‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot. t.1-Chapitre 194 sur 230 · LÉSIONS ARTICULAIRES DANS U GOUTTE · texte numérisé non relu

LÉSIONS ARTICULAIRES DANS U GOUTTE

de centres de cristallisation, et qui avaient le volume et la forme de cellules cartilagineuses parfaitement normales. Comme la dissolution se fait lentement et ne met pas moins de deux à trois heures, on en pouvait suivre les phases et voir que les cristaux et la masse amorphe contenus dans la substance intermédiaire du cartilage disparaissaient les premiers, en laissant les cellules de cartilage noires et encore incrustées [fig, 19, &), Puis, la membrane des cellules commençait à paraître, et les urates contenus dans son intérieur étaient dissous jusqu'au noyau qui restait opaque {fig. 19, c*). Enfin le noyau et, en dernier lieu, la nucléole, devenaient transparents [fîg. 19, c*).

Ces résultats, parfaitement nets et plusieurs fois répétés, permettent d'affirmer que dans ce cas, et probablement dans tous les faits analogues, la matière amorphe d'urate se dépose aussi bien dans Tintérieur des cellules cartilagineuses qu'en dehors d'elles. Là, comme dans le rein, pour les tubes urinifères, le processus est identique, la matière amorphe contenue dans les cellules de cartilage d'une part, dans les tubes urinifères d'autre part, forme la base du dépôt et devient le centre d'où s'irradient des aiguilles cristallines qui pénètrent entre les éléments anatomiques voisins dans la substance intercellulaire.

Sur les séreuses articulaires, on voyait des points blancs plus ou moins fins, toujours très adhérents, dont le siège principal était les grosses franges visibles à l'œil nu qui se trouvent au pourtour du cartilage. Il existait même de ces dépôts dans les plus petites franges synoviales, visibles seulement au microscope (PL. 111, fig. 5), fait que nous n'avons trouvé signalé nulle part. Ces masses opaques donnaient immédiatement naissance à des cristaux d'acide urique, sous l'influence de l'acide nitrique.

Ën£n, dans les tissus fibreux péri-articulaires, dans la

Gharcot. Œuv. compl. t. vu. Maiad. des Vieillards, 219

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couche cellulaire rte la séreuse, dans les tendons et Im ligaments, dans le tissu cellulaire voisin, el même dans Ips pourhes profondes du derme, les dépôts avaient toujours la forme de petits grains arrondis, solidement mainlenus. constitués par de la matière amorphe. Leur solidité était due à une sortidti condensation autour d'eux du tissu cellulaire qui l«;ur formait comme un enchatonnement.

Notre mémoire était depuis longtemps terminiï. lorsque l'un de nous a eu l'occasion d'observer le fait suivant qui confirme, de tout point, les conclusions précédentes, aussi bien en ce qui louche les lésions des reins que celle des articulations. Dans ce cas, en effet, notre malade perdait avec ses urines une quantité considérable d'albumine, el Taulopsie a montré que nous avions affaire à une néphrite parenchymateuse avec les granulations de Brîght (troisième degré de la néphrite albumineuse de M, Rayer) el des dépôts uratîque? du rein. (Juanl aux lésions articulaires, elles étaient exactement les mêmes que dans la première observation.

Observation 11. — fjoiillp nrliciilair liûf}/iie du cti-ur. — Aiilofiii'-: iirpli. degré de M. Uayer); coiicn'liiuis ural dp même ntihire de» cartilages ri di's

M. (Louis), âgé de ^ ans, mécu ISIif, dans le service de M. Hérar de la salle Saliil-Landry. Ce maladi teinpi-raiiiment san^çuin et d'une i enfance, il a i>ii des (i;oiirtnt-s dannon suppuiTCS au cou. Il dil avoir ans. Il s'enrhume très l'acilcinent

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En 1855, il entre à Thôpital de la Pitié, où il fait uu séjour de deux ou trois mois pour un arthropathie fébrile, accompagnée de palpitations. Il fut traité pour un rhumatisme articulaire aigu, et il attribue cette première attaque à l'impression du froid auquel il était journellement exposé quand il sortait de la cave où il chauffait une machine à vapeur.

