‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot. t.1-Chapitre 144 sur 230 · EFFETS DU COLCHIQUE · texte numérisé non relu

EFFETS DU COLCHIQUE

nique, j'ai pu m'assurer moi-même que ce médicament n'offrait aucun avantage.

Voyons maintenant ce qu'il peut faire dans la goutte. Dès le sixième siècle de l'ère chrétienne, les anciens connaissaient les avantages et les inconvénients du colchique : Alexandre de Tralles nous apprend que, de son temps, on ne l'administrait qu'aux gens pressés par leurs affaires, et qui n'avaient pas le temps d'être malades. Démétrius Pépagomène, qui vivait vers l'an 1200, l'appelle Theriaca articuloTum.

Mais le colchique des anciens n'est pas le nôtre. Ils faisaient usage de \ hermodactyle (colchicum vareegatum, Planchon) ; nous employons aujourd'hui le colchique d'automne.

Tombé en désuétude, ce médicament a été remis en vogue par les effets du remède de Husson. Everard Home a préconisé le colchique, déjà remis en honneur par Storck, pour d'autres affections que la goutte. Plus tard, ses efforts ont été bien étudiés par Wandt, Halford, Watson et Garrod.

Toutes les parties de la plante sont utilisées, bulbe, semences et fleurs. On l'administre en extrait, eu vin et en teinture. Le vin de bulbe de colchique se donne à la dose de 2 à 6 grammes dans les vingt-quatre heures, en trois ou quatre fois; l'extrait acétique se prescrit à la dose de 5 ou 15 centigrammes.

Un mot sur les effets physiologiques de ce médicament. A doses élevées, il produit :

1** Des phénomènes gastro-entéritiques plus ou moins graves;

2** Une sédation marquée du système circulatoire avec tendance à l'algidité et ralentissement du pouls;

3° Enfin des symptômes nerveux et une ivresse particulière.

A doses minimes, il ne donne lieu qu'à de faibles nausées et à un ralentissement modéré de la circulation.

'. c'esl à faible dose, ou du moiiia lorsqu'il eal toléré,

agit favorablement dans la goulle; il faut, cd l'aduù-

"■ inl, éviter les phéuomènes inflammaloireïi du ciMé du

> digestif : d'ailleurs son action paraît être d'aulunt plus

Lace, que les effets visibles {npcratu'P eff^cl») sont moins centués.

Son action spécïQque se manifeste par la disparition de la ' ion goulltmse et delà douleur qui raccompagne; la ré- I on a'opL're, comme par enchantement, au bout de huit ualorze heures. Il est loin de posséder le même degré :ence sur les autres inflammations, et sur les diverses =3 du rhumatisme articulaire, ainsi que nous l'avons (ait remarquer.

I el est donc son mode d'action? Question jusqu'à pré-

insoluble. On a allribué les effets qu'il produit h. l'élin de l'acide urique; cette opinion, appuyée par Chi5- Maclagau et Gregory, est combattue par Garrod, Bocker ramond. L'opinion de ces derniers observateurs est ! sur des analyses attenlives de l'urine, qui ne paraissent laisser aucune prise à la critique.

On a invoqué son action sédative sur le système circulatoire; mais là n'est point le secret, car il n'agit pas de la même façon dans les autres inflammations.

Il ne s'agit pas non plus de son action purgative; car la vertu spécifique peut se manifester sans aucune évacuation intestinale.

On ne saurait enfin s'appuyer sur sa puissance narcotique, car il présente encore ici un effet tout spécial à la goutte.

Quoi qu'il en soit, son efficacité est hors de question. Mais il faut envisager le revers de la médaille; voyons donc quels sont les dangers qu'il présente.

Il est incontestable que lorsqu'il est imprudemment admiuislré, des accidents fort graves peuvent en être la consé-

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quence. Quelles sont les règles qui doivent présider à son emploi ?

1** La goutte est une maladie à rétrocession, comme nous l'avons établi plus haut. Si donc vous supprimez brusquement l'accès, des troubles viscéraux peuvent se développer : mais on n'a aucun danger de ce genre à redouter lorsqu'on emploie de faible doses. D'ailleurs, on ne doit pas administrer le colchique immédiatement au début de l'accès (Halfort, Trousseau) ; on laisse s'écouler quelques jours avant d'en commencer l'usage. Enfin, on doit redouter son action irritante sur les voies digestives ; c'est une raison de plus pour n'en prescrire que des doses minimes.

2^ Non seulement il faut éviter les doses élevées, mais encore, il importe de suspendre à temps l'emploi du médicament; car chez certains individus, ses effets paraissent s'accumuler. On peut alors avoir à craindre l'impression brusque qui peut être produite sur le système nerveux. Je serais disposé à croire que plusieurs cas dans lesquels la goutte a paru rétrocéder sous l'influence du colchique, et déterminer la mort sont des cas d'empoisonnement par cette substance (Potton).

