PIÈVKE JAUNE : ANATOMIE PATHOLOGIQUE
B. Coloration jaune des téguments. — Ecchymoses. — a. On trouve sur la plupart des sujets une coloration jaune plus ou moins foncée de la peau, du tissu cellulaire sous-cutané, de la sérosité qui s'épanche dans les cavités viscérales. Cette coloration est-elle, comme dans Ticlère vrai, le résultat de la sufTusion de la bile, ou plus proprement, de sa matière colorante? On ne saurait douter qu'il en soit ainsi, au moins très fréquemment; on a constaté, en effet, à Taide des réaclifsy l'existence du principe coloré de la bile dans le sang, dans Turine et dans la sérosité des vésicatoires (La Roche). C'est, très vraisemblablement, surtout dans les cas où la teinte jaune est franche et uniformément répandue sur la peau, ainsi que sur les conjonctives, qu'elle peut élre considérée comme Texpression d*un ictère par cholémie.
ê. Mais lorsque la coloration anormale du tégument externe est disposée par plaques, par bandes et que les conjonctives n'en sont pas primitivement atteintes, ainsi que cela se voit quelquefois ; lorsqu'elle occupe les parties du corps les plus déclives, lorsque ce n'est plus la teinte jaune qui domine, mais plutôt une couleur brun-sombre, olive, acajou foncé, bronzée, ou encore violette, ce n'est plus, sans doule, la suffusion de la matière colorante de la bile qu'il convient d'invoquer, au moins d'une manière exclusive, pour se rendre compte des faits, mais bien plutôt soit une stase sanguine résultant de l'atonie, de la paralysie des capillaires, soit encore un véritable épanchement du sang, en dehors des vaisseaux. I Desmoulins, Sur rétat anatnmique de la peau dans la fièvre jaune j in Journal compL du Dict. des se. médic.^ t. XII, p. 15, 1822.) On comprend, d'ailleurs, que l'ictère par cholémie puisse se trouver combiné chez un même sujet à la coloration morbide que produit la stase sanguine ou l'ecchymose plus ou moins généralisée.
lU) MALADIES INFICTIEUSKS
V. On trouve des épanchements du sang sur la nature desquels il ne peut, cette fois, exister le moindre doute, dans le tis<:u même de la peau, sous les conjonctives, dans le tissu cellulaire sous-cutané, dans les gatnes des muscles, dans l'épaisseur des membranes muqueuses les plus diverses, dans le iissu cellulaire péri-néphrélique, dans le tissu même des organes, dans les poumons, le foie, les reins, par exemple.
C. Matière contenue dans Vestomac et fintestin. — Altératiiins de la membrane muqueuse gastro-intestinale. — La membrane muqueuse gastro-intestinale ne présente pas d'autres altérations que celles qui se rencontrent dans les s'ijets qui ont eu des hématémèses ou des entéro-hémorragics sous rinflucnce d'une cause quelconque ; c'est-à-dire qu'on y trouve des injections arborescentes, des épanchements sanguins sous-muqueux, des imbibilions sanguines, mais d'ailleurs pas de traces de phlogose. L'estomac et l'intestin renferment quelquefois, soit du sang presque pur, soit encore du sang qui a subi divers degrés d'altération, mais cependant parfaitement reconnaissable. Le plus habituellement, on y trouve une certaine quantité d'une matière tout à fait semblable à celle qui a été rendue par les vomissements et lo> selles dans les derniers temps de la vie. On ne possède malheureusement aucune analyse chimique récente, aucune iMude microscopique qui permette de décider positivement t|Melle est la nature de cette matière. Mais, suivant toutes probabilités, ce n'est encore laque du sang profondément altéré, ri Ion partagera difGcilement l'opinion de quelques auteurs \\\\\ attribuent la matière mélanique de la fièvre jaune, en »\n\anl l'expression de Ballj, le mélanhème à la présence ^Imuo grande quantité de bile mêlée au\ liquides de l'es-
KIKVIU: JALNK : ANATOMIE rATUOLOtilQL'li: lit
