‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot. t.1-Chapitre 155 sur 230 · CAUSES DES TEMPÉRATURES ÉLEVÉES · texte numérisé non relu

CAUSES DES TEMPÉRATURES ÉLEVÉES

produits de la consomption fébrile, constitue, sans doute, elle aussi, un danger sérieux, dans les cas où l'excrétion de ces produits se fait mal. Nous trouvons là, en effet, les conditions d'une autotoxémie ; car ces produits, à une certaine dose, sont pour la plupart délétères. Mais cette autotoxémie ne peut avoir lieu, comme d'ailleurs, la cholémie et l'anoxémie, dont nous parlions tout à l'heure, que dans certains cas particuliers, auxquels nous ferons allusion par la suite. Elle se révèle, d'ailleurs, par des symptômes spéciaux qui n'appartiennent pas nécessairement & l'état fébrile, même le plus intense.

Reste donc l'élévation de la température. Serait-ce que les organes, les tissus soumis pendant un certain temps à ces températures extrêmes, que nous signalions à votre attention, subiraient, dans leur condition matérielle, des modifications assez profondes pour rendre, à un moment donné, leur fonctionnement impossible ? Dans cette hypothèse, l'élévation de la température, dans la fièvre, ne serait pas seulement un résultat, un symptôme ; elle serait encore la cause de désordres, parfois assez graves pour amener la mort.

Le vulgaire, qui, de la fièvre, ne connaît guère que la chaleur fébrile, admet, sans embarras, qu'une fièvre intense peut emporter le malade. Cette opinion populaire. Messieurs, ne doit pas être traitée avec dédain, car elle a été embrassée, dans une certaine mesure, par des maîtres dans l'art, Sydenham, Boerhaave, Van Swieten. De nos jours, elle a été reprise, et pour ainsi dire rajeunie par plusieurs auteurs recommandables, MM. Liebermeister (Ueber die Wirkungen der fébrilen Temperatursteigerung, — Deulsrhes Archiv, IB, d., 1866^, Niemeyer [SpecielL Patholog,, V aufl., 1868), en Allemagne, Richardson, en Angleterre ; et les arguments que ces médecins ont fait valoir en sa faveur, nous paraissent dignes d'être pris en sérieuse considération {Med, Times, May 1869).

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L(is|)lus «olidiisdo ces argumenls soal rouruis par rexpérimentation. On peul, vous le saveï, chez l'hoinrae comme chea rHiiiiiiul, t'lfV(!r Jirlilicit'llcmcnt lu lempéralupe ceulrale, produirp par conséquRiil.un l'iUit mi moins fort analogue h l'état rtibrilc. Le» iroublfa «jui ai! ppoduîsi^nt, lorsque la t^mpéralura du corps sVst ainsi i^tevée (i un certain niveau au-dessus du Uuix iioniiitl, rappollcul !(!■( syiupLAïues dt' la libvn: : ainsi, In pouls s'accùlère, les niouvemeiils de la respiration se précipilent ; il survient un malniaf inexprinitible, de la céplmlalgic, des troubles nerveux divrrs, de l'«gitalion d'abord, puis une grande prostration des l'urces ; et si, dans le cas où il s'agit d'un Biiimal, l'expérience est poussée très loin, il survient durorna.unc résolution générale etbienlût la mort.

On «ail, à la vérité, depuis l<s expériencea célèbres dfl Blaffden et de Dobsiin, i|uh l'iiunnue peul Atre soumis (i des tenipératures très élevées, même pendant un temps assez long, «ins ([u'il se produise i-ht-z lui un troubli- très notable. Ainsi, M. HichardiSOfi a Mi|i[i(irli' l'é.Tiiiniciil. ilaris un li;iin d'airsec, une température de deux cent douze degrés Fahrenheit [environ iOO° centigrades), pendant près de vingt minutes, sans inconvénients. Mais cela n'est possible qu'à la condition expresse que, pendant l'expérience, ia température centrale ne s'élh'e pas au-dessus tfun cerld'm lùceatt, qui ^'éloigne peu du taux normal. En pareil cas, vouii ne l'ignorez pas, la surface pulmonaire et la peau sont le siège d'une déperdition énorme decaloriquequi établit une compensation : aussi, est-ce seulement dans l'air sec que de telles expériences sont po»* sibles. S'il s'agit dun bain d'eau liquide, porté de quarante à quarante-quatre degrés, ou bien d'une atmosphère humide, alors môme que la température ne s'élève pas an-dessus de 40 à iS degrés, elles sont extrêmement périlleuses ; car, alors, on a vu la température du corps s'élever à 39. 40, 41 degrés

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même, dans un cas observé par M. Bartels, et en même temps, il s'est produit des accidents graves presque immédiats, et qui ont pu faire craindre une issue fâcheuse.

