A M. DE UI2E
22 décembre 1768.
L'affliction, monsieur, où la perce d*an père tendrement aimé plonge en ce moment madame de Verdelin, ne me permet pas de me livrer à d«s.amu$emens, tandis qu*elle est dans les larmes. Ainsi nous n'aurons point de musiqije aujourd'hui. Je ser^i cependant chez moi ce soir comme à Tordipiaire ; et, s'il entre dans vos arrangemens d'y passer, ce changement ne m'ôtera pas le plaisir de vous y voir. Mille salutations.
A MADASfE LATOUR.
A Parts, le 24 décembre 1768.
J'ai reçu vosdcux lettres, madame; toujours
des reprocirs î Comme, dans quelque situation que je puisse être, je n'ai jamais autre chose de vous, je me le tiens pour dit, et m'arrange un peu là'^dessus.
Mon arrivée et mmi séjout ici ne sont point un secret. Je ne vous ai point été voir parceque je ne vais voir personne, et qu*il ne me seroit pas possible, avec la meilleure santé et le plus grand loisir, de suffire, dans un si courf espace, à tous les devoirs que j'aurois à remplir. C*en seroit remplir un bien *^doux d aller vous
rendre mes hommages; ntaîs, outre que j*i- dont il faut que je m'acquitte, irès-persuadé
gnore si vous pardKHnieriez cette indiscrétion à un homme avet lequel vous ne voulez qu'une correspondance mystérieuse , ce seroit nre brouiller avec tous mes anciens amis.dc donner sur eux aux nouveaqx la préférence ; et, comme.je n'en ai pas trop, que tous me sont chers, je n'en veux perdre aucun; si je puis, par ma fauie.
A II. DU PEYROU
A Paris, le 14 décem)^re 17G5. .
^ Se voua envoie, mon cher hôte, l'incluse ouverte, afin que vous voyiez de quoi il's'agit. Tout le monde me conseille de faire venir tout de suite mademoiselle Le Vasseur, et je cpmpte sur votre amitié et sur vos soins pour lui procurer les moyens de venir le plus promptemeift et le plus commodément qu'il sera possible. Je voudrois qu^elIe vint tout de suite, ou qu'elle attendit le mois d'avril, parce que^J^ crains pour elle les approches de Téquinoxe où la mer est très -orageuse. Disposez de tout selon votre prudence, en faisant, pour Tamour de ntoi, grande attention à sa commodité et a sa sûreté. Notre voyage est arrangé pour le commencement de janvier ; M. de Luze aura pu vous en rC'ndre compte. J'ai l'honneur d'être, en attendait» rhAie de M. le prince de Conti. Il a voulu que je fusse logé et servi avec une magnificence qu'il sait bien n'être pas selon mon goût ; mais je comprends que, dans la circonstance, il a voulu donner en cela un témoignage public de l'estime dont il m'honore* Il désiroit beaucoup me retenir tout-à-fait, et m'établir dans un de ses châteaux àtlouze lieues d'ici; mats il y avoit i cela une condition nécessaire que ie
n^ai pu me résoudre d'accepter, quoiqu'il ait employé durant deux jours consécutifs toute son éloquence, et il en a beaucoup, pour nie persuader. L'inquiétude où il étoit sur mes ressources m'a déterminé à lui exposer nos arrangemens; i'ai feit, par la même raison, la même confidence à tous mes amis devenus les vAtres, et qui, j*osc le dire, ont cofiçu pour vous la vénération qui vous est due. Cepen^ dant, une inquiétude déplacée sur tous les hasards leur a fait exiger de moi une promesse
que c'est un soin bien superflu; c'est de vous prier de prendre les mesures convenables pour que, si j'avois le malheur de vous perdre, je ne fusse pas exposé à mourir de faim. Au reste, c'est an arrangement entre v^us et vos héritiers, sur lequel il me suffit de ta paroi» que vous m'acrez donnée.
