Voir la Leçon XX
AMYOTROPIIIES HYSTÉRIQUES 481
est-il possible de comparer l'atrophie dont nous nous occupons ici avec Tamyotrophie qui résulle d'une lésion organique des cornes anlérieures de la moelle ou des nerfs moteurs et qui constitue le type de la lésion trophique ? — Il est sans doute indispensable d'établir enlre ces deux variétés d'alrophie une distinction fondamentale. Mais il faut aussi bien remarquer que l'expression de « trouble trophique » n'implique pas fatalement l'idée d'une altération matérielle du système nerveux, appréciable à nos moyens dlnvestigalion ; elle signifie simplement que l'action incontestable, exercée par ce système sur la nutrition des tissus, est modifiée ou supprimée; or, cette modification ou celte suppression peut être purement dynamique, et c'est évidemment à un phénomène de cet ordre que nous avons affaire ici.
M. Charcot a, du reste, fait ressortir que Ton connaît déjà dès atrophies comparables à ces atrophies hystériques. Les amyotrophies qui sont consécutives aux affections articulaires sont aujourd'hui considérées par la généralité des médecins, conformément à l'opinion que MiM. Charcot et Vulpian soutiennent depuis longtemps, comme reconnaissant une origine léflexe et résultant d'une modification dans l'état des cellules des cornes antérieures de la moelle ; il est vrai que ce n'est encore là qu'une hypothèse, car on ne saurait guère fournir une démonstration absolument rigoureuse de cette manière de voir ; mais elle s'appuie sur de très grandes probabilités. Or, il s'agit là d'une altération purement dynamique du système nerveux; les centres gris de la moelle et les nerfs périphériques sont normaux ; l'atrophie musculaire est, comme dans l'hystérie, une atrophie simple.
M. Charcot a encore rapproché l'atrophie hystérique d'une viriété d'atrophie que j'ai récemment signalée et qui s*appuie sur un fait observé à la Salpétrière ^ Il s'agit d'une amyotro-
I. Dabinski. — Société de ùiologie, séance du 20 février 1886. CuARCOT. Œuvres complètes, t. m, Système nerveux. 31
phie développée da cAté panlpé, dans mie liènaiplégie de cause cérébrale suiTÎe de dégéoéralîon descendante, et qui était indépendante de toote lésion des cornes antérieures de la moelle et des neris moteors. Dans ce cas, il ne peut même plus y avoir de contestation an sujel de Torigine de ralrophie musculaire, conmie dans Tamyotrophie articolaire où Tantopsie n'a pas encore parlé ; il est certain qn^elle dépend do système nerveux central ; or, puisque les cornes antérieures de la moelle constituent le centre trophique des muscles et qu'elles ne sont pas altérées organiquement, il faut bien admettre qu'elles le sont dynamiquement. La seule différence entre cette variété d'atrophie et Tatrc^hie hystérique est que, dans le premier cas, la modification dynamique des cornes antérieures est consécutive à une altération organique du cenreao et du faisceau pyramidal, tandis que, dans le second cas, les modifications des diverses parties du système nerveux sont toutes dynamiques.
Quelles que soient, du reste, les hypothèses que Ton puisse soulever au sujel de ces observations, un Eût important et incoD tes table s'en dégage, c'est que l'atrophie musculaire peut relever direclemenl, contrairement à l'opinion régnante, de rtiy^lérie, et qu'il s*agit alors d'une amyotrophie simple <•
1. L'existence de Tainyotrophie sur un membre affecté de contracture hyslérique a été signalée très explicitement par M. F. Kalkofl, dans sa thèse inaugurale, faite sous la direction de M. Seeligmuller. (Beitraege zur differenlial Diaynose der hysieritchen und der kaptulfren Hemianesthtsie. Halle, 1^84.)
MUTISME UYSTÉRIQG'E 483
Du mutisme hystérique * .
(Voir la Leçon XXVI.)
Parmi les manifestations si variées de rhystérie, il en est une qui n'a peut-être pas, jusqu'ici, attiré Tattenlion connue elle le mérite ; c'est le mutisme. M. le professeur Charcot a traité ce sujet, dans ses leçons ', à propos de quelques malades dont il a bien voulu me permettre de rapporter les observations. De ces observations, je rapprocherai quelques faits recueillis dans divers auteurs français et étrangers et qui appartiennent évidemment à la même catégorie.
Eu égard au nombre de malades, hommes et femmes, atteints d'hystérie, on peut dire que le mutisme est un phénomène relativement rare. On le trouve à peine mentionné dans les travaux anciens sur ce sujet et dans un certain nombre d'observations plus récentes, il a été en partie confondu avec l'aphonie; tout au moins l'interprétation que donnent les auteurs tend à faire admettre cette confusion.
Si l'on voulait dépouiller toutes les observations de névrose hystérique, si l'on cherchait dans les documents historiques, on trouverait à coup sûr un plus grand nombre de faits qui
1. D'après les leçons de M. Charcot, par M. Cartaz. (Voir Progrès mëUr cal, 1886).
2. Leçons de décembre 1885. (Voir la Gaz» des hôpitaux du 12 janvier 1SS6).
484 APl'ENDICE
répondent aux caractères de ce syndrome clinique. L'histoire du fils de Crésus, rempli de perfections, dit Hérodote, mais muet et recouvrant subitement la parole au moment où ud soldat ennemi va frapper son père, celte histoire est peul-êlre un exemple de mutisme hyslérique. Nous nous en tiendrons à des observations plus modernes.
Briquet, dans son Traité^ dit que « Taphonie et plus souvent la dysphonie, car les malades peuvent encore parler à voix basse, se rencontrent de loin en loin chez les hystérique i. »
<« L'aphonie est d'aulant plus complète qu'elle résulte et de la paralysie des muscles du larynx et de la paralysie des muscles du diaphragme. » Briquet cite cependant Tobservation suivante de mutisme due à Watson {Philosoph. Tramact., XIV). Une jeune femme était depuis longtemps sujette à de violentes convulsions fréquemment suivies de paralysie temporaire des muscles qui avaient été le plus fortement aCTectés; après un accès, elle perdit complètement la vue pendant cioq jours; une autre fois, elle perdit la parole qui revint au bout d'un temps très court. Les convulsions se reproduisaient de temps en temps, elle perdit de nouveau la parole et en resta tout à fait privée pendant 14 mois; pendant ce temps, la santé se rétablit. Enfin un jour, après avoir beaucoup dansé, elle recouvra la parole et fut guérie. »
On trouve dans les mémoires de l'Académie des sciences (1753) l'histoire d'une jeune fille de quatorze ans frappée de paralysie et de perle de la parole par suite de frayeur,
Wells [Mcdic. Communications y 1790) rapporte l'histoire d'une femme qui, au sortir d'une attaque hystérique, s'aperçut qu'elle ne pouvait ni parler, ni émettre aucun son, bien qu'elle fût en pleine possession de ses facultés intellectuelles. Une nouvelle attaque lui rendit la parole.
