Medico-chirur^iMl rrunsaclit,«>. lol. XXXVI, lUJi
En présence de ces faits, on ne pouvait guère s'arrêter à ridée d'une coïncidence purement accidentelle, et il devenait presque évident qu'une certaine relation existe entre les maladies d'intoxication saturnine et la goutte. M. Garrod fut ainsi conduit à entreprendre quelques recherches dont les résultats, si par la suite ils se confirment, seront bien de nature à faire comprendre le mode de connexion qui rattache l'un à l'autre les deux ordres d'affections (i). Chez douze individus atteints d'une maladie de plomb bien déterminée, — colique ou paralysie saturnines, — le sang fut examiné, dans le but de savoir s'il ne contenait point un excès d'acide urique. Deux de ces malades avaient autrefois éprouvé un ou plusieurs accès de goutte ; chez eux, le sang fut, en effet, trouvé riche en acide urique, et cela n'a rien qui doive surprendre. Mais dans les dix autres cas, il n'y avait jamais eu la moindre apparence d'une affection goutteuse, et cependant, dans tous ces cas, deux seulement exceptés, les réactifs démontrèrent qu'il existait dans le sang de l'acide urique en excès. D'après ces résultats, l'intoxication saturnine aurait donc, au moins dans certains cas, ceci de commun avec la goutte qu'elle produirait, comme cette dernière, l'altération du sang par excès d'acide urique. Dans cette altération du sang, due aux aff'ections saturnines, y a-t-il, en réalité, production exagérée de l'acide urique ou seulement rétention, et par suite accumulation de ce produit de désassimilation ? M. Garrod penche vers la seconde hypothèse, et voici sur quoi il se fonde : la quantité d'acide urique rendue par les urines dans les vingt-quatre heures fut dosée avec soin, pendant plusieurs jours chez deux personnes qui ensuite se soumirent pendant quelque temps à l'usage intérieur de l'acétate de plomb. Or, tant que dura la médication saturnine, il
1. A. Garrod. — The nature and Trealment of Goût and Rhewnatic Goût, 2* édil., London, 1863, p. 275.
460 lSrUXICATtll> SATIRMNE K1 CdtTTË "
y eut une diininulion très notable de la qiianlilâ luoyi-nuf (l'acide urique excrété. On observa, en outre, dans les deux cas, un pliénoraène très remarquable : au bout des deux ou trois premiers jours de l'administralion du médicainent. il y avait arrêt brusque de l'excrétion d'acide urique ; puis la fooetion des reins se rétablissait ensuite, en partie, d'une manière intermittente, ainsi que cela a communément lieu, chez le^ sugets qui sont sous l'influence de la goutte.
M. Garrod s'est fondé sur tout ce qui précède pour signaler d'une manière toute spéciale, dans son Traité de la goutte. parmi les conditions qui prédisposent à contracter cette maladie, l'existence de ce qu'il appelle l'imprégnation saturnine. L'altération du sang par un e^cès d'acide urique, élément nécessaire dans la goutte, éventuel dans l'intoxication saturnine, donnerait en outre . d'après M. Garrod, la raison de cette relation étiologique. Une fois mis en relief, ce point d'éliologieiit; pouvait manquer d'éveiller l'atlention des cliniciens. Bientôt, en Angleterre, des laits confirmatifs furent produits, en particulier par MM. Bnrrows(l). II. W. Falconer (2) et W. Begbie {3).0n a même pris soin de relever dans les écrits de quelques anciens observateurs, plusieurs passages où une relation entre la colique de Devonshire et la goutte se trouve mentionnéeen termes plus ou moins formels. G.Musgrave,parexemplf, dans sa dissertation sur Varthritix sf/»tpiomatiçufi, s'exprime comme il suit : " A/ta cero rulira, aptid Damnoniiini, ex pomareo iinmiti et arido nimis tisuiptilo, derivatm... Seplimn H vrtavo iTtdtix liiHtro siepp- rolica tentultir it, ffvi rinmn hor iiidif/ena potare soleant, itni/ne pfrifrœvnn ; et uhi Hln ron/iimatw et jam invelerasril, non rum ro/îcT stip/mf/u/at tirthritis, cuni articuhrum dolare, tionore, neleroijue appuralii
1. Gsrrod. toc. cil., f. ÎIUH rie la Iradiiclion fraiiraisc. 3. BrilUh Médical Joiiriiat, 2 novembre 1S6I, p. îiil. '■i. Eilinburti Médical Jounmt, augnsl ISÏ5, p. 125.
