‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot. t.1-Chapitre 139 sur 230 · HABITATIONS HUMIDES · texte numérisé non relu

HABITATIONS HUMIDES

s'enfonce sous terre que pour échapper h la rigueur du climat. Or, nous avons vu que les froids excessifs ne sont point favorables, en général, au développement du rhumatisme. Mais, dans les régions tempérées, il est plus dificile de s'y soustraire lorsqu'on vit dans de telles conditions.

Et pourtant, d'une manière habituelle, la maladie n'éclate pas brusquement ; il y a le plus souvent une période d'incubation, pendant laquelle les sujets n'éprouvent que des douleurs musculaires vagues. Souvent les manifestations articulaires ne se développent que trois ou quatre ans après la cessation de la cause.

2" On ne saurait contester l'influence de la misère et d'une mauvaise alimentation sur le développement du rhumatisme ; les indigents des workhotises, en Angleterre et en Irlande, présentent de nombreux cas de rhumatisme noueux, ce qui démontre bien qu'il s'agit là d'une maladie surtout plébéienne, quoique l'opinion contraire ait été soutenue par Haygarth.

3° Les causes tvaumaliques, comme pour la goutte, peuvent déterminer à la fois l'explosion de la maladie et le siège primitif qu'elle doit occuper.

Nous possédons plusieurs observations dans lesquelles le rhumatisme aigu ou chronique s'est développé à la suite d'un coup, d'une chute, d'un phlegmon, d'un panaris, en débutant par l'articulation la plus voisine du point lésé.

Chez une femme atteinte du rhumatisme noueux, cette maladie avait débuté par l'épaule droite, qui avait été fortement contusionnée à une époque antérieure.

Chez un boucher déjà rhumatisant, un phlegmon se développa à la suite d'une piqûre à la main, et un accès de rhumatisme aigu débuta par l'articulation du poignet, au niveau du siège principal de l'inflammation phlegmoneuse.

Chez une femme de la Salpêtrière, un panaris, qui s'était

26G c.vrsiis t[i\cii\ti(h:es ih: r\T!Ui.of.ioirEi

diWeloppé sur l'un des doigts de la iiiaiu, marqua Ib début d'un rhmaatismo noueux, qui commença par le» jointures les plus voisines dn point malade.

Souvent le rhumatisme partiel s'élève à la suite d'une chule ou d'un coup ; et il est difficile de déterminer s'il s'agil liï d'une affection générale, ou d'une maladie purement local**. ronsécutive il la violence extérieure.

Les causes pathologiques agissent souvent ii la manière des a(!cidenls exlérieurs. On voit le rhumatisme articulairtt aigu se développer à la suite d'un grand nombre de maladie» 1 diverses.

Chez un individu dôjJi rhumatisant, un érysipéle de la face, contraclé pendant une épidémie de cette affection, fut le point de départ d'un rhumatisme articulaire aigu. II faut ! distinguer ce lait de ceux où l'érysipèle fait partie des mani- IVslations de la dialhése rhumatismale; car je pourrais citer plusieurs cas de rhumatisme noueux, dans lesquels les poussées d'érysipèle ont alterné avec les accidents articulaires.

Quelques faits tendent à établir qu'il existe une angine rhumatismale ; mais il est très cerUiin que maintes fois une angine purement accidentelle, a été le point de départ d'un accès de rhumatisme articulaire aigu.

On connaît la connexité qui existe entre les affections articulaires et ta scarlatine. H faut distinguer ici deux espèces de cas. Tantôt la scarlatine provoque l'explosion d'une affection articulaire qui ne se dislingue en rien du rhumatisme aigu; lanlét, au contraire, il s'agit d'arthrites évidemment d'une nature à part, le plus souvent bénignes, suivant la remarque

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(le Trousseau, mais qui peuvent cependant acquérir un haut degré de gravité et devenir purulentes, comme Ta fait observer Garrod. Ces derniers cas mériteraient seuls le nom A' arthrites scarlatineuses: les premiers appartiennent au rhumatisme articulaire aigu, la scarlatine n'ayant joué là qu'un rôle d'agent provocateur. II en est de même pour la blennorrhagie.

Existe-t-il un rhumatisme blennorrhagique? C'est là une question qui mérite de nous arrêter un instant.

Le plus souvent, lorsqu'il se produit des symptômes articulaires à la suite d'une affection uréthrale, on voit se manifester quelques arthropathies sub-aiguës, au nombre de deux ou trois, avec coïncidence d'iritis (RoUet) ; c'est là le type classique de l'arthrite blennorrhagique.