En 18jo, Sédillot présentait à l'Académie des sciences Thii-
MUTISME nYSTÉRIOUK 485
toîre d'une malade alleînle de mutité et d'aphonie depuis douze années, et qui fat guérie par l*éleclricité.
Rîchter (de Wiesbaden) a publié un fait plus curieux : celui d'une femme hystérique qui devenait aphasique régulièrement tous les jours; l'inlelligence ne paraissait nullement altérée. L'accès se terminait par une abondante évacuation d'urine.
Bateman {Gaz, hebdomad,^ 1870) signale quelques cas. d'aphasie hystérique et rappelle qu'à la Société médicale des hôpitaux (1867), à propos de fails de celte nature, M. Moreau regardait ce phénomène comme vulgaire. D'après ce qu'il m'a été donné d'observer dans le service de M. Charcot, je ne crois pas que l'aphasie hystérique soit si commune que semblait le dire M. Moreau. M. Logroux, dans sa thèse d'agrégation sur Taphasie, signale la possibilité de celte manifestation chez les liystériques, et ajoutant toutefois qu'il ne faudrait pas la confondre avec le mutisme plus ou moins obstiné de certaines malades.
Dans l'observation intéressante qu'ils ont publiée et que je résume plus loin, MM. Liouville et Debove semblent rapporter le mutisme à une paralysie musculaire : « D autres fois, disent-ils, elle (la paralysie) intéresse certains appareils musculaires, tels que celui du larynx et alors, selon son degré, elle produit l'aphonie ou le mutisme. »
Le professeur Revilliod (de Genève), qui a eu pendant longtemps dans son service l'hystérique qui fait le sujet de l'observation I, cherche dans une paralysie d'un nerf spécial l'explication des phénomènes d'aphonie et de mutisme présentés par le malade. Trois aulres cas qu'il a observés en même temps sont publiés dans un mémoire fort intéressant paru dans la Revue de la Suisse romande.
J*ai pu recueillir un certain nombre de faits de ce genre ; en joignant aux observations prises dans le service du professeur Charcot les plus importantes de celles qui ont été
publiées jusqu'ici, j'ai rassemblé une vingtaine de cas. L'examen attentif des malades que j'ai pu suivre permet de reconnaître dans ce mutisme un trouble psychique •central, analogue à celui qui amène la paralysie d'un membre, rabolidon de tout ou partie du champ visuel, etc. C'est de l'aphasie, mais comme Ta fait remarquer M. Charcot, une aphasie à type caractéristique qui permet, pour ainsi dire, de diagnostiquer sa nature à première vue et de la distinguer des diverses formes d'aphasie de cause organique. J'ai résumé la plupart des faits sans m'attacher à une escription minutieuse des diverses manifestations qui caractérisaient, chez ces malades, l'hystérie. J'ai cependant fait exception pour le premier cas que je relate longuement, en raison des détails intéressants de l'histoire du sujet et de Texamen qui en a été fait par nos confrères de Genève et de Lyon.
Obs. I (communiquée par M. Charcot). — Ch..., âgé de 37 ans, entré, le 8 novembre 1885, salle Bouvier, service de M. le professeur Cliarcot. Gomme antécédents de famille, voici ce qu'il nous apprend :
Grand-père paternel, mort d'une affection de l'œsophage. Les frères et sœurs de ce grand-père étaient tous robustes et bien portants : Tun d'eux est mort à 78 ans. Le fils d'une des sœurs (par conséquent le neveu du grand-père) était d'une humeur chagrine, un peu hypocondriaque et a fini par se suicider. Grand'mère maternelle, très nerveuse, morte à 72 ans, d'un catarrhe (?). Il y avait eu, dans sa famille, un aliéné, mort dans une maison de santé. Grand -père maternel mort d'accident. Grand-mère maternelle morte d'un catarrhe, a eu un fils alcoolique et considéré comme irresponsable. Père, mort d*ane laryngite tuberculeuse à l'ùge de 57 ans; avait des crises épileptiqoes. Mère nerveuse, très emportée, morte de phtisie; a eu huit enfants dont Ch. est l'atné. De ses sept frères et sœurs, un frère est mort du croup à l'âge de 3 ans; deux sœurs sont mortes de
MUTISME UYSTÉRIQUE 487
phtisie, à 24 et 26 ans. L'une d'elles était sujette à des crises de nerfs et à des attaques de sommeil cataleptiques. « Au réveil, elle était aphone; elle articulait très nettement, mois si bas, si bas qu'il fallait une extrême attention pour la comprendre. » Les quatre sœurs sont vivantes; deux sont souffreteuses, sans muiadie définie. Une de ces dernières a un fils rachitique et colérique.
Gh. a eu une enfance maladive; à 12 ans, il fut cloué au lit pendant 5 à 6 mois par une maladie de langueur. Le médecin le traitait pour de Tanémie. « Le moindre bruit, dit-il, me faisait tomber en syncope; on ne pouvait causer auprès de mon lit. » A deux reprises, pendant son séjour au collège, il a eu des hémoplysies. On Tavait surnommé le philosophe à cause de son caractère taciturne. Au sortir du collège, il entra, dans une école, comme aide-instituteur, puis resta quelque temps dans un grand établissement horticole privé.
A la suite de discussions de famille et de chagrins d'amour, il quitta la Suisse, son pays natal, pour aller s'engager dans la légion étrangère. Pendant son séjour en Algérie, il se laissa aller à boire de l'absinthe, contracta des fièvres intermittentes. La guerre de 1870 éclate ; son régiment vient en France. A Vierzon, il resta huit jours dans un état de délire, causé, dit-il, par des accès de fièvre. 11 rejoint son régiment et, dans le cours de la campagne de l'Est, reçoit une balle dans le coude gauche (17 janvier 1871). La blessure nécessita l'amputation du bras qui fut pratiquée par le D' Mollière (de Lyon). Il rentre en Suisse et est admis comme gérant d'un dépôt du département des postes. C'est à cette époque (fin 1871) que survient la première grande manifestation nerveuse. Pendant un souper avec quelques amis, il est pris, vers la fin du repas, d'un sommeil invincible et s'endort accoudé sur la table. Ses camarades ne parviennent pas à le réveiller. Vers le matin, éclate une crise nerveuse avec délire terrible. Le médecin crut à une méningite aiguë ; le D*" Mayor, appelé en consultation, confirme ce diagnostic. Le surlendemain, le malade revenait à lui. Rechute, quelques jours plus lard; application de sangsue?, crise nerveuse encore plus terrible que la
essouflé et obligé de s'arrêter un moment poor ee reprendre. 11 évite de parler spontanément.
