A M. DE LUZE
Paris, le 16 ééeenlm 1?68.
J^arrive chez madame Duchesne plein du désir de vous voir, de vous embrasser, et de concerter avec vous le prompt voyage de Londres, s'il y a moyen. Je suis ici dans la plus parfaite sûreté ; j'en ai en poche Tassurance la plus précise (*). Cependant, pour éviter d*étre accablé, je veux y rester le moins qu*il
(*) Il aToK ao pasie-port du ministère bon pour trois #oîê.
{*) Cette intention si formelle de garder U ^lu$ parfail incognito, et rempressemeot que nous lui Terrons bientôt montrer à quitter es théâtre public ( lettre ci-aprës du 2« décembre), suffiroient poyr démentir ce qui est- raconté à ce sujet dans la correspondance de Grimm { édition de Forne, tome V, paseS).
«r Rousseau est rerenn à Paris le 17 décembre. Le lendcr main il s'est promené au Luxembourg tn habit arménien... » Il «'est auisi promené tous les Jours à une certaine heure sur » le boatcvard dans la partie la pins proelie de son logement. » Cette arrectallon de se montrer en public sans nécessité, en i> dépit de la prise de corps, a ch0qûé le ministre, qui avoit » cédé anx instances de ses protecteurs, en lui accordant (a • permission de traverser !• royinme ponr ae rendre en An* » gleterre. On lui a fait dire par la police de partir sans ancim » df^iai, s'il ne Toulolt être arrêté. En conséquence il quittera » r.irls samedi 4 Janvier, accompagné de D. Hume. » G. p.
T.rr.
CORRESPONDANCE
Vojci une lettre pour celle pauvre fille qui rst à rtle : je vous prie de la lui faire passer le plus promptement qu'il se pourra; elte sera utile à sa tranquillité. Dites, je vous supplie» à madame la commandante [) combien je suis touché de son souvenir^ et de l'intérêt qu'elle veut bien prendre à mon sort. J'aurois assurément passé des jours bien doux près de vous et d*cllc * mais je n*étois pasappclé à tant de bien. Faute du bonheur que je ne dois plus attendre, cherchons du moins la tranquillité. Je vous embrasse de tout mon cœur.
' A II. DlVKRflOlS.
Parif, le 48 décembre 1765.
Avant-hier au soir» monsieur, j'arrivai ici très-feiifué, très-malade, ayant le plus grand besoin de repos. Je n*y suis point inco{;nito, et je n*ai pas besoin d'y être : je n^rme suis jamais caché, et je ne veux pas commencer. Comme j'aiprismon parti sur les injusticesdes hommes, je les mets au pis sur toutes choses, et je m'attends è tout de leur part, même quelquefois à ce qui est bien. J'ai écrit en efFella lettre à M. Tè baiUi de Nidau; mais la copie que vous m*avez envoyée est pleine de contre-sens ridicules et de fautes épouvantables. On vojf de quelle boutique elle vient. Gi-n*est pas la première fabrication de cette espèce, et vous pouvez croire que des gfiis si fiers de leurs iniquités ne sont guère bonteox de leurs.â1sificatioii8. M^court ici des copies plus fidèlesd^ cette lett^e, t|ui viennent de Berne , et qui font assez d'effet. Bf . le Dauphin lirï-méme, à qui on Ta lue dans son lit de mort , en a paru touché , et a dit là-dessus des choses qui feroient bien rougir mes persécuteurs, s'ils les savoient, et qu'ils fussent gens à rougir de quelque chose.
Vous pouvez m'écrirc ouvertement chez madame Duchesncoù jesuis toujoujrs. Cependant j'apprends à l'instant que M. le prince de Cooti a ou la bonté de me foire préparer un logement au Temple, et qu'il désire que je Taille occuper. Je ne pourrai guère me dispenser d'accepter cet honneur ; mais, malgré «ion dé-
(•) C'étoit Ja mère de Du Peyroo, wtme d'un commandant dcSnrinam. G. P.
logement, vos lettres sous la mèmeadrifsa me parviendront également.
AU VÏME.
Parti, le 20 décembre f 76S.
Votre lettr^,-^n bon ami, m'alarme plus qu'elle ne m'instruit. Vous me parlez de mylord maréchal pour avoir la protection du roi; mais de quel roi entendez-vous parler? Je puis me faire fort de celle du roi de Prusse, mais de quoi vous serviroit-ellc auprès de la médiation ? Et s'il est question di* roi de France, quel crédjt mylord maréchal a-t-il à sa cour? En» ployer cette voie seroit vouloir tout gâter.
(IM bon ami, laissez faire vos amis, et soyez tranquille. Je vous donne nu parole que si la médiation a lieu, les misérables qui vous mc-> nacent ne vous feroritaucun mal par cette ^oielà? Voilà sur quoi vous pouvez compter. Cependant ne négligez pas l'occasion de voir M. le résident, pour parer aux j>réventions qu'on peut lui donner contre vous: du reste, je vous le répète, soyez tranquille; la médiation ne vous fera aucun ma].
Je déloge dans deux heures pour aller occuper au Temple l'appartement qui m'y est destiné. Vous pourrez m'éif>rire à Vhôlel de Saint-- Simon, an Temple, à Farts. Je vous embrasse de la plus tendre amitié.