On se-filit une fêté eyi Angleterre d'ouvrir une souscription pour l'impression de mesou-r vrages. Si vous voulez en tirer parti, j'ose vouf assurer que le produit en peut être immense, et plus grand de mon vivantqû'après ma mart. 'Si cette idée pouvoit w)us déterminer à y faire un voyage, je désirerois eutanl de la voir exé-* cutéc, que je le craiguois eu toute autre occasion.
Je ne voudrois pas', mon cher hôte, séparer mes livres; il faut vendre tout ou m'cnvoyer tout. Je pcifto que les livres, L'herbier, et les estampes, le tout bien emballé, peut m'être envoyé par la HoIlande,sans que les frais soient immenses, et je ne doute pas que MM. Portalès, et surtout M. Paul, qui m'a fait des offres si ebligeantes, ne veuille bien se charger de ce soin. Toutefois, si vous trouvez l'occasion de vous défaire du tout, sauf les livres de botanique 4pnt j'ai absolument besoin, j'y consens. Jai pense <|ue vous ferez bien aussi de m'envoycr toutes les lettres et autres papiers relatifs à mos mémoires, parce que mon projet est de rassembler et transcrire d'abord toutes mes pièces justificatives ; après quoi je vous renverrai les originaux à mesure que je les trauscrirai. Vous devez en avoir déjà la première liasse ; j*atieiids, pour faire la seconde, une trentaine do lettres do nSH, qui doivent être entre vos mains. Ptjgmalion ne m'est plus nécessaire, n'étant olus à Strasbourg ; mais je ne serois pas fâché
COJlHftSPONDANCE.
de pouvoir lir# à mes anus le Lévite d'Ephraïm dont beaucoup de^ geVis me parlent avec curiosité.
Je vous écris avec beaucoup de distraction, parce qu'il me vient du monde saQs cesse» et que je n'ai pas un moment à moi. Extérieurement, je suis forcé d'être à tous les survenans; intérieurement, mon coeur est à vous, soyezen sûr. Je vous embrasse. ^
Si vous me répondez sur-ie-chaïQp, je pourrai recevoir encore votre lettre, soit sous le pli de M. de Luze, soit directement à thôlei de Saint-Simon^ au Temple.
 M. DB LDZB.
Je ne sauroîs, monsieur, durer pins longtemps sur ce thé&lre f&uMtc. PoqrriéSs-voiiS) pâ> charité, accélérerun peu notredépari?M.Hafnje éonsent à partir le jeudi 2 à midi pouf aller coucher à Senlis. Si vous pouvez vous prêter a cet arrangement, vous me ferez leplos grand plaisir. Nous n'aurons pas la berline à quatre; ainsi vous prendrez votre chaise de poste, M. Hume la sienne, et nous changerons de temps en temps. Voyez, de grâce, si tout ceb vous convîeat, et si vous voulez m'eavoycr quelque chose à mettre dans ma maHe. Mille tendres salutations.
toujours jcher et r^espectable. Si c'est Voltaire, il pourra du reste me faire tout Je mal qu'il voudra ; mes vœux coqttans, jusqu)|^on dernier soupir, seront pour son bonheur et pour sa gloire.