On constate au laryngoscope que les cordes vocales sont bien tendues, mais ne se ferment pas complètement an milieu, lorsque le malade prononce les différentes voyelles, laissant ainsi échapper inutilement une grande quantité d'air.
Le 18 juin 1884, Ch. quitte Thôpital parlant spontanément et couramment sans difficulté. Il accuse seulement de la sécheresse du cou après une longue conversation.
Le traitement a consisté en faradisation et» depuis le 6 mai, en injections sous- cutanées d'un milligramme de sulfate de str3'chnine. Plaques de cuivre en collier. — En quittant Genève, Ch. trouve un emploi à Lyon. Le li septembre 1882, il est trouvé sans connaissance sur son lit. Une saignée le ranime ; mais au réveil, il est de nouveau muet et paralysé du côté gauche. Il entre dans le service du D' Raymond Tripier, àTHôtel-Dieu, où il reste huit mois, soumis à un traitement consistant en bains lièdes, électricité, toniques et bromures. Au dire du malade^ à Texanoen laryngoscopique, on trouva les cordes vocales dans le même étal constaté par M. Revilliod.
A sa sortie de l'hôpital, il reprend sa vie tourmentée, éprouve de nouveau des étouffements et des vomissements (de bile et de sang); son sommeil était tourmenté par des visions, des cauchemars. En janvier 1883, il va à Valence faire des recouvrements et le lendemain, on le trouve endormi à Thôtel ; il fut transporté à l'hôpital où il se réveilla muet et encore paralysé du côté gauche.
Il revient alors à Genève et rentre dans le service du IK Revilliod, jouissant de l'intégrité de son intelligence et de toutes les fonctions, mais absolument muet. L'examen laryngoscopique donna les mêmes indications que la première fois. Le 4 juin, nouvelle crise de sommeil cataleptique. La parole revient quelques jours plus tard et il sort le 21 juillet.
Le malade n'a pas voulu s'étendre en détail sur les événements qui ont marqué les années 1884 et 1883. Ce qu'on peut apprendre, c'est qu'il a eu, en 1884, cinq crises nerveuses ressemblant aux
MUTISME hystérique: 4H{)
mande son admission à Thôpilal, le 11 février 1881 , ne présentant comme phénomène pathologique que ce mutisme absolu et un peu d'engourdissement du côté gauche.
L'examen laryngoscopiquc, très facile par le fait d'un degré assez prononcé d'anesthésie du pharynx, permet de constater les lésions suivantes (D' Wyss): L'abduction et l'adduction des cordes vocales se font comme dans l'état normal, lorsque le sujet prononce les voyelles e, i; le seul acte qui manque à Tordre mental, c'est la tension de ces cordes. Bien que rapprochées, elles restent sinueuses, festonnées, détendues, flottant plus ou moins selon la force du courant d'air inspiratoire et expiratoire. Si, dans ces conditions, le sujet est invité à augmenter l'efl'ort nécessaire pour produire un son, les cordes vocales, au lieu de se tendre en se rapprochant, arrivent subitement, comme mues par un ressort, à se toucher hermétiquement, dans toute leur longueur, de sorte que, non seulement aucun son n'est produit, mais que la respiration suspendue exige un effort inspiratoire comme un soupir qui remet les choses en ordre.
Notre malade passe ses journées à lire, à écrire de vrais mémoires dans lesquels il décrit ses diverses impressions. Le 15 février, il écrit avoir prononcé ces mots : « Non, en avez-vous besoin », puis avoir été incapable de continuer, la gorge s'étant contractée et comme obstruée par un obstacle. Sa respiration fut également plus gênée qu*auparavant.
Après quelques séances de faradisation des muscles crico- Ihyroïdiens et sur le trajet du laryngé supérieur, il arrive à pouvoir donner quelques sons pendant la séance, puis quelques voyelles, mais sans précision, l'intonation ne se faisant qu'à la fîn de l'expiration. La même chose se passe lorsqu'on lui fait penciier fortement la lôte en avant ou lorsqu'on relève le bord inférieur du cricoïde. Mais ces exercices fatiguent beaucoup le malade, bien qu'il s'y soumette bien volontiers, convaincu qu'ils accélèrent le moment de sa guérison.
Le 30 mars, il prononce les voyelles assez facilement, les consonnes avec plus de peine. Le 30 avril, il parle et lit à haute voix, mais non sans fatigue. Après dix minutes de lecture, il se sent
ellipsoïde dAau d<^faut d'action des Ihyro-aryténoïdiens, muscles tenseurs et adducteurs. Mais il ne sort aucun son, ni sourd, ni voilé, rien. Quand on lui fait prononcer certaines consonnes, le malade arrive, par le jeu des lèvres, à produire un léger bruil, purement labial. En provoquant une expiration forcée, on détermine également une sorte de bruit, qui ne répond en réalité à aucun son vocal.
Ch. a eu quatre attaques d'hémiplégie accompagnée d'aphasie, toujours avec persistance de Tintelligence. Aussi, quand on rinlerroge, le malade ne cherche-t-il pas à faire des mouvemenfs des lèvres pour exprimer ce qu'il veut dire. Il saisit immédiatement avec vivacité la plume, le papier et répond dans un slyle imagé, souvent humoristique, qui dénote une intelligence bien au-dessus de la moyenne. Quand on l'engage à faire les mouvements des lèvres nécessaires pour la prononciation des mots, des consonnes, il esquisse ces mouvements, mais le mot ni la consonne ne sont prononcés. De même pour siffler, il resserre et avance les lèvres, mais il ne se produit aucun son.
Les mouvements de la langue sont très libres ; il n'existe aucun trouble de la déglutition et le malade est très affirmatif sur ce point, qu'à aucune de ses attaques d'hémiplégie, il n'a eu de déviation de la bouche ou de la langue. Au réveil, il lui semblait seulement qu'il avait quelque chose dans le cou qui l'einpôchail (le parler.
