M cet. homme respectable m*inspire. Jamais • personne avant lui ne s'est avisé de faire un » journal si honorable pour l'humanité. »

Quoiqu'il me paroisse à peu près décidé que je puis jouir en ce pays de toute la sûreté possible» sous la protection du roi, sous la vôtre, et grâces à vos précautions, comme sujet de Tétat (*), cependant il me parolt toujours impossible qu*on m'y laisse tranquille. Genève n'en est pas plus loin qu'auparavant, et les brouillons de ministres me haïssent encore plus à cause du mal qu'ils n'ont pu me faire. On ne peut compter sur rien de solide dans un pays où les tètes s'échauffent tout d'un coup sans savoir pourquoi. Je persiste donc à vouloir suivre votre conseil et m'éloigner d'ici. lU ais comme il n'y a plus de danger, rien ne presse ; •et je prendrai tout le temps de délibérer et de bien peser mon choix, pour ne pas faire une aottise, et m'aller mettre dans de nouveaux lacs. Toutes mes raisons contre l'Angleterre subsistent ; et il suffit qu'il y ait des ministres dans ce pays-là pour me faire craindre d'en approcher. Âionétat etmon goût m'attirent également vers l'Italie; et si la lettre dont vous m'avez envoyé copie obtient une réponse favorable, je penche extrêmement pour en profiter. Cette lettre^ mylord, est un chef-d'œuvre; pas un mot de trop, si ce n^est des louanges : pas une idée omise pour aller au but. Je compte si bien sur son effet, que, sans autre sûreté qu'une pareille lettre, j'irois volontiers me livrer aux Vénitiens. Cependant, comme je puis attendre, et que la saison n'est pas bonne encore pour piisser les monts, je ne prendrai nul parti déiinicif sans en bien consulter avec vous.

11 est certain, mylord, que je n'ai pour le moment nul besoin d'argent. Cependant je vous

V) Lord maréchal lui «Toit obtenu des lettres de naturall- •atluo. O. P«

Taî dit, je vous le répète, loin de me défendre de vos dons, je m'en tiens honoré. Je vous dois les biens les plus précieux de la vie ; marchander sur les autres seroit de ma part une ingratitude. Si je quitte ce pays, je n'oublierai pas qu'il y a dans les mains de M. Meuron cinquante louis dont je puis disposer au besoin. Je n'oublierai pas non plus de remercier le roi de ses grâces. Ça toujours été mon dessein si jamais je quittois ses états. Je vois, mylord, avec une grande joie, qu'en tout ce qui esi convenable et honnête nous nous entendons sans nous être communiqués*

A M. d'escrerhy.

llotiers,Ie6avrilf7B5.

Je n'entends pas bien, monsieur, ce qu'après sept ans de silence M. Diderot vient tout à coup exiger de moi. Je ne lui demande rien. Je n'ai nul désaveu à faire. Je suis bien éloigné de lui vouloir du mal, encore plus de lui en faire ou d*en dire de lui ; je sais respecter jusqu'à la fin les droits de Tamitié, même étdnte, mais j6 ne la rallume jamais; c'est ma plus inviolable maxime.

J'ignore encore oh m'entraînera ma destinée. Ce que je sais, c'est que je ne quitterai qu*à regret un pays où, parmi beaucoup de personnes que j'estime, il y en a quelquesunes que j'aime et dont je suis aimé. Alaîs, monsieur, ce que j'aime le plus au monde, et doiit j'ai le plus de besoin, c'est la paix : je la chercherai jusqu'à ce que je la trouve, ou que je meure à la peine. Voilà la seule chose ^ur laquelle je suis bien décidé.

J'espérois toujours vous rapporter votre musique; mais, malade et distrait, je n'ai pas le temps d'y jeter les yeux. &I. de Montmoliin a jugé à propos de m'occuper ici d'autres chansons bien moins amusantes. Il a voulu me faire chanter ma gamme, et s'est fait un peu chan-> ter la sienne ; que Dieu nous préserve de pareille musique! Ainsi soit-il. Je vous salue^ monsieur, de tout mon cœur*

A H. LAUiVD.

lloli«n. le 7 iTril 1768.

Puisque tous le voulez absolument, monsieur, voici deux mauvaises esquisses que j'ai fait faire, faute de mieux» par une manière de peintre qui a passé par Neuchâtel. La grande est un profil à silhouette, où j*ai fait ajouter quelques traits en crayon pour mieux déterminer la position des traits ; l'autre est un profil tiré à la vue. On ne trouve pas beaucoup de ressemblance i l'un ni à Tautre : j*en suis fâché, mais je n'ai pu faire mieux; je crois même que vous me sauriez quelque gré de cette petite attention y si vous connoissiez la situation où j'écois quand je me suis ménagé le moment de vous complaire.

Il y a un portrait de moi très-ressemblant dans Tappartement de madame la maréchale d« Luxembourg. Si H. Lemoine prenoit la peine de s'y transporter et de demander de ma part M. de La Roche, je ne doute pas qu'il n'eAt la complaisance de le lui montrer.

Je ne vous connois, monsieur, que par vos lettres; mais elles respirent la droiture et Thon- Béteté; elles me donnent la plus grande opinion de votre Ame; l'estime que vous m'y témoignez me flatte, et je suis bien aise que vous sachiez qu'elle bit une des consolations de ma vie.

k M. D'iViaMOIS.

lloUen,leSaTrill765.

