GOUTTE ET VERTIGE UHYNGÉ
et au dire des personnes qui sont à même de l'observer, il parait que sa face devient violacée, turgescente, et qu'il se produit quelques secousses convulsives dans la tête et dans le bras. Il ne se mord pas la langue, n'urine pas sous lui. L'attaque est courte, et à peine est-elle terminée, que le malade se relève, sans hébétude, et se trouve capable d'achever une conversation commencée avant l'attaque. Ces accès sont devenus très fréquents depuis quelque temps ; il y en a quinze à seize par jour, et il est arrivé au malade de tomber dans la rue. Chaque fois, les attaques ont été précédées d'un chatouillement et d'une petite toux; cependant,ilpeutarriver que les accès d'une toux ne soient pas suivis de grandes attaques. Dans ce cas, le malade n'éprouve qu'un sentiment vertigineux qu'il ne peut pas définir, mais qui ne s'accompagne jamais de chute.
L'examen de la gorge fait reconnaître un peu de pharyngite granuleuse. Le malade est depuis déjà longtemps atteint de bronchite chronique avec emphysème ; mais c'est depuis un an seulement que se sont montrées les attaques. M. Charcot a été amené à penser que, dans ce cas, il pourrait bien s'agir de l'irritation d'un des nerfs laryngés, au même litre que le vertige dit de Ménière paraît se rattacher à une affection du nerf auditif dans le labyrinthe. Ce serait donc une sorte de vertige laryngé. Sous cette impression, il a prescrit les cautérisations pharyngées au nitrate d'argent, les applications irritantes sur la région laryngée et, à l'intérieur, l'emploi du bromure de potassium. Soit par l'effet de cette médication, soit pour toute autre cause, le malade a guéri au bout de quelques mois.
Depuis cette époque, M. Charcot a eu l'occasion d'observer quelques faits se rattachant au même type ; et tout récemment, en recherchant ce qui pouvait avoir été publié sur cet ordre de faits, M. Charcot a trouvé dans le Berliner klinische Wos-
COITTE U VEHTIGE HHÏflGÉ
c/ierufhrifl, une observation due à Sommerbrodl. l'n maliide souffrait d'accidcnls épilepliformes arcompagués de sensalions laryngées. La présence d'un polype du larynx ayant élc recoQnue, son extirpation fut décidée. Le malade guérit coropléleracnt, et les accidents épilcpliforraes ne reparaissent plu*.
RHUMATISME ARTICUUIRE CHROIHIQUE i81
Altérations des articulations dans le rhumatisme articulaire chronique ; fausse contracture rhumatismale ; ankyloses (i).
L'observation et les pièces anatomiques que j'ai l'honneur de présenter à la Société sont de nature à éclairer plusieurs points de l'histoire du rhumatisme articulaire chronique. Les articulations présentent en effet à tous les degrés possibles, depuis la simple érosion du cartilage jusqu'à l'ankylose cellu-^ leuse, les lésions qu'on a désignées dans ces derniers temps sous le nom d'arthrite sèche. Nous voyons en outre une roideur avec obstacle à l'extension complète de l'avant-bras sur le bras, considérée pendant la vie comme due à une contracture rhumatismale, siégeant dans les muscles, mais que l'autopsie démontre tenir tout simplement à une lésion particulière de l'articulation du coude. Voici d'abord quelques détails sur les phénomènes observés pendant la vie.
