A M. D IVERNOIS
Motfen.le25aoûtl765.
Engagez , monsieur, je vous prie , H. Liotard non-seulement à venir seul, à moins qu'il ne lui soit extrêmement agréable de venir avec M. Wilkes, mais à différer son départ jusqu'au mois d'octobre : car en vérité, l'on ne me laisse plus respirer. Il m'est absolument nécessaire
STB
de reprendre baleine ; et lorsqu'une campagnic que j*a.uends à la Su de ce moî^ sera rcpariie» je serai forcé de partir moi-même pour quelque temps, pour éviter ^quelques-unes des bandes qui me tombent, non plus par deux ou trois, comme autrefois, mais par sept 0|i huit à la fois.
Yousavez eu bien tort d*imagiuer que je voulusse cesser de vous écrire, puisque J>:(ception est faite pour vous depuis long-temps. Il esi vrai que je voudrois que cela ne devint nne tâche ofiéreuse ni pour vous ni pour moi. Écrivons à noire aise et quaxMl nous en aurons la commodité. Vci^s si vous voulez m'asscrvir régulièrement à vous écrire tous leshûitou quinze jours, je vous déclare une fois pour toutes que cela ne m'est pas possible; et, quand vous vous plaindrez de m*avoir écrit tant de lettres sans réponse, vous voudrez bien vous tenir pour dit une fois pour toutes : Pourquoi nCen écrivezvous tant?
Tout en vous querellant j'abuse de votre complaisance. Voici une réponse pour Venise: vous m'avez dit que vous pourriez la faire tenir ; ainsi je vous l*envoie sans savoir l'adresse. Ceux qui ont remis la lettre à laquelle celle-ci répond y suppléeront. Je vous embrasse de tout mon cœur.
A M. DU PETROO.
MoUere, le 89 9oût I76S.
J'espère que vous serez arrivé a NeuchAtel heureusement. Donnez-moi de vos nouvelles, mais ne vous servez plus de la poste.J'ai résolu de ne plus écrire ni de recevoir aucune lettre par cette voie ; et je suis même forcé de prendre ce parti, puisque personne, de ma part, ne peut lipproçh^r du bureau sana y être insulté. Il faut, au lieu de cela, se servir de la messagerie, qui part d'ici tous les mardis au soir, et de Neuebêtel tous les jeudis au soir. Si vos gens sont embarrassés de trouver cette femme, ils pourront déposer leurs titres à la Cowronne^ et mesdemoiselles Petitpierre voudront bien se charger de l'en charger. Je vous embrasse de tout mon cœur.
k U. D^VERNOIS.
tfCBchâtel,«e londi IS -aeptKiiibre ITH.
Les 1>ruits pubKcs vous apprendront, monsieur, ce qui s'eei passé, et comment le pasteur de Métiers «'estfaii ouvertement capitaine de coupe-jarrets. Votre amitié pour moi m'engage à me presser de vous tranquilliser sur mon compte. Grâces au ciel je «uisen sûreté, et hors de Motiers, oà je compte ne retourner de ma vie : mais mathenreasement ma gouvernante et mon bagage y sont encore; mais j*espère que le gouvernement donnera des ordres qui contiendront ces enragés et leur digne chef. En attendant que vous soyez mieux instruit de tout, je vous conseille de ne pas vous fier à ce que vous écriront vos parens, et je suis forcé de vous déclarer qu'ils ont pris, dans cette occasion, un parti qui les déshonore, AJmez-mot toujours; je vous aime de tout mon cceur, et je vous embrasse.
Adressez tout simplement vos lettres à M. Du Peyrou à NeuchAtel ; et pour éviter les enveloppes, mettez simplement une croix au-dessus de l'adresse; il saura ce que cela veut dire.
4 y. PU psYaou.
Ce dimaDObe à midi IS Mplemiira.
M. le major Chambrier vient, mon cher hôte, de m'envoyer, par un bateau exprès, les deux lettres que M. Jeannin avoit eu la bonté de me faire passer, et qui auroient été assez têt dans un mois d'ici. Si vous n'avez pas la bonté de faire entendre à M. le major qu'à moins de cas trés-pressans il ne faut pas envoyer des bateaux eaprès, je ferai des frais effroyables en lettres inutiles, et d'autant plus onéreux, que je ne pourrai pas refuser mes lettres, comme je le faisois par la poste. J'espérois avoir, dans cette Ile, Tavantagc que les lettres me parviendroient difficilement, et au contraire j'en suis accablé de toutes parts, avec cette différence qu'il faut payer les bateliers qui les portent dix fois plus que par la poste. Faîtes-moi lamitiê, je vous supplie, on de refuser net toutes celles qui vous viendront, ou de les garder toutes jusqu'à quëlqua occasion moins coûteuse. Si je ne prends pas quelque résolution désespérée» je serai entièrement écrasé ici par les lettres et par les visites.
COnUESPONDANCE.
Je ne sais ce qiie vous ferez de la Vision; elle lie sauroii paroitre avec les trois fautes effroyables que j'y trouve. L'une page 3, ligue 5» en remontant, dessous, lisez, des sons; la seconde, f»age 9, ligne 4, en remontant, amu~ seront, lisez, ameuteront; et la troisième, page -15, ligne W, cris, lisez, coup.
J'aurois mille choses à vous dire; le bateau est arrivé au moment qu*on alloit se meure à table, et je fais attendre tout le monde pour le dtner; qui me désole.
Lorsque mademoiselle Le Vasseur sera venue avec tout mon bagage, il faut qu'elle attende à Neuchàtel de mes nouvelles, et je ne puis m'arranger définitivement qu après la réponse de Berne, que j'aurai mardi au soir tout au plus i6t. Mille choses à tous ceux qui m'aiment, mais point de lettres sur toutes choses, si ce n'est pour matières intéressantes. Je vous embrasse.