cuipurse, et germinae arthritidis faciem ordinato (i). » Voici maintenant un passage extrait d'un Essai sur les eaux de Bath publié en 1772 par le docteur W. Falconer : « Les eaux de Bath sont de la plus grande utilité dans le traitement des affections goutteuses qui succèdent quelquefois à la colique de Poitou, et qui ont été observées et décrites par le docteur Musgrave, et depuis par le docteur Huxhara (2). » — Viennent ensuite des documents de date moins ancienne : la Collection des écrits inédits de C. Hillier Parry (3), recueil riche d'observations cliniques intéressantes, et qui révèlent presque toujours une rare sagacité, contient un tout petit chapitre daté de 1807, et portant ce titre : Goutfrom lead. « J'observe, y dit l'auteur, qu'après la paralysie saturnine, des malades d'âge moyen, d'ailleurs auparavant bien portants, sont très sujets à éprouver des accès de goutte dans les membres. M. C..., entre autres, a eu la goutte au pied, et il en a éprouvé quelque soulagement. » — Trois cas de goutte articulaire consécutive à la paralysie des mains, suite d'intoxication saturnine, sont encore mentionnés dans un nouvel Essai sur les eaux de Bath, publié en 1822 par le docteur Barlow. Enfin, parmi les observations que renferme le recueil des leçons faites par le docteur Todd, en 1843, au Collège des médecins de Londres, il en est une fort remarquable où Ton voit un peintre en bâtiments être atteint pour la première fois de la goutte, après avoir subi plusieurs attaques de colique de plomb, et éprouver par la suite, un nouvel accès de goutte au moment même où il venait d'être délivré d'une nouvelle atteinte de colique sa-
1. De Arthritide symptomatica . Genevae, 1752, cap. X, art. p. 565. — Voy. aussi p. 68, hist. 2, Arthritis colicœ ex pomaceo superveniens.
2. Garrod, loc. cit., p. 593. — Dans Topuscule d'Huxham sur la colique de Devonshirc, nous ne trouvons rien qui ait positivement traita la goutte.
3. Collections from Ihe Unptiblished Médical Writings of Ihe LateC, H. Parry. London, 1825, l. I, p. 244.
463 l>T(l\ICATiUN SATIRMNE ET GOITTE
turnîiiO (1), l,e docteur Todd. dans un ouvrage postérieurau précédent, a ^igaalé d'ailleurs les peintres en bâtiments au uombre des individus de la «tlasse ouvrière atteints de gouLlf qui fréquentent le plus souvent les hôpitaux de Londres (2). On voit qu'en somme, lea résultalsde celle enquête rétros pectîve, de même que les témoignages réceuls, se raonlwnl ftivorables à la lliôse souleniie par M. le docteur Garrod. Ses propositions néanmoins, en raison surtout des circonstance* dans lesquelles ont été recueillies les observations qui leur servent de foiidemenl, paraîtront passibles d'objeclions. A Londres, en effet, la prédominance du régime animal, l'usage habituel et trop souvent, l'excès de certaines bières fortes, telles que le porter et le sloul, placent la population ouvrière dans des conditions hygiéniques toutes spéciales. Ces condilions expliquent, en grande partie, pourquoi la population dont il s'agit se montre affectée de goutte assez fréquemment, bien plus fréquemment que cela n'a lieu partout ailleurs; c'est là, du moins, une opinion h laquelle les médecins anglais paraissent aujourd'hui se rattacher tous d'un commun accord (3).
1. R. B. Todil. — Pralical Remark» rkeamatic oa Goût Feeer and Chronic Rheumaligin of Ihf Juinla. Loiidoii, lA4:t. p. 44.
i. Clinkal Lecliiira on certain Disenxes of llie Urinor;/ Oiijaiia, Ia'C. IS, on <;<>u/. p. 400. Lundun. 1857,
3. Voy. sur ce suji'l ; W. [JuJci, in The Librury of Medkiite. VA. by A.
Twoudie, l. V, p. ;;[S: — H. B. Tudil. Clinicnl Lectures Vrinar-, Organt :
I Moal PuraoLis wliû iiididije iiiurh in liupr nt porter sulTcr «uoncr or Istcr " froiii tliis DisL'iisc GoLifi. Mail liqiior La jwr ejeetlence Ihc paliiiliim of » (loiil. - Loiiiloii, IM57, p, 400. — Gnrrod, Iw. cil., p. 550. T. Walsoii. Lectures o,i llie l'riiwiples of Phjfic. t. II. p. 759. Loiitloii, 1857. — Un cu-irplc [juu [10II.S cmpriiiitiins à l'cin'IU-[it nrlictri'U^ plus haiil de .M. W. Biidd riirt liicii fil liiiiLÎéri' riiiiliiL'iirc de cortainca haissoii* femiciiléci sur le ili-veloppeiiifiit de lii ftuiiUc cWi. \i-i liasses dusses s l^ndres : - Il est. dil M. Bu<l<l. • un rorps «l'oiivriois cinployi's »iir 1» Tiiiiil.se à extraire le snblc du Tond du u Deiive. l^[iiiTie eetlc opérallon ne pcul se fnîre que pendant la ninréc bisse.
