PARALYSIE LABIO-GLOSSO-LARYNGÉE
Mais, il est temps, je crois, d'en arriver à la démonstration de notre cas. Elle pourra, je pense, être faite rapidement, après les préliminaires dans lesquels nous venons d'entrer.
Notre malade, vous ai-je dit, est âgé de 33 ans. Après avoir exercé toutes sortes de métiers, il est aujourd'hui au service de la Compagnie du Gaz. L'hérédité nerveuse ne semble pas exister chez lui. Pas de maladies antérieures dignes d'élre notées; toutefois, j'insiste sur ce fait que, pendant une période de six ans y de 24 à 30 ans, il a eu des attaques qu'il fait connaître à l'aide d'une description et d'une mimique des plus caractéristiques. On y retrouve l'aura, l'arc de cercle, les grands mouvements; le malade assure qu'il ne perdait pas connaissance. Cependant, plusieurs années auparavant, étant âgé de 20 ans, à la suite d'un grand bruit qui lui avait occasionné une violente terreur, il aurait perdu momentanément l'usage de ses sens. Il se marie, il y a trois ans, et les attaques cessent. Sans cause connue, autre qu'une laryngite accompagnée d'aphonie, il devint peu de temps après subitement muet. Entré dans le service de M. Rigal, il guérit au bout de quelques semaines, subitement, par l'application du miroir laryngoscopîque. C'est il y a trois semaines que, à la suite de la même cause, à savoir : une laryngite de quelques heures de durée, le mutisme se reproduisit.
Vous voyez que notre malade présente tous les caractères classiques du mutisme hystérique tel que nous l'avons décrit. Je lui ordonne de crier, de parler, de chuchoter, il ne peut absolument rien faire de tout cela, et quand on insiste, il se sert du geste caractéristique de porter la main à sa gorge comme pour nous dire que là est son mal. Pourtant, il meut parfaitement sa langue et ses lèvres dans tous les sens. De même il peut écrire et traduire ainsi très convenablement sa pensée, à
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la vérilé, dans un style qui se ressent forcément de son éducation fort incomplète.
Dans le cas actuel, en dehors des caractères spéciaux du mutisme, les crises antérieures sont les seuls symptômes que nous puissions invoquer en faveur de rhystérie, car notre malade est indemne de tous stigmaies. Le mutisme se présente donc ici à titre d'accident hystérique solitaire, monosymptomatique, et cependant, nous n'hésiterons pas un seul instant, pour les raisons que nous avons fait, je l'espère, sufDsamment ressortir, & le considérer comme parfaitement légitime.
J'en viens à noire second malade. Je laisse de côté T&ge de 72 ans, car la maladie bulbaire eût pu se développer vingt ans dIus (ôl, et nous connaissons des hystériques hommes de 40 ans et plus. Mais, j'insisterai sur le début lentet progressif de celte difficulté de la parole : s'il ne peut parler, ce malade crie encore, tout au moins. II y a paralysie et atrophie de la langue ; sa bouche est élargie, ses lèvres pendent et donnent à sa physionomie un air pleurard. Malgré cela, rarliculation des mots n'est pas complëlement perdue ; il peut encore, diCBcilement à la vérité — mais il le peut, — prononcer des paroles indistinctes. Chez lui, ce n'est pas la perte de la mémoire des moLvements d'articulation qui existe, ce n'est pas laphasie motrice qui est en scène, mais bien Yanarthrie^ conséquence de la paralysie des mouvements généraux de la langue et des lèvres.
J'ajouterai que le malade laisse involontairement échapper sa salive ; que la déglutition est très difficile ; que quand il boit, le liquide sort par le nez ; qu*enfin, la nuit, il a des accès de suObcation.
Vous voyez, Messieurs, après ce parallèle, qu'entre nos
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deux malades, il n'existe, en somme, que des ressemblances grossières, et bien que le second, comme le premier, présente un contrasle entre la faculté d'écrire facilement qui lui reste et rimpossibilité de se faire entendre par Tarliculation, il est bon de relever que ce dernier phénomène n'esl pas, dans les deux cas, de même ordre et reconnaît, au contraire, un mécanisme tout à fait différent.