AU MÊME
A rtl« de Saint-Pierre, le 48 septembre 1765.
Enfin, mon cher hôte, me voici sûr à peu près de rester ici, mais avec de si grandes incommodités, qu'il faut en vérité toute ma répugnance à m'éloigner de vous pour me les faire endurer. 11 s'agit maintenant d'avoir ici mademoiselle Le Vasseur avec mon bagage. Le receveur compte envoyer lundi, ou le premier beau jour de la semaine prochaine, un bateau chargé de fruits à Neuchàtel ; et pour l'amour de moi, il s'est offert d'y aller lui-même : en conséquence, j'écris à mademoiselle Le Vasseur de se tenir prête pour profiter d'une si bonne occasion, du moins pour le bagage ; car, qaant à elle, j'aimerois autant qu'elle cherchât quelque autre voiture, pour peu qu'il ne fit pas très-beau, ou qu'elle eût quelque répugnance à venir sur un bateau chargé. Ayez la bonté qui vous est ordinaire, de donner à tout cela le coup d'œil de l'amitié.
Je suis si occupé de mon petit établissement, que je ne puis songer à autre chose, ni écrire à personne. Je dois cependant des multitudes de lettres, surtout à MM. Meuron, Ghaillet, Sturler, Martinet. Comment donc faire? écrire du matin au soir? c'est ce que Je ne puis faire
nulle part, surtout dans cette Ile : ils pardonneront. Je vous enverrai la semaine prochaine la lettre pour MM. de Couvet.
Ne comptiez-vous pas paroitre cette semaine? Donnez-moi des nouvelles de cela. M. de Vautravers m'a amené hier des ministres dont je me serais bien passé.
Je m'arrange sur ce que vous m'avez marqué de la messagerie. Je puis envoyer à La Neuville tous tes samedis et même tous les mercredis, s'il étoit nécessaire. On ira retirer mes lettres à la poste, et l'on y portera les miennes; cela sera plus simple et évitera les cascades. Si vos tracas vous permettent de me donner un peu au long de vos nouvelles, tant mieux; sinon, un bonjour, je me porte bien, me suffit. Mille choses au commandant de la place sous les ordres duquel J'ai fait service une nuit. Je vous embrasse.
AU MEME
Le 20 Mptenbre.
En VOUS envoyant, mon cher hôte, un petit bonjour avec les lettres ci-jointes, jo n'ai que le temps de vous marquer que mademoiselle Le Vasseur, vos envois et mon bagage, me sont heureusement arrivés. Jusqu'ici, aux arrivans près qui ne cessent pas, tout va bien de ce côté. Puisse-t-il en être de même du vôtre 1 Je vous embrasse de tout mon cœur.
AD MÊME
Ce dimanche 6 octobre, à midi.
J'envoie, mon cher hôte, a madame la commandante dix mesures de pommes reinettes , que je la supplie d'agréer, non comme un présent que je prends la liberté de- lui faire, mais en échange du café que vous m'avez destiné.
Depuis ma lettreécrite et partie ce matin, j'ai reçu votre paquet du 5. Je vois avec douleur lo procès qu'on vous prépare. Vous avez affaire au plus déterminé des scélérats, et vous êtes un homme de bien ; jugez des avantages qu'il aura sur rotis. Menson{jes, cabales, fourberies^
AMMËE ne».
BoircMira, hvx Bcnnei», box témoins. ia~
borution de juges; quelles armes terribles
doit Toni êtes privé, et qu'il emploierq contre
voost J'avone que si sa famille le Boatisnt, il
fam qu'elle soit composée de membres qui se
donnent tout ouvertement pour gens de sac et
I itendre à tout de la
I I fliché de TOUS dire
, rspleindcgeotd'es-
Mimimequ'il existe
le appeler jnslice et
et tout ceci met le
- Vous ponrea , ai vous voulez , m'envoyer la petite caisse par le retour du bateau qui portera les pommes et qui lu conduira i Cerlier, où je ta ferai prendre. Mon généreux ami, Je vous embrasse le cœur émn et les yeux en larmes.
/oici, mon cher faAte, an troisième paquet depuis l'arrivée de mademoiselle Le Vasseur. Gomme je vous sais Tort occupé, qu'il a fait fort mauvais, et que votre ouvrage n'a peutêtre point encore paru, je ne suis point en peine de votre silence, et j'espère que vons vous portez bien. Pour moi, je n'en puis pas dire autant, et c*est dommage. Il ne memanque que de la santé pour être parfaitement content dans celte Ile, dont je ne compte plus sorlir de l'année. Je vous embrasse de tout mon cœur.
Mille remerclmens et très-humbtes respects de mademoiselle Le Vasseur.
Je suppose, mon cher hAte, que vous aarei reçu un motdeleitreoèje vousacctiaoislaré- Ception du dernier paquet , e re
autres, un exemplaire de votn i-
caire de Hotiers. Deux heurt le
votrebilletdusamedi;jen'aim w
à personne, ei ne la montrer is
curieux d'apprendre ce que sa familleaura ob-
lanu dfl Toos. A l'éloge que vous faisiet de ces gena-lA, je eroyois qu'ils alloient étouffer ce monstre entre deux matelas. Tant qu'il ne s'est montré que demi-coquin, ils ont pare le désapprouver; mais, depuis qu'il s'est ^it wirertement chef de brigands, les voilà tous ses satellites. Que Dieu vous délivre d'eux et moi nui 1 Tirex-vous de leurs mains comme vous pourei, et tenons-oons désormais bien loin de pireiUea gens.
Voici, mon cher hAte, deux lettres auxquelles je vous prie de vouloir bien donner cours. J'ai reca , avec la vAtre du 9 , la petite caisse et le café sur lequel vous m'aves bien triché, puisque la quantité en est bien plus forte que celle en échange de laquelle j'envoyoia les pommes.