Depuis cette époque, il a eu presque tous les ans des attaques passagères caractérisées par des douleurs articulaires et la tuméfaction des jointures des extrémités. La première manifestation de ses douleurs articulaires ne portait pas spécialement sur les petites articulations, mais dans ses rechutes postérieures, ce sont toujours les petites articulations des doigts et des orteils qui se sont trouvées atteintes, et elles avaient conservé une tuméfaction persistante et de la gène dans les mouvements. Ses dernières attaques ne duraient pas habituellement plus de huit jours. A la suite de son dernier accès, il a été regardé comme anémique et traité à la Pitié par des préparations ferrugineuses.

Le 22 janvier 1864, il a ressenti pendant la nuit une vive douleur au gros orteil de Tun des pieds. Le lendemain, les deux pieds étaient pris; il s'est fait conduire au Parvis Notre- Dame, et de là à Lariboisière, où il a été transporté sur un brancard.

Actuellement (25 janvier), la majeure partie des articulations des orteils, surtout celles des premiers métatarsiens avec les phalanges des gros orteils, et les articulations du cou-de-pied sont tuméfiées, douloureuses, et la peau qui les recouvre est d'un rose sombre. Le genou droit est également douloureux et tuméfié; aux mains, l'articulation métacarpo-phalangiennc du pouce droit et la phalango-phalanginienne de l'index gauche sont noueuses, douloureuses et chaudes au toucher, avec la même coloration rosée de la peau.

Le malade a de la fièvre, la peau chaude, le pouls fréquent; sa respiration est difficile et accélérée. La percussion du cœur donne une matité assez considérable, se prolongeant surtout à la base du thorax où la pointe bat en dehors du mamelon et

4ît2 OBSEnVATION

))1i]«t ha.-* qu'à l'i^tat normal; les britils du rmur snnt précipités, lumultu^ux el sourds, sans Ijruit <If sounie. i/auscullatiun tli-s poumon!» fait entendre des deux cilt^s des i-âlee vibrants el ronflants.

Ll>s douleurs articulaires s'anieDdèri<nt 1res vile, et le malade en flit complètement délivré au bout d'une quinzaine de jours ; mais son affection cardiaque et pulmonaire resta dans le même état.

Dans le milieu du mois de mars, on s'aperçut que son visage était bouffi, d'une pMeur blafarde, et ses chevilles œdématiées. On examina alors, A plusieurs reprises, ses urines qui présentèrent les caractères suivants: elles étaient pâles, presque incolores, transparentes, avec un très l(^)j;er dt^pât au fond du verre: elles donnaient avec la chaleur et avec l'acide nitrique un précipiti^ floconneux: très abondant d'albumine. Une seule goutle d'acide nitrique formait, en y tombant, un précipita lourd qui stagnait le fond du vase. L'examen microscopique du dOpOt nous a montré des jîlobules rauqueux, des cellules ^ithéliales, des tubes urinirèri.>s, plus ou moins inliltrés A» granulations graisseuses, des cylindres hyalins en grande quantité et des dépntiilles épîthéliales,

L'anasarque se propagea & toute l'étendue des extrémités inférieures et aux parois abdominales: les palpitations, les accès d'oppression s'aggravèrent, ot le malade tomba dans un état (le cachexie hydrémiquc complrl; les extnimitéssupOrieun's et le thorax élaienl les seules parties respectées par ro^déinc. Le iT> avril, le malade se plaiiil de nausées, d'envies de vnmir el de douleur aux articulations des phalanges. Les articulations phalango-phalanginiennesde l'index ot de l'aiinulaire gauche et la dernière jointure de iannnlaire droit sont lunnfiées, leurs mouvements sont difficiles et la peau rosée ;i leur niveau.

Celle nouvelle recrudescence ile douleurs ne dora que peu de jours.

Pendant le mois de mai, se manifestèrent les symptômes d'une ascile et de douleur continue dans les régions lombaires.

OBSERVATION l AUTOPSIE 453

Les urines présentèrent les mêmes caractères et la même abondance d'albumine jusqu'au moment de sa mort, qui eut lieu le 4 juin.

Autopsie faite trente-six heures après la mort. — Les extrémités supérieures seules ne sont pas infiltrées, mais la face, les parois abdominales et les extrémités inférieures le sont à un haut degré.

