‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot. t.1- (volume 2)Chapitre 135 sur 166 · GUÉRISON SUBITE DE LA PARAPLÉGIE · texte numérisé non relu

GUÉRISON SUBITE DE LA PARAPLÉGIE

et demande incessamment à changer de place dans la salle où il est couché, se plaignant constamment de ses voisins qui « Tagacent », Il a de l'insomnie, et il est souvent tourmenté par des rêves pénibles relatifs aux détails de son accident tels qu'il les a imaginés. Sa mémoire, d'ailleurs, paraît considérablement affaiblie. De Taccident lui-môme il ne se rappelle rien, quoi qu'il en dise, et il y a lieu de croire que tout ce qu'il en raconte il Ta rêvé et inventé inconsciemment, amplifiant tout ce qu'il a entendu dire à ce sujet. Même pour les faits antérieurs à Taccident, il y a dans son esprit des lacunes énormes. Ainsi, il ne peut dire le nom d'aucun des patrons chez lesquels il a travaillé, ni désigner leurs demeures, etc.

On remarquera que ces divers phénomènes rappellent de tous points les troubles psychiques qui, avec ou sans l'accompagnement de manifestations hystériques, se montrent fréquemment en conséquence d'un choc nerveux {Nervotis Shock]^ plus particulièrement quand le choc a été précédé ou suivi d'une commotion cérébrale physique. Ces accidents-là ont é!é parfaitement décrits par MM. Skae, Page, Westphal, Moeli, Krafft-Ebing, et tout récemment par M. Guder». Il est clair que chez le pauvre Lelog... ils aggravent la situation déjà assez compliquée autrement. Les phénomènes qui relèvent de l'hystérie chez l'homme sont, par eux-mêmes, souvent fort sérieux, surtout quand ils sont d'origine traumatique, en raison de leur ténacité, de leur durée, de leur résistance aux médications les plus rationnelles. L'existence de la psychose traumatique vient ajouter encore à la gravité du pronostic, car il ne serait pas difficile de citer des exemples où cet état devenu incurable s'est terminé par la démence.

i. Westphal. Charité Annalem. Jahr., 1878, S. 379. — Kiegler. Die im Eisenbahndiensle York, Derufskrankh, Berlin, 5 888. — Moeli. Ueber psychiS' rhe Stœrungen nach Eisenbahmim. fallen. (Berl. Klvi, Woch., 1881, n» 6.) — Krairi Ebing. Lehrb, der Psychiat, 1883, p. 188. — P. Guder. Die Geistesslorungen nach Kopfverleizutig. léna, 1886.

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Les détails qui précèdent relativement au cas de Le Log... datent du 19 avril 1886. Voici, en résumé, ce qui s'est passé chez lui depuis cette époque. Pendant toute la durée des mois de mai et juin, aucun changement appréciable. Les attaques avec saignement de nez ont été fréquentes et intenses. La* mauvaise humeur et parfois la stupeur persistent ; de temps à autre un peu d'anurie. Le malade se nourrit mal; il vomit souvent. Sueurs profuses. Vers le milieu de juillet, les attaques prennent un caractère spasmodique plus accentué. Le malade se débat davantage ; il esquisse Tare de cercle, déchire ses vêtements ; on est obligé de l'attacher. Cependant, au'milieu de ces désordres, les membres inférieurs restent immobiles. Les épistaxis sont plus rares et moins abondantes au fur et à mesure que les convulsions tendent à prédominer. Le 15 août 1886, le malade a eu le matio une attaque convulsive très bien dessinée; il n'y a pas eu d*épistaxis. Pendant Tattaque, à un moment donné, on a vu les membres inférieurs s'agiter et les pieds venir frapper avec tant de force contre les barreaux du lit que celui-ci en a été déplacé. L'attaque terminée^ le malade est descendu de son lit et s'est mis à marcher, d'abord avec une certaine hésitation, longeant les murs et s'appuyant sur les objets environnants; mais, au bout de quelques heures, la marche est devenue absolument normale.

Néanmoins, l'anesthésie cutanée et profonde persiste, à un degré très prononcé encore, dans les membres inférieurs. Les autres stigmates, à savoir le rétrécissement du champ visuel, l'anesthésie pharyngée, etc.. nont pas subi de modification appréciable.

Depuis cette époque, les attaques sont devenues plus rares et moins intenses. L'amélioration, en ce qui concerne les mouvements des membres inférieurs, ne s'est pas démentie; le malade marche de mieux en mieux ; il est sorti plusieurs fois de l'hospice pour aller voir ses amis et a fait d'assez longues courses sans trop de fatigue. Cependant la torpeur cérébrale subsiste toujours à un certain degré, et les stigmates ainsi que l'anesthésie des membres inférieurs, ne se sont en rien modifiés (l**" novembre i886).

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