‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot. t.1- (volume 2)Chapitre 132 sur 166 · PARALYSIE HYSTÉRO-TRAUMATIQUE · texte numérisé non relu

PARALYSIE HYSTÉRO-TRAUMATIQUE

Reine. Il est très vraisemblable qu'il a éprouvé là une commotion cérébrale intense, suivie de cette forme d'amnésie que IHM. Ribot et Azam ont décrite sous le nom d'amnésie traumatique rétrograde.

Quoi qu'il en soit, il fut donc transporté à Beaujon où il resta pendant 5 ou 6 jours sans connaissance ; des sangsues, des sinapismes ont été appliqués ; un sac de glace a été maintenu sur sa tète. Revenu à lui, il se montra fort surpris de se voir à Thôpilal; il ne se souvenait absolument de rien de ce qui s'était passé. Ce n'est que plus tard, après les avoir entendu raconter autour de lui, il l'avoue lui-môme, que les circonstances de l'accident telles qu'il les raconte se sont présentées à son esprit.

Plusieurs faits relatifs à son séjour à Beaujon méritent d'être signalés : i® II sentait ses membres inférieurs comme morts : il ne pouvait d'abord les élever au-dessus du lit qu'en les soulevant à l'aide de ses mains. Au bout de quelques jours cependant, il put quitter le lit et sortir de l'hôpital pour se rendre chez lui en partie à pied ; 2® Il portait de grandes taches noires (ecchymoses) sur la hanche et sur Taine droite, ainsi que sur l'abdomen ; 3^ 11 souffrait de la tête comme il en souiïre encore aujourd'hui.

Au sortir de Beaujon, il resta huit jours couché dans son hùtel. Là apparaissaient les épistaxis abondantes qu'il n'a pu arrêter qu'en se tamponnant à l'aide d'un chiffon et qui se sont depuis reproduites plusieurs fois.

Etant sorti de chez lui pour aller voir des amis, il fut pris chez eux d'une grande attaque, précédée d'une sensation de boule remontant au cou, et dans laquelle il y eut perte de connaissance. Il fut alors placé sur un brancard et conduit à THôtel-Dieu.

Il fut placé là sous la direction de M. le D' Capitan, chef de clinique de la Faculté qui nous a donné les renseignements suivants concernant l'état de Le Log..., pendant le séjour de deux mois qu'il fit à THôtel-Dieu. Durant la première semaine, le malade n'a pas cessé d'être plongé dans le coma. A son réveil, il a présenté, pendant deux jours, tous les caractères du mutisme hystérique. Epistaxis fréquentes, plusieurs tamponnements. L' impuissance motrice des membres inférieurs, d'abord imparfaite, est devenue peu à peu complète.

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M. Capitan a bien voulu, le 25 mars, nous adresser le malade. Voici les symptômes permanents que nous avons observés chez lui, en dehors des crises qui seront tout à Theure décrites.

Le malade est couché dans le décubitus dorsal, prostré, silencieux, comme absorbé, ne répondant que lentement et comme à conlre-cœur aux questions qu'on lui adresse. Du jour, au lendemain, il varie dans son récit ; évidemment la mémoire est assez profondément altérée et Tintelligence déprimée. La physionomie d*ailleurs exprime la Iristesse, Thébétude, la stupeur même par moments, d^ailleurs, pas d^embarras de la parole.

II se plaint d*une céphalée gravative et, quand on lui touche légèrement la tête et qu'on frôle le cuir chevelu, il parait vivement souffrir. Il dit avoir la nuit des flammes devant les yeux, des rêves fatigants, et, en tout temps, des battements dans les tempes et des bruissements d'oreilles.

En examinant la face, on remarque que la commissure labiale gauche est élevée et de ce côlé la bouche enlr'ouverte. Cela avait fait penser d*abord qu'il y avait là, à droite, paralysie du facial inférieur. Mais avec plus d'attention on reconnaît qull s'agit d*un spasme dans le domaine du facial gauche, se traduisant par des secousses tantôt lentes, tanlût précipitées, dont la commissure labiale de ce côlé est le siège. — La langue, tirée hors de la houc'ie, n'est pas déviée.

Le malade est maigre ; son pouls plutôt lent et faible. La peau des extrémités est chaude et habituellement couverte de sueur. La transpiration sur ces parties est même, par moments, extrêmement abondante. La langue est naturelle, la température centrale normale. Le malade mange peu, mais il mange.

Les membres supérieurs ne présentent aucune trace de paralysie, ni d'insensibilité, seulement la force dynamométrique des mains est assez faible : à droite 40^, à gauche 35^. On remarque que les mains présentent un léger tremblement qui s'accentue notablement quand le malade porte un verre à sa bouche.