J'apprends avec bien de la peine et tous vos tracas et les maladies successives de tous vos gens, surtout de U. Jeaonin , qui vous est toujonts fort utile et qui mérite qu'on s'intéresse pour lui. Je vous avoue , au reste , que je ne suis pas fâché que la négociation «i question se soit rompue, surtout par la faute de ce Sacripant; carj'étois presque sAr d'avance de ce qu'il auroit écrit et dit à tout le monde au sujet du juste désaveu que vous exigiex, et qu'il n'auroit pas manqué de donner pour un acte de sa complaisance envers sa famille, que vous aviez intéressée pour vous tirer d'embarras. Je aerois asseï curieux de savoir ce qui s'est tût dans le conseil de samedi, fort inutilement au reste, puisque ces messieurs n'ont aucune ftwce pour faire vaJoirlaur autorité, etque (OUI aboutit h des arréu presque clandestins, qn'oa ignore ou dont on se moque.
J'ai vu ici U. l'intendant de l'bApital i qui If. StuHer avolt eu la bonté d'écrire , et qui lui a manifesté de meilleures intentions que qelles que je lui crois en effet. J'ai poussé jusqu'à la bassesse des avances ponr captiver aa bienveillance qui me paroissent avoir fort mal réussi. Ce qui me console est que mon séjour ici ne dépend pas de lui, et qu'il n'osera pcuti être pas témoigDer la. mauvaise volonté qu'il B7
CORRESPONDANCE
peut avoir, voyant qu'en général on ne voitfMift à Berne de mauvais œil mon séjour ici^ et que M. le bailli de Nidau parott aussi m'y voir avec plaisir. Je ne sais s*ii convient de faire cette cofhfidence à M. Chaillet>dont le zèle est quelquefois trop impétueux. Mais, si tous aviez occar sion .d*en toucher quelque chose à M. Sturlcr, j'avoue que je n*en serois pas fâché, quand ce ne seroii que pour savoir au juste les vrais sentimens de leurs Excellences à ce sujet ; car enfin il seroit désagréable d*avoir fait beaucoup de dépense pour m'accommoder ici, et d*étre obligé d'en partir au printemps.
Je voudrois de tout mon cœur complaire à M. d'Escherny : mais convenez qu'il n*auroit guère pu prendre plus mal son temps pour -mettre en avant cette affaire. D'ailleurs ce n*ést -point ici le moment d'en parler, pour des raisons qui ne regardent ni mylord, ni M. d'Eschefny, ni moi, et dont je vous ferai confidence, quand nous nous verrons, sous le sceau du secret. Ainsi je suis prêt à renvoyer à M. d'Escherny ses papiers, s'il est pressé : s'il lie Test pas, le temps peut venir d'en faire usage/et alors il doit être sûr de ma bonne volonté; mais je ne puis rien promettre au-delà.
En parcourant votre ouvrage , j'aveis trouvé quelques corrections a faire ; mais le relisant à 4a hAtc, je n'en ai su retrouver que trois mar* -quées dans le papier ci-joint.
Voici quelques notes de commissions qui ne pressent point, et dont vous ferez celles que Yous pourrez, lorsque vous viendrez ici, puis^ que vous me flattez de venir bientôt.
4* Les deux rasoirs que vous m'avez donnés spnt déjà gâtés, soit par la maladresse de mes essais, soit à cause de l'extrême rudesse de ma barbe; il m'en faudroit au moins encore quatre , afin que je n'eusse pas sans cesse recour» à des expédions très-incommodes dans ma position, pour les faire repasser. Mais peutêtre les faudroit-il un peu moins fins pour une si forte barbe.
V J*aurois besoin d'un cahier de papier doré pour mes herbiers ; je préférerois du papier doré en plein à celui qui a des ramages.
J'ai peine à me désaccoutumer tout d'un Coup de lire la gazette, et à ne plus rien sa^ voir des affaires de l'Europe. Comme vous prenez et gardez, je crois, quelque gazette, si
M. ieannin rouloit bien me les envoyer sniia après suite dans les occasions, je serois trk»attcntif à n'en point égarer, et a les lui renvoyer de même. Je ne me soucie point de gazettes récentes, ni d'avoir souvent des paquets; il me suffira seulement qu'il n'y ait point d'in« terruption dans la suite ; du reste, le tempe n'y fait rien. J'ai cessé de les lire depuis le 4^ tep^ tembre.
Dans l'accord pour ma pension, il entre em tre autres chosesune étrenne annuelle pour madame la receveuse. Ne pourriez-vous pas m*ai<* der à trouver quelque cadeau honnête à lui faire» et qui cependant ne passât pas trente à trentesix francs de France? Je sais qu'elle a envie d'avoir une tabatière de femme. Nous avons jusqu'à la fin de l'année, mais la rencontre peut venir plus t6t. Voilà tout ce qui me vient à présent; mats je sens que j'oublie bien des choses. Mille pardons et embrassémens.
AD llhiB.
Ile de SÉint-Plerre, te 17 ogUiInpb I7SS.
On me chasse d'ici, mon cher h Ate. Le climat de Berlin est trop rude pour moi ; je me détermine à passer en Angleterre, où j'aurois dû d*abord aller. J'aurois grand besoin de tenir conseil avec vous; mais je ne puis aller à Neuchàtel : voyez si vous pourriez par charité vous dérober à vos affaires pour faire un tour jusqu'ici. Je vous embrasse.
A M. DE GRAFFENRIBD.
Bailli à Nidao.
Ite de Saint-Pierre, te 17 octohra I7SS.