Bien arrivé, mon cher monsieur; ma joie est grande, mais elle n'est pas complète, puisque vous n'avez pas passé par ici. Il est vrai que vous y auriez trouvé une fermentation désagréable A votre amitié pour moi. J*espère, quand vous viendrez, que vous trouverez tout pacifié. La chance commence A tourner extrêmement. Le foi s'est si hautement déclaré, mylord maréchal a si vivement écrit, les gens en crédit ont pris mon parti si chaudement, que le Conseil d'état s'est unanimement déclaré pour moi, et m'a, par un arrêt, exempté de la juridiction du consistoire, et assuré la protection du gouvernement. Les ministres sont

généralement hués : l'homme A qui vous aves écrit est consterné et furieux; il ne lui reste plus d'autres ressources que d'ameuter la canaille, ce qu'il a fait jusqu'ici avec asseï dé succès. Un des plus plaisants bruits qu'il hil courir est que j'ai dit dans mon dernier livre que les femmes n'a voient point d'Ame; ce qoî les met dans une telle fureur par tout le Val-d^ Travers, que, pour être honoré du sort d'Orphée, je n'ai qu'A sortir de chez moi. Cest tout le contraire A NeuchAtel, où toutes les dames sont déclarées en ma faveur. Le sexe dévot y traîne les ministres dans les boues. Une des plus aimables disoit, il y a quelques jours, en pleine assemblée, qu'il n'y avoit qu'une seule chose qui la seandalisAt dans tous mes écritt; c'écolc l'éloge de M. de Montmollin. Les suites de cette affaire m'occupent extrêmement. M. Xiïdrié m'est arrivé de Berlin de la part de mylord maréchal. Il me survient de toutes paru des multitudes de visites. Je songe A déménager de cette maudite paroisse pour aller m'établir près de NeuchAtel, où tout le monde a la bonté deme désirer. Par-dessus tons ces tracas, mon triste état ne me hisse point de relAche, et void le septième mois que je ne suis sorti qu'une seule fois, dont je me suis trouvé fort mal. Jugez d'après tout cela si je suis en état de recevoir M. de Servan, quelque désir que fen eusse; dans tout le cours de ma vie il n'auroit pas pu choisir plus mal son temps pour me venir voir. Dissuadez-l'en, je vous supplie, ou qu'il ne s^en prenne pas A moi s'il perd ses pas.

Je ne crois pas avoir écrit A personne que peut-être je serois dans le cas d'aller A Berlin. II m'a tant passé de choses par la tête que cellelA pourroit y avoir passé aussi ; mais je suis presque assuré de n'en avoir rien dit A qui que ce soit. La mémoire que je perds absolument m'empêche de rien affirmer. Des motifs trèsdoux, très-pressans, très-honorables, m'y atti* reroient sans doute, mais le climat me fiait peur. Que je cherche au moins la bénignité du soleil, puisque je n'en dois point attendre des hom'* mes. J'espère que celle de l'amitié me suivra partout. Je connois la vôtre, et je m'en prévandrois au besoin; mais ce n'est pas l'argent qui me manque, et, si j'en avois besoin, cinquante louis sont A NeuchAtel A mes ordres, grAce A la prévoyance de mylord maréchal.

4 M. DU PBYROU,

S avril 1765.

le n'ai le temps , monsieur y que de tous écrire un mot. Votre inquiétude m'en donne une très-firande. S*ii est cruel d'avoir des peinés, il Test bien plus encore de ne connoltre pas un ami tendre» pas un honnête homme dans le sein duquel on les puisse épancher.

k MADSMOISEUB D'IVERMOIS.

MoUen, le 9 avril 4705.

Au moins, mademoiselle, n*allez pas m'ac«« cuser aussi de croire que les femmes n'ont point d&me ; car, au contraire, je suis persuadé que toutes celles qui vous ressemblent en ont au moins deux à leur disposition. Quel dommage que la vôtre vous suffise! J'en connois une qui se plairoit fort à loger en même lieu. Mille respects à la chère maman et à tonte la famille. levons prie, mademoiselle, d'agréer les miens.

A M. MEOROIf , Ffoonreuf^énéral à Neadiâtel.

HoUert,le9aTril4765.

Permettez, monsieur, qu'avant votre départ je vous supplie de joindre à tant de soins obli-* geans pour moi celui de faire agréer à messieurs du Conseil d'état mon profond respect et ma vive reconnoissance. H m'est extrêmement consolant de jouir, sous l'agrément du gouvernement de cet état, de la protection dont le roi m'honore, et des bontés de mylord maréchal ; de si précieux actes de bienveillance m'imposent de nouveaux devoirs que mon cœur remplira toujours avec zèle, non-seulement en fidèle sujet de l'état, mais en homme particulièrement obligé à l'illustre corps qui le gouverne. Je me flatte qu'on a vu jusqu'ici dans ma conduite une simplicité sincère, et autant d'aversion pour la dispute que d'amour pour la paix. J'ose dire que jamais homme ne chercha moins à répandre ses opinions, et ne fut moins auteur dans la vie privée et sociale ; si, dans la ehalne de mes disgrftces, les sollicitations, le

devoir, l'honneur même, m'ont forcé de prcn~ dre la plume pour ma défense et pour celle d'autrui, je n'ai rempli qu'à regret un devoir si triste, et j'ai regardé cette cruelle nécessité comme un nouveau malheur pour moi. Mainte-* nant, monsieur, que, grâce au ciel, j'en suis quitte, je m'impose la loi de me taire, et, pour mon repos et pour celui de l'état oii j'ai le bonheur de vivre, je m'engage librement, tant que j'aurai le même avantage, à ne plus traiter aucune matière qui puisse y déplaire, ni dans aucun des états voisins. Je ferai plus; je rentre avec plaisir dans Tobscurité où j'aurois dû toujours vivre, et j'espère sur aucun sujet ne plus occuper le public de moi. Je voudrois de tout mon cœur offrir à ma nouvelle patrie un tribut pins digne d'elle : je lui sacrifie un bien trèspeu regrettable, et je préfère infiniment au vain bruit du monde l'amitié de ses membres et la faveur de ses chefs.

Recevez, monsieur, je vous supplie, mes très-humbles salutations.

k M. DU PBYEOU.

Veadradi, la avrilires

Plus j'étois touché de vos peines, plus j'étois fâché contre vous; et en cela j'avois tort; le commencement de votre lettre me le prouve. Je ne suis pas toujours rai^nnable, mais j'aime toujours qu'on me parle raison. Je voudrois connoître vos peines pour les soulager, pour les partager du moins. Les vrais épanchemens du cœur veulent non-seulement l'amitié, mais la familiarité, et la familiarité ne vient que par l'habitude de vivre ensemble. Puisse un jour cette habitude si douce donner, entre nous, à l'amitié tous ses charmes! Je les sentirai trop bien pour ne pas vous les faire sentir aussi.