II les heures <le Iravail aouI recelées par eulle rireutislaiiec, el toinbeut. tanti>t B le jour, Uintiit lu nuit. Ce travail expose lea ouvriers à toutes les inteiiipéu ries et sollicite un ({''ind déploiement de Tori'e iiiiiseiilaire. ICn raison de •. eela, il leur est nllouê une Ivèa furie ration Je lioiasous fermcnlées ; chaque
Or, il est bien peu probable qu'à Londres les professions à émanations saturnines se distinguent entre toutes, en ce qui concerne le mode d'alimentation et l'abus de certaines boissons fermentées ; s'il en est ainsi, il paraîtra bien difficile de démêler, au milieu d'éléments étiologiques aussi complexes, la part d'influence qui revient au plomb, soit dans le développement de la goutte elle-même, soit dans la production de cette altération du sang par excès d'acide urique, rencontrée chez certains sujets atteints d'une affection saturnine. Sans doute, la statistique établit que, toutes choses égales d'ailleurs, les plombiers et les peintres en bâtiments fournissent aux hôpitaux de Londres plus de goutteux que les individus appartenant aux autres professions mécaniques, et cette circonstance ne parait guère pouvoir s'expliquer autrement que par l'influence du plomb. Mais, malgré cela, quelque incertitude peut subsister encore ; on comprend, dès lors, de quel poids seraient, pour la solution de la question, des études comparatives faites dans des localités où l'hygiène particulière aux ouvriers de Londres ne peut plus être incriminée. Dans ces nouvelles conditions d'observation, l'occasion de rencontrer la goutte en connexion avec l'intoxication saturnine se présenterait, on le prévoit, bien moins souvent qu'à Londres ; mais dans chaque cas particulier, l'action du plomb, dégagée
» homme boit de 2 à 3 gallons de porter par jour, et généralement, en outre, » une quantité considérable de spiritueux (le gallon représente 4 litres 5). A » part cette consommation énorme de boissons fermentées, leurs habitudes et » leur régime de vie sont ceux de la plus basse classe de Londres. La goutte » est remarquablement fréquente chez ces ouvriers, et, bien qu'ils ne forment » pas un corps nombreux, plusieurs d'entre eux sont admis, chaque année, à » l'hôpital des gens de mer (Seamen*s Hospilal Ship), atteints de cette aifec- » tion. C'est là un fait très intéressant et qui semble démontrer que le travail » musculaire, quelque intense qu'il soit, ne suffit pas à contrebalancer Tin- M flucnce de doses aussi considérables de porter. Les ouvriers dont il s'agit m sont presque tous des paysans irlandais, et, en conséquence, ils ne doivent • que bien rarement ôtre prédisposés par hérédité k contracter la goutte.
4fi( INTOXirATin^i SATUilMSE ET GOUTTR
en grande pnrtîe des autres iiiflupnces éliologïques, apparat- Irait plus exclusive, <>l, parlant, plus manifeNte.
Malheureusemenl, de telles études n'ont pas été enlri;priseâ, ou tout au moins elles n'ont fourni, quant à présent, aucun résultat Hgni&catiC. U s'est trouvé, par exemple, qu'à Edimbourg, où l'on a cherché h vérifier les propositions de M. Garrod, tes affections Batiirnines, au rapport du professeur Ohristison. ne s'observent que très rarement. La goutte y est également des plus rares, au moins chez le peuple, qui mange peu de viande et qui. en fait de boissons alcooliques, n'use guère que du whisky, liqueur distillée et, à ce titre, peu propre à engendrer la disposition goutteuse (1). En France, en Allemagne, du moins à notre connaissance, on ne s'est pas occupé jusqu'ici de savoir s'il existe un rapport de causalit'i entre l'intoxication saturnine et la goulle. A Paris, oîi It^ régime de la population ouvrière ne diffère pas essentiellement de ce qu'il est û Edimbourg, les maladies de plomb sont nonibreuses dans les hôpitaux, el cependant la goutte y est ontcslablenienl très rare. Par le seul rapprochement de ces
1. .\ Edimbourg, oii les peintres en bitimpnta cl les plombiers forment eependsnt un curps usauz nombreux, M. ChrisUiion n'aurait paii rencontré un seul fai (le collijiie ilc plomb un ilc paralysie saluruiiie pendant plud ilc Ircnleeinq ma qu'il cdt resté attaché aux hiïpltaui à titre de médecin en chef. La l^utte est éftalemenl très rare dans celle liltc d'nprès le mi^mc médecin, qui IIP l'aurait observée que deux fois pendant toute lu durée de sa carrièru nu$ociiiniitc. ;Voy. Qai'rod, loc. cil., p. 'îl'î.) — M. Bcnnel IClinieal Lecinrti on Ihe l'riniiplet of Medk-ine, 2' édil,, 1>^. p. 91G) Tait également remarquer que la goutte esl très rare chez le peuple à Edimbourg, el en t'énéral dans toute l'Ëcusse. I^la tient, suivant M. Uennct, en partie âla sobriété des habitants, mais surtuul à celte circonstance que leur seule boisson alcoolique est le whisky, et qu'ils ne font pas usage dos bières furies et des vins eapileui dont la classe ouvrière de Londres xm-, un rontrairc, si larRcmenl. — De m6mc qu'à h!Mi m bourg, la goutte esl rare s Dublin chez la population ouvrière. el vrnîwinblablemeul pour les mêmes causes. (Voy, à ce sujet Todd, Cliaimt Ln-liiitaon Ihe Irinanj Organa. London, 18J7, p. iOI.) — Ou sait que .Magnus lluss ne signale point la goutte parmi les ulTertiiins qui. en Suède, rêsullenl de l'nhus prolongé de l'eau-de-vie.