Monsieur,
J'obéirai à Tordre de leurs Excellences avec le regret de sortir de votre gouvernement et de votre voisinage, mais avec la consolation d'em* porter votre estime et celle des honnêtes gens. Nous entrons dans une saison dure, surtout pour un pauvre infirme : je ne suis point préparé pour un long voyage, et mes affaires demanderoient quelques préparations. J'aurois souhaité, monsieur, qu'il vous eût plu de me'
marquer si Vàn m^ordoanoU de partir sur-lechamp, ou si Ton vouloit bien m'accorder quelques semaines pour prendre les arrangemens nécessaires à ma situation. En attendant qu'il vous plaise de me prescrire un terme, que je m'efforcerai même d'abréger Je supposerai qu'il m'est permis de séjourner ici jusqu'à ce que j'aie mis l'ordre le plus pressant à mes affaires. Ce qui mç rend ce retard presque indispensable, est que, sur les indices que je croyois sûrs, je me suis arrangé pour passer ici le reste de ma vie avec l'agrément tacite du souverain. Je voudrois être sûr que ma visite ne vous déplairoit pas; quelque précieux que me. soient les.momens en cette occasion. J'en déroberai de bien agréables pour aller vous renouveler, monsieur, les assurances de mon respect. .
AU ukuE.
lie de StlDt'Pierrei le SO octobre 1785.
Blonsieur,
Le triste état où je me trouve et la confiance que j'ai dans vos bontés me déterminent à vous supplier de vouloir bien faire agréer à leurs Excellences une proposition qui tend a me délivrer une fois pour toutes des tourmens d'une vie orageuse, et qui va mieux, ce me semble, au but de ceux qui me poursuivent que ne fera mon éloignement. J'ai consulté ma situation, mon ftge, mon humeur, mes forces; rien de tout cela ne me permet d'entreprendre en ce moment, et sans préparation, de longs et pénibles voyages, d'aller errant dans des pays froids, et de me fatiguer à chercher au loin un asile, dans une saison où mes infirmités ne me permettent pas même de sortir de la chambre. Après ce qui s'est passé, je ne puis me résoudre n rentrer dans le territoire de Neuchàtel, où la protection du prince et du gouvernement ne sauroit me garantir des fureurs d'une populace excitée qui ne connoît aucun frein ; et vous comprenez, monsieur, qu'aucun des états voisins ne voudra ou n'osera donner retraite à un malheureux si durement chassé de celui-ci.
Dans cette extrémité, je ne vois pour moi qu'une seule ressource, et, quelque effrayante qu'elle paroisse, je la prendrai non-seulement sans répugnance, mais avec empressement, si
leurs Excellences veulent bien y consentir; c'est qu'il leur plaise qiie je passe en prisoii le reste de mes jours dans quelqu'un de leurs châteaux ou tel autre lieu de leurs états qu'il leur semblera bon de choisir. J'y vivrai à mes dépens, et je donnerai sûreté de n'être jamais à leur charge ; je me soumets à n'avoir ni papier, ni plume, ni aucune communication au-dehors» si ce n'est pour l'absolue nécessité et par le canal de ceux qui seront chargés de moi ; seu* lement qu'on me laisse, avec l'usage de quelques livres, la liberté de mè promener quelquefois dans un jardin, et je suis content.
Ne croyez point, monsieur, qu'un expédient si violent en apparence soit le fruit du désespoir; j'ai l'esprit trés-H^alme en ce moment: je me suis donné le temps d'y bien penser, et c'est d'après la profonde considération de mon état que je m'y détermine. Considérez, je Vqus supplie, que si ce parti est extraordinaire, ma situation l'est encore plus : mes malheurs sont sans exemple ; la vie orageuse que je mène sans relâche depuis plusieurs années seiroit terrible pour un homme en santé; jugez ce qu'elle doit être pour un pauvre infirme épuisé de maux et d^ennuis, et qui n'aspire qu'à mourir en paix. Toutes les passions sont éteintes dans mon cœur, il n'y reste que l'ardent désir du repos et de la retraite; je les trouverois dans l'habitation que je demande. Délivré des importuns, à couvert de nouvelles catastrophes, j'attendrois tranquillement la dernière, et n'étant plus instruit de ce qui se passe dhns le monde, je ne seroisplus attristé de rien. J*aime la liberté, sans doute, mais la mienne n'est point au pouvoir des homnfes; et ce ne seront ni des murs ni des clefs qui me l'ôteront. Cette captivité, monsieur, me parott si peu tei:rible, je sefis si bien que je jouirois de tout le bonheur que je puis encore espérer dans cette vie, que c'est par là même que, quoiqu'elle doive délivrer mes ennemis de toute inquiétude à mon égard, je n'ose espérer de l'obtenir : maïs je ne veux rien avoir à me reprocher vis-à-vis de moi, non plus que vis-à-vis d'autrui : je veux pouvoir me rendre témoignage que j'ai tenté tous les moyens praticables et honnêtes qui pouvoient m'assurer le repos, et prévenir les nouveaux orages qu'on me force d'aller chercher.
BSO
CORRESPONDANCE
ie eonnoîs» moiudear» les sentinieos d*hananité dont votre âme généreuse est remplie : je sens tout ce qu*une grâce de cette espèce peut TOUS coûter à demander ; mais quand vous aurez compris que, vu ma situation» cette grâce en seroit en effet une très-grande pour moi» ces mêmes sentimens, qui font votre répugnance, me sont garans que vous saurez la •unnonter* J'attends, pour prendre définitivement mon parti, qu*il vous plaisede m'honorer de quelque réponse*
Daignez^ monsieur, je vous supplie, agréer mes excuses et mon respect.
40 MÊHB.
lie 21 octobre 1769.
Je puis, monsieur, qaitter samedi prochain rtle de Saint-Pierre» et je me conformerai en cela i Tordre de leurs Excellences : mais, va retendue de leurs états et ma triste situation, il m*est absolument impossible de sortir le même jour de Tenceinte de leur territoire, J*obéirai en tout ce qui me sera possible. Si leurs Excellences me veulent punir de ne l'avoir pas fait, elles peuvent disposer i leur gré de ma personne et de ma vie : j'ai appris à m'attendre à tout de la part des hommes; ils ne prendront pas mon âme au dépourvu.
