‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot. t.1-Chapitre 199 sur 230 · CAUSES ANATONIQUES DES LÉSIONS ARTICULAIRES · texte numérisé non relu

CAUSES ANATONIQUES DES LÉSIONS ARTICULAIRES

articulations métacarpo-phalangiennes des pouces, un certain degré de flexion, mais limitent complètement Textension et Tabduction : aussi, le muscle court abducteur du pouce a-t-il subi complètement la transformation graisseuse, ce qui contraste avec Tétat des autres muscles de la main qui ont conservé, à peu de chose près, leur volume et leur coloration normale.

Un degré de plus, et Tankylose celluleuse intra-articulaire est complète. Les liens celluleux de nouvelle formation sont solides, résistants, et les mouvements de flexion ou d'extension sont devenus tout-à-faits nuls ; c'est ce qui existe pour les articulations radio-carpienne, tibio-tarsienne du côté gauche.

Dans quelques articulations phalangiennes, le but ou le résultat de la maladie a été tout difl:érent de ce que nous venons de voir ; le cartilage a presque entièrement disparu, il n'en reste plus que quelques ilôts. L'os mis à nu est rugueux, mais presque sans altération. Mais ce qui est surtout à noter, c'est qu'il n'existe ici aucune production celluleuse intra-articulaire. C'est dans ces articulations surtout que le frottement des surfaces déterminait pendant la vie une crépitation très sensible,

En résumé :

Le gonflement et la déformation des articulations tenaient dans ce cas : 1° à Tépaississement de la synoviale ; 2° à Tépaississement avec transformation fibreuse du tissu cellulaire sous-synovial ; 3° à la formation dans ce tissu cellulaire de productions cartilagineuses et osseuses.

La diminution de la mobilité des os, les uns sur les autres, tenait, soit à la formation de liens celluleux développés entre les deux surfaces articulaires contiguës, soit à l'épaississement avec production de liens fibreux de la couche celluleuse, soussynoviale. C'est à cette dernière variété d'ankylose qu'était due la fausse contracture des membres supérieurs. N'est-il pas possible, dès lors, que l'altération désignée par quelques auteurs, sous le nom de contracture rhumatismale, ne soit sou-

m ctBMi AumMCts »B lcsmhis Aniccuius ^^ Tffnt rieD moÏDKque le ré5titlit<rooe modificstiao dam le tissa

lêralion partiraliére àr* carlilasp^. conimcDçant par tmi* sni»ple etuWnilion rt <e iTminant par uq« iléDutlatioa plus m moins ^tpodue dt^ o? ^nibjac^oU. altératioD qai ^'arcompftgne âouvpnt dp i*adjoocLioa de tissu fibreux i la «ubstanre cartilajiioeuM' ellc-ménre, el pcndaol ce lemps, la synoviale s'est injectée, gonflée, elle s'est couverte de bourgeons charnus ; mais le liquide qu'elle exhale ne diffère de l'état normal que par sa viscosité plus grande, et. dans certains ca:-, par la pr^'^ence d'une ?^ul»lance albumineu^e plus ou moins opaque : pa» de pus. pas de véritables Èiu«se,* membranes,

\.v ctsur nf^ présume pas d'altération ^«nsîble soit dans se$ parois, suitdan!; st'â \-aK-uIPs. ),,espoiinioas préseotentde nombreuï tubercules ; çà el IJi des e «avalions au sommet des deux oreanes. Le lobe ioTérimir ^uucbe présente une induration considérable à son centre, laquelle est due à une bépatisalîon pulnionnirr ditTu-n- qui i-nvironnf de toutes p;irls un noyau d'infillration tuberculeuse dont lecenlre s'est déjà ramolli. — Les .lulres organes n'ont rien présenté de notable.

Du rhumatisme génital.