Je terminerai celle leçon par une démonstration expérimentale, en vous présentant deux cas de mutisme arliGciellement provoqués chez deux hystériques hypnotisables. Avant Tépreuve qu'elles ont subies, ces deux femmes n'avaient jamais été en rapport avec des muets hystériques, alors qu'elles fréquentaient journellement, au contraire, des malades atteintes d'anartbrie, par paralysie labio-glosso-laryngée. Cependant, vous reconnaîtrez sans peine, chez elles, des caractères identiques à ceux que nous relevions tout à l'heure dans le mutisme hystérique spontané. Elles aussi ne peuvent ni crier, ni articuler une parole, ni même chuchoter; et pourtant, les mouvements généraux de la langue et des lèvres sont indemnes de cette perturbation ; elles continuent à pouvoir s'exprimer par récriture et la mimique ; leur intelligence est restée complète.
Je vous les présente éveillées mais encore muettes, et je dois vous dire maintenant comment on peut produire artificiellement ce phénomène du mutisme. La malade étant plongée dans la période somnambulique de l'hypnotisme, vous commencez par causer quelques instants avec elle ; puis, vous approchant d*elle de plus en plus, vous faites mine de ne plus ni l'entendre ni la comprendre. Elle fait alors effort pour parler plus haut, mais vous continuez le même jeu et ne paraissez pas comprendre davantage qu'auparavant. Il arrive alors que la voix du sujet baisse progressivement. L'aphonie au dernier
terme est complète ainsi que l'impossibilité d^articuler. Ce mutisme artificiel, obtenu pendant la période somnambulique, persiste, comme vous voyez, à Tétat de veille. Je n'oserais pas le laisser se prolonger trop, car j'ai remarqué depuis longtemps que les accidents hystériques artificiellement produits dans rbypnotisme sont d'autant plus difficiles à faire disparaître à Tétat éveillé, qu'on les a laissés persister plus longtemps *.
Messieurs, la possibilité de faire naître artificiellement le syndrome mutisme hystérique^ par voie de suggestion, nous paraît désigner suffisamment le point de départ de tous les phénomènes, comme aussi elle fait soupçonner du même coup le mécanisme de leur développement ; c'est dans 1 ecorce grise des hémisphères cérébraux — je crois pouvoir l'admettre sans m'avancer trop, — qu'il faut chercher la lésion dynamique d'où dérivent les symptômes dont il s'agit et le mécanisme qu'il convient d'invoquer ici n'est autre que celui qui, suivant nous, rend compte de la production des paralysies dites psychiques ou mentales, si vous l'aimez mieux.
Cette théorie, aujourd'hui fondée sur un nombre considérable de faits et d'expériences, est applicable, vous le savez, à beaucoup d'affections hystériques, particulièrement à celles qui naissent sous l'influence d'une cause occasionnelle, telle qu'une violente émotion, un traumatisme, etc. C'est là un sujet qui nous a occupé maintes fois, dans plusieurs de nos précédentes leçons, auxquelles je renverrai ceux d'entre vous qui voudraient acquérir, à cet égard, de plus amples informalions *.
1. Le malade hystérique qui avait assistée une partie de la leçon parait avoir été vivement impressionné par tout ce qu'il y a entendu dire. Le lendemain matin, peu de temps après son réveil, il retrouva subitement la parole.
; . Voir, en particulier, les Lt-çons XXI et XXII.
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Deux nouveaux cas de paralysie hystéro-traumatique chez rhomme, fragmenis d'une leçon de M. Cuarcot (1886), recueillis par MM. Babinski et Berbèz.
(Voir les Leçons XX, XXI et XXII.)
!• cas de paralysie hystéro-traumatique survenue a la suite
d'un ACaDENT DE VOITURE '.
Le nommé Le Log..., né dans un petit village de Bretagne, est âgé de 29 ans , une de ses cousines germaines a été atteinte d*épilepsie (chute, cri, morsure de la langue, etc.), une de ses sœurs, morte dernièrement de fièvre typhoïde, avait eu des attaques de nerfs.
Lui a été atteint d'une fièvre typhoïde, à la suite de laquelle il est resté aphone^ pendant plusieurs mois.
Il est venu à Paris, à Tàge de 12 ans, sachant à peine le français ; aujourd'hui il sait lire, mais à peine écrire. Les gens qui le connaissent font l'éloge de son caractère ; il s'est montré plusieurs fois bon et secourable. G*est un garçon rangé, nullement triste, non alcoolique. Il exerçait la profession de garçon de cuisine et, dans ces derniers temps, faute d'ouvrage, il était entré au service d'une marchande de verdure, aux halles. Son occupation consistait à vendre le matin aux halles, et, dans l'après-midi, tous les deux ou trois jours, il allait à Saint-Cloud, chez un fournisseur, chercher delà verdure qu'il rapportait à l'aide d'une petite voiture à