Mais on voit aussi le rhumatisme articulaire aigu, avec endocardite, survenir à l'occasion d'une simple chaudepisse. Un cas de ce genre a été observé par Brandes, et M. Lorrain m'en a communiqué un second.

Enfin le rhumatisme chronique, avec déformation des jointures, peut aussi se développer à l'occasion de cette maladie (Garrod, Lorrain, Broadhurst, Trousseau) (1).

Comment interpréter ces faits ? S'agit-il toujours ici de manifestations rhumatismales? Non, sans doute. Nous savons que les arthropathies consécutives aux fièvres ne sont pas toujours liées à cette diathèse. Les manifestations articulaires delà morve, de la variole, de l'infection purulente, ne sont évidemment pas rhumatismales. 11 peut donc se faire qu'il y ait des arthrites scarlatineuses ou blennorrhagiques indépendantes

1. Garrod, On Goût, p. 545. — Broadhurs,tin Rcynold's System of medicine l. I, p. 920. — Trousseau, Clin. Méd. de rHôlel-Dieu, t. III, p. 375. — Le cas de M. Lurain m'a été communiqué verbalement.

2tt8 FiiNCTinNs TTiîniNKs

ilu rlmmalUmp; jp suis mftmc convaincu qu'il ph mI liion des fois ainsi. Mais souvent l'alTecLion articulaire qui nall ilana cea circonstances est bifn h rhumatisme, développa consécntivementà des afffclions qui ont aussi, dans certains cas, le pouvoir de frapper direrlement les jointures pour leur pro- ]»re compte (i).

Fondions iilérirws. — Tous les auteur» ont reconnu l'influence exercée par les fonctions de l'appareil génital chez les femmes sur le développement des diverses formes du rhumatisme articulaire. Cela est vrai, non seulement pour la furmeaiguP.maisencorepour laforme chroniquede la maladie.

En effet, l'apparition des règles, la ménopause, la grossesse, l'accouchement, l'étal puerpéral, l'allaitement, voilà, pour les femmes, des causes qui exercent une puissante influence sur le développement du rhunialisme articulaire.

Nous allons entrer & cet égard dans quelques détails.

La c/i/oroxe est un fonds sur lequel se développent volontiers les manifestiilions articulaires du rhumatisme. Musgrave cite plusieurs exemples A'artlivilix e.r cMnrnn, qui appartiennent évidemment au rhumatisme noueux. Les heureux effets des préparations ferrugineuses ont été constatés dans plusieurs cas de ce genre.

On sait que la ménopause est souvent marquée par un état analogue à ta chlorose des jeunes Qlles, et l'on sait aussi que souvent le rhumatisme chronique se développe à cette période de la vie.

. Voyez i co sujet la cliscuaaion qui n pu lieu à la Sodélé médicule des ]ilaux, Union inédleaU, 33 décembre 1866 et 5 mars tSâ7.

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La dysménorrhée pseudo-membraneuse a été signalée par Todd parmi les affections qui coïncident avec le rhumatisme noueux. Il n'est peut-être pas sans intérêt de faire observer, à ce propos, que la dysménorrhée s'accompagne souvent d'éruptions (l'érythème noueux, par exemple) qu'on rencontre souvent dans le rhumatisme aigu ou sub-aigu. — Chez les personnes déjà affectées, on a vu une exacerbation des douleurs se produire à chaque menstruation. — La suppression brusque des règles, à la suite d'une vive émotion, a été quelquefois le point de départ du rhumatisme noueux.

La grossesse est aussi l'une des causes de cette affection. Dans un travail qu'il a bien voulu me communiquer, mon collègue M. Lorain rapporte plusieurs exemples dans lesquels le rhumatisme articulaire aigu, ou sub-aigu, s'est manifesté chez les femmes enceintes. — J'ai rapporté dans ma thèse plusieurs exemples de rhumatisme noueux développé dans ces mêmes conditions : Todd avait déjà noté cette coïncidence. — Il n'est pas rare de voir les arthrites se montrer isolément pendant la grossesse, pour éclater d'une manière générale après l'accouchement. — On sait que le rhumatisme aigu lui-même a été observé dans le cours de la grossesse (Chomel et Requin, Todd). Il ne faut pas cependant oublier que des arthropalhies purulentes multiples peuvent se développer chez les femmes en couches. CVst à tort, suivant nous, que ces faits ont été désignés sous le nom de rhumatisme puerpéral.

Une autre condition dans laquelle les diverses formes du rhumatisme (surtout le rhumatisme sub-aigu ou chronique) peuvent souvent se présenter, c'est Vallaitement, surtout lorsqu'il est longtemps prolongé (Lorain, Carrod) (1).

Il serait intéressant de comparer celte étiologie à celle de

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