La sentence de Cicéron que vous demandez est, amicus Plato^ amicus Aristoieles, sed magie amiea Veritas (*]. Mais vous pourrez la resser-

(*} C*étoit répisraphe projetée pour ane lettre apologétique dei principes et de la conduite de Rooneau dani ton affaire avec U ontmoUin et son consistoire, lettre qne Du PeyronaToU rintcntton de publier, et qu'il pubUa en effet peu de tempe après. Pour riateUisence complète des lettres au même Du Peyrou qui TOnt sni? re jusqu'à celle du S août 17SS lnclnilv«neot, voy«i la note appUcabte à cette demi^. 0. P«

i.fv.

CORRESPONDANCE

rcr, en n'employant que les deux premiers mots et les trois derniei*s, et souvenez-vous qu'elle emporte l'obligation de me dire mes vérités. Au lieu de vous dire précisément si vous devez employer le terme de conclave inquisitorialf y aiim mieux vous exposer le principe sur lequel je me détermine en pareil doute. Qu^une expression soit ou ne soit pas ce qu'on appelle françoise ou du bel usage,t;e n est pas de cela qu'il s'agit : on ne parle et l'on n'écrit que pour se faire entendre ; pouvu qu^on soit intelligible^ on va à son but; quand on est clair, on y va encore mieux : parlez donc clairement pour quiconque entend le françois. Voilà la règle» et soyez sûr que, fissiez-vous au surplus cinq cents barbarismes» vous n'en aurez pas moins bien écrit. Je vais plus loin, et je soutiens qu'il faut quelquefois faire des fautes de grammaire pour être plus lumineux. Cest en cela, et non dans toutes les pédanteries du purisme, que consiste le véritable art d'écrire. Ceci posé, j'examine, sur cette régie, le eon-clave inquisUorialf et je me demande si ces deux mots réunis présentent à l'esprit une idée bien une et bien nette, et il me paroltque non. Le moi conclave en latin ne signifie qu'une chambre retirée, mais en françois il signifie l'assemblée des cardinaux pour l'élection du pape. Cette idée n'a nul rapport à la vôtre, et elle exclut même celle de l'inquisition. Voyez si, peut-être eh changeant le premier mot, et mettant, par exemple, celui de synode inquisi-torialt vous n'iriez pas mieux à votre but. Il semble même que le mot synode pris pour une assemblée de ministres, contrastant avec celui d'inquïsitorialj feroit mieux sentir l'inconséquence de ces messieurs. L'union seule de ces deux mots feroit à mon sens un argument sans réplique ; et voilà en quoi consiste la finesse de l'emploi de mots. Pardon, monsieur, de mes longueries ; mais comme vous pouvez avoir quelquefois, dans l'honnêteté de votre âme, Toccasion de parler au public pour le bien de la vérité, j'ai cru que vous seriez -peul-^tre bien aihc de connoltre la règle générale qui me paroit toujours bonne à suivre dans le choix

dos mots.

Comme je suis très-persuadé que votre ouvrage n'aura nul besoin de ma révision, je vous prie do mon dispenser à cause de la matière.

11 convient que je puisse dire que je n'y ai aucune part et que je ne l'ai pas vu. Il est même inutile de m'envoyer aucune des pièces que vous vous proposez d'y mettre, puisqu'il nie suffira de les trouver toutes dans Timprimé.

Au train doiit la neige tombe, nous en aurons ce soir plus d'un pied : cela, et mon état encore empiré, m'ôtera le plaisir de vous aller voir aussitôt que je l'espérois. Sitôt que je le pourrai, comptez que vous verrez celui qui vous aime.

AU HÈHB.

ISaTrttfTSS.

Je prends acte du reproche que vous me faites de trop de précipitation vis-à-vis de M. Vcrnes, et je vous prédis que dans trois mois d'ici vous me reprocherez trop de lenteur et de modération.

Je n'aime pas que les choses qui se sont passées dans le tête-à-tête, se publient; c'est pourquoi la note sur laquelle vous me consultez est peu de mon goût. Je n'aime pas même trop, dans le texte, l'épithète si doux^ donnée aux éloges du professeur. Il y a de l'erreur dans mes éloges, mais je ne crois pas qu'il y ait de la fadeur, et quand il y en auroit, je ne voudrois pas que ce fût vous qui la relevassiez. A'i reste, je n'exige rien, je dis mon goAt, suivez le vôtre.

Charité veut dire amour, ainsi Ton n'aime jamais que par charité; c'est par charité que je vous aime et que je veux être aimé de vous. Mais ce mot part d'une âme triste, et n'échappe pas à la mienne. J'ai besoin d'être auprès de vous ; mais pas un moment de relâche, ni dans le mauvais temps, ni dans mon état : cela est bien cruel. Fi du Monsieur ^ je ne puis le souffrir. Je vous embrasse.

AU MÊME

29avrill76S.

L'amitié est une chose si sainte, que le nom n'en doit pas môme être employé dans l'usage ordinaire; ainsi nous serons amis, et nous ne

nous dirons pas mon ami, J*eu8 un surnom jadis que je crois mériter mieux que jamais ; à Paris, on ne m'appeloit que le citoyen. A votre égard, prenez un nom de société qui vous plaise el que je puisse vous donner. Je me plais à songer que tous devez être un jour mon cher hAte» et j*aimerois à vous en donner le titre d'avance ; mais celui-là ou un autre, prenez-en un qui soit de votre goût, et qui supprime entre nous le maussade mot de monsieur^ que Tamitié et sa familiarité- doivent proscrire.

Votre petite note est très-bien. Sur ce que j'apprends, il me paroît important que vous preniez vos mesures si justes et si sûres, que récrit- paroisse avant la générale de mai. J*ai eu le plaisir de voir M. de Pury : c'est un digne homme dont je n'oublierai jamais les services. Je souffre toujours beaucoup.

Je vous embrasse.

Examinez toujours le cachet de mes lettres; pour voir si elles n'ont point été ouvertes, et pour cause; je me servirai toujours de la lyre.

4M. n'iVBRMOIS.