Ch. est sorti de l'hôpital à la fin de novembre, toujours muel. Quelques jours après, la parole revint subitement, sans cause émotionnelle ; mais il conserva pendant quelques jours du bégaiement. A la suite de ses autres attaques, la parole n'était pas revenue tout à coup; il avait commencé par bégayer, répétant deux fois la même syllabe, si le mol est trop long ou trop comjïle.xe. Il dit que Tair semble lui manquer pour finir les mots.
Les journaux nous ont appris que Ch. avait été trouvé peu de jours après, endormi dans son hôtel.
Obs. II (communiquée par M. Charcot). — M. S... Félix, de Madrid, âgé de 26 ans. Antécédents héréditaires inconnus; a eu
MUTISME HYSTÉIIIQCË 41^3
une enfance maladive, sujet à des angines fréquentes, à des épistaxis ; une de ces hémorrhagies a été assez forte pour nécessiter un tamponnement nasal. Il a souffert, dans sa jeunesse, de maux d'estomac, de malaises indéfinissables de nature névropathiquCi Il vit dans un milieu difficile et son oncle est pour lui une cause d'efFroi, à cause des remontrances qu'il lui adresse sans cesse. En 1880, d'après le témoignage de son médecin espagnol, le malade aurait eu la syphilis, mais lui le nie absolument. Il fut ccr pendant soumis à un traitement spécifique et c'est à la suite d'une cure thermale, faite dans une station d*eaux sulfureuses, qu'il eut la première crise convulsive. Depuis cette époque (3 ans), il a eu de fréquentes « attaques >> avec perte de connaissance, que, le plus souvent, il ne prévoit pas. On regarde ces crises comme épilepliques et d'origine syphilitique. Un traitement spécifique des plus énergiques fut institué et les crises n'en devinrent que plus longues, plus violentes et plus rapprochées ; depuis quelque lem[)s, ces attaques sont suivies de perte de la parole. L*aphasie dure quelques jours et tout rentre dans Tordre.
Cest dans ces conditions que M. S... se présente à la consultation de M. Charcot. Il est muet depuis sa dernière attaque. Ces attaques sont assez subites, mais il ne se mord Jamais la langue et il n*urine pas sous lui. L*œil est vif, intelligent, la langue peut se mouvoir aisément dans toutes les directions, il n'existe aucune déviation de la face. Le malade peut faire les gestes de siffler, soutfler; la déglutition n'est pas gênée, mais il ne peut prononcer un mot ; il ne peut crier, il ne peut émettre aucun son. Quand on lui parle, il comprend parfaitement, saisit immédiatement une plume el écrit, avec orthographe, en français, bien qu'il soit espagnol, sans le moindre embarras, des réponses très nettes. Celte circonstance, à notre avis, caraclérisque, fit soupçtmner l'hystérie. M. Charcot fit déshabiller le malade et reconnut une hémianalgésie droite; de ce côté, la sensibilité est obtuse à la poitrine et au bras pour la piqûre el pour le froid. Il existe un certain degré d'hypereslhésie dans la région dorso-lombaire ; mais pas de véritables points hystérogcnes, ni dans les testicules, ni dans les aines et fosses illiaques. En plongeant le doigt dans le
pharynx, on constate qu'il y a peu de réflexes. L*exanien laryngoscopique n*a pas été pratiqué. L*examen des yeux, pratiqué par le D'' Parinaud, montre un rétrécissement très prononcé du champ visuel avec contracture de Taccommodatiôn.
Le membre supérieur droit est atteint de chorée analogue à la chorée post-hémiplégique.
Le malade f\it soumis à un traitement tonique, bromure et à l'hydrothérapie.
La parole revient quelques jours après, mais il bégaye un peu.
Un mois plus tard, le 10 novembre, il existait toujours de Tbémianalgésie à droite et de Thémichorée des membres supérieur et inférieur droits. Pour le membre inférieur, Thémichorée est visible, surtout quand le malade est assis.
Voici des spécimens des réponses du malade au moment de son départ, quelques jours plus tard.
n Je suis..., je suis allé faire. »
« Oui, oui, je parle un peu mieux. »
« Com..., commet) t. »
Ou lui fait lire un journal :
« Tous... tous les préparatifs sont..., sont faits pour..., pour la conférence..., on sait de source auto... autorisée, etc.
On lui fait lire un journal espagnol, c'est la même chose.
Au bout de quelques semaines, disparition complète des accidents.
Obs. m (communiquée par M. Gharcot). — Bill... Antoinette, âgée de 21 ans, entrée à la Salpêtrière, service du professeur Charcol, issue d'une famille de musiciens. Sa mère est morte des suites d'une hémiplégie à l'âge de 49 ans. Elle-même n'a eu qu'une fièvre typhoïde. A Tâge de 19 ans, à la suite d'une frayeur (huissiers qui venaient faire une saisie), elle a été prise de chorée qui a duré six mois, puis de mutisme qui a duré huit jours et a été suivi de bégaiement. Le mutisme reparaissait par intervalles, à la suite de crises accompagnées d'étouffements, de constriction de la gorge, de sensation de boule, de douleurs dans les jambes, que la malade qualifie de crampes, avec gonflement.
Depuis, est survenu du hoquet avec spasmes respiratoires, mais elle n'a pas eu de gremdes attaques d*bystérie. Le bégaiement ni le mutisme ne s*étaient jamais montrés avant cette peur. Anesthésie à gauche ; ovaire gauche. Pas d examen laryngoscopîque.
Obs. IV. — Larch... Sydonie, âgée de 19 ans, entrée à la Salpê- (rière, service de M. Charcot, le il avril 1885.
Pas d'antécédents héréditaires ; pas d'antécédents personnels. Cependant la malade se plaignait souvent de douleurs dans la région ovarienne droite.
Le 9 avril à 10 h. 1/2 du soir, elle éprouve une grande frayeur (elle entre dans une chambre où se mourait une jeune fille). La nuit est agitée avec cauchemars. Le lendemain, à 6 heures du matin, la main droite laisse brusquement échapper le seau à ordures qu*elie descendait dans la rue ; parésie du membre supérieur droit. Elle remonte se coucher. A dix heures, un médecin qu'on a appelé constata la perle absolue de la parole ; la malade ne sait ni lire ni écrire.
A son arrivée à Thôpilal, mutisme absolu ; mais la malade comprend ce qu'on lui demande, au moinç répond-elle par signes à des questions simples. La commissure labiale est un peu relevée au repos et surtout quand on la fait sourire : la langue semble un peu déviée à droite. La malade peut cependant facilement souffler une bougie. Sensibilité un peu émoussée du côté droit. Sens du goût et de l'odorat intacts. L'audition est un peu moins bonne à droite qu'à gauche ; le tic-tac d'une montre est perçu à droite à 9 centimètres ; à gauche à 34. Rétrécissement du champ visuel à droite. Pas de dischromalopsie.