(Lettre de M. Charcot à M. le D' Lorain) i,

Dans le cours d'une intéressante discussion sur le rhumatisme blermorhagique à la Société médicale des hôpitaux en 1865-1866, M. le D^ Lorain, qui prenaitune part active à la discussion, provoqua l'avis de M. Charcot qui lui répondit par la lettre suivante :

« Vous rae demandez, mon cher collègue, ce que je pense du rhumatisme génital^ voici en quelques mots ce que j'ai exposé, dans mes leçons à la Salpêtrière, en m'appuyant sur vos observations et sur celles que j'ai pu recueillir dans divers auteurs :

« l°J'ai commencé parétablir que des causes traumatiques, telles que coups, chocs, plaies, phlegmons^ etc., font naître chez les sujets prédisposés, tantôt le rhumatisme articulaire aigu, tantôt le rhumatisme articulaire chronique généralisé^ (rhumatisme noueux ou partiel, arthrite sèche). C'est ainsi que le rhumatisme articulaire aigu s'est développé, à la suite

1. Bulletin et Mém, de la Société médicale des hôpitaux, 1866, p. 393.

<I9S BBiritrUIIB CfnilAL

d'tia phlc^n^oo provoqué pnr uae piqûre, c\ïfznn boueb^ifat avait déjà éproovi' plusifun atlL-toleâ df rhumalisme : b preintftK articulation affeflt.V dan:* re ras, a été le poîgael ; or, le pblegraofi siégeait «ur 1l> do:^ do la main.

"Uî riiumntismp noueux (t'est développé cheïuoe remme de la Salp^trifïre, à la ïuilt; d'un panaris qui orrupail un A^ doigts de la main, et les jointures de ce doigl furent les pivinitres alleiuleâ |>ar Huflamuialion rhumalique.

« Le5 rhirurgif^us ont vu fréquemment ïarf/irite xVAe {ce que j'appelle rbumaliame t^^lirooiquc primitif partiel) naître, à la Mille d'un i:oup porté sur la jointure, et ils en ont ronclu que celte ^orle d'arthrite est tantôt une affection locale. tantiH une maloilie ronstituttonuplle.

" 2' CerUtineu rausfs ptUholotjifjues a^ssent conini>' \v* causes Irauinatiques et provoquent le développement d'affections rhumatismales qui ne diffèrent en rien, dn moins quanl b la forme, de celles qui se produisent spontanément [je fain mes réserves sur la valeur du mol spoiitant^).

«Ainsi, Vérysipèle delaface a provoqué, à ma connaissance: 1° le rhumatisme articulaire aigu: 2° le rhumatisme arlifiiliiiri' chruEiiijuc priruilif. — {.'ainiiiif tonsilhiire est souvent le point de départ iiraulres disent le prodrome) du rhunialisuie articulaire aiiru. — l.a srnr/afitir produit souvent le rhiimatisme articulaire aipi. avec endocardite, péricardite, etc., et souvent aussi, le pronoslir de la maladie u"est en rien chiingé. — Lîi hlfiiHairhagit-. A la suite, et pendant le cours de l'uréthrile, on a vu se développer le rhumatisme articulaire aigu, avec endoi'ardite et péricardite. l,a blennorrhasrie peut éfralemenl être le jwint de départ du rhumatisme articulaire chronique avec déformation irhumalisme noueu\;- Vnns eu avo;: recueilli un cas ; il en existe un autre de Brooilliurst |/fey/*«/(/'.ï a Si/sipiii of Mo/in'iic^;(i{ino(i en rapporte

plusieurs exemples (On Goût, p. 543); Trousseau en cite un cas {Clinique médicale y t. III, p. 375).

ii Fonctions utérines. — Les troubles, dans l'accomplissement de cette fonction provoquent souvent le développement des formes ordinaires du rhumatisme ; ainsi, la chlorose et la dysménorrhée sont notées parmi les causes ordinaires du rhumatisme noueux. Todd (On Goût y p. 180) relate un cas de dysménorrhée pseudo-membraneuse, avec rhumatisme noueux. J'ai moi-même rapporté, dans ma thèse, plusieurs observations de suppression des règles ayant été le point de départ du rhumatisme noueux.

« Ménopause, — C'est une des causes les plus fréquentes de l'apparition du rhumatisme noueux (Charcot; Trastour, etc.).