MoUen. le 22 avrU I7«k

J'ai reçu , monsieur, tous vos envois , et ma sensibilité à votre amitié augmente de jour en jour : mais j'ai une grâce à vous demander; c'est de ne me plus parler des affaires d6 Genève, et ne plus m*envoyer aucune pièce qui s'y rapporte. Pourquoi veut-on absolument , par de si tristes images, me faire finir dans T'affliction le reste des malheureux jours que la nature m'a comptés, et m*Ater un repos dont J'ai si grand besoin, et que j'ai si chèrement acheté? Quelque plaisir que me fasse votre correspondance , si vous continuez d'y faire entrer des objets dont je ne puis ni ne veux plus m'^occuper, vous me forcerez d*y renoncer.

Parmi cequem'a apporté le neveu deH. Vieusseux, il y avoit une lettre de Venise, où celui qui récrit a eu Fétourderie de ne pas marquer son adresse. Si vous savez par quelle voie est venue cette lettre, informez-vous, de grâce, si je ne pourrois pas me servir de la même voie pour faire parvenir ma réponse.

Je vous remercie du vin de Lunel ; mais, mon cher monsieur, nous sommes convenus, ce me

semble, que vous ne m*enverriez plus rien de ce qui ne vous coûte rien. Vous me paroissez n'avoir pas pour cette convention la même mé-^ moire qui vous sert si bien dans mes commissions.

Je ne peux rien vous dire du chevalier de Malte; il est encore â Neuchâtel. Il m'a apporté une lettre de M. de Paoli qui n*est certainement pas supposée : cependant la conduite de cet homme-là est en tout si extraordinaire que je ne puis prendre sur moi de m'y fier; et je lui ai remis pour M. Paoli une réponse qui ne signifie rien , et qui le renvoie à notre correspondance ordinaire, laquelle n'est pas connue du chevalier. Tout ceci , je vous prie, entre nous.

Mon état empire au lieu de s'adoucir. Il me vient du monde des quatre coins de l'Europe. Je prends le parti de laisser à la poste les lettres que je ne connois pas, ne pouvant plus y suffire. Selon toute apparence je ne pourrai guère jouir à ce voyage du plaisir de vous voir tranquillement. Il faut espérer qu'une autre fois je serai plus heureux.

La lieutenante est à Neuchâtel. Je ne veux lui faire votre commission que de bouche. Je crains qu'elle ne pût vous aller voir seule, et que hi compagnie qu'elle seroit forcée de se donner ne fût pas trop du goût de madame d'Ivernois, i qui je présente mon respect. J'embrasse tendrement son cher mari.

Bien des saluutions aux amis et bonnes connoissances.

à M. COMDET.

Motlen, le 27 iTril 4765.

Je devrois, mon cher Goindet, vous écrire souvent, ne fût-ce que pour vous remercier. Mais acceptez, je vous prie, la bonne volonté pour l'effet; car, en ce moment, euss^je dix mains et dix secrétaires, je ne suffirois pas à tout ce qu'on me force d'écrire. Je dois aussi des remerclmens à M- Watelei et à M. Loiseau. Quand je ne leur en devrois pas, je voudrois leur écrire. En attendant que je puisse là-dessus me satisfaire, faites-leur les plus tendres salutations de ma part.

Je comprends qu'on a pu vous marquer de

CORRESPONDANCE

Genève que je quittois Motiers. Oq y a si bien travaillé pour cela» qu*on n'a pas douté du succès. Je ne sais pas encore si je prendrai le parti de complaire à ces messieurs, mais jus^ qu*ici cela dépend uniquement de ma volonté, et ii est apparent que cela n'en dépendra pas moins dans la suite.

Vous aurez su que je portois autrefois Thonorable surnom de citoyen par excellence, lorsque je l'avois beaucoup moins méritéqu*aujourd'hui. Vous pouvez voir, par la couronne civique dont j'ai entouré ma devise, à la tète de mon dernier ouvrage , quelle justice je sens m'ètre due à cet égard. Je souhaite qu'au moins mes amis me l'accordent , en me rendant ce nom de citoyen , qui m'est si cher, et que j'ai payé si cher. Ce n'est point pour moi un titre vain, puisqu'outre que, par une élection unanime, j'ai ici une patrie qui m'a choisi, s'il est sur la terre un état où règne la justice et la liberté, je suis citoyen né de cet état-là. Conclusion : je fus et je suis le citoyen. Quiconque m'aime ne doit plus me d(mner d'antre nom.

A mesure que vous m'envoyez quelquechose, vous ne m'en marquez point le prix. Cela fait que je ne puis vous rendre vos déboursés. Vous prétendez que je ne vous devois qu'un écu pour le cadre de Tamitié : c'est une moquerie, mais soit; depuis tors le compte doit être augmenté. Donnez-m'en la note , et je chargerai Dnchesne de vous rembourser. Car, pour vos soins , je ne puis les payer qu'en reconnoissance , puisque c'est le seul prix que vous en voulez agréer. Le Corneille est admirable, c'est dommage qu'il ait été un pea chiffonné dans le transport. J'ai reçu la charmante oiseleuse avec un nouveau plaisir, augmenté par les bontés de l'aimable graveur. 11 mérite un nouveau remerttment pour celui dont il me dispense; sans m'acquitter, une lettre me coûte; c'est me faire un second présent que de m'en exempter.

Je vois, par le présent que vous m'avez envoyé de la part de M. Watelet , que madame Le Comte , ni lui , n'ont pas voulu profaner, dans mes mains , leurs propres ouvrages. Us m'auroient pourtant été beaucoup plus pr^ cieux que toute autre estampe ; mais, du reste, on ne sauroit refuser plus magnifiquement.

Voici le hnilième mois que je ne suis sorti de la chambre. Plaignez-moi» mon cher Coindet, vous qui savez que je n'ai plus d'autre plaisir que la promenade, et que je ne suis qu'une machine ambulante. Encore ma prison me seroit-elle moins rude, si du moins j'y vivois tranquille, et qu'on m'y laissait le temps d*écrire i mon aise à mes amis. Je vous embrasse de tout mon cœur.