Le 3 mars 1851, entre dans la salle Saint-Michel, service de M. Rayer, à Thôpital de la Charité, le nommé Maul-Laurier Beaufils, tailleur, âgé de 56 ans. Cet homme n'a pas eu de parents goutteux ou rhumatisants ; il se nourrit habituellement mal et
1. Comptes rendus de la Société de biologie ^ 1851, p. 27. Cii ARGOT. Œuvr. comp. t. vu. Mal. des VieiUarda, 3i
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ne hoit jamais de vin. Kn 1838, il habitait tm roz-dn-chaufiftée tdli>nii>nt humide que lu» iiiiir!^ un t:^tuient couliuuulli^muiit mouillés ul qu'ils sont couvi^rls du cristaux : au bout d'uu an de séjour dans ce lieu, Maul éprouve tout-&-cnuj>, pendant la marche, une douleur tellemeul vivu dans l'arUculation de la iiremiére av(!cla deuxième phalange du gros orteil droit, qu'on est forcé de le ramener cheï lui. Cette douleur, il la compare & un engourdissement très intense. Quctqut' s mois apr^s cette premit'ro attaqua, toutes les articulationit des orteils du pied gauche deviennent simultanément roug*?», lum^fl^es et causent des douleurs analogues A celles qui avaient existé dan» le pouce; cette nouvelle invasion est d'ailleurs précédée de frisson? et accompagnée do flôVTes ; bientAl après, le pic-d droit se prend lui-même, et enfin, tes articulations des doigts des deux mains. D'abord bornées aux petites ai-ticulations, la luméfaction, la rougeur et la douleur se montrent bientiM aux articulations tibio-tarsiennes cl aux deux articulations du poignet. Ciîtte période d'acuité dure huit jours environ, pendant lesquels le malade, ne pouvantplus marcher, était transporté chaque jour à l'hApital Satnt-Loois oH il fait usage, dôs le début, de bains de vapeurs et de fumigations. Au bout de ce temps, survient une rémission, suivit' bieutdt de nouveaux accès venant irrégulièrement de temps à autre, lesquels étaient précédés par de légers frissons et s'acfompagnaient de sueurs abondantes. Les choses restent ainsi pendant cinq ans environ.
En 1833, Maul, qui habite cependant alors un logement sec, voit le mal qui s'était borné presque exclusivement aux petites articulations des pieds et des mains envahir les coudes, et à cette époque déjà, se manifeste une certaine difficulté dans l'extension de l'avant-bras sur le bras. Ce sont surtout les membres supérieurs qui sont le siège du mal, A cette nouvelle période de la maladie. C'est alors qu'il commence à apercevoir une déformation dans les articulations des extrémités inférieures. Enfm, après une série de rechutes, pendant lesquelles augmentent les diUbrmilés articulaires et la perle ou la diminution des mouvements de certaines d'entre elles, une douleur se ma-
nifeste pour la première fois dans l'épaule gauche, sans rougeur ni gonflement cette fois.
Lors de son entrée à Thôpital, cet homme nous parait d'une constitution entièrement détériorée; il est faible, cacochyme, pâle et maigre. Il assure ne tousser que depuis un mois environ, et n'avoir jamais craché de sang. Il y a dix jours qu'à la suite de frissons, il éprouva un point de côté avec oppression au côté gauche de la poitrine ; bientôt surviennent de l'insomnie et de l'inappétence. Il assure que, lors de l'invasion du point de côté, les articulations des mains qui étaient gonflées et rouges cessèrent subitement d'être tuméflées et douloureuses. D'ailleurs, pas d'antécédents syphilitiques, jamais aucun phénomène notable, soit du côté de l'estomac, soit du côté du cœur ou des intestins. L'urine est habituellement très claire.
Cet homme, outre les bains de vapeur dont il a fait usage à une certaine époque, se contentait de prendre lors des attaques de huit à dix gouttes de teinture de colchique, médicament qui le soulageait toujours, mais dont il était bientôt forcé de suspendre l'usage, à cause d'hallucinations et de maux de gencives qui ne tardaient pas à subvenir.
Dans l'état actuel, nous avons à étudier chez ce malade : i** les vestiges de l'afl'ection habituelle de l'articulation qui est en ce moment dans une période de rémission ; 2° une aff'ection pectorale.