« Grossesse. — Formes subaiguës du rhumatisme articulaire. (Lorain) Todd, (p. 179,) cite plusieurs cas de rhumatisme noueux développé pendant la grossesse. Il existe encore d'autres observations du premier ordre (thèse de Charcot). En général, d'après mes observations, la maladie se prépare pendant la grossesse et éclate avec toute son intensité peu après l'accouchement.

« Allaitement. — Outre les casque vous avez observés, j'en indique un, relevé par Garrod ; il s'agit d'un rhumatisme noueux développé dans ces circonstances. Garrod invoque Voverlactation {On Goût, p. 568).

« Ainsi, les causes les plus banales, telles que le traumatisme, par exemple, peuvent donner naissance au rhumatisme ordinaire. Des causes plus spéciales, et, en particulier.

' 40i narvATiiiMt cë^ital

let camex génilaies, peuvent amener le même résultat Ma» ce ne»l cerUinement \h, h mon sens, qu'un coin du tableau, et jf pense que la plupart Je» causes s/iérialex on .sprrifitjutt qui viennent d'fMro passées en revue peuvent, par ellesmêmes, provoquer l'apparition d'affections arliculaires qui différeront, à certains t'gards. et surtout c Uniquement, du rhumatisme ordinaire. U est facile de démontrer tout d'abord que certaines causes vrairnenL spécifiques font naître des arthrites qui n'ont de commun, avec le rhumatisme proprement dit, qut! le siège. Certains poisons morbides peuvent être placés au premier rang, sous ce rapport. Il y a une arthrite morvemr; une artlirile variuleuse; une arthrite liéeii la diathèse puruletitit.

"Ces arlhritea-!à. partielles ou multiples, ne sont évidemment pas le rhumatisme articulaire commun.

1 Je iTois, de plus, qu'il y a une arthrite srarlatinettse bien différente durhumatisme articulaire commun. lequeUe dôve-

0 ppe cependant quelquefois, sous l'influence de la scarli»ifle.

1 » Je crois aussi qu'il existe une arthrite blmnorrha^iifiut ayant ses caractères particuliers etdistincts de ceux qui appartiennent au rhumatisme spontané : mais iln'en est pas moins vrai que le rhumatisme ordinaire peut se développer, sous l'influence de la hlennorrhagie.

" Il y a, sans doute, une arlhrite puerpérale spéciale ; mais Pélat puerpéral est propre à développer le rhumatisme commun.

<i Kn résumé, les causes qui provoquent ces arthropalhies spi-rialex sont aussi toules puissantes à provoquer, dans certaines circonstjinces données (lorsqu'il existe une prédisposition déjà accusée par des accès antérieurs!, les arthropalbies du rhumatisme ordinaire. En ce qui concerne spécialement el rhumatisme ffénitai, tantôt la cause génitale est toute-puis-

santé, puisqu'elle développe une forme morbide particulière, tantôt son rôle n'est qu'accessoire, puisqu'elle provoque le développement d'une maladie qu'une autre cause eût pu développer. Il peut se rencontrer, d'ailleurs, des espèces mixtes, bâtardes où se trouvent combinées :

n l^ L'influence de la prédisposition rhumatismale ;

« 2" L'influence de la cause spécifique, génitale ou autre ;

«3" Enfin, on peut observer des cas simples, purs, où l'influence de Tune ou de l'autre de ces causes se dessine dans toute son originalité. »

SOIES. Sun U GOtTTE

Notes annexées au Traité de la Ooutle, de 1 traduit par M. A. Ollivier.