Recevez, homme juste et généreux» les assurances de ma respectueuse reconnoissance, et d'un souvenir qui ne sortira jamais de mon cœur.
A M. DO fBYBOO.
Vendiedl mtiii SB oetolire»
Je vous prie de tâcher d'obtenir de quelqu'un qui connoisse cette route un itinéraire exact» avec les noms des villes, bourgs, lieux» et bonnes auberges. Vous pourrez me l'envoyer à Basie ou à Francfort, par une adresse que je demanderai à H. de Luze. Je pars a Tinstant. Je vous embrasse mille fois.
A ■• DK GaAFFBNMBD.
Sienne, le 25 octobre 1765.
Je regois» monsieur, avec reconnoissance
les nouveiies màrqoet de vos attentions ec de vos bontés pour moi : mais je n'en profiterai pas pour le présent; les prévenances et sollicitations de MM. de Sienne me déterminent i passer quelque temps avec eux, et, ce qui me flatte, à votre voisinage. Agréez, monsieur, je vous supplie, mes remerdmens» mes salutations et mon respect.
A M. DU PBYROO.
Sienne, le S7 octobre f 76B.
J'ai cédé, mon cher hAte» aux caresses ei aux sollicitations ; je reste à Bienne, résola d'y passer l'hiver, et j'ai lien de croireqne je Vj pa»* serai tranquillement. Gela fera quelque changement dans nos arrangemens , et mes effets pouvant me venir joindre avec mademoiselle Le Vasseur, je pourrai, pendant l'hiver, faire moi-même le catalogue de me» livres. Ce qui me flatte dans tout ceci est que je reste votre voisin» avec l'espoir de vous voir quelquefois dans vos momens de loisir. Donnez-moi de vos nouvelles et de celles de nos amis. Je vous embrasse de tout mon qœur.
AU MÉIfl.
BieoBe, Inidl as oGiobralTi».
On m'a trompé, mon cher hôte, je pars demain matin avant qu'on me chasse. Donnezmoi de vos nouvelles à Basic. Je vous recommande ma pauvre gouvernante. Je ne puis écrire â personne, quelque désir que j'en aie; je n'ai pas môme le temps de respirer, ni h force. Je vous embrasse.
AU HÉME.
ABule.SSoebibre.
J'arrive malade, mais sans grand accident. M. de Luze a eu soin de me pourvoir d'une chambre, sans quoi je n'en aurois point trouvé, vu la foire. Je partirai pour Strasboivg le plus tAt qu'il me sera possible, peut-être dès demain; mais je suis parfeitement sûr mainte-
Dâtic qu'il m'est tolalemeiit ioipoisible de soutenir à préseot le Toyago de Berlin. Jignore absolument ce qae je ferai ; je renvoie à déli-' bérer à Strasbourg. Je souhaite fort d'y recevoir de vos nouvelles. Je compte loger à r£«" prii^ chez M. Weisse ; cependant » n*étant encore bien sûr de rien , ne m'écrivei à cette adresse que ce qui peut se perdre sans inconvénient. Mon cher hAte » aimez-moi toujours. Je vous aime et vous embrasse de tout mon cœur.
A M. ra LOZB.
StrartKmrs, te 4 DOTemlm 1785.
J'arrive» monsieur, du plus détcsuble voyage, à tous égards» que j'aie fait de ma vie. J'arrive excédé, rendu; mais enfin j'arrive, et, grâces à vous , dans une maison où je puis me remettre et reprendre haleine à mon aise, car je ne puis songer à reprendre de long-temps ma route; et si j'en ai encore une pareille à celle que je viens de faire , il me sera totalement impossible de la soutenir. Je ne me prévaux point sitôt de votre lettre pour M. Zollicolfèr ; car j'aime fort le plaisir de prince de garder l'incognito le. plus long-temps qu'on peut. Que ne puis-je le garder le reste de ma vie 1 je serois encore un heureux mortel. Je ne sais au reste comment m'accueilleront les François; mais s'ils font tant que de me chasser, ils ne choisiront pas le temps que je suis malade, et s'y prendront moins brutalement que les Bernois. Je suis d'une lassitude à ne pouvoir tenir la plume. Le cocher veut repartir dès aujourd'hui. Je n'écris donc point à M. Du Peyrou : veuillez suppléer à ce que je ne puis faire; je lui écrirai dans la semaine inFailliblement. Il faut que je lui parle de vos attentions et de vos bontés mieux que je ne peux faire à vous-même, lia manière d'en remercier est d*en profiter; et, sur ce pied, Ton ne peut être mieux remercié que vous l'êtes : mais il est juste que je lui parle de l'effet qu'a produit sa recommandation. Bonjour, monsieur; bonne foire et bon voyage. J'espère avoir le plaisir de vous embrasser encore ici.
A M. nu PETaoo.
Stratboors, le 5 noremlire 1768.
Je méB arrivé, mon cher hôte , à Strasbourg samedi, tout-à-fiBit hors d'état de continuer ma route, tant par l'effet de mon mal et de la fatigue, que par la fièvre et une chaleur d'entrailles qui s'y sont jointes. 11 m'est aussi impossible d'aller maintenant à Potzdam qu'à la Chine, et je ne sais pitis trop ce que je vais devenir; car probablement on ne me laissera pas long-temps ici. Quand on est une fois au point 011 je suis, on n'a plus de projets à faire; il ne reste qu'à se résoudre à toutes choses, et plier la téta sous le pesant joug de la néoeasilé.
