‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot. t.1- (volume 2)Chapitre 81 sur 166 · THÉRAPEUTIQUE · texte numérisé non relu

THÉRAPEUTIQUE

C'est là ce qu'il s'agit de déterminer actuellement. Nous pourrions nous adresser aux moyens empiriques que nous possédons, relativement au traitement de l'hystérie : agents propres à relever l'état des forces, déchues à peu près toujours en pa« reille occurence ; application répétée des moyens esthésiogènes et, en particulier, électrisation statique ; pratiques hydrothérapeutiques prolongées, etc. Mais ces agents, dont il ne faut certainement pas négliger l'emploi, s'adressent surtout à l'état général et les résultats de leur mise en œuvre, en ce qui concerne la paralysie, si j'en juge d'après mon expérience, pourraient se faire attendre bien longtemps encore. Certainement notre action se montrerait plus efficace si, au lieu de reposer uniquement sur des notions empiriques, elle pouyait être fondée sur des bases physiologiques; si, par exemple, il nous était donné de reconnaître, du moins en partie, le mécanisme de la production de ces paralysies hystériques tranmatiques.

Ce problème, hérissé de difficultés de tout genre, nous allons, Messieurs, tenler de l'aborder cependant. Je ne vous promets pas, bien entendu, de le résoudre sur tous les points, mais dans la voie que nous allons suivre, nous efforçant d'approcher, autant que possible, du but à atteindre, nous rencontrerons peut-être des aperçus dont les conséquences pratiques ne seront pas à dédaigner.

Pour parvenir au point où je veux vous conduire, je prendrai un chemin en apparence détourné : je reviendrai une fois de plus sur un sujet qui nous a occupés déjà \ je veux parler de ces paralysies singulières qui ont été désignées sous le nom de paralysies psychiques, paralysies dépendant dune idée

1. J. M. Charcot, Lezioni cUniche delt anno scolaslico 1881-84 sulle malattie del sistema net-voso, redatte dal D^^ D. Miliotti. — SulU paralisi pttchiche, p. 103, 110. Milano, 1885.

PARALYSIES PSYGQIQUES 335

{P. dépendent on ideà), paralysies par imagination {P. durch Einbildung),je ne dis pas, remarquez-le bien, paralysies imaginaires; car, en somme, ces impuissances motrices développées par le fait d'un trouble psychique sont, objectivement, tout aussi réelles que celles qui dépendent d'une lésion organique : elles s'en rapprochent même, vous allez le constater bientôt, par un grand nombre de caractères cliniques communs qui rendent souvent le diagnostic très difQcile.

Depuis fort longtemps connues, ces paralysies ont été pour la première fois étudiées d'une façon méthodique et systématique, en 1879, par M. le professeur Russell Reynolds, dans un excellent travail où sont traités leur étiologie, leurs caractères cliniques, ainsi que les moyens de traitement qu'il faut leur appliquer*. Leur histoire, cependant, offre encore bien des points obscurs. On sait fort bien sans doute que, dans certaines circonstances, une paralysie pourra être produite par une idée et aussi qu'une idée contraire pourra la faire disparaître ; mais entre ces deux faits terminaux, combien de chaînons intermédiaires restent dans l'ombre. Evidemment, c'est là un sujet qui gagnerait beaucoup en précision comme en clarté s'il pouvait être soumis à une élude expérimentale.

Eh bien. Messieurs, grâce aux notions récemment introduites dans la science, sur la névrose hypnotique, il nous est devenu possible, dans une certaine mesure, de faire intervenir l'expérimentation dans les cas de ce genre. Nous savons que chez les sujets plongés dans l'état d'hypnotisme, il est possible — et c'est là un fait aujourd'hui devenu vulgaire — de faire naître par voie de suggestion, d'intimation, une idée, un groupe cohérent d'idées associées, qui s'installent dans l'esprit, à la manière d'un parasite, restant isolés de tout le reste,

i. R. Reynolds, Remarks on paralysis and other diiorders of moiion and semation dépendant on Idea^ read to the annual meeting of the BHtiik médical Association, Leeds. July. 1869. — In British médical Journal, Not. 1869.

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