Laissez menacer les jongleur^; telfiertqui ne iufi pas. (*)'. Votre sort est presciuc^ntrc les m^ilM^e M. de Voltaire ; s'il est pour vous, les jongleurs vous feront forj peu de mal. Je vous i^Qseîileet vous exhorte,, après que vous Tauc^ suffisamment soudé» de lut donner votre
. confiaacç..!! n'est pas crpyabb que, pouvant être l'admiration de l'univers, il veuille en devenir rhocreilr : il sent trop ï^xi l'avantage de sa position pour ne pas la mettre 9 profit poftr sa gloire. Je ne puis^ penser, qu'il veiiiîle, en vous trahissant, se couvre* d'infamie* En un moi^ il esit votre uiiique ressource : ne vousl'ôtezpas^'S'il vous trahit,, vous êtes perdu, je ravoiiaVmais vous l'êtes égalemept s'il ne se
' m^e yaé de Voua. Livrez^vous donc à lui rondement et franchement ;.^gncz son cœur par cette confiance ; prêtez-vous à tout accommodément raisonnable. Apurez les lois et la liberté ; mais sacrifiez l-amour^propre à la paix. Surtout aucune mention de moi, pour ne pas aigrir ceux j^ui me.haïssent; et si M. de Voltaire von^ ^rt comme il le doit, s'il entend sa gloire*, camblcz-le d'honneurs, et consacrez à Apollon pacificateur, Phcebo pofiatorif la médaille que vous m'aviez destinée.
â M. d'ivsrhois.
Parif, le 30 décembre iras*
, Je reçois, mon bon ami, votre lettre du 25. J6 suis trés-fàcfaé que vous n'ayez pas été voir M. de Voltaire. Avez-vous pu penser que cette démarche me feroit de la peine? que vous connoissez mal mon cœur I Eh, pIAt à Dieu qu'une heureuse réconciliation entre vous, opérée par les soins de cet homme illustre, me faisant ou-blier tous ses torts, me livrât sans mélange à mon admiration pour luil Dans les temps où il m'a le plus cruellement traité, j'ai toujours eu beaucoup moins d'aversion pour lui que d'amour pour mon pays. Quel que soit l'homme qui vous rendra la paix et la liberté, il nie sera
A tt, DU PEYROU.
X Paris, le \^ janvier 176S.
Jereçois, mon cher4i6te) votre lettre du 24 » n^ -15; je pars demain pour le public, et sa— médf réellement. Toujours embarrassé de mes préparatifs et de mes continuelles audieficçs» je jie pats vous écrire que quelques mots rapidement»
I^'ayant pas le temps^ suffisant pour relire vos lettresavec attention, je ne les ferai pas iniprimer^ d'autant qtic c'est fat chose la moins nécessaire. Ou ne peut rien ajouter au mépris et à l'horreur qu'on a ici pour vos ministres ;
(*) C'étoit la devise de U mabon de Solar qu'il expIlqtMi im repas. Voyez Confessions, tome I, page 40. li. P<
et ceue affaire commence i être si vieille» que, selon Tesprit léger du pays , on ne pourroit se résoudre à y revenir sans ennui. J*apprcnds que la cour vous donne un gouvernetir ; j'ima- (jine que celte- nouvelle ne fait pas un grand plaisir au sicaire et à ses satellit^.
Je ne sais quel p^rti aura pris mademoiselle Le Vasseur» On Tattencl ici ; mais le froid est si territ^le que i.e souffre i imaginer cette pauvre fille en route , seule , et par le temps qu*il fait. Dirigez tout pour le mieux, soit pour accélérer son départ, soit pourrie retarder jusqu'après réquinoxè. Il fi»ut nécessairement l'un ou Tautre ; le pis seroit de te;npdrîser.
Tâchez , je vous en prie, de m*cnvoyer par mademoiselle |^e Vasseur toutes les lettres, mémoires, brouillon», etc.| depuis ^1758 jusqu'à -1762, mois de juin inclusiyement, c'est*à-dire jusqu'à mqn départ da Paris , attendu que la première chose que je vais f-^e sera de mettre au net toute cette suite de pièces, de peur d*en perdre-la trace. Mon voyage ici, ne m'a pas été tout-à-fait Hipiile pour mon objet. J*y ai acquis sur la source de mes malheurs des lumières iioUvelleB, donti^aiera bon que le publie a venir soit instruit. Jc^vous recommande mes plantes sèches. Ce recueil fait en Suisse me sera bien précieux en Angleterre, où j'espère m*en occa* per. Si vous pouvez remettre à mademoiselle Le Yasseur une copie du Lévite, ou un brouiHon qui doit être parmi mes papiers , je vous en serai fort obligé. Vous savez qu'il y a parqlli mes estampes une épreuve d'une petite filleqoi baisé un oiseau, et que cette épreuve vous étoit destinée. Je vous en parle, parceque cette estampe est charmante , et qu'elle ne se vend point. 11 doit y en avoir deux en noir el une en rouge ; choisissez. M. Watelet a'ranimé icf mon gûAt pour les estampes , pKt celles dont il m'a fait cadeau. Je veux vx>us faire faire tennoissance avec hii.Lorsquevousfereumprimermes écrits, il se chaffera volontiers de la direction des planches, et e^est un grand pokitque cet article soit bien exécuté.