J'ai écrit à mylord maréchal ; je voudrois attendre ici sa réponse. Si l'on me chasse, j'irai chercher de l'autre c6té du Rhin quelque humanité , quelque hospitalité; si je n'en trouve plus nulle part, il faudra bien chercher quelque moyen de s'en passer. Bonjour, non plus mon hAie , maie toiyours mon ami. George Keith et vous m'attachez encore à la vie ; de tels liens ne se rompent pas aisément.
Je vous embrasse*
AU UtUK,
Straiboais, te 10 noTembre t765.
Rassurez- vous, mon cher hôte , et rassures nos amis sur les dangers auxquels vous me croyei exposé. Je ne reçois ici que des marques de bienveillance , et tout ce qui oom» mande dans la ville et dans la province parolt s'accorder à me favoriser. Sur ce que m'a dit M. le maréchal, qae je vis hier, je dois me regarder comme aussi en sAreté à Strasbourg qu'à Berlin, M. Fischer m'a servi avec tonte la chaleur et tout le zèle d'un ami , et il a eu le plaisir de trouver tout le monde aussi bien disposé qu'il pouvoit le d4tfrer. On me fai^ apercevoir bien agréablement que je ne suis' plus en Suisse.
Je n'ai que le temps do vous marquazae moc pour vous rassurer sur mon compte.
Je vous embrasse de tout mon cœur.
CORRESPONDANCE
Slmbaurg. le IT iHi1«nibre I7U.
Jusqu'aux derniers du peuple. Ce qui vous surprendra est que les gens d'église semblent vouloir renchérir encore sur les auires. Ils ont l'air tfl me dire dans leurs maiiièrea : DUtingnesnoui de vot miniâlrei; vous vojras que nmu ne pensons pas comme evx.
Je ne sais pas encore de quels livres j'aurai besoin ; cela dépendra du choix de ma demeure: mais, en auelcnie lieu que ce soit , je iné i reprendre la boe, je vous prie de vouince tous les livres qui lUtres , et les bien énsi que mes herbiers et t joints; car, ne conprès toutes les plantes :irer eneorc beaucoup nirs de la Suisse, que
lurs. SilAt.quç je ser^i
arrêté, je consacrerai te goût- que j'ai pour les herbiers à vous en bire un aussi complet qu'il me.sera possible, et dout je lâcherai que vous •oyez content.
Mon cher hftie, je ne donne pas ma confiance à demi ; visites , arrangez tous mes papiers, lisez el feuilletez tout sans scrupule. Je vous plains de l'ennui que vous donnera tout ce fatras sans cboiz, et je vous remercie de l'ordre que vOuB y voudrez mettre. TAchcz de ne pas chlngcrkia numéros des paquets, afin qu'ils nous s«rveniaoujours d'iiidica lions pour les pa- ' picrs donl je puis avoir besoin. Par exemple, je suis dans le cas {[Bdéairer beaucoup de faire usagft^ici de deui'^ièces qui sont dans le numéro 'i 2, l'une c« Pggmalion et l'autre l'iSn- Çagement téméraire. Le directeur du spcctnclc
a pour moi mille allentions ; il m'a donné pom mon usage une petite loge grillée ; il m'a fait faire une def d'une petite porte pour entrer incognito; il fait jouer les pièces qu'il juge pouvoir me plaire. Je voudrois tScher de reconnoftre ses honnêtetés, et je crois que quelque barbouillage de ma façon, bon on mauvais, lui seroit utile par la bienveillance que le public a pour moi, et qui s'est b»en marquée au Devin du village. Si j'osois espérer que vous vous laissassiez tenter à la proposition de M. de I.uze, vous apporteriez ces pièces vous-même, el nous nous amuserions i les foire répéter. Mais comme il n'y a nulle copie de Pygmalion il en faudroil faire faire une par précaution, surtout si, ne venant pas vons-méme, vous pireniez le parti d'envoyer le paquet par la poste à l'adresse de M. ZollicofTer, ou par occasion. Si vous venea, mandez-le-moi é l'avance, et donnez-moi le temps de la réponse. Selon les réponses que j'attends , je pourrois , si la chose ne vous éloit pas trop importune, vous prier de permettre que mademoiselle Le Vasseur vint avec vous. Je vous embrasse.
Je recois en ce moment le numéro 7. Écrivez toujours par H. Zollicoffor.
t ■. D'iTERNOtS.
;, kll Mtcmhre IW.
Ne soyez point en peine de moi, monsieur; grSces au ciel , je ne suis plus en Suisse , je le sens tous les jours à l'accueil dont on m'honore ici;maismasantéest dans un délabrement facile à imaginer. Mes papiers et mes livres sont restés dans un désordre épouvantable : lamalle que vous savez a été remise à M. Martinet, chAtelain du Val-de-Travers ; vos papiers sont restés parmi les miens; n'en soyez point en peinr; ils se retrouveront, mais il faut du temps. Vous pouvez m'écrire ici ou à l'adresse de U. Du Peyrou à Neuch&tel. Vous pouvez aussi , et même je vous en p ' ' ur
l'argent que je vc l.i
somme. Je ne voi s;
mais malgré ce qu ar
M. Desaris , je coi n
sur voire amitié, c n
compter snr la mienne. Je tous embrasse de tout mon cœur.
A V. DU PEYROU
Straâbonrg, le 2S noveuibre 1765.
J*aiy mon cher hôte, votre numéro 8 et tous tés précédens. Ne soyez point eh peine du passe-port; ce n'est pas une chose si absolument nécessaire que vous le supposes, ni si difficile à renoufeleir au besoini mais il me sera toujours précieux par la main dont il me vient et par les soins dont il est la pi*eiivé.