Voici d'abord dans quel état nous trouvons les diverses artilations :
Pied gauche, — Aucune ankylose; seulement, quand on met les surfaces articulaires les unes sur les autres, on entend un léger craquement dans les diverses articulations des orteils, et en particulier du gros orteil. L'articulation tibio-tarsienne paraît déformée, c'est-à-dire que les enfoncements naturels paraissent remplis, et quand on en palpe les contours, la mollesse habituelle des parties est remplacée par une résistance très grande ; il semble que tout le pourtour de l'articulation se soit incrusté d'une matière solide ; d'ailleurs, immobilité complète de cette articulation ; le pied est fixé à angle droit sur la jambe. Cette soudure était déjà complète il y a une dizaine d'années.
48i OICSEHVATIO»
Dana toutes les autres arlknlalioDs du pied etdan» cel)«s des orteiltï, les mouvements paraisseot ronservëti: let) difTérentcs pièce» du tnrse parnissent cepeudant soudée» entre elles. Au pied droit, pas d'ankyloRe, noit aux orteils, soit au tarse, soil dans l'articulation tibio-tarsieune ; ni dèl'ormation, uî routeur, ni Kotiilemeiit de ces diverses articulattun»; cepcnditnl. le Troltementd(!s surraces articulaires fait euteudre un certain craquement. Le malade assure n'avoir jamais soufTerl dans les arlicolations fémoro-libiales ou coxo-fémorHlos.
Membre iapérkur giiarh'^ . — Kii (;éuéral, les arliciilutiuu^ >lu métacarpe avec lesdoifjts et les dilTérentes phalanges entre elles sont gontlées, déformées, mais sans rougeur pour le moment. La dérormation parait tenir & un gonflement des tissus ossuux mêmes, ou bien it des productions osseuses péri-articulaires de nouvelle formation. Les doincls nnt, par suite, nu asp«ct fusiforme avec des renflements au niveau de chaque; article.
Un remarque dans l'articulation, entre le premier métatarsien et la première phalange du pouce, une sorte de lux&tioB de cette dernière en avant et eu dedans de la tète du métatarsieB; en in^me temps, les mouvcniL-nls jifivoijut'S de cette articulation sont obscurs; il y aune sorte de demi-ankylose, ce qui neinpét'hc pas que le frottement des surfaces articulaires ne détermine un craquement très sensible ; d'ailleurs, déforniatinii et KonHement analof^ues des articulalinus des deuxième, troisième et quatrième iiiêlatarsiens avec les phalanges corres]»ondantes, avec rraciuemeut des surfaces arliculaires, mais sans anlîylose; les iiliiiiangcs paraissent en outre défi)rmées un peu en avant de la tèle des mèlacarpiens ; dêl'ormalion analogue, mais plus légère dans les articulations des ditférentes phalanges entre elles ; crépitaliun sensible dans les mouvements provoqués dans ces diverses arliculations.
La main considérée en général est en outre déformée ; ainsi, les diverses phalanges des doigls sont habituellement dans Texlension, mais les doigts sont légèrement fléchis sur les métacarpiens ; de plus, ils sont légèrement inclinés vers le bord
DESCRlPIiOrS DES JOINTURES 485
interne de la main. Les mouvements volontaires sont, pour la plupart, conservés, mais difficiles ; les mouvements provoqués sont limités. C'est ainsi qu'il y a un obstacle à l'extension de tous les doigts sur les métatarsiens et que les mouvements divers dans l'articulation du premier métacarpien avec la première phalange sont très faibles, par suite de la demi-ankylose déjà notée.
Articulation radio-carpienne . — Elle est déformée ; les saillies osseuses sont peu prononcées ; les enfoncements sont comblés. La main est immobile dans l'axe de Tavant-bras; les mouvements provoqués ou spontanés sont tout-à-fait nuls. L'ankylose paraît complète ; elle remonte, dit-il, à une dizaine d'années.