Les réflexes du voile du palais sont peu prononcés ; degré assez prononcé d'anesthésie du pharynx. A l'examen du larynx, on constate une intégrité parfaite de la muqueuse des diverses parties de l'organe ; les cordes vocales sont dans l'abduction complète. Si l'on dit à la malade de pousser un son, de dire é, de crier, on voit les cordes vocales se rapprocher incomplètement, en laissant un espace ouvert ellipsoïde (défaut de tension du
496 APrENDlCE
ihyro-arylénoïdien). Il ne sorl aucun son; la malade ne peut non plus parler à voix basse. Le mutisme est absolu. Il n'existe plus trace de la parésie du membre droit.
Le 24 avril, sans aucun traitement, le rétrécissement du champ visuel a disparu ; le sens de Touïe s'est amélioré ; la tension des cordes vocales se fait plus complètement et dit: tel puis..., non. >)
Le 6 mai. La malade prononce quelques paroles. Il n*y a plus d'apparences de déviation de la bouche.
Celte observation peut prêter à discussion et M. Charcol, au moment de Tadmission de la malade, n'était pas disposée voir là un cas d'hystérie, en raison des phénomènes de dévialion de la bouche et de la langue. Aussi ne publions-nous le fait que sous réserve, bien qu'il nous semble rentrer dans la catégorie des manifestations hy.stériques.
La malade est sortie du service quelques mois après, non guérie.
Obs. V. — Gué..., entré à la Salpétrière, service de M. Charcol.
Homme, âgé de 30 ans. La première attaque nerveuse eut lieu en septembre 1882. Depuis le mois de janvier 1885, les attaques ont élé, ce qui ne se produisait pas auparavant, toujours suivies d'aphasie passagère. Ces attaques, très violentes, sont classiques (aura, perle de connaissance, période tonique, clonique, elc). Quand le malade reprend connaissance, il ne peut plus parler; il pousse des sortes de gloussements qui viennent appuyer et confirmer les gestes par lesquels il exprime sa pensée ou ce qu'il écrit. Il comprend très bien ce qu'on lui demande et écrit nellement ses réponses. Ce phénomène dure un temps plus ou moins long, qui parait en rapport avec la violence de l'altaque ; la durée moyenne est de 4 à 5 minutes.
Cet élat s'accompagne de phénomènes subjectifs : constriction delà gorge ; à mesure que celle sensation de pression disparaît, le malade recouvre la parole.
MUTISME nYSTÉIlIOUE 497
Chez Gué..., pendant cet état de mutisme, la sensibilité réflexe du voile du palais est conservée, comme, du resle. à Tétat normal.
Ce mutisme a eu des phases plus longues, de plusieurs heures et de plusieurs jours. A la date du 24 février 1885, une crise a été très violente, avec spasmes et accès de suffocation ; l'aphasie a duré six jours. A diverses reprises, attaques, laissant du mutisme, qui se dissipe parfois après une nouvelle crise. D'autres fois, c'est spontanément que la parole revient; il sent que « quelque chose se relâche dans sa gorge ».
Obs. VI. — Lip..., entré à la Salpêtrière, service de M. Charcot; sculpteur, âgé de 20 ans. Le 16 juin, étant au restaurant, il a été pris tout à coup d*aphasio, en même temps que de surdité: il n'entendait plus ce qu*on lui disait. Cette surdi-mutité serait survenue à la lecture d'une lettre dans laquelle son père lui reprochait sa conduite et lui refusait de l'argent. A son arrivées l'hôpital, il n*entend pas quand on lui parle tranquiilem'^n t ; mais si on parle fort et près de son oreille, il compren i. Il répond très nettement par écrit, soit en français, soit en polonais, aux questions qu'on lui pose par écrit, ou en parlant très haut. Pua de paralysie, pas de troubles de la sensibilité. Les mouvements de la langue et des lèvres se font sans difficulté. L'intelligence est intacte.
Le mutisme n'est pas absolu comme le jour où il a perdu la parole ; il prononce a, e. Les jours suivant?, il parait présenter de l'amnésie motrice ; on écrit devant lui Varsovie en français et en slave, il ne peut prononcer le mot d'une façt)n sal.afais.uite : il dit Vavie et Vava au lieu de Varcliava. Au contraire, en écrivant, il montre très bien qu'il a parfaitement compris Varsovie : il répond, en écrivant, sans la moindre hésitation.
Ces phénomènes persistèrent pendant une q'iinzainc do jour*., époque à laquelle la parole revint et la surdité commença à s'p.tténuer.
Je ne fais que résumer en quelques mots Tobservalion sui-
Chargot. Œuvres complMcs, t. ni, Système neiveux. 32
vante d'aphasie hystérique, chez une enfant de onze ans. On trouvera Thisloire détaillée de la pelile malade dans la thèse du D*" Peugniez, élève du service de M. Charcot. {De f hystérie chez les enfants, llièse de Paris, 1883.)
Obs. Yll. — Marie D..., âgée de 11 ans, entrée à la Salpélrière le 21 avril 18^5, service de M. le professeur Charcol.
Le père a eu des convulsions fréquentes ; le frère de son ^raiid-père était hémiplégique. Mère bien portante. Cousinç maternelle enfermée dans un asile d*aliénés. Frère ayant eu des convulsions.
Les phénomènes hystériques datent de l'année 1884. Au commencement de février 1885, crises convulsives, contracture, etc.. La voix s'affaiblit graduellement à partir de ce moment, et la malade devient aphasique. Depuis trois mois, elle ne prononce que quelques mots : Ah, maman, je, pa...
Altérations du goût, de Todorat ; rétrécissement du champ visuel, achiomatopsie. La malade répond: Ah, oh, aux questions. Le 11 mai, à la suite dune vive frayeur, elle crie: « Méchante, j'ai peur » ; et à partir de ce moment, la parole revient.
0ns. VllI (publiée par le D*" Thermes, France méd., 1879, p. 200).