deux dernières circonstances, on pourrait être conduit à conclure sommairement dans un sens diamétralement opposé à la thèse de M. Garrod. On pourrait encore faire ressortir que si une relation étiologique entre Tintoxication saturnine et la goutte existait en réalité, elle eût été au moins entrevue par des observateurs tels que MM. Grisolle et Tanquerel des Planches, qui ont poussé si loin Tétude des maladies de plomb. Ces arguments n'ont pas cependant une valeur absolue. Combien de fois, en effet, n'a-t-on pas vu un fait pathologique, naguère réputé pour très rare, ou même resté ignoré, devenir ensuite presque vulgaire,par cela seul qu'à un moment donné, il a fixé l'attention des médecins ? D'ailleurs, avant de conclure, il serait tout à fait nécessaire de rechercher directement si quelques goutteux qui se présentent dans nos hôpitaux n'ont pas, pour la plupart, subi autrefois l'intoxication saturnine; si, d'un autre côté, chez les sujets actuellement soumis à cette intoxication, on ne voit pas, plus souvent que dans toute autre circonstance, la goutte naître et se développer. Or, cette enquête spéciale n'a pas encore été établie, et, en conséquence, la question ne peut encore, de ce côté, recevoir une solution définitive. Tout ce qu'il est permis de dire, quant à présent, c'est que s'il parait acquis que l'intoxication saturnine, — ainsi que le veut M. Garrod, — peut, avec le concours d'autres causes prédisposantes, contribuer à développer la goutte, rien ne démontre, pour le moment, que la goutte puisse se produire, pour ainsi dire de toutes pièces, par l'influence exclusive ou tout au moins prédominante de l'înloxication saturnine.
— Nous avons entrepris, sur le sujet qui nous occupe, une série de recherches que nous nous sommes vus forcés d'interrompre. Les résultats obtenus n'ont pas fourni jusqu'ici d'arguments décisifs ; ils sont toutefois, si nous ne nous trompons, de nature à laisser entrevoir que de nouvelles investi-
Charcot. Œtiv compL t. vn. Malad. des Vieillards, So
46fi IIUSKIIVATIO»
galions dirigées dans le même seii:*, et poursuivies sur une plus grande échelle, ne resleronl pas infructueuses ; c'est pourquoi nous avons cru utile de faire connatlre ces résultats, ne fût-ce qu'à titre de renseignements.
Voici d'abord l'Iiistoire détaillée d'un eus assez remarquable de goutte chronique développée chez un peintre en bâtînif^iil^ atteint plusieurs fois de colique de plomb :
Observation. — Aucun aniétédfnl héréditaiit. — Fiéere jnttridp à 24 nitï. — Accfi» lé^er* tic rolii/uft di plumb (24» 2S ans). — Petilx acci^s dr ÎS â .'î? an». — Prcmwra manife*lationi goutleuset à Jï mis. — Ace^» aiinueU de goutte. — Hintotroidf.». — Ewahinnement prugressif de» jaiuluix*. — .!(/«que congcslive : parésie droite. — Tiiphux de l'oi-cillc. — Klal du malade û 56 am. — /Jescriplion de» jointures. — ICxamen microscopique des loplius. — Examen de la néronilé d'un néâlcatoirc.
Lo nommé S... G... ft^t^i dit cinquanle-six ans. né ik Domodosola (Piémontl, exprnanl A lu fois deux proressinns. cfUe de fumiste et celle de peintre en b&timents, entre le 14 octobre 1861 à l'hrtpUal de Lariboisière, salle Saint-Henry, n" 19, dans le service de M. Pidoux lintérimat de H. Charcot).
Leti parents de ce malade n'ont jamais été dans une position aisée. Son père, sa mère, et même son grand-père et sa ^randmére, n'auraient jamais été affectés, soit de goutte, soit de rhumatisme; toujours ils auraient joui d'une forte santé; seule, sa mère était un peu asthmatique; elle est morte i l'âge de soixante-dix ans. S... a eu cinq frèrtis ou sœurs qu'il a peu connus et sur la santé desquels il ne peut donner de renseignements. Il a quitté son pays à l'ftge de qualone ans, et jusqu'A cette époque, il n'a jamais été malade ; il a voyagé un peu partout, exerçant en hiver la profession de fumiste et en été celle de peintre en bâtiments, mais c'est en France surtout qu'il a vécu. Marié é. vingt-deux ans, il a eu cinq enfants ; toujours sa posi-
tioo a été très médiocre ; jamais, assure-i-il, il n'a été à même de commettre d'excès habituels, soit dans le boire, soit dans le manger. Depuis deux ans, il a dû se séparer de sa femme et de ses enfants, et les renvoyer dans son pays, parce que, incapable de travailler, il ne^pouvait plus suffire à leurs besoins.
S... est tombé malade, pour la première fois, à Tàge de vingt quatre ans; il était alors à Nevers ; il s'est agi cette fois d'une Qèvre putride, à la suite de laquelle tous ses cheveux sont tombés pour repousser ensuite.
Entre vingt-quatre et vingt-huit ans, plusieurs accès de coliques de plomb; mais à Tàge de vingt-huit ans, étant à Orléans, un violent accès de coliques de plomb qui ne le retint pas moins de quinze jours au lit, et à la suite de laquelle il fut très long à reprendre ses forces. Plusieurs accès du même genre se sont reproduits par la suite.
L'afiection goutteuse s'est manifestée pour la première fois k l'âge de trente-deux ans ; le malade était alors à Orléans, il fut pris tout à coup d'une douleur violente, siégeant dans le pouce du pied gauche et accompagnée de gonflement et de rougeur ; il y avait à peine de la fièvre. S... crut que c'était là le résultat d'une entorse. Il dut rester quinze jours au lit. Il assure que ce premier accès n'a pas été précédé de désordres de l'estomac. Il n'avait jamais éprouvé et n'a pas éprouvé depuis des troubles des fonctions des organes génito-urinaires : jamais il n'a rendu des graviers ou des calculs.