Df l'anliquit^ du rhumaliniicel de ta goulle; hûtorique. —Le mol rhumttt'ismr, <;onlrairi>iiii>nt d une aN<)erlion qii'oo s'éloonc r formulé»? parTralles [Vtm opii. elf.. Vratit^laviie, lï5î. «cet. Il, p. !(0l), se rpiiconti-e plusieurs fois dons les écrits de* mijdticins de l'anliquité (grecque ou lotiue. Mais il irétait pa^ usité alom dsns le seos qu'on lui attribue «xclush'em«nt anjmird'lmi : il ne scrvail pas<i spécilier un typ<? mnrhide particulier, el on l'employait généralement pour désigner toute espèce (le lliixinn hunniialc |ii)iivaiil survenir dans le cours dos maladies li's plus «livei'ses, piiiKi|iak'HieiiL loi-sque eetle fluxion se niimlrait an-umpaniiéc dévacualions muqueuses ou piluiteu^s. Les ancien-i, nr-aiiinniiis. iint connu les atTections variées qu'on a lasseiiihlres de iiik jours sous le nom ih- rhuiiiafixmi'; cela esl l'i'iidu ail moins très M'aiseinhlalile, particulièrement en ce qui (■<inc(.'riie k' rhunialisiiu' articulaire aigu, par quelques passa^re^ des (H-rits d'Ilippocrale, d'Arélée sui-loul, de Ciclius Aureliaiiii? et iTAëtiu'^ (voy. I''altncus, M* rhi'inunl. wcdic. vrirr. fragmi'nla. l:;Haiit;., IWI-ii. Toutefois, il est remarquai)!!' qu'on ne rencontre là qu'une indication très sunimaire et peu explicite de celle dernière maladie : tandis que la t;<>ulte. au contraire, s'y trouve, ain^i que k' l'ait remarquer M. (iarrod, décrite presque minu-

ARTHRITIS 497

tieusement parfois et présentée le^plus souvent avec ses attributs syniptomatiques et étiologiques les plus caractéristiques. Le contraste est frappant ; il a conduit plusieurs auteurs modernes (Hecker, Rede ueber die aufeinander Folge der Dyskrasien in grosseren Zeitraumen, in der med. Vereinzeitung , 1837, n' 34; — Leupo. dt. Gesch. der Medicin. Berlin, 1863, p. 66) à penser que, dans Tantiquité, le rhumatisme articulaire était rare ou tout au moins ne sévissait pas au même degré que la goutte ; et déjà Sydenham avait émis une opinion fort analogue. Quoi qu'il en soit, les auteurs anciens ont toujours confondu la goutte et le rhumatisme articulaire dans une description commune, sous la dénomination d'arthritis ou de maladie articulaire [articulorum passio) ; et il ne semble même pas qu'aucun d'eux ait jamais songé à établir, entre les deux affections, une séparation tranchée. « Certains médecins », dit, à la vérité, Caelius Aurelianus [Morb. chron.^ lib. V. cap. u) « appellent la maladie arthritique un genre, et la podagre une espèce. » Mais il ajoute aussitôt que ces noms expriment uniquement une différence de siège et qu'ils n'ont pas d'importance dans la pratique. On pourrait, d'après cela, faire remonter jusqu'à l'antiquité la doctrine de l'identité, que professent encore aujourd'hui plusieurs médecins éminents à l'égard du rhumatisme et de la goutte, et mettre ainsi la tradition de son côté, s'il était permis de prêter aux anciens, relativement à la distinction des maladies, les vues systématiques qui, en réalité, n'appartiennent qu'aux modernes. L'antique description de Varthritis s'est transmise telle qu'elle, et sans avoir subi d'altération sensible jusqu'au temps de Baillou. Le premier, cet auteur a décrit, comme distincte'de Varthritis, une aflFection à laquelle il a donné, on ne sait trop pour quelle raison, le nom de rhumatisme, nom qui reçut ainsi pour la première fois, une acception nosographique déterminée. Or, cette maladie qu'a décrite Baillou {Opéra omnia). Genev., 1762, t. IV, p. 314) et que Rivière {Opéra medic. Lugd., 1672, p. 297), puis Sydenham, ont étudiée à nouveau, sous le même nom, par la suite, correspond évidemment au rhumatisme articulaire aigu, tel que nous l'entendons aujourd'hui. Charcot. — Œuv. compL t. vn. Malad. des VieiUanis. 3a

