‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot. t.1-Chapitre 88 sur 230 · THÉORIES ANCIENNES DE LA GOUTTE 1S · texte numérisé non relu

THÉORIES ANCIENNES DE LA GOUTTE 1S

qui président à la formation et à l'élimination de Tacide urique nous sont encore inconnues, et nous échapperont sans doute pendant longtemps.

Mais, pour bien comprendre l'état actuel de la question, il faut suivre les phases diverses qu'elle a traversées jusqu'à nos jours. Voyons donc quelle élait, à cet égard, l'opinion de nos prédécesseurs.

Les théories formulées au sujet de la goutte pendant tout le dix-septième siècle et une partie du dix-huitième, se rattachent essentiellement à l'humorisme ; c'est toujours, avec quelques variantes, la doctrine de Sydenham. H existe une matière morbifique dans l'économie; elle est le résultat de codions imparfaites opérées soit dans les premières, soit dans les secondes voies ; et les efforts de la nature pour éliminer cette matière peccante (phlegme, bile, tartre) constituent les symptômes de la goutte.

Mais une réaction contre les anciennes idées se manifeste à partir de l'époque de CuUen. Cet auteur célèbre soutient que l'existence d'une matière morbifique dans le sang n'est nullement démontrée. Il considère les tophus, invoqués par les humoristes à l'appui de leurs idées, comme un fait purement accidentel. La goutte, pour lui, résulte d'une sorte de pléthore avec perte de ton aux extrémités.

Les progrès de la chimie devaient modifier jusqu'à un certain point cette manière de voir. En 1775,Scheele découvre Vacide lithique (acide urique) dans les calculs urinaires et dans l'urine; en 1793, Murray Forbes, en raison des rapports qui existent entre la goutte et la gravelle, émet l'opinion que l'acide urique existe dans le sang des goutteux; en 1797, Tennant et WoUaston établissent que les tophus sont composés d'urate de soude.

La théorie de CuUen se maintient cependant toujours en Angleterre. Scudamore continuait à envisager la goutte

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comiQQ une sorte de pléthore, sans tmiuiie relniion nveo l'excès d'acide urique daos le sang; puur lui. U'» tuphutt sont un phénomène exceptionnel chei les goutteux ; il n'en a trouvé que quantate-cinq foii tur 500 malades. Barlun l't Gairdner partagent cette opinion; rt récemment nncoro Barclay (1) est revenu sur ce point, en s'appuyani. il taut lu dire, sur le sentiment biea plus que sur Tohnervalion ; R«{itindant Psriân»on, Home et Holland se sont raiiuclié)^ h la th6ori<' de l'acide urique.

En France, la goutte n'a été étudiés que pur un nuiuhn^ resb-eint d'auteurs; mais ceux qui se »oiii u'/iupé» di; cflii*' question ont admis, théoriquement du moinï!. la présence i\« l'acide urique dans le sang, et ont bien cfimpri^ l'important^n de ce bit ct^ital. Nous citerons surtout, k cet é^ard, MM. AtidnU, Rayer et GruveiUuer (3) ; ce dernier conHid<>re le dépèt de matière topbacée dans l'intérieur de arLiciUalion^ f>t dans leur Toiùnoge, comme la lésion cwsotérisiiqui^ de U gtmtUï. Or cesmatièrefl tophaoées sont de l'urate dt- soude. M. Cruveilhier se voit donc ramené presque malgré lui, dii-il. h t'upiuion de Sydenhom et des anciens observateurs ; il regarde l'urate de soude comme la cause matérielle de la goutte, et il n'est pas douteux, pour lui, que la première attaque ne coïncide déjfi avec une sécrétion de ce produit qui se renouvelle à chaque accès subséquent.

Malgré tout l'intérêt que présentent les travaux que nous venons de signaler, l'époque des connaissances positives nous paraît remonter aux recherches de Garrod, en 1848. Cet observateur si souvent cité dans le cours de nos leçons a démon* Ifé : 1" que dans la goutte aigufi ou chronique, l'acide urique

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