C'est, d'ailleurs, dans des conditions semblables que se produit l'accident redoutable si connu des médecins de l'armée anglaise, dans l'Inde, sous le nom de coup de soleil^ coup de chaleur, et qui s'observe même dans nos climats lorsqu'une armée est en marche, par un temps chaud et humide ; les malheureux frappés du coup de soleil sont parfois presque littéralement foudroyés, et l'on rapporte des cas de ce genre, où la température centrale, au moment de la mort, se serait élevée jusqu'à 44 degrés centigrades.

Mais revenons à l'expérimentation et considérons le cas où elle est poussée jusqu'à la dernière limite. Il s'agit ici naturellement de l'animal. Or, Messieurs, toujours la mort a lieu, en pareil cas, lorsque la température centrale a dépassé de 4 ou 5 degrés le taux normal, chez l'animal mis en expérience, soit 45 degrés pour les mammifères, et elle survient d'une manière presque subite. Il y a donc, vous le voyez, pour chaque espèce d'animal un chiffre fatidique qui ne peut être atteint sans que la mort s'ensuive.

Cela rappelle ce que nous observions, tout à l'heure, chez rhomrae, dans l'état pathologique. Vous ne l'avez pas oublié, vers 42 degrés, chez l'adulte (c'est-à-dire lorsque le taux normal a été dépassé d'environ 8 degrés), et un peu au-dessous de ce point, chez le vieillard, la mort est certaine, nécessaire ; et il devient par là au moins très vraisemblable que, dans ce dernier cas, comme lorsqu'il s'agit des animaux soumis à l'expérience, l'élévation extrême de la température centrale a été le grand agent de la terminaison fatale.

Mais quel est ici le mécanisme de la mort ? Les expériences de MM. Claude Bernard, Calliburcès, répétées par M. Panum,

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établwsenl que e'esl le cœur qui souffre surtout, en pareil d'abord exfité dans sou rijiu'lioiiiu'menl, ii cesse de hallre cnvircms de 43 degrés. L'organe ne présente pas de lestions grossières; maïs son tissu a subi des modillcations profondes, car il a'esl produit une rigidité musculaire comparable à la rigiditi^ cadavérique, et le retour de ses mouvements, mtime pour un temps, sous i'influenre des excitations, est devenu désormais impossible.

Le sang, lui aussi, présente, dans sa constitution, des aitératious notables: il est tantôt très fluide, tantôt, au contraire, coagulé; et, suivant M. Richardson, le premier cas se rencontre iorstpie la mort a été très rapide; le second, au contraire, lorsqu'elle esl survenue plus longtemps après le début de l'espérifince.

C'est ici le lieu de rappeirr que, dans des cas pathologiques observés chez l'homme, el dû la mort, précédée par ime élévation considérable de la température, esl survenue rapidement, le sang a été trouvé tantôt dans un état de fluidité eUréine, lantrtl, au coiilraire, coa,2Tilé dans les cavités du cœur. Boerhaave supposait que la coagulation du sang dans les vaisseaux est une cause de mort dans la fièvre, et tout récemment M. Weikart a cbercbé à démontrer que c'est là, en effet, la cause qu'il faut invoquer dans le cas où la température s'élève aux environs de 42 degrés.

Les faits qui précédent se rapportent tous aux cas dans lesquels la mort survient, à la suite d'une élévation extrême de la température centrale. Pour ceux oîi la chaleur fébrile se tient pendant un temps plus ou moins long à un taux moindre, bien qu'encore fort élevé, nous n'aurons plus à invoquer les données de la physiologie expérimentale, l'expérience n'ayant jamais été dirigée dans ce sens particulier. Mais on peut signaler néanmoins certains faits tendant h l'aire admettre «ju'icî encore, réicvalion de lu température pL'ut, par elle-

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même, produire des accidents graves et constituer un danger.