Depuis cette époque, il a éprouvé souvent des poussés hémorrhotdales^ mais les hémorrhoïdes n'existaient pas avant le premier accès.
Le deuxième accès a eu lieu un an après, le malade était à Dunkerque. Cette fois, douleur, gonOement et rougeur de la cheville toujours du côté gauche ; cet accès a duré près d'un mois.
Le troisième accès a eu lieu À Amiens. C'est le genou gauche qui a été pris cette fois. La durée de cet accès a été d'un mois environ.
Depuis cette époque, les accès n'ont pas cessé de se repro-
M6 i.iTOMCAriin s.uihm
duiri> à pt^u près chaque anni**?, habituellement en autoaiue & l'époque des preraiêres [gelées i^t des brouillards; à cliaquiiiuuvel accès, de nouvelles Jaintitres l'Haieiit prifleR en nulrtt des anciennes. En outre, dans ces dernières aniit^e», les accès sont devenus plus longs qu'autrelois : l'inappétence, pendant les accès, plus grande et la fièvre plus vive. Depuis deux ans environ, à. peine les accès ont-il cessé qu'ils récîdivt'nt; eufln. depuis cette même époque, il reste, dans l'intervalle des accès, delà ruideur ou même une impossibilité complète des mnuveuienls dans certaines jointures: si bien que, depuis un an surtout, le malade est non seulement incapable de travailler, mais est obligé en outre de se servir de béquilles pour marcher; aujourd'hui les grandes chaleurs et les premiers froids paraissent également propres d ramener les accès ; dans les accès, actuellement, toutes ou à peu près toutes les jointures des membres se montrent souvent également douloureuses et tuméliées.
L'hiver passé, étant couché et en proie à une attaque de goutte, S. . . éprouva tout à coup une sensation de choc violenl dans la tâte et perdit eonaaissance pendant à peu près une heure. Quand il revint à lui, il y avait engourdissement et faibl'-ssc du bras droit et de la Jambe droite; ces liymptômes persistent encore aujourd'hui, mais à un faible degré ; les membres inférieur et supérieur du côté droit sont évidemment plus faibles que du coté opposé ; il y a sensation de fourmillement dans les derniers doigts de la main el du pied droit, ainsi que sur les bords externes du dos du pied, cependant, l'anesthésio sur ces parties i-st 1res peu iirommcée. Depuis que les acres se sont ninsi l'appriiclirs, le maladr' a pi'u d'appi'-lil l'I mange liabiluellement fort peu.
Il y a environ trois ans que S, . . a nmiarqué l'esislt^nce d(;< concrétions lopbaeées qu'iin niniarque aujourd'hui sur l'oreilli' externe.
/■Jfal actuel !•: I i MlKhre. — S. . . parait avoir été d'une Iré-^ forte constitution; il a encore de l'embonpoint, bien qu'il ail beaucoup maigri depuis deux ans. Il a une tête volumineuse, le cou court; les cheveux noirs et abondants commencent à gri-
sonner. Il parait être très intelligent, vif; il s'exprime avec volubibité. Jamais il n'a eu d'affections cutanées, si ce n'est la gale, il y a fort longtemps de cela. — Arcus senilis très prononcé des deux côtés.
Il est entré hier à l'hôpital avec la plupart des grosses jointures rouges, douloureuses et tuméfiées, principalement celles des genoux, des mains et des poignets. Son attitude dans le lit, le mode de déformation que présentent les extrémités supérieures, avaient fait songer, tout d'abord, à l'existence du rhumatisme articulaire chronique primitif; mais un examen plus attentif fait reconnaître la présence de concrétions tophacées sur l'une et l'autre oreille externe, et d'un tophus au voisinage d'une des articulations des mains. On prescrit le sulfate de quinine et le calomel, et, au bout de quatre ou cinq jours, le gonflement, la rougeur et la fièvre qui était assez vive, disparaissent pour laisser le malade dans l'état d'infirmité où il était avant l'accès.
Examen le 24 octobre, — Membres inférieurs. — Les orteils qui ont été si fréquemment le siège de la fluxion goutteuse, sont pour ainsi dire soudés, ankylosés dans leur articulation métatarso-phalangienne laquelle ne présente pas de gonflement. — Les gros orteils n'ont pas cette tendance à la déviation latérale qu'on observe si fréquemment dans le rhumatisme articulaire chronique progressif. Les pieds n'offrent d'ailleurs aucune difformité, aucune nodosité, non plus que les orteils; on y observe seulement un état scléreux de la peau qui, surtout au gros orteil, parait faire corps avec les tissus sous-jacents. Les articulations tibio-tarsiennesy^enmoh'ûes, ne sont pas tuméfiées, les genoux ne sont que très légèrement tuméfiés, nettement difformes ; il n'y a pas de déviation de la rotule. La cavité synoviale ne contient pas de liquide ; il y a un peu de roideur seulement dans ces articulations, dont l'extension complète est impossible, si le malade les meut pendant qu'on y tient la main appliquée, on perçoit une sorte de créfiiaiiou ù. petits graiji?^ Lçs h(ii}chc$ paraissent complètement libres.