Le péricarde contient peu de liquide; le cœur est énorme, visiblement hypertrophié; ses parois, surtout celles du ventricule gauche, sont très épaissies et décoloration jaune pâle; les fibres musculaires sont altérées et en dégénération graisseuse. Les orifices auriculaires et artériels sont parfaitement sains; Taorte est suffisante, et très légèrement athéromateuse ; on voit seulement sur la face interne de ce vaisseau de petites plaques jaunes non ulcérées. Les cavités du cœur sont remplies par des caillots adhérents, décolorés, qui se continuent dans Tartère pulmonaire. Dans cette artère, ils ne sont pas adhérents et paraissent partout formés sur place pendant Tagouie.

Les poumons sont sains, sauf une congestion générale des deux côtés, et, du côté gauche, des adhérences du sommet de la plèvre. Dans ce point existaient, à la surface du poumon, deux petites dépressions cicatricielles dures, qui répondaient à deux masses crayeuses, arrondies, de la grosseur d'un petit pois, renfermées dans des coques formées par le tissu pulmonaire induré. Ces petites masses contenaient des granulations et des gouttelettes graisseuses, ainsi que des sels calcaires, mais pas de sels uratiques. Nulle part sur la plèvre, ni dans le poumon, on ne découvre de granulations tuberculeuses.

A l'ouverture du ventre, il s'écoule une quantité considérable de sérosité albumineuse limpide. Le péritoine est sain, le foie a son volume normal, la vésicule biliaire ne contient pas de calculs. La couleur du foie sur une coupe est uniformément brunâtre, sans distinction nette des lobules. Sa consistance est normale, sa surface lisse. — La rate est molle, sans augmentation de volume. — U estomac et les intestins sont sains.

i5i LÉSIONS DES ltKI?<S

tipinx. Le rfiii droit est diminué de volume ; sa capsule s'e It^ve facilemi^tiL ; sa surface, mamelon née, présente partout unàa coloration unirm-me, gris Jaun&tre, et des granulations & peinft 1 ssillantt^s, di> In grosseur d'uue tète d'épingle, généralement pluft l] opaques que le reste du tissu. Ces ^anulatîons sont séparéM.J les unes des autre;; par des vaisseaux injectés, qui rampent dan^l h'9 sillons qui bordent leur circonférence. La consistance du reisT est pâteuse ; sur une surface de section, toute l'épaisseur de U'I substance corticale, y compris les pyramides de Berlin, présente^ lu même couleur et les mêmes granulations opaques que la siir«a face rénale, de telle sorte que l'altération du rein dans ce caa,^ est un type parfait de la maladie de Brighlravec dégénéraLioa'll granuleuse du troisième degré de M. Rayer. Les pyramides daiT Mulpighi ofTrent une coloration rosée due à l'injection des vaisseaux. En deux points de ces pyramides, on voit de petilet rititel crftifnu blanches, crayeuse/, 1res fines, comme deuxgrt Kù're adhérente.

Ces deux petites concrétions, examinées au microscope, sooil composées cTai^uilles prismaliquet, crîslallines, qui se diiSolve par l'addition d'acide aeétique et ge himsformeni en crvtlaux rf"»* ci de iiriijuc.

Le rein gauche est plus volumineux que le droit et la substance corticale plus congestionnée, moins pôle qu'à droite. Il présente du reste i\ la surface et sur les coupes de la substance corticale des granulations jaunâtres, eu lout semblables i\ celles de son congénère. Il n'y a pas de concrétions uratiques.

Examen microscopique des reins. — Les coupes de la substance corticale nous ont donné les résultats suivants : les granulations brightiques sont formées par des ilôts de tubes contournés très altérés, opaques A un faible grossissement, remplis de cellules épithéliales intiltrées de giauulations graisseuses pressées, réfringenLes, dont les plus grosses ont de 3 i\ 4 millièmes de millimètres. Les cellules épithéliales sont généralement volumineuses. Les tubes urinifères ont à ptu près leur volume normal ^0'"""0i4 à On'n'OCG dediamètreJ.A cijtéde ces Uolstrès altérés de

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