498 yntT.fi srR u coctte

Ed r« <[ui cunccrou le rhumatisme articulaire chronique. S serait dirtldle de sigoali^r, c\iet. les ancii?ns, des descriplina» qui s'y rapportent incontcntableiiieiit'. mais il existe des preuves d'un autn; ordre pour di^aiontrcr que cett« atTeclioR eiûtait, aa moins dés le premier siècle de notre ère. chez les bi^itants du midi de l'Italie. Les fouilles entreprises, il y a queitpief aoo<>es, sur l« soi qui couvre les ruines de Pompéi, ool miâi découvert des ossements humains, pour la plupart dans un élal du conservation parfaite, et dont la provenance ne peut #tn' Tobjet d'aucun doute. Parmi ces ossements, qui ligurent aujourd'hui dans les divers musée» de Naples, il en est un certain nombre qui portent encore les traces paiTaitemeot reconnais sables de diverses afTeetions pathologiques. Or, (guelques-uoe^ de ce» altérations paraissent devoir ôtre rapportées au rhumatisme articulaire chronique. Ou pourrait s'en convaincre en ronsultant les descriptions et en examinant les figures qu'a dunni^es M. le dorteur délie Chit^^ (*^<^ INaples*), de quelquesunes de ces pièces ( C'fiwiio aiiolnwlcu-palologica lulU omo imww' Mcavale in Pompei, Napuli. 1853. — Mùtcellani'a anntnmh<f}}iitkologka, t. 11, pi. Lxxxin, iig. li,?,^. Napolt, 1BS7). Ce sonlU.» l'on peut ainsi dire, des monuments qui ti^aioignent de l'antiquité du rhumatisme chronique, mieux encore que ne le poarraient faire ((uelques passaf;es, plus ou moins t'quivoques, lire* dus aul.'iirs anciens.

— Sur la pathologie liistoriiiuc de la poulie, consulter un iiiliTcï^sant travail du docleiir A. Cu-radi [drlln odienia dimhwzioii.- Jrlh i><ifl.if,r.i. Roli.nna, JSIIO) et rexcelleiit ouvraf;e .lu diiclrtir A. IlirM'Ii. de I)aii7.i>;{ /f-i>idlj'icJr d.-r lii.iti<rich-fi'rogi-<iphifth-ii l'-illiul'-f/i.; I. II, |). :;-i-i. JCi'Iaiineii. im'S\. {p. j-0 d.'la tj'aductiun;.

H'^iiioirhaifi'-s sinis-culiiiirrs du lis lu t/oulli'. — Dans des cas. à » la véi-ilé assei". races, la t7)loration d'un pourpre sombre, que " présentent les jointures aU'eclées par la goutte, prend uni' » teinte plus foncée encore, parfois presque noire; cette teinte '> persiste pendant plusieuis jouis, après quoi, elle fait place

» aux nuances jaunes, vertes, etc., qui révèlent Texistence des extravasations sanguines. » ( W. Gairdner. On goût, London, 1800, 4*^ édit., p. 23.) — On peut lire à la page 300 de Touvrage cité du docteur W. Gairdner robservation d'un cas de goutte dans lequel riiémorragie sous-cutanée dont il est ici question était des plus prononcées (p. 21 de la trad.).

Goutte chronique d'emblée, — La goutte peut, comme le rhumatisme articulaire, revêtir dès Torigine, la forme chronique, pour spéciiier les cas de ce genre, M. le professeur Monneret propose la dénomination de goutte chronique d'emblée, qui mérite d'être acceptée {Programme du cours de pathologie interne, etc., 2'' année, 1862, p. 134). — Il n'est peut-être pas sans intérêt de remarquer que Taffection décrite par Landré-Beauvais, dans sa dissertation inaugurale {Thèses de la Faculté de Paris, an Vlll), sous le nom de goutte asthénique primitive, n'est pas la goutte, mais bien le rhumatisme noueux. Les observations sur lesquelles se fonde le travail de Landré-Beauvais ont toutes été recueillies à l'hospice de la Salpêtrière, où la goutte proprement dite ne se présente que très rarement. Les concrétions tophacées n'ont été rencontrées dans aucuns cas suivis de nécroscopie rapportés par Tauteur. (loc... cit... p. 23). ; or, l'existence de ces concrétions n'eût certainement pas manqué d'être constatée, s'il se fut réellement agi de la goutte, (p. 24 )