M"'' X..., âgée de 21 ans. Le 13 février 1876, à la suite de l'impression du froid humide, du moins au dire de la malade, elle fut prise de toux, et bientôt la voi.\ ne tarda pas à se modifler dans son timbre et dans son intensité... L'examen laryngoscopique (pratiqué par Isambert) ne révéla aucune lésion organique, ni aucun phénomène inllammatoire, elle diagnostic fut: paralysie des cordes vocales par défaut d'innervation des muscles du larynx et en i)articulier des crico-thyroïdiens. En conséquence, les courants induits furent consedlés et appliqués par Isambert lui-même. Mais, au lieu de l'amélioration habituelle et attendue, l'aphonie flt des progrès et dégénéra rapidement en mutisme. Les médicaments les plus variés furent employés: révulsifs, bromure... Rien n'v fit.
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.... Durant un traitement par les bains Ihermo-résineux, nous eûmes le loisir d'examiner M*^ X.... et certains symptômes subjectifs et objectifs nous firent penser à un mutisme greffe sur une hystérie à forme non conyulsive ou plutôt à une hystérie dont une des manifestations avait envahi la région laryngée et, en particulier, les muscles tenseurs des cordes vocales. Il y avait donc paralysie du pncuniogaî=?tri<|ue dans la portion laryngée et, dans l'espèce, paralysie des filets moteurs du laryngé supérieur.
L'examen laryngoscopique, fait à ce moment (février 1877) par Kriàhaber, révéla que la corde vocale gauche était immobilisée, que le bord hbre occupait la ligne médiane et divisait l'aire glottique comme la perpendiculaire dans un triangle isocèle. L'aryténoïde correspondant n'opérait plus ses mouvements de rotation sur son axe. La corde vocale gauche paraissait plus courte que l'autre, à cause de sa laxité et parce qu'elle était masquée par l'aryténoïde. Le pharynx était légèrement hyperémié.
Prescription : hydrothérapie. A la première séance, cri de surprise , lemulismeest changé en aphonie incomplète. Après une dizaine de douches locales et générales, l'aphonie disparaît peu à peu, si bien que quinze jours après la première douche, la voix a repris son timbre et son intensité habituels.
Sous rinûuence de Témolion causée par une chulc, attaque
conyulsive, au sortir de laquelle la voix était reperdue, le mutisme revenu complet. Ceci se passait en i877.
La famille s'adresse à un pseudo-médecin. Au bout de ce temps (février 1878), le mutisme est toujours complet. Hydrothérapie comme la première fois, même résultat. M"* X... pousse un cri et la voix est instantanément recouvrée; mais ce n'est que momentanément. Cependant, au mutisme a succédé l'aphonie incomplète; il y a du chuchotement, et les mots arrivent affaiblis et sourds jusqu'à l'oreille, mais sont nettement perçus. L'amélioration va progressant jusqu'à guérison, et la malade, au moment où l'auteur publiait son observation, n'avait pas eu de rcchule depuis dix mois.
Obs. IX.— (Liouville et Debove, Progrès médical, 26 fév. 1876;. — Jeune Olle de 18 ans, hystérique, d'une santé habituellement excellente. Sa mère a de grandes attaques. Une sœur, âgée de 13 ans, a des attaques fréquentes et depuis deux mois, elle esl prise d*un tremblement que plusieurs médecins ont qualifié de chorée hystérique. Le père lui-même est très nerveux.
Jusqu*à ces dernières années, Thystérie ne 8*était manifeslée que par des attaques incomplètes. Il y a 18 mois, la malade fut péniblement impressionnée par des discussions et des scènes violentes qui eurent lieu entre son père et sa mère; c'est à ces chagrins domestiques qu'elle fait remonter, et probablement avec raison, l'origine de ses accidents. Vers ce moment, en effet, elle devint aphone, ne put plus parler qu'à voix basse, et, dans l'espace de deux mois, l'aphonie devint du mutisme; dès lors elle ne put même plus émettre un son. Dans la maison qu*elle habitait, on l'appelait la muette. Elle communique avec les personnes qui l'entourent au moyen d'une ardoise sur laquelle elle écrit ce qu'elle ne peut dire. La malade est entrée plusieurs fois à l'hùpital. Tous ceux qui l'ont examinée ont été d'accord sur le diagnostic de paralysie hystérique des muscles du larynx. Divers trailenienls ont été suivis sans succès.
Le iO novembre 1873, elle fui amenée à riIùlel-Dieu. Elle n'a pas de boule hystérique, pas d'Iiémianeithésie, pas de troubles des organes des sens. Les ovaires el particulièrement Tovaire gauche sont douloureux à la pression. En un mot, en dehors des troubles laryngiens et de la douleur ovarienne, la malade ne parait présenter rien d'anormal.
La paralysie laryngée n'est pas seulement une paralysie du mouvement; elle est aussi une paralysie du sentiment. On peut promener le doigt dans l'arrière-gorge, chatouiller lépiglotie, sans i)rovoquer de mouvements réflexes, sans que la malade en éj)rouve aucune gêne. L'examen laryngoscopique, pratiqué parle D' Moura, fit constater une paralysie des cordes vocales; celles-ci font un mouvement presque imperceptible lorsque la malade cherche à émettre un son.
La compression de l'ovaire amena quelques accès d'une tous
sèche, puis quelques cris étoufTés. Enfin, la malade put articuler ces mots d'abord d'une voix presque imperceptible : « Vous me faites mal. » Les jours suivants, la compression fut continuée (cinq à dix minutes chaque séance), l'émission du son devint plus distincte et la malade cessa d'être muette; elle n'était plus qu'aphone, elle pouvait parler, mais à voix basse et pour ainsi dire en soufflant ses paroles.
Obs. X. — (Debove, Soc, méd. des hôp,, 10 nov. 1882). — X..., atteint à diverses reprises de crises hystériques avec délire, contractions irrégulières de la face, etc.. ; à certains moments, X.., n'est plus agité, mais ne peut parler; il correspond par écrit avec les personnes qui l'entourent et répond ainsi aux questions. La crise finit par céder, le sommeil survient sous l'influence de fortes doses de chlural et de morphine.
Obs. XL — (Seveslre. Soc. méd, des hôp,^ 1882). — Halz...,âgé de 22 ans, entre le 14 avril dans le service de Sevestre pour une paralysie du bras gauche survenue brusquement la veille. II a déjà eu en 1870 et 1874 deux attaques subites de perte de connaissance, en 1877 des troubles passagers de la vision, des amauroses fugitives qui se répétèrent en 1880. Il y a deux ans, après une de ces attaques de cécité, il devint aphasique pendant huit jours; la parole revenant, la vue disparaît, et ainsi à plusieurs reprises.