Articulation huméro-cubitale, — L'avant-bras fait un angle de 35 à 40 degrés avec le bras ; l'avant-bras et la main sont, en outre, dans une pronation habituelle. Quand on cherche à étendre l'avant-bras sur le bras, ou à provoquer la supination, on ne peut y parvenir, car aussitôt les muscles paraissent agir violemment et des cordes correspondantes à leurs tendons se dessinent dans les téguments. Ces cordes paraissent dues aux tendons des muscles long supinateur, grand et petit palmaires, cubital antérieur, grand pronateur. D'ailleurs, elles existent à un certain degré, alors même qu'on ne cherche pas à détruire la flexion. Quand on dit au malade de fléchir l'avantbras sur le bras, il le fait d'ailleurs sans douleur ou difficulté. Le biceps brachial et le brachial antérieur ne paraissent jouer aucun rôle dans l'obstacle à l'extension. Ajoutons que le frottement des surfaces articulaires de l'articulation du coude s'accompagne d'un craquement très sensible.
L'épaule est douloureuse depuis trois mois environ ; cependant, il n'y avait pas de craquements sensibles, et les mouvements en sont assez libres. Tout ce que nous avons dit du membre supérieur gauche s'applique exactement au membre supérieur droit.
Tel est l'état des diverses articulations. Mais, nous l'avons dit
rinnn>t« '
■t pas ■clBettcmgnt U maladie priadpslr. KsvnwfpHWdMdAatderaAwtJ'ta p«clorale.
Lc3«ani,ieard*«iM^, BnasrfiiiataloDs, par l'aïuni] talion, daftrilf^ irr^ wlumdMnts. macpirmi. de i^mss^» bDlle« du» devi eAUs de U pnilHiie, pas d«f iiultl« par la p«reB8sioD. Souffle «n pTMBÎer l«4Dp« aa <*rax «l 1 la baso ; ee «ooflb! e&l doux. SuafDe T««<nitairr an col ; «\pe<-toratioD de cracbats muqaeax, verts, larges, arroodU : itpprvsskiD ass«i tnrie ; fi^vrv. Les jours sninala, Diéne Mal iPol. gom. ; diète). — 10. It : PoUod sUbi^. 0,IOetaticr.
13,13,14. Pot. Kermès, U.IO fcuti^.. lé|^;«re aiuétioiatioD. 14 Application d'un v«>icalaîi« sur le cCtlf (QkiMrJie de la poitrine. Cr jour-tà, un avait otiserté de l'ohMiirilé do son soQs la Shnmie gaaclie et qaelqntt^ râles suspect* : et ph outre de la matili^ relative & la partit^ roUieuIffu^f- vl ioférienn.' du poumoD gaochp. En ce point, il n'extataîl pa$ d« souflle. mais les rftles muqueus qui occupaient toDl^ Teti^odue du lotie inférieur résoDuaieut en ce point av«c un tiiultre tout particulier, analugrue i crIuÎ qo'ib acqnlÈrvnt quand ils éclatent au milieu du ^ouftle bronchique,
L«fi jour« suivants, ramaigrissemeat se prononce, la ^èvre s'accroît, la laopue >e «^O^hp. la dyspnée augmente, Eiifin, il survient du dévoiemenl, et le malade meurt le 16 mars.
AiToi'siE. — 1° Lliil des arlkiil'ithiif. — 2'' Liât des v Les iiTlimlnliuns présenleiit tous les tlet;rés iina^^tnables de laffectirin qu'on a appelée, dansées derniers temps, du nom darthrite sèche. — Dans un j>remier groupe, nous voyons les cartilages présenter en certains points des dépressions, d'autres fois de véritables perles de substance, des ulcérations dont le fond es| rugueux. D<'ijà la membrane synoviale est épaissie et injectée elle-même. Une espèce de synovie Irùs épaisse, 1res visqueuse, remplit la cavité articulaire. C'est dans cet étal que se trouvent les articulations fémoro-tibiales.
Au deuxième degré, le pourtour du cartilage est pour ainsi dire érodé. Il esl anfractueux el irrégulier. Au centre même du cai^ tilaRc existent aussi, soit simplement des abrasions, des éro-