ExMmiti^x mpfrifartM. — Les articulatioDS dea poigneh sont ankylosées; tous les mouvements y snnt abolis; L'esjoinlnrc» ne sont nullement tuméfiées ou dérormées ; la peau qui les recouvre est sclérosée, pâle, comme polie à sa aurrace, et paraît tnoudée aux tissus sous-jacents. Les mahis, par suite de l'unkylose des poignets, sont maintenues dans la direction de l'uvant-bras, sans flexion, sans extension forcée, sans déviation latérale. Les mains présentent toutes deux le même mode do déformation; en général, les doigts, volumineux à leur origine, R'prtllent brusquenjenl à partir de la phalangine et deviennent très ténus à leur extrémité. Les doigts et le pouce sont dans la situation réciproque n(i ils »e placent pour tenir une plume, toutefois plutôt dans l'extunsion r|iii< dans la flexion. Il n'y a point cette déviation en masse des doigis vers le bord cubital de la main, qui se rencontra si habituellement dans le rhumatisme noueux. Les phalangettes sonllittéfalemcntsoudéesavec les phalangineset celles-ci avec les phalanges, sans qu'il y ail déviation latérale, suhhixation des os ou gonflement des jointures. Seules, les articulations méfacarpo-phalangieanes ont conacrvé une certaine mobilité. Dans l'intervalle des diverses jointures des doigis. un observe f'ft el là îles nodosités, plus prononcées en général du cAté de la paume de la main. Sur la face palmaire de la pbalangine de l'index de la main droite, il existe une de ces nodosités consistant en une tuméfaction à base dure, fluctuante au sommet et qui occupe tout l'espace compris entre les deux articulations. Au sommet de cette tumeur, la peau amincie laisse voir par transparence une coloration d'un blanc crayeux ; en ce point, une incision est pratiquée, et il s'en écoule d'abord une substance demi-liquide d'un blanc mat, puis une substance de même couleur, mais de consistance caséeuse. La matière issue de la plaie a été recueillie pour être soumise à l'examen microscopique. Les articulalioiis humérocubilales sont mobiles, non tuméfiées; derrière l'olécrâne, il existe de chaque côté une tumeur ayant la forme et l'apparence de Ihygroma, maisqui présente une fausse fluctuation, comme le ferait un lipocne. Les épaules, le cou, sont i-oides, mais ne pré-
EXANE!^ DE LA SÉROSITÉ d'uN VÉ8ICAT01RE 471
sentent pas de déformation. Le malade y éprouve souvent des douleurs lors des accès. Il éprouve également, en pareil cas, des douleurs qui paraissent siéger au niveau de Tinsertion des cartilages costaux sur le sternum, et aussi dans le point qui correspond à Tunion des os du nez avec le cartilage nasal ; mais en ces divers points, il n'existe pas trace de concrétion tophacée.
Les principaux viscères thoraciques et abdominaux, examinés avec soin, n'ont pas présenté d'altérations appréciables. Il existe de nombreuses et volumineuses concrétions sur Tune et l'autre oreille externe. Trois de ces concrétions se voient sur la face externe de Toreille gauche ; elles sont logées dans la cavité de l'hélix, au voisinage de l'extrémité supérieure de l'oreille ; l'une d'elle consistait en une espèce de kyste du volume d'un grain de chènevis, d'où l'on a extrait par une légère piqûre une matière demi-liquide d'un blanc mat qui a été examinée au microscope. En renversant légèrement en dehors le pavillon de l'oreille, on aperçoit sur sa face interne un kyste analogue au précédent, mais plus volumineux et percé au centre d'un petit pertuis. Ce kyste est vide : il est très vraisemblable qu'il contenait autrefois de la matière tophacée qui se sera éliminée spontanément. Sur l'oreille droite, plusieurs concrétions blanches et dures, siégeant sur la partie inférieure de Vanihélix ; une autre concrétion se voit sur le bord postérieur même de l'oreille, au point d'union de ses faces interne et externe.
Examen microscopique de la matière des tophus, — Mon ami le docteur Vulpian et moi, nous examinâmes avec soin la matière extraite par incision des tophus de l'index et de l'oreille externe. Cette matière était constituée par des amas de cristaux aciculaires très grêles. La solution aqueuse de soude pure, pour peu qu'elle ne fût pas très diluée, dissolvait rapidement ces cristaux, et Ton voyait alors apparaître au bout de quelques instants de petites masses, quelquefois régulièrement arrondies, mais le plus souvent irrégulièrement sphéroïdales, à demi transparentes, formées d'urate neutre de soude ; si l'on mettait
iT2 K\AHK> UE !A StllO.SlTE Ti'vK VÉSICAiWIRE
enniiilo ces petite» masso-i en contact avec t'aciile acétique, elles se di^^lvaittnl et il se formait presque uussitilt de nombreux cristaux car acti!* ri s tiques d'acide urique. Ces mêmes cristaux s« formaieut avec une égale rapidité quand on faisait agir l'acide acétique directement sur les cristaux d'uiate acide qui constitue les concn^lions tojihacées. Les solutions très concentrées do potasse caustique et t'ammnniaque ne modifiaient d'aucune façon la matière tophacée.
