XXXII U SCIENCE EST IMPERSONNELLE
cette fiè\Te de travail, qui ne paraît pas encore près de s'éteindre, a enfanté déjà plus d'une œuvre fondamentale.
Pendant plus de dix ans, ce grand mouvement intellectuel est resté presque inaperçu en France. De temps en temps, quelque observateur prévoyant cherchait à le signaler àTattention publique. Mais il fallait lutter contre Tindifférence générale, et pendant que tout s'agitait en Allemagne, nous restions en France occupés d'autres soins. Enfin le jour s'est fait, et l'on a compris qu'une grande puissance venait de s'élever à côté de nous et qu'il fallait compter désormais avec la science d'outre-Rhin * .
Par une réaction bien naturelle, on a exagéré bientôt les tendances qu'on avait d'abord combattues; et tandis qu'en France on est aujourd'hui trop disposé peut-être à ne tenir compte que des travaux allemands, nos voisins, grisés par le succès, semblent persuadés que Tempire de la science leur appartient désormais. 11 faut, messieurs, savoir pardonner quelque chose aux enivrements d'un pareil triomphe. Mais ce n'est pas sans regret que nous avons vu naguère un homme éminent confondre les droits que lui confère sa haute position de savant avec le mandat politique que lui ont confié les électeurs de Berlin, et abuser du mot science pour échauffer les têtes allemandes au profit d'un patriotisme étroit 2. U n'est permis à personne d'oublier que la science n'est d'aucun pays, et n'appartient en propre à aucune race. Aux idées exclusives et peu libérales du savant prussien, nous opposerons les belles paroles d'un des plus grands médecins de l'Angleterre : « La raison, dit Graves, la raison a étendu son empire de Tancien au nou-