Le 12 avril, il est pris d'une attaque d'aphasie; il est ainsi jusqu'au lendemain, puis brusquement recouvre la parole, mais s'aperçoit que son bras gauche est inerte. Le 14, on constate cette paralysie avec hémianesthésie gauche incomplète; le lendemain, la paralysie disparait. Pas de dyschromatopsie.
Du 14 au 28 avril, le malade continue à présenter cette alternance de phénomènes passagers.
Obs. XII. — (Sevestre, ibid). — G... Léon, ùgé de 25 ans, est sujet à des crises qu'on peut arrêter en comprimant le testicule. A la suite d'une de ces attaques, le malade fut pris de contracture
occupant lout le côlé droit du corps; en môme temps, il était dans rimpossibililé de parler, bien qu'ayant conservé rinlégrilé parfaite de l'intelligence. Après quelques jours cependant, et progressivement, la parole revint et la contracture cessa.
Obs. XIII. — (Sevestre, ibid). — Chez un infirmier de son service qui consulte M. Seveslre pour des douleurs de ventre, on constate une hémianesthésie droite; la peau, la conjonctive, la muqueuse nasale sont insensibles. Le malade raconte que, trois mois environ après le début de cette hémianesthésie, un malin en s'éveillaiit, il tomba à terre, sans perdre connaissance, mais resta 48 heures sans pouvoir parler.
Obs. XIV. — (Wilks, Diseases of the nervous System, 1883, p. 463). — Jeune fille de 22 ans, gardant le lit depuis plus d'une année pour une afl'ection de la moelle. Six mois avant de prendre le lit, elle avait eu de temps en temps des impossibilités de parler (speech had begun to fail) et depuis un an, elle n'a pu prononcer un seul mot. Elle répond par des signes de tôle et en écrivant sur une ardoise. Wilks, consulté pour cette m dade, crut reconnaître un cas d'hyslérie et promit la guérison si la malade voulait venir à rhôpilal. Après un premier refus, elle se décida et Wilks lui parlant avec sévérité menaça de dévoiler son imposture en public. On lui retira son ardoise, elle se mit alors k remuer les lèvres, comme si elle ne pouvait parler. Après bien des efi'orts, et des séances d'électricité, on arriva, au bout de la semaine, à lui faire dire oui, non, à voix basse. La voix revint peu après, et la paralysie des jambes disparut également d'une façon complète.
Obs. XV. — (Wilks, ibidem^ p. 465). — Femme de 28 ans, gardant le lit depuis 4 ans et demi. Elle avait eu des nausées, des douleurs dans les jambes; un jour, en voulant quitter le lit, elle a perdu Tusage de ses jambes. Durant ces quatre années, les symptômes ont souvent varié, paralysie des mains il y a 15 mois. Depuis dix mois, elle ne peut plus parler; la perte de la voix a été subite; elle communique avec les personnes de son entourage en
écrivant sur une ardoise. Tous les Irailemenls ont été essayés sans succès. Elle entre dans le service du D''Wilks, le 7 avril 1886. Comme dans le cas précédent, [)ar la persuasion morale et par Télectricité, on arrivera à la gui3rir. Pendant une séance de faradisalion, le 24, elle s'écria: Oh ! doarl yes. Elle put ensuite parler lentement et recouvra la parole d'une façon complète. La paralysie des jambes disparut plus lentement.
Obs. XVI. — {Revue de la Suisse romande, 1883 ; ob^. 2 du mémoire de Revilliod). — Homme de 48 ans, admis à l'hôpital cantonnai, comme sourd-muet et paralysé du côté gauche. Il ne sait ni lire, ni écrire. Paralysie complète du mouvement et du sentiment du côlé gauche, sauf à la face qui, quoique insensible, n'est pas déviée. Le bras droit est animé d'un mouvement rhythmique choréiforme presque continuel. Pendant que le bras exécute ce mouvement, la jambe est au repos complet. Mais essaie-t-on de chulouiller n'importe quelle parlie de la moitié droite du corps, la jambe droite répond par un tremblement clonique épileploïde très prononcé. Une légère percussion du tendon rotulien produit le même résultat. Vue presque nulle à gauche, normale à droite. Surdité complète des deux côtés. Mutisme absolu.
Au bout d'une quinzaine de jours de traitement tonique et de séances d'électrisation, on constate que le tremblement spontané du côté droit a diminué. Du côté gauche, appparaissenl quelques mouvements volontaires. EnQn, un beau jour, après une séance d'électrisation, le malade se met à pousser des hurlements de joie, accompagnés d'un rire sauvage. Peu à peu, l'ou'ie reparaît. Lorsqu'on lui crie très fort dans l'oreille, le malade manifeste qu'il a entendu, puis il chuchotte quelques mots à voix basse. En môme temps, les mouvements et la sensibiUté reparaissent du côté gauche, firef, un mois après son entrée, le malade parle à voix basse mais assez distinctement pour donner des renseignements.
Après avoir eu des crises épileptiformes, il serait resté hémiplégique depuis 1869, et serait devenu sourd-muet depuis 1878.
Obs. XVII. — (Revilliod, obs. 3 du Mémoire.) — Femme de
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47 ans qui, sans avoir Thabilus hystérique, souffre depuis une dizaine d'années, presque conlinuellement des manifeslalions de celle névrose, vomissements incoercibles, toux ; enfin, mutisme avec douleur slernale et rachidienne. Ce mulisme a reparu à quatre reprises, durant de deux mois au minimum, à six mois au maximum, époques pendant lesquelles la malade ne pouvait tirer la langue, ni même ouvrir la bouche.
La perte et Je relourde la voix ne se sont jamais produits brus- (luemenl. La phonalion allait, au contraire, peu à peu en diminuant, avant de se suspendre tout à fait, de même qu'à l'approche de la guérison, les mois revenaient lentement, péniblement, d'abord très rares, par monosyllabes, puis de plus en plus nombreux et distincts.
Obs. XVIII. — {Paralysis of ihe larynx, par H. A. Johnson (Chicago), A'. York mcd. Joxnm., 14 nov. 1885). — H. B..., célibataire, âgée de 24 ans. Pas de changement dans la forme ou la structure du larynx. Les cordes vocales sont dans la position cadavérique. Santé bonne sous tous les rapports, menstruation normale, appétit bon. Traitée par le fer, la strychnine ; on lui prescrit de vivre autant que possible à l'air libre. On appliqua aussi les courants faradiques et galvaniques, les derniers interrompus. Aucune de ces mesures n'a amené de changement dans les fonctions de l'organe. Après quelques mois, elle partit pouri'Esl, puis de là en Europe, où elle consulta un grand nombre de laryngologistes, qui prescrivent le même traitement par la strychnine, Téleclriciléel les toniques.
