‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot. t.1-Chapitre 195 sur 230 · LÉSIONS DES ARTICULATIONS · texte numérisé non relu

LÉSIONS DES ARTICULATIONS

la substance corticale qui constituent, dans ce cas particulier, les granulations de la maladie de Bright, on voit des tubes urinifères, presque complètement sains, possédant des cellules épithéliales transparentes ou légèrement granuleuses.

Les glomérules de Malpighi sont généralement normaux ; il en est cependant qui offrent des granulations graisseuses dans la paroi de leurs artérioles.

Sur des coupes minces préalablement lavées au pinceau, on voit dans les tractus qui séparent les canalicules urinifères de très nombreuses granulations graisseuses, situées, soit autour des noyaux, soit dans les noyaux eux-mêmes. C'est une altération athéromateuse du réseau capillaire du rein. Les gros troncs artériels sont sains.

Articulations, — En les examinant avant de les ouvrir, il aurait été difficile de savoir si elles étaient saines ou altérées ; elles n'étaient ni tuméfiées ni déformées, et la seule qui présentât un peu de roideur, était celle du gros orteil avec le métatarse. Nous avons ouvert les articulations métacarpo-phalangiennes des deux mains, les fémoro-tibiales, et celles des gros orteils. Les premières étaient presque normales ; dans celles du pouce seulement, nous avons vu sur le cartilage et à la surface de la séreuse, de petits points blancs, crayeux. Dans les articulations du genou, qui contenaient une assez grande quantité de synovie épaisse et un peu louche, les cartilages articulaires des rotules étaient, dans la moitié environ de leur surface, le siège de semblables dépôts. Quelques-unes de ces petites plaques crayeuses étaient déprimées en capsules à leur centre et érodées. Les cartilages des condyles étaient moins malades. La synoviale était partout parsemée de petits points blancs adhérents. Les articulations malades au plus haut degré étaient les métatarso-phalangiennes des gros orteils. Là, les surfaces des cartilages étaient complètement incrustées, et Tincrustation s'étendait au tiers ou à la moitié de l'épaisseur du cartilage, tandis qu'aux jointures précédentes, le dépôt de sels uriques était constitué par une couche très mince. La surface de ces dépôts

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ittiiit rugueuse el usée par place ; ils s'enfonçaieiil dans la prfl fondeur du oarLilage &oiis forme de ccînes, dont le sommet i pondait à lu partie du cartilage en rapport avec l'os. Dans ce4 ' articulations, la synoviale était fortement injectée et d'un Tovgn de sang dans tous les points où elle était respectée par les incrustations de sels uratiques.

L'examen microscopique nous a montré les mêmes lésions que dans l'observation précédente; aussi nous n'y insisterons pas avei' autant de détails. Dans les cartilages, l'incrustation d^s sels amorphes siégeait principalement dans l'intérieur des cellules cartilagineuses, et, à la périphérie de ces masses, s'enfonçaient de tous cAtés dans la substance fondamentale durarlilage, les minces cristaux soyeux d'urate de soude. L'addition de l'acide acétique faisait apparaître des cellules cartilagineuses lA oU. avant la dissolution, on ne voyait qu'une masse opaque. La dissolution des dépôts dans les franges synoviales, dans le<tissus fibreux et tendineux péri-arLiculaires était la même que dans l'observation relatée précédemment.

Ainsi, en ri^sumé, un malade est pris daltaqups de f;oulle. d'hypertrophie du cœur, puis de néphrite alburaineuse ■ il succombe aux progrès de la cachexie hydrémique. A son autopsie, on trouve les lésions caractéristiques de la goutte (dépôts d'urate de soude dans les cartilages), et de la maladie de Bright (troisième degré de M. Rayer) ; les reins présentent des traces de dépôts d'urate de soude. 11 parait bien probable que, dans ce cas. le passage h diverses reprises dans les reins, d'une grande quantité d'urales, ii la suite de chacune des attaques de goutte, ou dans l'intervalle des accès, a été la cause occasionnelle, l'épine qui a déterminé la production de l'affection rénale qui s'est montrée avec tout l'ensemble clinique et analomique de la maladie de Bright. Les dépôts uratiques que nous avons trouvés dans le rein, à l'autopsie, étaient très peu abondants il est vrai ; mais on sait avec quelle

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facilité ils peuvent être dissous et éliminés par les urines, et leur présence n'en a pas moins une haute importance pour déterminer la nature goutteuse de la néphrite albumineuse dans ce cas.

IS8 INTOSICAIION MTL'R-MHE ET GOUTTE

L'intoxication saturnine exercet-elle une influence sur le développement de la goutte ?

Dans un (nivail lu en t8S4 Hfivanl la Socîf^lé médico-chirurgicale de Londres (1), M. le docteur Garrod avait fail ressortir comme une circoustauie fort imprévue, et qui l'avait vivement frappé, qu'une bonne partie, un quart au moins, des sujets goutteux admis dans son service d'hùpilâl avaient éprouvé, antérieurement au développement de la goutte, une ou plusieurs des formes de l'intoxication saturnine, et exerçaient la profession de plombier ou de peintre en l)âtiments. Une nouvelle série d'observations dcvail roproduire. à peu près dans \r< nit^mcs termes, ce résultîil en apparence si singulier : sur un ensemble de "il goutleu\ observés à l'hôpilal di'Vnircrxilif CoUff/p, depuis IH'Ji, 51. Ciarrod n'a pas compté moins de Ifi peintres ou plombiers ; fl encore re rbiirre m' l'oniprend-il pas les individus admis pour être traités d'une ulfeclion saturnine, et dont plusieurs avaient eu la goutte. Inutile d'ajouter qu'il s'agit, dans lous ces cas, de la goutte articulaire la moins équivoque, et caractérisée, en particulier par l'existence d'un excès d'acide urique dans le sang.

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