SEIZIÈME LEÇON
Spiritisme et hystérie * .
SouyAiKE. — Influence des cxcilalions inlellecluelles sur le développement de riiystérie : croyance au surnaturel, nu merveilleux ; pratique du spiritisme.
Relation d'une épidémie d'hystérie a>anl sévi sur les trois enfants d'une famille habitant un pénitencier militaire et adonnée au spiritisme.
Antécédents nerveux et rhumatismaux. — Description des attaques; hallucinations de la vue ; stigmates permanents et variables. — Conclusions.
Messieurs^,
Il esliticonteslable que tout ce qui frappe vivement Tesprit, tout ce qui impressionne fortement Timagination, favorise singulièrement, chez les sujets prédisposés, Tapparition de riiystérie. Parmi tous ces Iraumatismes des fonctions cérébrales, il n'en est peut-être point de plus efficace, et dont Faction ait été plus souvent signalée, que cette croyance au merveilleux, au surnaturel, qu'entretiennent et qu'exagèrent, boit les pratiques religieuses excessives, soit, dans un ordre d'idées connexe, le spiritisme et sa mise en œuvre. Il sufQt de rappeler quelques faits demeurés célèbres, tels que, dans les temps anciens, celui de la « Possédée de Loiiviers ' »>, dont
i. Leçon recueillie par M. Tin^LLs dk la TounETTE.
2. Procès-verbal fait pour délivrtr une fille possédée par le malin esptit à AoatuVr^ (1591). Bureaux du Progrès médical] BiOlioth^que diabolique. ifioWtrtion Bourneville\ 1883.
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rimaginalion avait été mise en tension constante, ayant la possession, parle malin esprit qui revenait chaque nuit dans la maison qu'elle habilait ; et, tout récemment, cette épidémie d'hystérie qui sévit sur six enfants de la même famille bretonne, qu'on avait bourrés à satiété de contes fantastiques dans lesquels les sorciers et les revenants jouaient les principaux rôles *.
Il nous a été donné d'observer une de ces petites épidémies dont je vais vous présenter les principaux acteurs et qui mérite une description particulière, tant au point de vue de son mode de développement que pour les documents qu'elle apporte à l'étude de Thyslérie chez les enfants et particulièrement chez les jeunes garçons. C'est dans un pénitencier militaire que se sont déroulés les faits qui vont suivre.
Le séjour dans un pénitencier ne doit pas être très agréable : de plus, par suite de Taménagement que nécessite un tel établissement, les logements mêmes des ofQciers-direcleurs se ressentent forcément de la tristesse et de la sévérité du lieu. Celui qu'habile M, X..., lieutenant-adjoint, est situé au troisième ; ou y accède par un escalier sombre, l'appartement luimême est peu éclairé, car toutes les fenêtres, qui donnent sur une cour intérieure, vaste, il est vrai, sont situées très haut, au-dessus du niveau du sol, étroites, et ne permettent qu'un faible accès à la lumière. M. X... qui habite le pénitencier, depuis 3 ans i/2, est actuellement Âgé de 43 ans ; il paraît assez intelligent, bien qu'il ait parcouru la carrière militaire avec une grande lenteur ; j*insisterai du reste bientôt sur son état mental. 11 possède une bonne santé physique habituelle et présente peu d'antécédents pathologiques : néanmoins, à TÀge de 13 ans, il souffrit d'une aScclion fébrile au début, et à la suite de laquelle il eut le délire pendant 6 mois.
i . Les possédés de Plédran, par le D'' Baratoux. in Pivgrcs Médical^ n* 23, 1881, p: 530.
ÉPIDÉMIE UYSTÉRIQUC 231
Madame X..., âgée de 36 ans el mariée depuis 1879, est une nerveuse; elle est irapalienle, vive, très émolive : jamais cependant elle n*a eu d attaques convulsives. Il n'en était pas ainsi de sa mère, morle au mois de mars 1884, à Tàge de 72 ans, d'une affection cérébro-spinale, et qui, tous les ans, avait à deux ou trois reprises des attaques d'hystérie nettement caractérisées. Notons encore que son père était un rhumatisant avéré.
M. et MmeX... ont eu quatre enfants : trois sont encore vivants; le quatrième est mort, probablement d'athrepsie, à râg« de 2 ans 1/2.
Voici l'aînée des trois survivants, Julie, âgée de 13 ans 1/2. Elle est née avant terme, à 7 mois 1/2, et demeura assez longtemps chétive, ayant été élevée au biberon. Depuis trois ans, elle est en pension, comme interne, dans les environs du pénitencier. Dès son bas âge, elle a toujours été fort nerveuse : au couvent, comme chez elle, elle était désobéissante, difficile à vivre, riant et pleurant pour un rien. En 1883, elle a été réglée pour la première fois : ces premières menstrues, qui étaient accompagnées de violentes coliques n'ont pas reparu. Tous les ans, elle vient passer ses vacances au pénitencier^ chez ses parents : ajoutons qu'elle n'a jamais été témoin d'une crise convulsive.
Je vous présente également le plus jeune des garçons, Fran-» çois, âgé de 11 ans, qui estpâle et anémique comme sa sœur: à Tâge de 14 mois il eut des convulsions, et, dès l'âge de 2 ans, il souffrit de douleurs rhumatismales dans les articulations des membres inférieurs, genoux et pieds. Ces douleurs qui, depuis cette époque, sont revenues à différentes reprises, sont assez vives pour le tenir au lit. Il est externe dans une pension voisine du pénitencier et revient tous les soirs coucher chez ses parents.
L'atné des garçons, Jacques, âgé de 12 ans, également ané-