Ces moyens avaient été de nouveau employés dans la pensée que, dans de nouvelles conditions et entre des mains plus habiles, ils pourraient réussir. Après avoir visité la Californie et la région méridionale de notre pays, la malade partit de nouveau pour l'Europe et alla passer un hiver en Egypte. A son retour, elle se confia aux soins du D** Ilughlings Jackson (de Londres) qui eut la bonne fortune de l'entendre parler, après cinq ans de silence. Pendant trois ans, elle n'avait même pas pu parler à voix basse, chucholée. Les cordes vocales étaient restées dans l'état
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décrit jusqu'à son retour d'Angleterre. A ce moment, elle parlait par moments à voix haute, mais pendant une partie du temps seulement. A Texamen, je trouvai que, dans l'effort de phonation les apophyses vocales se rapprochaient, mais qu'il persistait une ouverture triangulaire en arrière, en d'autres termes, qu'il y avait une paralysie des aryténoïdes, laissant un espace au travers duquel Tair s'échappait, rendant la phonation difQcile et par moments produisant l'aphonie complète. De cette époque à ce jour, c'est-à-dire plusieurs années, il y eut des périodes de quelques jours et accidentellement d'une semaine au plus, où la malade ne pouvait parler qu'à voix chucholtée.Elle est et a toujours été bien portante, mais elle est d'un tempérament lymphatique et se fatigue aisément. J'ai pratiqué à plusieurs reprises l'examen du larynx dans ces dernières années, sans trouver de modifications dans l'état de cet organe.
Il ne peut y avoir de doute qu'il s'agisse là d'une aphonie hystérique. L'intérêt du fait réside dans la continuité du trouble fonctionnel qui a résisté à tout traitement jusqu'à la visite de la maade au D** Jackson.
Le traitement du D' Jackson n'a pas différé beaucoup de ceux qui avaient déjà été essayés. On ne trouve aucune trace de dérangements utérins ou d'autres organes, qu'on rencontre ordinairement dans ces cas.
Obs. XIX. — (Communiquée par mon ami le D*" Chauffard). — L..., Léonie, domestique, âgée de 28 ans, entrée à l'hôpital de la Pitié le 27 mars 1885. Mère très nerveuse; père hypochondriaque. Il y a deux ans, la malade a eu de violents chagrins, puis une fausse couche. C'est à partir de ce moment que la voix a commencé à changer graduellement de caractère.
A son entrée, l'aphouic est complète; la malade chuchote à peine. Aucune douleur à la pression du larynx; anesthésie assez prononcée du pharynx. Signes de phtbisie pulmonaire commençante. La malade est très nerveuse, pleure sans motifs et entre dans des accès de colère violents.
Points hystérogènes au-dessous et en dehors du mamelon gau-
che, ainsi que dans la région ovarienne correspondante. Hémianesthésie complèle à droite.
L'examen laryngoscopique ne révèle aucune lésion, ni paralysie, ni conlractures. L'application du miroir est facile ; les cordes vocales sont blanches, parfaitement mobiles.
Peu après son entrée, survient un mutisme absolu ; au troisième jour, on fait une séance d'électrisation ; dès la seconde séance, la malade crie avec vigueur, et les jours suivants, la voix et la parole reviennent; il faut à la malade un certain effort ; l'articulation ne devient nette qu'au bout de quelques jours.
Obs. XX. — (Demme, Wiener mcd. Blatler, 18 déc. 1881). — L'auteur procédait à une op<5ration du tendon d'Achille pour un pied bot chez une petite fille de 6 ans, sans ane>:lhési<\ L'cnfanl était, avant Topéralion, gaie, jouant avec sa poupée et causant avec sa mère et son père. Au moment de la section du lendon, elle poussa un cri perçant, et à partir de ce moment, on ne put tirer d'elle aucune parole. Gela dura huit jours, pendant les [uels ayant retrouvé tout son entrain, elle répondait par signes quand on lui parlait. Le malin du neuvième jour, elle prononça « mamma » et le répéta trente ou quarante fois. Le quatorzième jour, son vocabulaire s'était enrichi des mots « papa, b'''b. s«'hlassen, tiniken » ; le dix-hnitième jour, elle en prononçait d'autres et depuis, tout est rentré dans Tordre.
La lecture de ces observations que j'ai rapportées un peu longuement, montre, qu'à peu de chose près, tous ces cas de mutisme sont identiques et présentent les caractères principaux suivants : début soudain, impossibilité de crier et de parler, conservation parfaite de Tintelligence, retour de la parole avec bégaiement spécial pendant un certain temps.
1° Le début est, en général, soudain ; à la suite d'une frayeur, d'une émotion quelconque, le malade est privé de la
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parole. Nous disons, en général, car dans certains cas (voy. obs. VIII, XVII, XIX) Taplionie cxistail depuis un certain temps avant la perte de la parole. Dans un cas de M Revilliod, il est dit que la phonation allait peu à pea en diminuant avant de se suspendre tout à fait.
C'est souvent après une attaque franche d'hystérie qu'au réveil, au retour du sentiment, on constate, avec ou sans autre paraly?îe, le mutisme absolu. D'autres fois, la perte de la parole arrive subitement, sans cause accidentelle bien appréciable.
2° Le malade est dans l'impossibilité de crier, d'émettre un son ; il est aphone, mais il est également aphasique, car il ne peut articuler les mots à voix basse.
Qu'on me permette une petite digression au sujet de cette distinction entre l'aphonie et l'aphasie. Les paralysies hystériques du larynx sont très fréquentes ; certains auteurs les considèrent môme comme les plus fréquentes dans la catégorie de l'hystérie. Ce sont elles qui fournissent, dans certains cas, au médecin, ce succès facile et toujours surprenant de guérir instantanément le malade, quelquefois par la seule application du miroir. Leur caractère est typique; survenues subitement, chez des sujets nerveux, elles sont le plus souvent bilatérales et portent sur les muscles tenseurs et adJucteurs, bien plus rarement sur les abducteurs. Suivant les muscles atteints, suivant le degré de paralysie, l'aphonie est plus ou moins complète. II y a extinction ou raucité de la voix ; impossibilité de parlera voix haute ; mais la voix chuchotée persiste. Le malade peut se faire comprendre parla parole à voix basse. Les muscles phonateurs ne fonctionnent pas ou fonctionnent mal et le sujet ne peut émettre un son ni parler haut, de façon à se faire entendre à dislance ; mais il n'est pas aphasique ; il peut s'exprimer à voix basse.