3^ 11 ne faut point habituer le malade à l'usage de ce médicament, car alors il est forcé d'en prendre des doses toujours croissantes. Il y a des buveurs de colchique, comme des mangeurs d'opium et des ivrognes (Todd.) Dans ces conditions, il se produit une modification plus ou moins profonde de l'organisme, et la goutte peut, sous cette influence, passer à Vétat atonique.

4** Le colchique ne doit pas être employé dans la goutte asthénique, mais on peut l'utiliser cependant dans certains paroxysmes de la goutte chronique. On l'accuse quelquefois de prolonger les accès; mais souvent, au contraire, il paraît abréger la durée du mal (Goupil, de Rennes).

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s* L'aolion du colchique doil ftlre favorisée par un régime convfiisblc (diMe, repos au lit) et par des adjuvants; tels sont les alcalins qui combattent la surcharge urique; il faul donner la préférence aux sel<i de pot^se el de lithine. Enûn les purgatifs seront souvent employés avec fruit, mais il faut éviter les mercuriaui, dont l'expérience a montré les graves inconvénieuLs.

Il esl des cas où le colchique ne peut pas ëlre employé. Lu médecine n'est point pour cela compléteraenl désarmé» : 11 exii^le d'autres moyens auquets on peut utilement ru~ courir.

A i'iuléripur, dans des accès aigus, on donne les narco^ Uques, surtout la jusquiame. On peut aussi prescrire Topium, mai» il a l'inconvénient de ralentir les sécrétion», ce qui peut entraver l'évolution régulière de la maladie. Il détermine aussi, chez certains sujets, des ed'ets hors de toute proportion avec les doses employées : plusieurs fois j'ai vu ce médicftmentoccasionnerdes phénomènes cérébraux inquiétants, et même provoquer, dans des cas d'affection rénale, l'apparition d'accidents urémiques. On d'-vra surlnul redouter les accidents de ce genre, lorsque la goutte est déjà ancienne et que les lésions du rein goutteux se sont déjà prononcées. Un fait remarquable de ce genre a été rapporté par Todd.

On peut administrer aussi, avec quelques chances de succès, le sulfate de quinine; mais son action est loin d'être aussi efficace dans la goutte que dans le rhumatisme aigu.

Dans les exacerbations de l'état chronique, le sulfate de quinine est encore utile. En dehors des accès, les douleurs plus ou moins permanentes dont les jointures peuvent être le siège seront quelquefois efficacement combattues par l'iodure de potassium et la teinture ammoniacale de gaïac (20 à 40 gouttes par jour).

A l'extérieur, pendant. l'accès, on peut employer divers

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topiques. Oa a souvent fait des applications d'eau froide sur les jointures malades ; rien n'est plus apte à provoquer les rétrocessions, comme nous l'avons déjà montré.

On prescrivait autrefois les sangsues loco dolenti. Ce moyen est aujourd'hui abandonné, car on a remarqué qu'après son emploi, les jointures ne reprenaient que difficilement leur mobilité normale. Les narcotiques, au contraire, et surtout l'atropine, peuvent être appliqués, avec avantage sur la jointure malade.

Les vésicatoires sont souvent utiles, soit dans les cas aigus, soit dans les cas sub-aigus. Un petit vésicatoire, dont la dimension ne dépasse pas celle d'une pièce d'un franc, appliqué sur la jointure rouge et tuméfiée, agit souvent d'une manière efficace au milieu d'un paroxysme (Todd, Cartwright). J'ai quelquefois employé cotte méthode avec de bons résultats.

Enfin, on a quelquefois employé des moxas. On peut citer, à cet égard, l'exemple du chanceUer William Temple, qui s'en appliquait lui-ni(^me, chaque fois qu'il avait un accès de goutte.

C. Traitement de F état constitutionnel, — L'indication par excellenre serait ici, iiou-seulement de modifier la crase du sang, mais encore d'empAcher la formation d'acide urique en excès. Ce serait là l'idéal du traitement ; mais comment le réaliser. On ne peut guère agir dans ce sens qu'en combattant la dyspepsie, en prévenant les excès, en condamnant le malade à une diète appropriée.

Mais une fois que l'acide urique est formé dans le sang, on peut combattre les effets qui résultent de sa présence en excès. On doit favoriser l'excrétion de ce produit par les reins, et les remèdes ont ici une action puissante ; on doit empêcher les dépôts d'urate de soude de se former dans les tissus, et lorsque ces dépôts existent déjà, on doit chercher à les dissoudre.

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