THÉORIE DE ROBIN
M. Robin a trouvé, dans le tissu fibreux normal, de l'acide urique (1) ; aussi l'état pathologique n'est-il, pour lui, qu'une simple exagération de ce qui existe à l'état de santé. 11 s'explique de cette manière pourquoi les articulations sont le siège principal des lésions de la goutte : leur richesse en tissu fibreux les expose en première ligne aux atteintes de cette maladie.
Sans méconnaître ce qu'il peut y avoir de plausible dans ces explications, nous ferons observer que la théorie d'après laquelle Tacide urique et Turée seraient des produits immédiats de la désassimilation est fort respectable assurément, mais qu'elle n'est, après tout, qu'une simple hypothèse. Elle se fonde surtout sur la présence de ces deux substances dans le sang normal : mais on ne les y trouve qu'en proportions bien minimes chez les mammifères, tandis qu'ils paraissent manquer complètement chez les oiseaux et les reptiles (2). On signale aussi, à l'appui de cette idée, la présence de l'urée et de l'acide urique dans les tissus. Mais, pour l'urée, le fait n'est vrai qu'à l'état morbide : dans les conditions normales, on ne trouve que do la créaline et de la rréalinine dans les muscles ; pour Tacide uri(|ue, la <*hus(î est mieux démontrée.
En tout cas. les recherches de quelques observateurs modernes semblent infirmer cette hypothèse. L'urée et l'acide urique, d'après Zalesky, se formeraient dans le rein même, et probciblement aux dépens de la créaline. Liez l(»s uretères d'un chien, vous aurez une accumulation d'urée dans le sang ; il n'on sera rien, si vous pratiquez rexlirpîilion des reins. Chez les reptiles, la ligature des urelèn^s, i)rovoque une accumulation non d'urée, mais d'acide urique ; mais l'abla-
1. Nous avuii:» reçu verbalement celte conimunicalioii de M. Kohiu.
2. Zalesky. — L'ntersuch, Uber den uramisch, process. Tubiiiô'ue, 1865.
lîoa des rein» ne produit rimi du semblable. Zalesky en conclut que l'urée (cliei! les auiraaux qui en séerèlent) et l'acide uriqne se forment dans le rein même, et n'existent pas d'uvnnce dan» la musse du sang.
Nonfl ne trouvons donc, dans cette voie, aui-uni- domiéLvraiment importante, aucun tondenienl solide RUr iequelnous puissions établir une doctrine rationnelle. [I laiit donc recourir fi un autre moyen d'investigation.
La recbercbe purement ('xjiérimentale dfs cDiiditiitus qui font varier la proportion d'acide urique dans l'eMriilion rénale nous fournit au moins quelques donm^es inlt-ressanles.
La proportion d'acide urique augmente à la suite d'uu repas (Ueuco Jones). Le jeûne diminue de moitié cette propot^ lion : une nourriture végétale agit dans le même sens.
Uuant aux efl'elsd'unr ;i!inienliitii>n purement animale, tous les auteurs , depuis Lehmann, s'accordent sur ce point. Il se produit un accroissement de l'acide urique et de l'urée, mais surtout de celte dernière substance.
iusqu'ici, les déductions théoriques paraissent asses bien s'accorder avec les données que nous fournit l'observation au point de vue de l'étiologie de la goutte. Mais nous allons bientôt rencontrer des contradictions en poursuivant cette élude.
11 est généralement admis, par exemple, que l'exercice est un des meilleurs moyens de prévenir la diathèse urique. Les expériences de Lehmann confirment cette manière de voir. Il a rigoureusement établi que l'activité musculaire a pour effet d'augmenter laquantité d'urée et de diminuer la proportion de l'acide urique. Ces résultats ont été confirmés pour
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Turée, mais on les a contredits pour Tacide urique. Beneke, Genth et Heller (1) ont trouvé qu'un exercice prolongé pendant trois heures avait pour effet d'augmenter la quantité de ce produit. Ranke (2) et Speck admettent qu'une activité insolite aurait le même résultat. En somme, pour peu que le travail soit violent ou de longue durée, il y a plutôt un accroissement qu'une diminution de l'acide urique.
Pour ce qui touche à l'activité des fonctions respiratoires, on admet en général que plus elle s'accroît, plus la quantité d'acide urique diminue, tandis que la proportion d'urée augmente. Mais, il faut bien le dire, cette manière de voir ne repose sur aucun fait bien positif (3).
Relativement à l'influence des boissons, nous ne pouvons encore rien conclure, malgré les intéressantes expériences de Docker (4). D'après cet observateur, l'alcool et les liqueurs spiritueuses diminuent la production d'urée et d'acide urique ; les vins au contraire, comme l'ont prouvé des expériences déjà anciennes de Liebig, tendent à l'accroître; la bière, quand elle n'agit pas comme diurétique^ diminue la quantité d'urée et augmente celle de Tacide urique, mais très légèrement ; enfin le thé et le café diminuent la proportion de cette substance. Si l'on admet dans ces expériences que la quantité d'acide urique rendue par les urines correspond à celle qui est formée dans l'économie, ce qui est probable, puisque les sujets qui ont servi à établir ces résultats étaient en pleine santé, il sera démontré que l'alcool et les boissons spiritueuses agissent ici tout autrement que la bière et le vin, ce qui est d'accord avec les données de l'observation clinique.
1. Bcnckc, SordSee Uad.f 1855, p. 85. — Genth, Vnicrsuch, uherden Einfluss der Wasserlrinkens auf den Stowec)isel. Wiesbadcn, 1856. — IleUcr, Iteller^S Archiv. Seue folge.