Congestion du foie au début des accès de goutte. — Parmi les phénomènes qui marquent le plus souvent le début des accès de goutte, M. W. Gairdner (loc. cit., p. 171^ signale une tuméfaction passagère du foie, laquelle s'accuse d'ailleurs, comme à l'ordinaire, par les signes que fournissent la palpation et la percussion, et par le développement anormal de l'hypochondre droit. Les faits de ce genre n'avaient pas échappé à Scudamore; il mentionne, entre autres, l'histoire d'un malade en proie à un premier accès de goutte, et qui, pendant les deux ou trois mois précédents, avait ressenti de l'embarras du cùté du foie, ainsi que de grands désordres dans l'estomac et dans le canal alimen-

SOO NOTES SUfl lA COUTTE

taire (Traité de h goulle et du rhumatisme. Paria, 1823. t. I, p. 1^). SujeL à la goutte, et auteur d'un intéressant travail sur uutlB maladie, M. !e docteur Galtier-Botssière (De la goutle, Dissort, inaug. Paris, 1859, p. 41) a constaté plusieurs fois, sur luiniAme, cet accroissement temporaire du volume du Toie, qui, chex certains goutteux, prdude aux accès. 11 peuse que la fréquente n^pétition de ces hypérémies périodiques peut, A la longue, occasionui^r la tuméraction permanente du foie qu'on observe assez fréquemment, ainsi que l'avait remarqua» dt^jâ Scudamore (loc. cil., p. 59) chez les individus qui souffrent dn la goutte depuis longtemps (p. 35).

Sif'ge de l'affection articulaire goutteuse. — Sur 40 cas de goutte primitive des extrémités inférieures observt^s par le docteur BrSun, de Wiesbadi-u (Matériauj: ftaur servir â une tiioHOgrnphie sur la goutte. Paris, 18(i2, p. ~i), l'afTection a occupé le ci'tté droit. La goutte paraîtrait avsîr, d'après cela, une certaine ppédileclinn pour le crtté gauche. — Dans ces mêmes 40 cas. la prcuiiôre attaque a porté 3C fois sur le gros orteil, 2 toi^ sur le dos du pied, I fois sur le genou, 1 fois sur la lianch'' (p. ^T-SSi.

/.H douleur df In f/oull'.- niffw comparée û c--lle du rhumatisme. — On a dit que dans la t^outle, la douleur se montre sous forme d'un point silui'! surle coté di" l'arliculation et qui e\iste parfois Itiou avant que la chaleur et le gonllemetit ne se soient manifestés; taiiilis que, dans le rlmcnatisriie articulaire aigu, au contraire, la douleur est iHendue, large pour ainsi dire, el embrasse toute la partir' affectée Hluil!)ert, />!■ M r/outtc el (i-'s maladies goulteuxes. Paris, 1820, ]>, tU). — (iendriii, Lerou» r/.- )iiijues sur la giiiiltr.dixns He.cue de. Iliérapeuli<iiie médico-chirurgicale, IS."»!), p. i8ï. — Vigla, llalleliii de la .Soeiété des hi'ipitaur. 1849, t. 1, p. 1"8) Cela est parfaitement exact, au moins pour un certain nombre de cas (p. 30).

La goutte chronique comparée au rhumatisme iioueuT. — .\ ne

considérer même que le siège primitif des alTections locales ainsi que le mode d'envahissement successif des jointures, il existe entre la goutte parvenue à cette époque de son évolution et le rhumatisme articulaire chronique d'emblée, de forme progressive — (rhumatisme goutteux, rhumatisme noueux des auteurs) — envisagé à son début, des traits de ressemblance et des caractères distinctifs qu'il ne sera peut-être pas sans intérêt de faire connaître dès à présent.