D. Etat du sang. — Le sang qu'on lire pendant la vie, chez les individus alleinls de fièvre jaune, lors des premières périodes, présente quelquefois un caillot aussi nettement séparé que dans les cas de pneumonie (La Roche). Mais cela est rare ; le plus souvent il est mou, diffluenl, de couleur écarlale. — A une époque avancée de la maladie, il présente toujours une teinte sombre, ou même noirâtre ; il est comme dissous ou ne se coagule pas ou se coagule très lentement. — Le sérum offre souvent une teinte jaune très marquée, dans les cas où Tictère ne s'est pas encore manifesté ; traité par l'acide nitrique, il donne alors lieu à un précipité d'albumine coloré en bleu verdâtre (Dutroulau). — Le sang des cadavres est généralement fluide et noirâtre ; il teint en rouge foncé la paroi interne des veines caves, celle de l'artère pulmonaire et des gros troncs artériels. — Les recherches d'hématologie positive ont donné jusqu'ici des résultats trop peu concluants, [nniv que nous puissions les mentionner ici.
E. Altérations anatomiqiies diverses, — La rate ne présente le plus souvent aucune altération notable. — Les reins sont gorgés de sang, tantôt la vessie est pleine d urine, tantôt au contraire elle q%\. parfaitement vide. Sa membrane muqueuse est fréquemment parsemée d'ecchymoses. — A part les suffusions sanguines, les ecchymoses qu'on rencontre quelquefois dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien, il n*y a pas dans la fièvre jaune d'altérations du système cérébro-spitial qui méritent d'être notées. — Le tissu du cœur est quelquefois p&Ie, flasque et cédant au plus léger effort ; d'autres fuis il est résistant, ferme comme dans l'état normal. — Les cadavres des individus qui ont succombé rapidement à la fièvre jaune sont quelquefois pris peu de temps après la mort de mouvements convulsifs plus ou moins étendus ; ceci rappelle ce qu'on observe assez fréquemment sur les sujets morts à la
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suite du cloléra asiatique. (H. Brandt, Des phénomènes de contraction musculaire observés chez les individus qui ont succombé à la suite du choléra ou de la fièvre jaune, Tb. Paris, 1883.)
TOPOGRAPHIE BIÉOICALK.
Le véritable foyer de la fièvre jaune, c*est une région du Nouveau-Monde comprise entre le 3* et le 33* de latitude boréale et qui s^étend de la Barbade à Tampico, de la frontière brésilienne à Charleston. C'est là seulement qu'elle rencontre les éléments d'une reproduction incessante ; en dehors de ces limites, elle n'est plus endémique, et, à mesure qu'on s^avance vers le nord de TAmérique, ses apparitions, sous forme épidémique, sont moins fréquentes, sinon moins meurtrières. ^ Tout à fait au nord, elle disparaît complètement ; elle a cependant frappé Boston, et même Québec au Canada, par iQ'^de latitude boréale. Mais c'est 1& une limite exlrôme qu'elle n'a atteint qu'une seule fois, en 1805, et qu'elle n'a jamais franchie. Il est à remarquer qu'elle ne s'est jamais répandue fort loin dans T Amérique méridionale où elle n'a pas dépassé Callao et Fernambouc par 40% ou approchant, de la latitude australe. Il est, en outre, une particularité dans la répartition géographique de la fièvre jaune sur le continent et dans les îles du Nouveau-Monde qui mérite bien d'être signalée ; c'est que les villes maritimes du golfe du Mexique, de la mer des Antilles, et de l'Océan Atlantique sont frappées de préférencCt tandis que les ports de l'océan Pacifique, toutes choses égales d'ailleurs, jouissent d'une immunité d'ailleurs très marquée. — En Kurope, on n'a guère observé la fièvre jaune que sur les côtes d'Espagne, à Cadix, à Carthagène, à Séville, à Gibraltar, à Lisbonne ; elle a sévi une fois, en 180i, à Livourne. — En Afrique, on Va rencontrée au Sénégal, à Sierra Leone. — On
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a signalé son existence sur d'autres points du globe, dans les Indes, en Syrie, en Egypte, à Java, etc. ; mais rien ne prouve qu*on ne se soit pas mépris sur raffection qu'on a rencontrée dans ces diverses contrées : le vomissement noir et Ticlère ne suffisent pas, en effet, ainsi que nous le verrons ailleurs, pour caractériser la fièvre jaune.