Pour trouver, s'il se peut, le repos après lequel je soupire, je prends le parti de vider ma tète de toute idée, et de l'empailler avec du foin. Je gagnerai à cela de mettre un nouvel in* térèt à mes promenades, par le plaisir d 'herboriser. Je voudrois trouver un recueil de plantes gravées, bien ressemblantes, quand même il faudroity mettre un certain prix. Nepourriezvous point m'aider dans cette recherche *{ Cela me procureroit encore le plaisir de m* occuper l'hiver à les enluminer.

à M. DO PEYROU.

Le 20 avril 176S.

Votre avis, mon cher hdte , de ne faire passer aucun exemplaire par mes mains est très^ sage : c'est une réflexion que j'avois faite moimême, et que je comptois vous communiquer.

J'ai reçu votre présent (*] ; je vous en remercie ; il me fait grand plaisir, et je brûle d*étre à portée d'en faire usage. J'ai plus que jamais la passion pour la botanique, mais je vois avec confusion que je ne connois pas encore assez de plantes empiriquement pour les étudier par système. Cependant je ne me rebuterai pas, et je me propose d'aller, dans la belle saison, passer une quinzaine de jours près de M. G^ gnebin pour me mettre en état du moins de suivre Linnœus.

J'ai dans la tête que, si vous pouvez vous soutenir jusqu'au temps de notre caravane , elle vous garantira d'être arrêté durant le reste de l'année, vu que la goutte n'a point de plus grand ennemi que l'exercice pédestre. Vous devriez prendre la botanique pour remède, quand vous ne la prendriez pas par goût. Au reste, je vous avertis que le charme de celte science consiste surtout dans l'étude anatomi-

C*} Les onnagci ^ Uaamau

fae des pUiDtes. Je ne puis fitire cetle étude à non gré faute des instrumens nécetsairesy conme microBCopet de dÎTerses mesures de fojer, petites pinces bien menues, semblables aux brîisselles des joailliers; ciseaux très-ins à découper. Vous derriez tâcher de vous pourvoir de tout cela pour notre course; et vous verrez que l'usage en esttrës-agréableet trës-tnstructif. Vous me pariez du temps remis : il ne Test assurément pas ici : j*ai fait quelques essais de sortie qui m'ont réussi médiocrement, et jamais sans pluie. Il me tarde d*aller vous embrasser, mais il faut faire des visites, et cela m^épouvante un peu, surtout vu mon état.

I^otre archiprétre [*) continue ses ardentes philippiques; il en a fait hier une, dans laquelle il s*est tellement attendri sur les miracles, qu*il fondoit en larmes, et y faisoit fondre ses pieux auditeurs. Il parott avoir pris le parli le plus sûr ; c'est de ne point s'embarrasser du Conseil d état ni de la classe, mais d'aller ici son uraiu en ameutant la canaille. Cependant tout s'est borné jusqu'à présent à quelques insultes ; et, comme je ne réponds rien du tout, ils auront difficilement occasion d'aller plus loin.

Quand verrez-vous la fin de ce vilain procès? Je voudrois aussi voir déjà votre bâtiment fini pour y occuper ma cellule, et vous appeler tout de bon mon cher hôte. Bonjour.

L'homme d'ici parott absolument forcené, et déterminé à pousser lui seul les choses aussi loin qu'elles peuvent aller. Il me parott tou«> jours plaisant qu*un hommeaussi généralement méprisé n'en soit pas moins redoutable. S'il espère m'effrayer au point de me faire fuir, il se trompe.

AU MÊME

2 mal 1789.

Mon cher hôte, votre lettre à mylord maréchal est très-belle ; il n'y a pas une syllabe à ajouter ni à retrancher, et je vous garantis qu'elle lui fera le plus grand plaisir.

Je vois par le tour que prennent les choses que l'archiprétre sera bientôt forcé de me laisser en repos : c'est alors que je veux sortir de Motiers, lorsqu'il sera bien établi qu'étant

(*) Montmoaiik

maître d'y rester tranquille ma retraite n'aura

point l'air de fuite. Je crois qu'en pareil caa je me déterminerai tout-à-4iit à être à Crcsaier l'hôte de mon hôte, au moins si cela lui coa» vient. Mais, quoique la maison soit trop grande pour moi,'il me la faudroit tout entière, accom* modée, meublée, bien fermée, et avec le petit jardin. Yotlà bien des choses, voyez si ee n'est pas trop. Il y a plus : quoique an point oA nous en sommes ce soit peut-être à moi une aorte d'ingratitude de ne pas accepter ce logement gratuitement, il faut, pour m'y mettre tout-àfait à mon aise, que vous me iooiez comuM vous pourriez faire à tout autre, et qtie vovs y con^)reniez les frais pour le mettre en état. Cela posé, je pourrois bien m'y éuiblir pour le reste de ma vie, sauf à occuper prte de vous un autre appartement en ville, quand votre bâtiment sera fait. Voilà, mon cher hôte, mes châteaux en Espagne; voyez s'il vous ooovient de les réaliser.

On me mande de Berne que le sieur Der» trand a demandé le 29 au sénat sa démission, et l'a obtenue sans difficulté; on ajoute qu'il quittera Berne. Le voyage de M. Chaillet n'auroit-il point contribué à cela?

Si le temps s'obstine à être mauvais, je suis bien tenté d'accepter votre offre ; en ce cas, vous pourriez expédier vos tracas les plus pressés le reste de cette semaine, et m'envoyer votro carrosse lundi ou mardi prochain. Je vous irois joindre à Neuchâtel, et de là nous trions ensemble à Bienne, à pied, s'il faisoit beau, en carrosse s'il faisoit mauvais. Ce qui m'embarrasse est que je voudrois aller auparavant à Gorgier voir M. Andrié, et je ne sais comment arranger ces diverses courses, d'autant moins qu'il faut absolument que je sois de retour ici les huit ou dix derniers jours du mois. Vous pourriez, dimanche au soir, m'écrire votresentiment; lundi au soir je vous fcrois ma réponse; et si le mauvais temps continuoit, vous m'enverriez votre carrosse pour me rendre mercredi prés de vous : mais, s'il fait beau, j*irat premièrement et pédestrement à Gorgier. Voilà mes arrangemens, sauf les vôtres et sauf les obstacles tirés de mon état, qui ne s'améliore point. Peut-être la vie sédentaire et m^ ditative, la désagréable occupation d'écrire des lettres^ l'attitude d'être assis qui me nuit et que

8sa

CORRESPONDANCE

je déteste, contribuen t-eiies à m'ontretenir dans ce mauvais état.