Dans le rhumatisme noueux, les articulations des mains, et, d'une manière plus précise, d'après mes propres observations, celles des phalanges entre elles, surtout les articulations métacarpo-phalangiennes des deux premiers doigts, sont, dans la majorité des cas, le premier signal du mal. L'examen de 41 cas étudiés à ce point de vue spécial, nous a fourni les résultats suivants : les diverses jointures qui viennent d'être mentionnées ont été les premières et les seules atteintes, pendant un espace de temps plus ou moins long, dans 21 cas; dans 7 autres cas, une ou deux grandes jointures, le poignet ou le cou-depied, par exemple, ont été affectés en même temps que les articulations des doigts; 9 fois l'invasion s'est faite exclusivement par les grandes jointures, telles que le genou ou le cou-depied; mais dans ces cas, les petites articulations des doigts n'ont pas tardé à se prendre. Dans 4 cas seulement, les jointures des gros orteils ou les petites articulations des pieds ont été envahies les premières, ainsi que cela a lieu dans la goutte.

Presque constamment, lorsqu'il s'agit du rhumatisme noueux, la maladie observe dans ses envahissements une parfaite symétrie. Ainsi les articulations homologues sont habituellement prises en même temps et parfois avec une égale intensité. MM. Adams (A Treatise on rheumalic goût, London 1857, p. 219.) Romberg ( Klinische Wahrnehmungeu , Berlin, 1851, p. 98), W. Budd (The Symmeiinf of disease, in Medic. chirurg, Jrans., t. XXV, 1842, p. 158), ont beaucoup insisté, et avec raison, sur ce caractère que nous avons nous-même fait ressortir (Etudes pour servir à Vhist, de Vaffeciion décrite sous les noms de goutte

ftOS NOTKR SL'K U r.OL'TTE

lulhéni^w-, primitive, elc. Thèse, de Paris, i83H) (1) ni rpii np se retrouve pas dans la goutte, au moins au même degré. Adatns cite, comme lout à fait exceptionnc-'l, uq cas de rhamatisme noueux, dans lequel une seule des mains fut affectée pendant toute la durée de la maladie; Haygarth n'a rapporté également qu'un fait du mi^me genre, el parmi les caei très nombreux ilc e forme de rhumatisme chronique que j'ai observés, dans l'esiiace de six années, A la Salpétriére, je n'ai vu que 3 fois Is maladie former son action aux articulations d'un seul cAté du corps.

A mesure qu'il progresse, le rhumatisme noueux peut se porter sur toutes les jointures : à proprement parler, aucune d'elles n'est à l'abri de ses atteintes. Il est ft remarquer cependant que les articulations des membres supérieurs siinl encore, dans cette période ullime, plus souvent et plus profondément atrectées que celles des membres inférieurs. Les articulalions

I la hanche et celles de l'épaule sont, en général, atteintes très tardivement, souvent très légèrement ; il est fréquent qu'elles soient respectées pendant toute la durée du cours de l'affection, ainsi que cela a lieu d'ailleurs, te plus souvent daos goutte. Dans le rhumatisme arliculairo chronique partiel, nu contraire, — et c'est un point sur lequel nous devrons revenir plus loin — il n'est pas rare que l'articnlatinn de l'épaule, nu celle de la hanche [morbus i-fnie smtilix] soient le jircmier siège, voire même le siège à pf u prés exclusif dp la maladie.

Le mode suivant lequel les arlhropalhîes se sucuèdent sur un membre, dans le rhumatisme noueux, est inléressanl à noter; mais là nous ne trouvons ciiMi qui ne se rencontre également dans la goutte chronique généralisée. Aux membres supérieurs les doigts sont, dans les deux maladies, afi'eclés les premiers, puis c'est le poignet, puis le ('(ludc, et onlin l'épaule; aux membres inférieurs, le genou se prend après l'articulation tibio-tarsienne, la hanche ajifès le gennu. Sans doule, cet ordre de succession des affections arlic'ulaires n'esl pas toujours

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