Ksoiiieii dr In x^rtinité d'un v^ticafutre, — Nous étions également désireux de rechercher iii, chez ce malade, la présence de l'acide urique pourrait être constatée dans la sérosité obtenue A l'aide d'un véslcatoirc, en suivant le procédé indiqué par M. (jarrod. L'expérience réussit pleinement : le sérum retiré des phlycti'iies fut mêlé à de l'eau dislîDéeik laquelle on avait ajouté un tiers environ d'acide acétique cristallisable. Le m^ lange ayant été bien agité, fut versé dans un verre do pendule do 8 centimètres de diamètre euviruu ; puis on inlroduisildans le liquide quelques lîls de toile dont les libres avaient été aussi bien dissociées que possible. Le verre fut placé sur un rayon de bibliothèque fermée, pour mettre lo liquide à l'abri des diverse'* causes d'agitation ou d'altération auxquelles il aurait pu être soumis sans cette p;'écaution. Au bout de quarante-liuit heures, l'évaporalioii avait considérablement réduit ce liquide et l'avait amené i\ une consistance presque sirupeuse. L'examen microscopique des fibres plongées dans le liquide, a montré qu'elles étaient couvertes de nombreux cristaux qui y adhéraient, et dont les divers caractères morpholof^iques et niicrocbimiqurs étaient ceux do l'acide urique. Kn elTiit, ces cristaux étaient trf'S nettement rhomboidiques ; ils étaient insolubles dans l'acide acétique et se dissolvaient au contraire facilement dans la sdliilion aqueuse de Foude caustique.
Tous les traits caractéristiques de la goutte so;it, comme on voit, on ne peut mieux accusés chex ce sujet. Aiguë, du piçifls en ppporeiicp, h \'Q^\fi\(\p'. ei ^çrnf^nl spi* raRi]ife;^lt|iiQiis
GOUTTE ET SATURNISME 473
périodiques aux petites jointures des extrémités inférieures, la maladie tend peu à peu à devenir continue et prend enfin décidément les allures d'une affection chronique. Par suite, la plupart des articulations des membres ont été successivement atteintes, et il s'y est produit des altérations permanentes ; des tophus se sont développés au voisinage de quelques-unes des articulations des mains ; Tune et Tautre oreille externe présentent des concrétions d'urate de soude ; enfin, à Taide du procédé à la fois si ingénieux et si simple que M. Garroda mis entre les mains des cliniciens et qu'il a décrit sous le nom de Thread Expenment (l'expérience du fil) ( 1 ) ; on a reconnu la présence d'une très notable quantité d'acide urique dans la sérosité obtenue par l'application d'un vésicatoire. Aucun doute ne saurait donc exister concernant la nature de Taffection dans ce cas d'une intensité presque exceptionnelle, et cependant, bien que le malade soit remarquable par son intelligence et par la lucidité de ses réponses, la recherche attentive des causes ordinaires de la goutte ne donne que des résultats négatifs ; l'hérédité, le genre de vie, ne peuvent être légitimement invoqués. Seule, l'intoxication saturnine se dessine nettement dans l'histoire des précédents pathologiques, et donne à notre observation, rapprochée de celles qu'ont rapportées les médecins anglais, une signification particulière et qu'il paraît superflu de faire ressortir.
1. On sait qu'à raidc de ce procédé, M. Garrod a fait voir, par un grand nombre d'exemples, que jamais Tacidc urique n'existe en excès, dans le sang, chez les individus atteints de rhumatisme articulaire aigu, tandis que cet excès existe constamment dans le cas de goutte aiguë ou chronique. Nous pouvons ajouter que, dans les cas, — peu nombreux à la vérité, — de goutte chronique que nous avons observés, nous avons toujours constaté Texistencc de Tacide urique dans la sérosité d'un vésicatoire, tandis que jamais nous n'avons rencontré semblable chose chez les nombreux sujcis atteints de rhumatisme noueux que nous avons eT^amlnéi % ce poin( de yiic, soit \ rbospice de )a SaU p^tplàrOf |olt «»|louri,
W4 (■■OITTK KT SATIRSISSIE
— Avec \v rontours tk> qiiokpics arais, nous avons pu tpriieïllir des rpnsfignfmenl=déuUlR's concernant vingt malades atimis. pfndaal la durée de deux mois qui viennent dp s'écouler, soil h la Charité, soit à l'Hôtel-Dieu, pour y être traitéî de maladies siilurnines bien délerminées et invétérées pour la plupart (colique de plomb en récidive, paralysie, tremblement saturnin). Plusieurs de ces malades, le tiers environ, ont assuré avoir éprouvé des douleurs articulaires qui s'étaient développée» pour la première Tois plus ou moins longtemps après le premier début de l'intoxication plombique. Ces dou- Iwirs. multiples ou bornées h une seule arliculation, étaient accomjm^és de gonflement, de rougeur et d'une incapacité [iluM ou moins absolue de mouvoir le membre; elles étaient, par conséquent, bien distinctes de celles que détcmiiDe l'artliralgie saturnine. Le plus souvent, faute de donnéps suffisantes, nous avons dû nous abstenir de nous prononcer (*ur la nature de ces arlbropathies. Dans deu\ cas cependant, l'Ile» avaient occupé exclusivement les arliculatioits roéla- Inrso-phalançiennps des gros orteils et s'étaient montrées, à plusieurs reprises, sous forme d'accès à début brusque, durant chaque fois une quinzaine de jours environ et rappelant. en un mot, le type classique d.' la goutte articulaire aiguë (I). Dans aucun de ces deux cas, ni riiorédité ni les autres causes prédisposantes reconnues de la goutte ne pouvaient (>lre invoquées (2).