Je reviens aux tracasseries d'ici, qui ne me fâchent pas tant par rapport à moi, que par rapport à ces braves anciens qui méritent tant d'encouragement, et que la canaille accable d'op* probres. Tout ce qui s*est fait en leur faveur n'a pas été assez solennel; des arrêts secrets n'arrêtent point la populace qui les ignore. Un arrêt affiché, ou quelque témoignage public d'approbation, voilà ce qu'on leur devroit pour Tutilité publique, et ce qui mortifieroit plus cruellement l'archiprêtre que toutes les censures du Conseil d'état ou de la classe, faites à huis clos. Je prédis qu'il n*y a qu'un eipédient de cette espèce qui puisse finir tout, et sur-lechamp. Je vous embrasse.

A vue de pays, je ne crois pas que la semaine prochaine je sois encore en état de voyager, à moins d'une révolution bien subite que le temps ni mon état ne me promettent

fMtt.

AU Him.

Jeadl, SS mai 1768.

J'espère, mon cher hôte, que cette vilaine goutte n'aura fait que vous menacer. Dansez et marchez beaucoup ; tourmentez-la si bien qu'elle nous laisse en repos projeter et faire notre course. On dit que les pèlerins n'ont jamais la goutte; rien n'est donc tel pour l'éviter que de se faire pèlerin.

Sultan m'a tenu quelques jours en peine : sur son état présent je suis parfaitement rassuré; ce qui m'alarmoit le plusètojt la promptitude arec laquelle sa plaie s'étoit refermée; il avoit à la jambe un trou fort profond ; elle étoit enflée, il souffroit beaucoup et ne pouvoit se soutenir. En cinq ou six heures, avec une simple application de Ihériaque, plus d'enflure, plus de douleur, plus de trou, à peine en ai-je pu retrouver la place : il est gaillardement revenu de son pied à Moiiers, et se porte à merveille depuis ce temps-là. Comme vous avez des chiens, j'ai cru qu'il étoit bon de vous apprendre l'histoire de mon spécifique; elle est aussi étonnante que certaine. Il faut ajouter que je Tai mis au hit durant quelques jours;

c*est une précaution qu'il faut toujours prendre sitôt qu'un animal est blessé. - '

Il est singulier que depuis trois jours je ressens les mêmes attaques que j'ai eues cet hiver : il est constaté que ce séjour ne me vaut rien i aucun égard. Ainsi, mon parti est pris ; tirezmoi d'ici au plus vite. Je vous embrasse.

AD MÊMS.

SSmailTSBL

Dans la crainte que vous n'ayez besoin de voire Mémoire, je vous le renvoie après l'aroir lu. Je l'ai trouvé fort bien raisonné; il me parott seulement que vous assujettissez les socié^ tés en général i des lois plus rigoureuses qu'elles ne sont établies par le droit public ; car, par exemple, selon vos principes, A^ étant allié de B, ne pourroit postérieurement s'en- . gagei^ à fournir à C des troupes en certains cas contre B, engagement qui toutefois se contracte et s'exécute fréquemment, sans qu'on prétende avoir enfreint l'alliance antérieure.

Vous aurez su les nouvelles tentatives et leur mauvais succès, ce qui n'empêche pas qae ce séjour ne soit devenu pour moi absolument inhabitable : ainsi j'accepte tous vos bons soins, soit pour Suchié, soit pour Cressier, soit pour la Coudre; je m'en rapporte entièrement i votre choix ; et, pour moi, je ne vois qu'une raison de préférence, après celle de loger chez vous, c'est pour le logement qui sera le plus tôt prêt.

Il mé parott que vous pouvez prendre rotre parti sur la brochure ; je pense même que cette affaire, um^fois éventée, en deviendra partout plus difficile à exécuter, et je vous conseille d'abandonner cette entreprise : que si vous persistez, vous avez de nouvelles pièces à joindre à votre recueil ; et, tandis que vous le compléterez, il faut travailler d'avance à prendre si bien vos mesures que le manuscrit n'aille à sa destination qu'au moment qu'on pourra Texccuter, et après que toutes les difficultés seront prévues et levées. I^ Hollande me parolt désormais le seul endroit sûr ; mais il faut compter sur six mois d'attente.

Je suis bien éloigné d'avoir maintenant le

loisir de tra?ailler à notre écrit. Comme ce j n'est pas un acte où le notaire doive mettre la main, et que notre convention générale est faite» rien ne presse sur le reste ; c*est ce que noua pourrons rédiger ensemble à loisir. Il 8*agit seulement de savoir quand vous me permettrez d'en parler à mes amis ; car rien de ce qui s'intéresse à mot ne doit ignorer que je vous devrai le repos de ma vie.

A M. PANCKOUCKB.

Uotteiv-Travers, 29 mai I7<tft.

Voire dernière lettre» monsieur, m'a nonsenlement désabusé, mais attendri. Oublions réciproquement nos torts, sûrs que le cœur n'y a point de part, et soyons amis comme auparavant, mteie plus, s'il est possible ; c'est l'effet que doit produire un vrai retour entre honnêtes gens.