Remarquons d'abord, avec M. Liebermeister, que la plupart des affections fébriles, quelle qu'en soit d'ailleurs la nature, où la lerapéraiure se maintient pendant un certain temps, d'une manière plus ou moins permanente, à un taux élevé, ont un caractère commun presque constant. C'est qu'en pareil cas certains organes, après la mort, offrent des altérations parenchymateuses qui ont été désignées quelquefois sous le nom de stéatose. Le foie, les muscles de la vie animale, les reins, le cœur surtout subissent cette altération. Je me bornerai à citer à ce propos, le ramollissement plus ou moins prononcé que peut présenter ce dernier organe, dans la fièvre typhoïde, suivant Louis, et d'après Stokes, dans le typhus. A ces lésions se rattachent habituellement, pendant la vie, des symptômes de faiblesse cardiaque, d'asystolie. Estce à la permanence d'une température élevée qu'il convient de rapporter ces altérations, celles du cœur, en particulier, et les troubles qui en sont la conséquence ? on pourrait être tenté de l'admettre d'après le mode d'action des températures extrêmes sur le tissu du cœur.

D'ailleurs, on sait que Taccélération extrême du pouls, qui, dans les cas, de ce genre, constitue un signe du plus fâcheux augure, est, jusqu'à un certain point, proportionnelle à l'élévation de la température.

Mais voici un argument, en quelque sorte plus direct : il est tiré des avantages incontestés de la médication dite antipyrétique, appliquée au traitement des maladies aigu6s à haute température. Or, quel est l'effet le plus saillant à la fois et le plus constant, le mieux constaté, des divers agents de cette médication : c'est d'abaisser d'une manière plus ou moins accentuée et pendant un temps plus ou moins long, la température centrale, et même ciu plus fort de l'état fébrile. Ainsi agissent lu diï^itale ou la vératrine, dans la pneumonie, le sulfate de

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quinine, dans le rliunialisme arlicuioiro aigu ; ainsi agissent (IfçttU'intMiLli'Hl)ains frais prolongés rI souvent répétés, appliqués dans ces derniers leuips. en Allemagne, avec lanL d'en- Uiuusiatïinc . aulmitenit^nlde la Q^vn: typhoïde, et qui paruissonl avoir, d'ailleur», produit des résultais vraiment dignes d'alteiiliou (Bmnd, Jurgeniten, Ucburmcister, Giuliardlj.

D'après ccqui précède, noua croyons pouvoir vous présenter, non pas à titre de vérité rigoureusenionl démontrée, mais du moins, comme une bypotiifiseli^s vraisemblalile, cette conclusion tjUB l'exatlalion de la tempi^raturf rentra/e romlUue, par elle-m^me, <l<tm In fièvre, un lianf/er.

MaÎH laissons, pour un instant, de cûté la fièvre et l'élévation du la température, considérons un moment l'écart Iliermomé- Irique un sens inverse : recherchons en d'autres termes, pourquoi l'aOaissementde /a température au-dessous du lanx normal, jusqu'à un cerUiin niveau, e:5t à peu prés nécessairement suivi de mort. Le i'roid développé au sein de l'organisme a-lil eu pareil cas, sur l<tsorgan<<s, sur les tissus, une action positive capable d'amoindrir l'énergie des actes organiques nécessaires à l'entretien de la vie ? Messieurs, on ne saurait gufre douter qu'il en soit réellement ainsi.

Qu'uJi animal soit soumis, dans de certaines conditions, h l'action d'une basse lenipéraliirc, à l'inanition complète, & rinto\ication déterminée par de certaines substances, l'opium, l'ammoniaque, l'acide cyanhydrique, que son corps soit recouvert d'un enduit imperméable, comme dans les expériences de Fourcault et d'Edenhuizen, toujours la température centrale s'abaisse, et en même temps les mouvements respiratoires s'afTaiblissont; l'absorption de Toxygéne et l'exhalation de l'acide carbonique diminuent {Valentin, Arch. fiir physiol. Heilk., 18")8, p. i33). Si l'expérience est poussée loin, la température sabaisse à un certain niveau, au-delà duquel la

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