Quelque plaisir que j'eusse i vous voir, le changement que j'ai été forcé de mettre dans ma manière de vivre ralentit mon empressement à cet égard. Les fréquens dîners en ville, et la fréquentation des femmes et des gens du mond^, à quoi je m'étojs livré d'abord, en retour de leur bienveillance, m'imposoient une gène qui a tellement pris sur ma santé, qu'il a fallu tout rompre et devenir ours par nécessité. Vivant seul ou avec Fischer, qui est un très-bon garçon, je ne serois à portée de partager aucun amusement avec vous, et vous iriez sans moi dans le monde, ou bien, ne vivant qu'avec moi, vous seriez dans cette ville sans la connottre. Je ne désespère pas des moyens de nous voir plus agréablement et plus à notre aise, mais cela est encore dans les futurs contingens : d'ailleurs, n'étant pas encore décidé sur moi-même, je ne le suis pas sur le voyage de mademoiselle Le Vasseur. Cependant, si vous venez, vous êtes sûr de me trouver encore ici ; et, dans ce cas, je serois bien aise d'en être instruit d'avance, afin de vous faire préparer un logement dans cette maison ; car je ne suppose pas que vous vouliez que nous àoyons séparés.
l/heure presse, le monde vient ; je vous ((uitte brusquement; mais mon.cœur ne vous quUte pas.
A U. DE Luze.
Strasbourg, le 27 noTembre 1768.
Je me réjouis, monsieur, de votre heureuse arrivée à Paris, et je suis sensible niix bons
soins dont vous vous êtes occupé pour moi dès l'instant même : c'est une suite de vos bontés pour moi, qui ne m'étonne plus, mais qui me touche toujours. J'ai différé, d'un jour à vous répondre, pour vous envoyer la copie que vous demandez, et que vous trouverez ci-jointe ; vous pouvez la lire a qui il vouç plaira ; mais je vous prie de ne la pas laisser transcrire. Il est superflu de prendre de nouvelles informations sur la sûreté de mon passage à Paris : j'ai là-dessus les meilleures assurances; mais j'ignore encore si je serai dans le cas de m'en prévaloir, vu la saison, vu mon état qui ne me permet pas à présent de me mettre en rqute. Sitôt que je serai déterminé de manière ou d'autre, je vous le manderai. Je vous prie de me mainte-^ nir dans les bons souvenirs de madame de Paugnes, et de lui dire que l'empressement de l;i. revoir, ainsi que M. de Faugnes, et d'entretenir chez eux une connoissance qui. s'est faite, chez vous, entre pour beaucoup dans le .désir que j'ai de passer par Paris. J'ajoute de.grand cœur, et j'espère que vous n'en doutez pas, que ma tentation d'aller en Angleterre s'augmente extrêmement par l'agrément de vous y suivre, et de voyager avec vous. Voilà quant à présent tout ce que je puis dire sur cet article :. je ne tarderai pas à vous parler plus positivement; mais jusqu'à présent cet arrangement est très-douteux. Recevez mes plus tendres salutations; je vous embrasse, monsieur, de tout mon cœur. . . . *
Prêt à fermer ma lettre, je reçois la vôtre sans date, qui contient les éclaircissemens que vous avez eu la bonté de prendre avec Guy: ce qui me détermine absolument à vous aller joindre aussitôt que je serai en état de soutenir le voyage. Faites-moi entrer dans vos arrangemens pour celui de Londres : je me réjouis beaucoup de le faire avec vous. Je ne joins ji;im ici ma lettre à M. de GraflPenried, sur ce que vous me marquez qu*elle court Paris. Je marquerai à M. Guy le temps précis de mon départ; ainsi vous en pourrez être informé par lui. Qu'il ne m'envoie personne, je trouvcnii ici ce qu'il me faut. Rey m'a envoyé son commis, pour m'emmener en Hollande; il s'en retournera comme il est venu.
CORRESPONDANCE
A «. DO PEYRèfJ.
Strasbourg, le 30 novembre I76S.
Tout bien pesé, je me détermine à passer en Angleterre. Si j'étoîs en état, je parttrois dàs demain ; mais ma rétention me tourmente si cruellement, qu'il faut laisser ealmer celte attaque, employant ma ressource ordinaire. Je compte être en état de partir dans huit ou dix jours; ainsi ne m'écrivez plus ici, votre lettre ne m'y trou veroit pas; avertissez, je vous prie, mademoiselle Le Vasseur de la môme chose : je compte m'arrèter à Paris quinze jours ou trois semaines; je vous enverrai mon adresse avant de partir. Au reste, vons pouvez toujours m*écrîre par M. de Lute, que je compte joindre à P^ris pour faire avec lui le vojrage. Je suis trèsfftché de n'avoir pas encore écrit à madame de Luze. fille me rend bien peu de justice si elle est inquiète de mes sentimens; ils sont tels qu'elle les mérite, et c'est tout dire. Je m'attache aussi trés-véritaMement à son mari. Il a l'air froid et le cœur chaud ; il ressemble en cela à mon cher h6te : voilà les gens qu'il me faut.
J'approuve très-fort d'user sobrement de la poste, qui en Suisse est devenue un brigandage public : elle est plus respectée en France ; mais les ports y sont exorbitans, et j'ai, depuis mon arrivée ici, plus de cent francs de ports de lettres. Retenez et lisez les lettres qui vous viennent pour moi; ne m'envoyez que celles qui l'exigent absolument; il suffit d'un petit extrait des autres.
Je reçois en ce moment votre paquet n** 40. Vous devez avoir regu une de mes lettres où je vous priois d'ouvrir toutes celles qui vous venoient à mon adresse : ainsi vos scrupules sont fort mal placés. Je ne sais si je vous écrirai encore avant mon départ ; mais ne m'écrivez plus ici. Je voi» embrasse de k plus tendre amitié.
h m. d'ivuwois.
Strasboorg, le 2 décembre 1765.
Vous ne doutez pas, monsieur, du plaisir avec lequel j'ai reçu vos deux lettres et celle de M. Deluc. On s'attache à ce qu'on aime à proportion des maux qu'il nous coûte. Jugez par là si mon cœur est toujours au milieu de vous.