11 est vrai que les fanatiques de ce pays, excités, vous comprenez bien par qui, ont suscité contre moi un violent orage, dont tout l'effet est retombé sur eux ; parce qu'ils m'avoient trouvé doux, ils ont cru me trouver foible : ils se sont trompés. Tous leurs efforts pour me nuire ou m'épouvanter ont tourné à leur confusion, et leur ont attiré les mortifications les plus cruelles, j'ai fait plus que des souverains n'osent faire, en triomphant d'eux. Battus dans toutes les formes légitimes, ils prennent le parti d'ameuter la canaille, et de se faire chefs de bandits. Cette voie est assez bonne avec les peuples de ce vallon. Quoi qu'il en soit, je les mets au pis. Dans le zèle qui les dévore, ils pourront me faire assassiner ; mais très-sûrement ils ne me feront pas fuir. 11 y a cependant long-tempsque j'ai résolu d'aller m'établir dans le bas parmi les hommes; mais j'attendrai que les loups enragés d'ici aient achevé de hurler et de mordre. Après cela, s'ils me laissent vivre, je les quitterai. Qu'un autre étranger y tienne, s'il peut, trois ans, comme j'ai fait, et puis qu'il en dise des nouvelles.

vaut ce que vous m'aviez marqué, j*aî suspendu mes courses et mes affisiires pour revenir vous attendre ici dès le 20 : cependant ni moi ni personne n'avons entendu parler de vous. Je crains que vous ne soyez malade; faites-moi du moins écrire deux mots par charité. . Il m'est impossible de vous attendre plus long-temps que deux ou trois jours encore ; mais je ne serai jamais assez éloigné d'ici pour que, lorsque vous y viendrez, nous ne puissions pas nous joindre. On vous dira chez moi où je serai ; et, selon vos arrangemens de route, vous viendrez, ou l'on m'enverra chercher.

Voici, monsieur, deux lettres pour Gènes, auxquelles je vous prie de donner cours en faisant affranchir, s*il est nécessaire. J'attends de vos nouvelles avec la plus grande impatience, et vous embrasse de tout mon cœur.

A V. n IVERNOIS.

iroUert, le 30 mai 1765.

Je suis très-inqniet de vous, monsieur. Sui-

A M. KLUPrPCI».

Uotten, mai ITSBL

C'est pas, mon cher ami, faute d'empressement à vous répondre que j'ai différé si longtemps ; mais les tracas dans lesquels je me suis trouvé, et un voyage que j'ai fait à l'autre extrémité du pays, m'ont fait renvoyer ce plaisir à un moment plus tranquille. Si j'avois fait le voyage de Berlin, j'aurois pensé que je passois près d'un ancien ami, et je me serois détourné pour aller vous embrasser. Un autre motif encore m'eût attiré dans votre ville, c'eût été le désir d'être présenté par vous à madame la duchesse de Saxe-Gotha, et de voir de près cette grande princesse, qui, fût-elle personne privée, feroit admirer son esprit et son mérite. La reconnoissance m'auroit fait même un devoir d'accomplir ce projet après la manière obligeante dont il a plu à S. A. S. d'écrire sur mon compte à mylord maréchal ; et, au risqué de lui faire dire : N'étoit-ce que cela? j'aurois justifié par mon obéissance à ses ordres mon empressement à lui faire ma cour. Mais, mon cher ami, ma situation à tous égards ne md permet plus d'entreprendre de grands voyages, et un homme qui huit mois de l'année ne peut sortir de sa chambre n'est guère en état de faire des voyages de deux cents lieues. Toutea les bontés dont mylord maréchal m'honore.

MO

CORRESPONDANCE

tous les sentimens qui m'attachent à cet homme respectable, me font désirer bien vivement de finir mes jours près de lui : mais il sait que c'est un désir qu*il m'est impossible de satisfaire ; et il ne me reste» pour nourrir cette espérance, que celle de le revoir quelque jour en ce* pays. Je voudrois, mon cher ami, pouvoir nourrir par rapport à vous la même espérance : ce seroit une grande consolation pour moi de vous embrasser encore une fois en ma vie, et de retrouver en vous l'ami tendre et vrai prés duquel j'ai passé de si douces heures, et que je n'ai jamais cessé de regretter. Je vous embrasse de tout mon cœur.

A M DU PEYROO.

BlIXn A M. DB VOLTAIRB.

llotten,leSliiiail765.

Si M. de Voltaire a dit qu'au lieu d'avoir été secrétaire de l'ambassadeur de France à Venise j'ai été son valet, M. de Voltaire en a menti comme un impudent.

Si dans les années ^1745 et 4744 je n'ai pas été premier secrétaire de l'ambassadeur de France, si je n*ai pas fait les fonctions de secrétaire d'ambassade, si je n'en ai pas eu les honneurs au'sénat de Venise, j*en aurai menti moi-même.

A Mé D'BSGBBRFIT.

Uotien,le4''jDin1765.

Je suis bien sensible, monsieur, et à la bonté que vous aves de penser i mon logement, et à celle qu* ont les obligeans propriétaires de la maison de Cornaux, de vouloir bien m'accor» der la préférence sur ceux qui se sont présentés pour l'habiter. Je vais à Yverdun voir mon ami M. Roguin, et mon amie Boadame Boy de La Tour, qui est malade, et qui croit que je lui peux être de quelque consolation. J'espère que dans quelques jours M. DuPeyrou sera rétabli, et que, vous trouvant tous en bonne santé, je pourrai consulter avec vous sur le lieu où je dois planter le piquet. Cette manière de chercher est si agréable, qu'il est naturel que je ne sois pas pressé de trouver. Bien des salutaitMi» monsieur, de tout mon cœur.

Mardi. H Juin I7«

Si je reste un jour de plus je suis pris : je pars donc, mon cher hôte, pour la Ferriëre, où je vous attendrai avec le plus grand empressement, mais sans m'impatienter. Ce qui achève de me déterminer est qu'on m'apprend que vous avez commencé à sortir. Je vous recommande de ne pas oublier parmi vos provisions, café, sucre, cafetière, briquet, et tout l'attirail pour faire, quand on veut, du café dans les bois. Prenez LinncBus et Sauvages, quelque livre amusant, et quelque jeu pour s'amuser plusieurs, si l'on est arrêté dans une maison par le mauvais temps. 11 faut tout prévoir pour prévenir le désœuvrement et l'ennui.

Bonjour : je compte partir demain matin, s'il fait beau, pour aller coucher au Locle, et dtner ou coucher à la Ferrière le lendemaiB jeudi. Je vous embrasse.

AD HÊMB.

▲ h Ferrièn. le 16 J«iB ITB.