J'ai cherché le moment peur écrire à M. de Vautra vers, à qui je dois des remerctmens ; je n'ai pu le trouver dans ce tourbillon de Paris, où je suis entraîné ; je suis ici dana mon hftlel de Saint-Simon , comme Sancho dans son Ile de Barataria i en représentation toute la jour-
née. J'ai dm monde de tous états, depuis l'in* stant où je me lève jusqu'à celui où je me couche, et je suis forcé de m'habiller en public. Je n*ai jamais tant souffert ; mais heureusement cela va finir.
On écrit de Genève que vous êtes en relation avec M. de Voltaii^ ; je suis persuadé qu'il n'en est rien ; non que cela me ftt aucune peine, mais parce que vous ne m'en avez rien dit. Je suis obligé de partir sans pouvoir vous donner aucune adresse pour Londres; mais, par le moyen de M. de Luze, j'espère que notre communication sera bientôt ouverte. J'ai le cœur attendri des bontés de madume la commandante, et Ue l'intérêt qu'elle prend à mon sort. Je connois son excellent cœur, elle est votre mère ; je suis malheureux, comment ne s'intéresseroit-elle pas à moi? Quand je pense à vous, j'ai cent mille choses à vous dire ; quand je vous écris, rien ne me vient, j'achève de perdre entièrement la mémoire. Grâces au ciel, ce n'est pas d*elio que dépendent les souvenirs qui m'attachent à vous. Je vous embrasse tendrement.
à MADAME DE CRÉOUI.
Au Temple, le T' Janvier I1C6L
Le désir de vous revoir, madame , formoit un de ceux qui m'attiroient à Paris. La nécessité, là dure nécessité, qui gouverne toujours ma vie, m'empêche de le satisfaire. Je pars avec la cruelle certitude de ne vous revoir jamais : mais mon sort n a point diangé mon âme ; l'attachement, le respect, la reconnoissance, tous les sentimens que j'eus pour vous dans les momens les plus heureux, m'accompagneront dans mes richesses .jusqu'à mon dernier sou-
Pir n.
k MADAME LATOUR.
LeSJanTier 1766.
Je pars, chère Marianne, qvec^le regret do n'avoir pu vous revoir. Je n'ai pas plus oublié " que vous ma promesse ; mais- ma situation la
(*) M'accompagneront dans met ridiefses... Cert le teite de rëdiilon ortflDale donnée par Poogect en 479S( peUt in^S, page 33). Mali le mot richesses n'offre ici aucan sens; c'est ! sans doute détresse outraverses qull taudroitrabsUtucr. G. P.
CORRESPONDANCE
rendoit conditionnelle : p]ai(|[ne94noi sans mû condamner. Depuis que je vous ai vue, i*ai un nouvel intérêt de n'ôtre pas oublié de vous. Je vous écrirai, je vous donnerai mon adresse? Je désire extrêmement que vous miaimiez, que vous ne me fassiez plus de reproches, et encore pins de n en point mériter. Mais il est trop tard pour me corriger de rien ; je resterai tel que je stii^, et il ne dépend pas plus de moi d'être plus aimable, que de cesser de vous aimer.