‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot. t.1-Chapitre 13 sur 230 · CONCLUSIONS XXIX · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS XXIX

généralisation des états morbides. On lui doit cette belle étude analytique des poisons dont les résultais font déjà pressentir Tédification prochaine d'une thérapeutique vraiment rationnelle. Et maintenant, messieurs, il me serait facile de vous prouver qu'en combinant les données de la clinique avec celles que nous fournissent Tanatomie et l'histologie pathologiques, et l'expérimentation physiologique, nous parvenons quelquefois à une conception vraiment rationnelle et presque complète de certains états morbides. Mais le temps presse, et je dois conclure.

11 nous faut maintenant arrêter les conclusions auxquelles doit conduire le parallèle que nous avons essayé de tracer entre l'observation pure des anciens et la méthode des modernes.

1" Je crois avoir établi que la méthode empirique est le vestibule obligé de la science. Nous ne saurions jamais abandonner cette méthode, éprouvée par rexpérience des siècles. Elle doit toujours rester debout pour servir de contrcMe et de contre-poids aux spéculations scientifiques.

2** Mais il est un côté par lequel les vues théoriques peuvent et doivent légitimement s'introduire dans la pathologie. Perfectionnée par rintervention des procédés nouveaux, l'observation clinique doit s'allier aux sciences générales et se rapprocher de plus en plus de la pli\siologi(* pour donner naissance à une médecine vraiment ralionn*'lle.

Tel est le but vers lequ(»l nous devons Tnarcher ; mais il faut s'avancer avec prudence dans cette voie, et ne point s'abandonner surtout à des généralisations liAtives; ce serîiit compromettre l'avenir de ce grand mouvement de rénovation auquel nous participons tous aujourd'hui.

\\\ KCOKË ALLEMANDE

Mcii.s nous dira-l-on, à quoi bon ce^ grands mots et ces grande .> idées? Les tendances scientifiques dont vous faites tiint de bruit ont-elles eu une influence heureuse sur la pratique de lart? Guérissez-vous plus de malades qu'on en guérissait autrefois? C'est là, messieurs, une question fort indiscrète, et qu'il serait vraiment trop facile de retourner contre nos adver.-aires. Contentons-nous de répondre, avec un niattpe honoré, que Tart sans la science ne tarde pas à dégénérer en routine ^ Le scepticisme banal, qu'on oppose si volontiers à tous les progrés de Tesprit humain, est un oreiller commode aux têtes paresseuses ; mais à l'époque où nous vivons, il n'est plus temps de s'endormir.

Pour mettre d'ailleurs dans son vrai jour l'heureuse influence que peuvent avoir les tendances scientifiques sur l'avancement de la médecine, il me suffira de vous rappeler la remanjuable transformation qu'a subie cette science pendant le cours des vingt dernières années, dans un pays voisin du nôtre, en Allemagne. Transportons-nous donc un instant de l'autre côté de la frontière, et remontons par la pensée vers l'année 1830. Alors Schelling et son audacieuse Philosophie de la itature régnaient en maîtres absolus sur les esprits germaniques. La mode était aux aperçus poétiques, aux conceptions transcendantales, et un médecin pouvait se permettre, dans un traité de la fièvre muqueuse, de comparer sérieusement un globule du sang au globe terrestre, parce que tous deux sont ronds, aplatis aux pôles, et qu(» tons deux possèdent un noyau central entouré d'une atmosphère -.

Pendant ce temps, la médecine en était réduite à un état dé-

i. •' Lu praliquc sans rénovation scicnlilhiuiî inccssanli? deviendrail bien vile, soyez-on snrs, nnc ronline allardéc et cominc slérêolypéo. » Béhier, Leçon (rnuverlure ilu amrs de clinique inê(iicale,\}. 19, Paris 1867,

'2. II. Horn — Daratelluiui (ter Scfdcimfieheift, '2 aufl.

ÊCOLfe ALLEJÉANDE XXXI

plorablp. Bien qu'on possédât la traduction des principaux ouvrages relatifs à la pathologie nouvellement publiés en France ou en Angleterre, cependant les progrès depuis longtemps accomplis dans ces deux pays étaient restés comme non-avenus, car personne n'en avait cotnpris Timportance. Le diagnostic local n'était jamais formulé, soitàThôpital, soit dans la pratique ci^^le. Dan;? plus d'une université allemande le stéthoscope était h peu près inconnu; lorsqu'on rencontrait par hasard un de ces instruments, on l'examinait avec une sorte . de curiosité enfantine, ou encore on accueillait par des mauvaises plaisanteries les quelques excentriques qui, à l'aide de ce morceau de bois, prétendaient enteridre des choses inouïes. D'ailleurs, la plupart des maladies de la poitrine, celles du cœur, les affections chroniques de la peau étaient une terre à peu près inexplorée. Et lorsque l'on commença à s'occuper des Français, ce ne fut que pour tourner en ridicule, cette fois au moins avec une apparence de justice, la manie singulière qui les poussait à considérer toutes les maladies comme des inflammations ^.

Les choses en restèrent là jusque vers Tannée i8i0. Alors commença l'œuvre de régnératiou, (principalement sous l'influence de Schœnlein, par l'imporlalion de- méthodes françai. es et leur intervention dan- le domaine de la clinique. Puis ce fut le tour de Tanatomie palhologiqne, brillamment repré.^enlé*» à Vienne par Rokilan:^ky. Mais déjà Millier avait paru avec la physiologie, et bienltM il créait l'histologie pathologique qui devait rester, pendîuit longtiMnps, une science prescjue exclusivement germani([ue.

Messieurs, vous savez le reste. Alors les universités allemande.- eurent le speclacle, nouveau pour elles, d'une artivilé inouïe, pn»s([ur fiévreuse, ri vous n'ignovrv. pas (|ue

1. <:. A. Wmulerlkh. — Heschirhlf der Medirin, p. 'XV^. SlnU^Mid, 1859.

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