‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot. t.1- (volume 2)Chapitre 35 sur 166 · INTERVENTION CHIRURGICALE · texte numérisé non relu

INTERVENTION CHIRURGICALE

Nous sommes mainteDant en mesure de tirer parti do fait actuel; c'est un cas régulier, classique, sauf sur quelques points d'importance secondaire. Voici, en deux mots, l'histoire de la malade. Elle a été atteinte, à l'&ge de trente-trois ans, à la suite d'un séjour de plusieurs années dans une habitation humide et froide. La période douloureuse a duré six mois, les douleurs occupaient non seulement les membres supérieurs, mais encore le thorax ; la moelle dorsale était donc atteinte. La période paralytique a débuté par les membres supérieurs, peu après les membres inférieurs se sont pris ; quoi qu'il en soit, pendant plus d'un an, il exista une paralysie atrophique des membres supérieurs avec griffe radiale et une paralysie spasmodique des membres inférieurs avec flexion excessive : les talons touchaient les fesses. Au bout d'un an, soit sous l'influence d'un traitement qui a surtout consisté en application de pointes de feu sur la région spinale soit spontanément» il s'est fait une résolution progressive des phénomènes paralytiques et atrophiques, du cAté des membres supérieurs ; les mouvements de ces membres sont revenus aussi bien à l'avanlbras qu'au bras et à l'épaule ; les masses musculaires se sont développées, la griffe s'est effacée peu à peu. Dans les membres inférieurs, Tamélioration s'est faite à peu près parallèlement; l'exagération des réflexes tendineux a disparu, la rigidité musculaire ou, autrement dit, la contracture s'est effacée, les mouvemenis sont devenus libres, dans la plupart des jointures, à l'exception toutefois des genoux.

A ce moment, il ne s'agissait plus d'une flexion des genoux à angle aigu, comme autrefois, mais d'une flexion à angle obtus; et cette flexion n'était plus due à la contracture, car on pouvait produire dans la jointure les mouvements de flexion étendus et quelques mouvements d'extension ; mais quand on voulait dépasser une certaine limite, on était arrêté par une

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résistance mécanique en quelque sorte , dont le siège paraissait ôtre dans le creux poplité ; nous avons pensé que l'obstacle résidait dans les tendons des fléchisseurs raccourcis et aussi dans Tépaississement et Tinduration avec rétraction des tissus péri-articulaires.

Quoi qu'il en fût, l'extension complète était impossible et il en résultait un obstacle à peu près invincible à la station et à la marche.

Il y avait lieu de croire qu'une opération chirurgicale appropriée aurait pour effet de rendre aux membres leur mouvement d'extension normale ; car j'avais déjà vu que, dans certains cas de rigidité due à des rétractions fibreuses survenues dans le cours de la paraplégie du mal de Polt, de bons résultats sont produits par la section des brides fibreuses ou des tendons raccourcis. Je consultai alors mon collègue, M. Terrillon, qui se rangea k mon opinion, et voulut bien se charger de l'opération. La malade fut placée dans son service d'où elle est sortie ces jours-ci. Voici la note remise par M. Terrillon qui nous fait connaître les principaux incidents qui ont marqué le séjour de la malade dans son service.

Etat à rentrée. — Les jambes sont dans la demi-flexion. La peau, au niveau du genou, et même de la partie inférieure de la cuisse, est luisante, lisse, et adhérente aux parties profondes. Lorsqu'on fait des tentatives d'extension, on n'obtient qu'un mouvement limité, et on sent manifestement, au niveau du creux poplité, les tendons du demi-membraneux, du demi-tendineux et du biceps devenir durs et saillants. Il existe, à ce niveau, un épaississement considérable du tissu fibreux, formant une masse non circonscrite, dure, et qui paraît le principal obstacle au redressement du membre. La rotule, fortement appliquée contre les condyles, est immobilisée par l'induration fibreuse périphérique.

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D*après la façon donl se passent les quelques mouvements qui existent encore dans le genou, et d'après l'examen extérieur, il est presque certain qu'il n*existe aucune adhérence intra-articalaire et que l'impossibilité du redressement est due aux lésions do tissu fibreux périphérique.

A juillet. La malade est chloroformée, et on pratiqué, des deux côtés, la section des tendons du creux poplité signalés plus haut. En même temps une légère tentative de redressement fut pratiquée, mais sans insister, car, malgré la section tendineuse, la résistance due au paquet fibreux occupant le creux poplité était considérable. Appareil ouaté.

^juillet. Aneslhésie par le chloroforme. Tentatives violentes d'extension forcée, qui provoquent des déchirures avec craquement des tissus fibreux postérieurs, on ne va pas jusqu'à l'extension complète, dans la crainte de léser l'artère poplitée probablement englobée dans le tissu fibreux. La jambe droite est un peu plus étendue que la gauche. Les deux jambes sont de suite fixées dans des gouttières plâtrées remontant jusqu'à la racine des cuisses.

30 juillet. Nouvelles tentatives d'extension, et réapplication immédiate de l'appareil. L'appareil est enlevé le 15 août. Dès cette époque, la malade peut se tenir debout et marcher un peu ; depuis, les progrès ne se sont pas ralentis *.

En résumé, l'étude de la malade qui vient de vous être présentée fournil un certain nombre d'enseignements ; je me bornerai à relever les suivants M* La pachyméningite cervicale hypertrophique n'est pas incurable ; la paraplégie qu'elle détermine, alors même qu'elle est très accentuée, accompagnée de flexion de la jambe sur la cuisse et de longue durée, peut guérir ; 2''Mais, de même que cela a lieu dans le mal de Pott,

1. Pendant plusieurs mois, la marche est restée pénible à cause de Taffaiblisaement des muscles restés si longtemps dans Tinaction. Sous Tinnuence de l'électrisation mélhodiqu<s les fonctions se sont [vcu à peu rétablies, et aujourd'hui (4 mai 1))83) la malade peut circuler dans les cours do la Salpétriére et faire près d'un kilomètre sans trop do fatigue. Ch. K.

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ei probablement aussi dans d'autres cas de paraplégie par compression, la longue persistance de l'attitude fléchie des membres inrérieurs a quelquefois pour effet de déterminer dans les tissus péri-articulaires du genou et dans la région du creux poplité une induration et une rétraction qui, alors que Taffection spinale est guérie, met obstacle à Textension do la jointure ; 3* L'intervention chirurgicale est nécessaire en pareil cas ; elle seule peut délivrer le malade d'une complication qui, seule désormais, mettrait obstacle à la station et à la marche.

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