' Me voici, mon cher hête, à la Perrière, où je ne suis arrivé que pour y garder la chambre, avec un rhume affreux, une assez grosse fièvre, et une esquinancie« mal auquel j'étois très-sujet dans ma jeunesse, mais dont j'espérois que l'âge m'auroit exempté. Je me trompois; cette attaque a été violente, j'espère qu'elle sera courte. La fièvre est diminuée, ma gorge se dégage, j'avale plus aisément ; mais il m'est encore impossible de parler.

J'apprends, par deux lettres que je viens de recevoir de H. de Pury, qu'il a pris la peine, allant, comme je pense, à Monlezi, de passer chez moi ; j'étois déjà parti : j'y ai regret pour bien des raisons; entre autres, parce que nous serions convenus du temps et de la manière de nous réunir. Il m'apprend que vous ne pourrez de long-temps vous mettre en campagne : cela me fait prendre le parti de me rendre auprès de vous; car je ne puis me passer plus long-tempe devons voir. Ainsi vous pouvez attendre votre hôte au plus tard sur la fin de la semaine, à moins que d'ici à ce temps je n'aie de vos nouvelles. Si vous pouviez venir i cheval jusqu'ici.

le ne doute pas que Texcellent air, la beauté du paysage» et la tranquillité du pays, ne vous fli toutes sortes de biens, et que vous ne vous y rétablissiez plus promptement qu'où vous

êtes.

Je n*écris point à M. le colonel , parce que je ne sais s'il est à Neuchfttel ou à sa montagne; mais je vous prie de vouloir bien lui dire ou lui marquer que je ne connois pas assez M. Fischer pour le juger; que M. le comte de Dohna, qui a vécu avec lui plus que moi, doit en mieux juger ; et qu'un homme ne se juge pas ainsi de la première vue. Tout ce que je sais, c*est qn il a des connoissances et de l'esprit; il me paroit d'une humeur complaisante et douce ; sa conversation est pleine de sens et d'honnêteté ; j'ai même vu de lui des choses qui paroissent m*annoncer des mœurs et de la vertu. Quand il n'est question que de voyager avec un homme , ce seroit être difficile de demander mieux que cela.

Au peu que j'ai vu sur la botanique, je comprends que je repartirai d'ici plus ignorant que je n'y suis arrivé, plus convaincu du moins de mon ignorance, puisqu'en vérifiant mes connoissances sur les plantes, il se trouve que plusieurs de celles que je croyois connottre, je ne les connoissois point. Dieu soit louét c'est (ou« jours apprendre quelque chose que d'apprendre qu*on ne sait rien. Le messager attend et me presse; il faut finir. Bonjour, mon cher hdtc ; je vous embrasse de tout mon cœur.

AU MÈNE, UoUert, le 98 Juin I76S.

Savez-vous, mon cher hâte, que vous me gûtez si fort, qu'il m'est désormais fort pénible de vivre éloigné de vous? Depuis deux jours que je suis de retour, il m'ennuie déjà de ne point vous voir. Je songe , en conséquence, à redescendre dès demain, et voici un arrangement qui fait à présent mon châtesui en Espagne, et qui se réalisera ou se réformera selon que le temps, votre santé et votre volonté me le permettront.

Si le temps se remet aujourd'hui, nous descendrons demain, M. d'ivernois, mademoiselle Le Vasseur, et moi; et, comme il n'est question |

T. IV

que d'une nuit, pour ne pas nous séparer nous coucherons à l'auberge. Le lundi , j'irai avec &L d'ivernois faire une promenade, d'où nous serons de retour le lendemain. M. d'ivernois ccmtinuera son voyage, et moi j'irai avec mademoiselle Le Vasseur voir la maison do Cre»* sier. Nous pourrons y séjourner un jour ou deux, si nous trouvons des lits, p<»ur avoir lo temps d'aller voir l'tle; puis nous reviendrons. Mademoiselle Le Vasseur s'en retournera à Motiers, et moi j'attendrai près de vous que nous puissions faire la caravane du Creux du vent, après quoi chacun s'en retournera à ses affaires.

Comme la petite course que je dois faire avec M. d'ivernois me rapproche du pont de Thielle, je pourrois de là me rendre directement à Cressier, et mademoiselle Le Vasseur s*y rendre aussi, de son côté, si elle trouvoit une voiture, ou que vous pussiez lui en prêter une.

Tous ces arrangemens un peu précipités sont inévitables, sans quoi, restant ici quelques jours encore, je suis intercepté pour le reste de la belle saison. 11 faut même, en supposant leur exécution possible, que le secret en demeure entre nous, sans quoi nous serons poursuivis, où que nous soyons, par les gens qui me viendront voir, et qui, ne me trouvant pas ici, me chercheront où que je sois. Au reste, mon état est si sensiblement empiré depuis mou retour ici, que je crains beaucoup d'y passer Thiver, et que , malgré tous les embarras, si Cressier peut être prêt au commencement d'octobre, je suis déterminé à m'y transplanter.

Je vous écris à la hftte, mon très-cher hête. accablé de petits tracas qui m'excèdent. Comme mon voyage dépend du temps, qui parott se brouiller, il n'est pas sur que j*arrive demain à Neuchâtel. A tout événement, vous pourriez envoyer demain au soir à la Couronne, et, si j'y suis arrivé, m'y faire passer vos observations sur les arrangemens proposés; car, comme j'arriverai le soir pour repartir le matin, je ne veux pas même qu*on me voie dans les rues. Je vous embrasse de tout moil cœur.

AU MENE

A lile de la Motte, le 4 .itiilict {76S.

Je suis, mon cher hdte et mon ami. dans

SCS

CORRESPONDANCE

rtle, et je compte y rester quelques jours, jus- €(n'i\ ce que j'y reçoive de vos nouvelles. J'imagine qu'il ne vous sera pas difficile de m*eii donner par te canal de H. le major Chambrier. Au premier signe, je vous rejoins : c'est à vous de voir en quel temps vous aurez plus de loisir à me donner. Ne soyez point inquiet deme-savoir ici seul. J'y attendrai de vos nouvelles avec empressement, mnissans impatience. J'emploierai ce loisir à repasser un peu les événemens de ma vie et à préparer mes Confessions. Je souhaite de consommer un ouvraf^e où je pourrai parler de mon cher hôte d'une manière qui eontcnto mon cœur. Bonjour.

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