Mais c'est l'état des membres inférieurs qui réclame surtout une mention spéciale. Les mouvements volontaires y sont tellement afi*aiblis que Le Log... peut à peine les détacher du plan du

KÉTRËi'ISâKllE.NT DU CUAUI

lit. II ne résisle que très [leu aux mouvements de flexion et dV^ tension qu'on lui imprime, au niveau des diverses jointures; ma

certainement il n'y a point de flaccidité des membres ; ils ne retombent pas lourdement, comme des masses inertes, quand, après les avoir uo instant soulevés, on les abandonne & eux-

mêmes. La station debout est possible, le sujet étant soutenu par deux aides, mais il oscille et menace de choir quand on lai dit de fermer les yeux ; impossible, du reste, de faire un pas en avant ; malgré tous les efforts qu'il fait, les pieds restent littéralement fîxés sur le sol. Si les membres ne sont pas flasques, ils ne présentent pas non plus les caractères de la paralysie spasmodique ; pas d'exagération des réQexes rotuliens, pas de trépidation par redressement de la pointe du pied.

Les troubles de la sensibilité observés aux membres inférieurs sont des plus remarquables. Ils portent à la fois sur la peau et sur les parties profondes. Pour ce qui concerne ces dernières, on reconnaît que les tractions, les mouvements de torsion très vigoureusement exercés sur les diverses jointures, hanche, genoux, coude-pied, etc., ne produisent pas la moindre douleur, pas même la moindre sensation ; quand les yeux sont fermés, le malade ignore absolument les altitudes que Ton imprime aux divers segments de ses membres inférieurs. Ainsi, Tun des membres est-il élevé, fléchi au pied, au genou, à la hanche, posé sur Tautre, le malade n'en sait rien absolument; à la peau, les piqûres, les pincements, l'application du chaud et du froid, restent inaperçus.

En raison de leur caractère très accentué, aussi accentué que possible, et de leur extension sur toute la surface des membres inférieurs, les troubles de la sensibilité offrent donc un contraste profond avec des troubles moteurs. D ailleurs, pas d'atrophie des muscles dont les réactions électriques sont normales ; pas traces de paralysie de la vessie et du rectum.

La recherche des stigmates hystériques donne les résultats suivants : Anesthésie absolue du pharynx, on peut enfoncer le doigt jusqu'à l'épiglotte et le maintenir là, longtemps, sans j.rovoquer la moindre réaction. Le goût est totalement perdu, une pincée de sulfate de quinine est appliquée sur la langue, sans<|ue le malade puisse dire de quoi il s'agit. Il y a de plus anosmie ; obnubilation de l'ouïe des deux côtés ; rétrécissement concentrique du champ visuel très prononcé à droite et à gauche [fig, H3); nous avons déjà signalé l'hyperesthésie permanente du cuir chevelu, laquelle s*exaspère aux moindres attouchements, aux moin-

LIICTATIOM PARTICULIËHE DE l'aKESTHÉSIB 417

dres rrôlementB. Les frôlements dont il est question provoquent l'apparition des battements dans les tempes et des brûlis dans iee oreilles.

Les attaques sont représentées de la façon suivante : douleur dans un des flancs, sensation de boule qui remonte jusqu'au cou, menaces d'iilouITement, battements dans les tempes. Lo plus son-

vent, une ëpistaxis termine la scène. Les choses, de ce c6lé, ne vont pas plus loin.

On doit faire ressortir maintenant d'une façon toute particulière le mode de limitation que présente du côté de Tabdomen et du tronc, tanetthétie des membres inférieurs chez notre malade. En avant (/îjr-â^]> cette limite est représentée par une ligne qui suit le pli de

l'aine de chaque cûlé, jusqu'à l'épine iliaque antérieure, résenant les organes génitaux ; en arrière, c'est une ligne qui sait {fig. 95], l'insertion des muscles fessiers, réserrant au centre une sorte de V qui correspond au sacrum. Celle disposition est bien d'iSérente de celle qui s'observe dans les cas où l'anesthéaie des meiDbres inférieurs est la conséquence d'une lésion organique de li

rlquci bjpnuiiisblu [(wrLoJc •omn^abullque].

moelle épinière, soit, par exemple, d'un foyer de myélite partielle siégeant vers le milieu de la région dorsale et intéressant plus ou moins profondément la substance grise centrale. En pareil cas, l'aneslhésie des membres inférieurs s'étendrait sur la région inférieure de l'abdomen, et se délimiterait, on le sait, des parties saines, par une ligne à peu près perpendiculaire à l'axe du tronc.

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