ÈTIOLOGIE.
a. Si Ton recherche maintenant quelles sont les conditions topographiques à tous les lieux où parait la fièvre jaune, on remarque que cette maladie ne sévit guère à une distance un peu éloignée du bord de la mer ; si elle se montre dans Tintérieur des terres, c'est au voisinage de l'embouchure des grands Oeuves. L'atmosphère maritime semble, pour ainsi dk'e, nécessaire à son développement ou à son éclosion. On la voit de préférence dans les contrées basses ou marécageuses ; là où la décomposition des matières animales ou végétales s'opère sur une grande échelle. Elle ne paraît jamais dans un pays situé à plus de 2.000 mètres au-dessus du niveau de la mer.
6. Les pays où la fièvre jaune est endémique appartiennent aux climats les plus chauds : c'est vers la fin de l'été et au commencement de l'automne, c'est-à-dire pendant l'hivernage qu'elle y est surtout meurtrière. Partout ailleurs elle peut se* vir par les températures et dans les saisons les plus diverses. On a remarqué cependant qu'elle ne se montre jamais lorsque le thermomètre ne s'élève pas au-dessus de 18'' centigrades. C*esl presque toujours dans les grands centres de population qu'elle éclate; on l'a cependant vue sévir exclusivement sur la garnison d'un fort, sur l'équipage d'un vaisseau en mer.
y. Les circonstances éliologiques que nous venons de passer
\\i MALADIES LNFEiTItCSES
en revue n'onl, on le voit, rien de bien spécial. Celles que nous avons noté en premier lieu (a) président, comme on sail, au développement des maladies d'intoxication paludéenne ; si elles nous font comprendre pourquoi les fièvres intermittentes et rcmillenles se montrent si fréquemment en compagnie de la ûèvre jaune, elles ne nous dévoilent certainement pas le niyslère qui couvre encore Torigine de cette dernière maladie. La fièvre paludéenne esl endémique à peu près partout où il y il conslammenl des eaux stagnantes. Bien qu'elle se développe aussi, le plus souvent, sous Tinfluence maremmatique, la fièvre jaune ne s'éloigne pas du rivage de la mer et elle se trouve renfermée dans des limites géographiques bien connues. Si les marais des Antilles la produisent, pourquoi ceux de TÀsie et de T Afrique, situés sous les mêmes latitudes ne Tengcndrenl-ils pas ? L'agglomération des individus (y) favorise l'apparition de la fièvrejaune; les fièvres intermittentes et rémittentes peuvent sévir dans les contrées les moins habitées : c'est là un nouveau caractère distinctifqui plaide contre Tidentilé d'origine de deux genres pathologi- ([ues fort distincts d'ailleurs par tous les autres points de leur histoire.
0. Si les recherches des médecins modernes, si les travaux de Chervin, en particulier, n'ont pas ruiné la doctrine delà transmission contagieuse de la fièvrejaune, ils ont au moins abouti à un résultat important; ils ont établi que la contagion n'est pas l'agent principal de la propagation de cette maladie. Reste à savoir maintenant, si la contagion de la fièvre jaune iic peut pas s'opérer dans de certaines limites, lorsque les circonstances sont favorables à ce mode de transmission, dans le cas, par exemple, où les individus sains se trouvent longtemps en contact avec les maladies dans un espace étroit et mal aéré. Mais c'est là une question de second ordre, lorsqu'il s'a-
FIÈVRE JAUNE : ÉTIOLOGIE 145
gil de rechercher surtout les causes des envahissements successifs et des migrations d*une grande peste.