Je SUIS arrivé dèns cette ville malade et rendu de fatigue. Je m'y repose avec le plaisir qu*on a de se retrouver parmi les humains, en sortant du milieu des bètes féroces. J'ose dire que depuis le commandant de la province jusqu'au dernier bourgeois de Strasbourg, tout le monde désirôit de me voir passer ici mes jours : mais telle n'est pas ma vocation. Hors d'état de soutenir la route de Berlin, je prends le parti de passer en Angleterre. Je m'arrêterai quinze jours ou trois semaines à Paris, et vous ponvez m'y donner de vos nouvelles chez la venve Duchesne, libraire, rue Saint-Jacques.
Je vous remercie de la bonté que vous avez eue de songer à mes commissions. J'ai d'antres prunes à digérer; ainsi disposez des vôtres. Quant aux bilboquets et aux mouchoirs, je voudrois bien que vous pussiez me les envoyer à Paris, car ils me f croient grand pfarfsir; mais à cause que les moucheirs sont neufil, j'ai peur que cela ne soitidifificile. Je suis maintenant très en état d^ackpiitter votre petit mémoire sans m'incommodçr. Il n'en sera pas de même lorsque, après les frais d'un voyage long et coûteux, j'en serai à ceux de mon premier établissement en Angleterre : ainsi, je voudrois bien que vous voulussiez tirer sur moi à Paria à vue, le montant du mémoire en question. Si vous voulez absolument remettre cette affisire au temps où je serai plus tranquille, je vous prie au moins de me marquer à combien tous vos déboursés se montent, et permettre que je vous en fasse mon billet. Considérez, mon bon ami, que vous avez une nombreuse famille à qui vous devez compte de l'emploi de votre temps, et que le partage de votre fortune» quelque grande qu'elle pubse être, vous oblige à n'en rien laisser dissiper, pour laisser toos vos enfans^ dans une aisance honnête. Moi, de mon cêté, je serai inquiet sur cette petite dette tant qu'elle ne sera pas ou payée ou réglée. Au reste, quoique xette violente expulsion me dérange, après un peu d'embarras je me trouverai du pain et le nécessaire pour le reste de mes jours, par des arrangemens dont je dois vous avoir parlé; et quant à présent rien ne me manque. J'ai tout l'argent qu'il me faut pour mon voyage et au-delà, et avec un peu d'économie, je compte me retrouver bientôt au I courant comme auparavant. J'ai cru vous de—
ANNÉB lus.
voir ces détails pour tranquilltser votre bonnèie cœnr sur le compte d'an homme que vous aimez. Vous sentez que dans le désordre et la précipitation d*un départ brusque,' je n*ai pu emmener mademoitetle Le Yasseur errer avec moi dans cette saison, jusqu'à ce que fcusse un gttc; je,railaissée^^riie Saint-Pierre, ou elle est très-bien et avecdetrès-honnèles gens. Je pense a la fâfre venir ce printemps» en Angleterre, par le bateau qui part d'Yverdun tous les ans. Bonjour, monsieur; mille tendres salulatioif à votre chère famille et à tous nos amis| je vous embrasse de tout mon cœur.
4 M. DAVID BUHB.
Striiboarg, \t 4 déceodire 17GS. .
Y(^ bontés, monsieur, me pénètrent au-tant qu'elles m'honorent. La plus digne cépooae que je puisse faire à vos offres est de les accepter, et je les accepte. Je partirai dans cinq ou six jours pour aUAr me jeter entre vos bras ; c*est le cons^Kfè' mylord maréchal, mon protecteur, mon ami, mon pbre ; c'est celui de madame de Boufflers, dont la bienveillance éclairée me guide autant qu'elle me console; enfin j'ose dire c'est celui de mon cœur, qui se platt à devoir beaucoup au plus illustre de mes contemporains» dont la bonté surpasse la gloire. Je soupire après une retraite solitaire et libre où je pui^e finir mes jours en paix. Si vos soins bienfaiiasi^ me la procurent, je jouirai tout ensembleeidtt seul bien que mon cœur désire, et du plaisir de le tenir de vous* Je vous salue,' monsieur, de toul mon cœur.
me sera possible, et garder le pkrs parEaii intbgnito, s'il se peut : ainsi ne me décelez, je vous prie, à qui qoe ce soit. Je voudrois vous aHervoir; mais, pour ne pas promener mon bonnet dans les rues, je délire que vous puissiez venir vous-même leplus tôt qu*il se pourra. Je vous embrasse, monsieur, de tout mon cœur (*).
A U. DO PEÎROU.
Paris, \ê 17 éêctlfit» I76S.
.. ÏBTT\jfB d'hier au soir, mon aiieable hôte et ami. Je suis venu en poste, mais avec une bonne chaise, et i petites journées. Cependant, j'ai ^ failli mourir en route ; j'ai été forcé de m'arrèter à Ëpenayi et j'y ai paasé une telle ntiit, que je n'espérois plus revoir le jour: toutefois me voici à Pans dans un état assez pnpitWei Je n'ai vu personne encore, pas même M* de Luze, ipaia je lui ai écrit en arrivaet. J'ai le plus gfand besoin de repos; je sortiriii le moins que je pourrai. Je ne veux pas m'exposer derechef aux dîners et a«x fatigues de Strasbourg. Je ne sais si M. de Luze- est toiqours d'humeur cM passer à Londres; pourvoi, je suis déter- . vniné à partir leplus tôt qu'il me sera possible, et tandis qu'il me reste encore des forces» pour arriver enfin en lien de repos.
ie viens en ce moment d'avoir la visite do M. de Luze, qui m*a remis votre billet du 7, daté de Berne. J'^i écrit on effet la lettre à M. le bailli de JNidau ; mais je ne voulus point vous encrier pour ne pofht vous affliger : ce soiîi', je crois, les seules réticences que l'amitié permette.'