1. Uana Iroiï Ur cfs ma in'i rintoiii-ntîmi ?ntuniiiie s'élnil compliquéi' diini' airi-Rlion arlii-iilnlrc j'ui ren lie relié, iin'c l'aisislanrc di; mon collè("uc ol smi M. Vulpinn. el en aiiiïnnl !<' prorHi^ liérrit pur M. Cinrrod. »i le sarift fonli'iinil "Il f\ri"i (l'uridf ilriiliic. [* ri'aiillnl ili' nos rcphrirhes n éli- ni^Ralit ilaii* li's Iroi* ra*. Il <■ t vmi que iiuii» ii'nvoiis pas upôn- sur le séniiii du snnR, innU bien iiiir In séi'oïilc nblcriiic par l'iippll ration de véikatoiros, el c'est li. innH (lontr, une rîn'uiiàiince iléravoralilc.
S. Nuln.' rullè((iic. M. I<' U- ClintilTard. a bien vuitln nona donner (giielqiie» (léLilU cuniTmant l'Iiistuii'e d'un malade qu'il a nli-^iTvé nulainment à l'hôpital Sa i ni -Antoine. O malade. peinliT en li:Uiinenla l'I i\i!<' d'une trentaine d'sn-
GOUTTE ET SATURNISME 475
Nous ne voudrions pas, toutefois, accorder plus de confiance qu'il ne convient à un diagnostic fondé presque exclusivement sur les renseignements fournis par les malades (1).
nées, était entré à Thôpital pour une colique saturnine de moyenne intensité. Les accidents saturnins à peine éteints, il se développa tout à coup un accès bien caractéristique de goutte aiguë siégeant à Tun des gros orteils. C'était la première fois qu'il éprouvait semblable chose. Après quoi, il se plaignit d'asthme nocturne, affection dont il avait été atteint autrefois à plusieurs reprises. On s'informa des antécédents, qui montrèrent dans tout son jour Théredite goutteuse. Dans ce cas, l'intoxication saturnine n'aurait donc joué d'autre rôle que celai d'une cause excitante. 1. Extrait de la Gazette hebdom., n* 27, 1863, p. 433.
COlTtE ET SATCnniSHE
Goutte consécutive aux accidents satomins 1 1
M. Chapcol, h propos du rapprochement fait par M. Bouclinrd entre le saturnisme H l'hydrargyrisme, comme diminuant la quantité d'acide urique dans les urines, rappelle qu'il iiV-wt point rare de voir la gouUt: ronséculive aux acridenis saturnins. En ces derniers ïemps. il a eu sous les yeus deui goulteu\ chez lesquels l'iiérèdité ne paraît avoir jou^ aucun rôle, mais tous deux ont eu des accidents saturnins et y étaient eonstaniment exposés par leur profession. La goutte, développée dans re cas, ajoute M. Oliarcot, peut apparaître cliei! les individus encore trJ>s jeunes (2." el 30 ansl. avec un caractère de sévérité extrême; elle est d'emblée chronique et se présente avec toutes les lésions de la goutte tophacée. Ln des malades qu'il a eu l'occasion d'observer, est mort dés l'âge de 3"» ans, d'une ciicépbalopathie liée à rallmminurie coniéculivc ii la néphrite goutteuse.
Ce fait el d'autres, signalés par Garrod. Cliarcol, Bucquoy, Polain, ne permettent point de douter que la goutte, dans un certain nombre de cas, ne doive être considérée comme con-
J, Çomp/ej rendus ik lu f^oçiéfi ik l'ivtonie.lf'A p, !
GOUTTE ET SATURNISME 477
séculive à rinloxicalion saturnine. Et l'on ne saurait, d'autre part, objecter contre cette manière de voir la rareté de la goutte dans les classes les plus exposées aux accidents saturnins. Il suffit d'admettre que la goutte soit, comme l'encéphalopathie saturnine, par exemple, un accident relativement rare de cette intoxication.
VK CUC1TK bn viiniKit urïmcE
Goutte et vertige laryngéM).
M. Cliarcol, à propo!* d'uiir commuDicatiou de M. Leven, parle d'une série de fails qu'il a remarqués el qu'il croil peu connus.
M. CharcoL fut appelé à voir un malade qui »e plaignait de goutte el de toux. L'n jour, à la suite d'une légère quinle, il le vil tout à coup s'affaisser sur lui-même et se relever presque aussilôt, sans avoir présenté la moindre trace de convulsion. Le malade qui. au sortir de celle sorte de crise, assurait qu'il n'avait pas perdu connaissance, fît connattre que de temps à autre, il souffrait de ces accidents depuis l'époque où celle toux s'était manifestée. Il est inutile d'ajouter que le malade, âgé de .'iri ans, n'avait jamais jirésenlé le moindre sjmptônie d'é|)ilepsie.
Peu de temps apr^s, >l. Charcol vit, avec le docteur Carrière, un malade de .Ti ans qui, lui aussi non épileptique. se plaint de devenir sujet, depuis un an, ii ce qu'il appelle des attaques. Cet étal est annoncé par un chatouillement qui existe au-dessous du larynx, une petite toux sèche qui est suivie quelquefois d'une sorte d'allaque pendant laquelle le malade s'alfaise et perd connaissance. Pendant celle attaque,
1. Compte» fendus Je iii Société de biologie, 1S7I>, p. 33<3.