£. Ce n'est pas par le mécanisme de la transmission contagieuse que la fièvre jaune a été portée soit du nouveau dans lancien monde, soit encore, comme on Ta prétendu (Chisholm, Pym), de l'ancien monde dans le nouveau. Dès lors, il faut bien admettre, ou qu'elle s'est spontanément développée sous l'influence de causes toutes locales, dans tous les lieux oh elle a passé, en Europe comme en Afrique ou en Amérique ; ou encore que, née dans un point du globe qu'il faut considérer comme son berceau, sur les bords du golfe du Mexique, par exemple, elle s'est ensuite répandue successivement dans toutes les directions, tantôt vers le nord, tantôt vers l'est et le midi, s'abattant exclusivement sur les lieux où se trouvaient réunies les conditions propres à la fixer. Cette dernière hypothèse s'accorde mieux que la première avec ce qui nous est enseigné par l'étude chronologique des épidémies de fièvre jaune ; elle s'appuie, en outre, sur les analogies qui existent sous ce rapport entre la peste d'Amérique, la peste orientale et le choléra pestilentiel.
;. Les individus qui ont une fois contracté la fièvre jaune en sont exempts pour l'avenir, c'est une règle qui souffre peu d'exceptions et qui fait contraste avec ce qu'on sait des fièvres paludéennes, dont les récidives sont si fréquentes.
Y,. Les indigènes qui ne résistent pas plus que d'autres à l'influence paludéenne, échappent cependant presque toujours à la fièvre jaune dans les pays où elle est endémique et où elle revôl fréquemment la forme épidémique. Aux Antilles, par exemple, les étrangers sont presque exclusivement frappés par celte dernière maladie ; ils le sont d'autant plus sûrement
Charcot. Œuvres complètes, t. viii, Maladies infectieuses. 10
qu*ils habitent la colonie depuis un temps plus court et qu'ils viennent de climats plus froids. Cette immunité des populations indigènes dans les Antilles n'est d'ailleurs pas un fait absolu, les adultes et les vieillards en jouissent à un plus haut degré que les enfants. Dans les contrées où la maladie n'est pas endémique, et surtout dans les lieux où elle ne paraît que de loin en loin, elle n'épargne personne, pas même les gens du pays ; elle frappe sans distinction d'&ge, de sexe ou de race. On a remarqué cependant que les nègres sont moins souvent ou encore moins gravement atteints de la fièvre jaune que ne le sont les blancs.
0. Les émotions morales, la fatigue musculaire, l'insolalion prolongée, l'exposition au froid, Tabus des boissons alcooliques ; telles sont les principales circonstances qui ont été rangées par les auteurs parmi les causes occasionnelles générales, capables, en temps d'épidémie, de faire éclore la fièvre jaune.
DIAGNOSTIC
Les fièvres inlermillentes pernicieuses, les pseudo-continues, les rémittentes bilieuses se rencontrent partout où règne la fièvre jaune dont il est souvent difficile de les distinguer. Elles ont en effet avec celte dernière maladie d'assez nombreux traits de ressemblance. La comparaison de celles-ci avec celles-là doit être l'objet principal de ce paragraphe consacré au diagnostic ; mais il ne sera peut-être pas hors de propos d'j faire figurer un certain nombre d affections dont rhistoire peut être, pour un instant au moins, rapprochée de celle delà fièvre jaune en raison d'analogies incontestables qui ne sauraient passer inaperçues.
Ce n'est pas en étudiant les symptômes un à un, mais bien